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Full text of "Systematische Darstellung aller über das Strassenwesen und die Eisenbahnen"

LES ESPAGNOLS AU MAROC 

KN 1909 



(Extrait de la Revue militaire generale) 



General de TORCY 

Les Espagnols 



au Maroc 



EN 1909 



Avcc j croquis, une carte, une vue panoramique et j photographies 




Berger-Levrault & C ic , Editeurs 



PARIS 
Rue des Beaux-Arts, 5-7 



NANCY 
Rue des Glacis, IS 



1910 



DT 
330 



HOMMAGE PARTICULIEK 



L'ARMEE D'AFRIQUE 



Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/systematischedaOOseln 



PREAMBULE 



Quand, il y a quelques mois, mon admission au cadre de reserve 
me rendit, brusquement, apres de longues annees d'un labeur 
strictement militaire, une independance relative d'aetion et de 
parole, j'eprouvai moins de satisfaction de me sentir libre que de 
crainte instinetive de ne savoir comment utiliser cette liberte. 

La crise hispano-marocaine qui eclata presque au meme mo- 
ment arriva tres opportunement pour donner un aliment ä mon 
esprit, toujours domine par la preoecupation des choses de la 
guerre. 

Bientöt, l'etude des evenements, assez obscurs, dont Ies envi- 
rons de Melilla etaient devenus, tout a coup, le theätre me parut 
meriter d'etre poussee plus 9 fond et je ne tardai pas ä me per* 
suader qu'il serait d'un reel interet, militaire et peut-etre national, 
d'aller suivre, sur place, les phases decisives du conflit, — ■ que je 
oroyais, ä la verite, devoir etre plus activement regle, — afin de 
pouvoir, ensuite, les raconter et les commenter. 

C'est sous cette inspiration qu'apres un court sejour en Algerie, 
j'ai, le 12 Septembre, debarque ä Melilla, oü m'attendait, bien 
que le caractere prive de mon deplacement füt nettement etabli, 
un aecueil hautement honorable et que j'ai quitte, ä regret, le 
18 Octobre dernier, pour rentrer en France, par Tetouan, Tanger 
• t Madrid. 

En partant de Paris, ä la fin d'Aoüt, j'avais, croyant plus 
facile qu'il ne devait l'etre en realite d'ecrire, au jour le jour, une 
sorte de Precis des evenements, promis d'adresser, sous forme 
de Lettre« Militaires, au Journal le Temps, les chapitres successifs 



Vlll PKBAMBULK 

du travail que j'avais en vue, auquel il ne me resterait guere qu'ä 
ajouter des conclusions, lors de mon retour en France. 

Gette Convention ne put recevoir qu'un commencement d'exe- 
cution. Je ne devais pas, en effet, tarder ä reconnaitre, non seu- 
lement Textreme difficulte d'improvisations de cette nature, mais, 
surtout, l'impossibilite morale oü me mettaient mes antecedents 
et la Situation dont je jouissais aupres du corps expeditionnaire 
de juger, publiquement, tant que durerait la guerre, les chefs qui 
la dirigeaient et les conditions de son execution. Je dus, alors, 
prier le Journal qui m'avait prete üne hospitalite dont je reste 
honore d'arreter la publication de mon travail, demeure, d'ail- 
leurs, inacheve, comme la campagne elle-meme, lorsque j'ai 
quitte Melilla. 

G'est V Essai historique, commence dans ces conditions, repris, 
depuis lors, un peu plus ä loisir et complete, sur documents, pour 
la periode posterieure au 18 octobre, que je presente, aujourd'hui, 
au public et ä mes camarades de l'armee, en vue de qui iL a sur- 
tout ete concu. 

Les cartes que j'y ai jointes ne sont guere quo des croquis, en 
grande partie dresses par moi-meme (car la cartographie du theätre 
de la guerre reste, presque entierement, ä etablir) et n'ont d'autre 
objet que d'aider ä l'intelligence du texte. Leur valeur topogra- 
phique est, en effet, ä peu pres nulle, sauf pour ce qui concerne 
le plan des Environs de Melilla, qui est la reduetion d'un leve 
regulier fait par Je Service du genie espagnol. J'ai pense, d'autre 
part, donner ä mes lecteurs une idee plus claire d'un pays 
encore a peine connu, en joignant ä mon texte la reproduetion 
de quelques vues photographiques, qui m'ont ete offertes, ä leur 
intention. 

1 er deeembre 1909. 



LES ESPAGNÜLS AU MAltOC 

EN 1909 



PREMIERE PARTIE 

A) Relations historiques de l'Espagne avec l'Afrique du Nord. 

B) Orlgines du conflit actuel. 

C) Descrlption du theätre des Operations. 

D) Les forces en presence. 



A^ RELATIONS HISTORIQUES DE L'ESPAGNE 
AVEC L'AFRIQUE DU NORD 

L'Espagne antique, ou Celtiberie, d'abord, partiellement colo- 
nisee, sur ses rivages, par les Pheniciens et par les Grecs, eut sa 
premiere prise de contact direct avec l'Afrique, par la conquete 
carthaginoise. Hamilcar Barca y employa les Mercenaires, qu'il 
venait de reduire (238 avant J.-G.) et reussit a y fonder un empire 
assez solide pour que, vingt ans plus tard, son fils Annibal put en 
faire sa base d'operations ; pour son immortelle campagne contre 
Rome. 

Cette brillante prise de possession de l'Espagne par l'Afri- 
que ne fut, toutefois, qu'ephemere, Garthage, vaincue ä Zama, 
n'ayant obtenu la paix (201 avant J.-G.) qu'ä la condition de ce- 
der ä la Republique romaine tous ses domaines exterieurs, dont, 
en premiere ligne, l'Espagne. La domination de Rome, par contre, 
y fut aussi durable que feconde et c'est ä bon droit qu'on a pu 

I I - \U MAROC 1 



2 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

observer que, nulle part, la fusion ne fut plus complete entre les 
indigenes et les Romains. L'empreinte dont ceux-ci marquerent 
leurs sujets espagnols fut, en effet, si profonde, que quand, apres 
six siecles, les Romains durent, ä leur tour (411 apres J.-C), ceder 
la place aux Sueves, aux Vandalcs et aux Alains, bientöt rem- 
places eux-memes (420 apres J.-G.) par les Visigoths, les indi- 
genes, deshabitues de leurs dialectes nationaux, conserverent, 
exclusivement, l'usage de la langue latine, que ne reussirent pas ä 
denaturer serieusement, par la suito, des siecles d'occupation 
germanique ou semitique. 

G'est au debut du huitieme sieele de notre ere que s'annonca, 
inopinement, l'invasion des Arabes en Espagne par la conquete 
des Baleares (708). Trois ans apres, la victoire de Xeres (711), 
suivie d'un efTondrement aussi soudain que complet de la domi- 
nation des Visigoths, faisait des Arabes (1) les maitres incontestes 
de l'Espagne, conquise en quinze mois et immediatement divisee 
en quatre provinces, auxquellos, des l'annee 720, s'en ajoutait 
une cinquieme, la Septimanie (ancienne Narbonnaise), situee au 
nord des Pyrenees. Seulcs, les abruptes montagnes des Asturies 
offraient, en Espagne, un abri aux derniers defenseurs de la foi 
chretienne, reunis autour du Goth Pelage et, d'abord, condamnes 
ä la plus etroite defensive. 

On sait qu'apres avoir ainsi passe, comme une trombe, sur la 
penmsule iberique et sur les Pyrenees, les hordes arabes, poussant 
vers Paris, capitale encore nouvelle, mais dejä reputee, du jeune 
royaume franc, n'etaient plus tres loin d'atteindre la Loire, 
quand elles furent arretees (732), dans les plaines de Poitiers, par 
la lourde epee de Charles Martel. Cette premiere rencontre des 
rüdes guerriers francs avec les Sarrasins, que Charles Martel pour- 
suivit ensuite, l'epee dans les reins, jusqu'en Aquitaine, d'oü 
son fils Pepin devait defmitivement les chasser (760), fut decisive, 
car eile brisa defmitivement, en Europe, l'elan de Plslam : fait 
historique dont on comprendra mieux qu'il soit rappele ici, si 
Ton songe que la victoire francaise, qui sauvait la civilisation 
chretienne, posait des lors implicitement le probleme, — dont 



(1) Arabes doit s'entendre, ici et dans toute cette ötude, pour habitants musul- 
mans de l'Afrique du Nord, c'est-ä-dire, autant, sinon plus, Berböres et Berberes 
arabises qu'Arabes de race pure. 



LIELATIONS HISTORIQUES DE L i:s!\v<;.\i: ,5 

un avenir prochain permet d'esp^rer la solul ion ßquitable, — de 
la connexite* de droits ei d'action de la France < i t de l'Espagne, 
en Airique du Nord. 

Daus la pöriode qui suit, jusqu'au douzieme si&cle, riiistoirc 
des relations de l'Espagne chretienne avec l'Islamisme, repre*- 
sontö. depuis 759, par le califat do Co-rdoue, reste obscure, quoique 
min saus lV'sultals, car les chreticns reussissent, pcu ä peu, ä for- 
mer les royaumes d'Aragon, de Gastille, de Navarre et de Leon et 
non sans merite, en raison de la grande disproportion des forces. 

Au debul du douzieme siecle, cette lutte, un peu languissante, 
ranimee par 1" souffle puissant dos Croisades, appuyee memo (ä 
l'occasion du siege de Lisbonne) par une petito armee de croiaes 
bourguignons, dont un des chefs devait etre le premier roi de Por- 
tugal, prend une activite plus grande. Alors commence, vraiment, 
la conquete de l'Espagne par ses anciens maitrcs, conquele trop 
souvent ralentie par de deplorables dissensions intestines entro 
souverains chretiens et destinee ä ne prendre fin qu'apres quatro 
autres siecles, par l'entree triomphale ä Grenadc (1492) des Rois 
Catholiques, Ferdinand et Isabelle, dont le mariage (1469) avait 
luMireusement reuni sous la meme autorite la Gastille et l'Aragon. 

L<'S conditions d'une semblable lutte ne devaient guere per- 
mettre aux populations, musulmanes et chretionnes, engagees, 
depuis si longtemps, dans cette sorte de combat pour rexistence, 
de cohabiter, ensuite, pacifiquement, aux memes lieux. Le roi 
Ferdinand, — plus politique que catholique, malgre son qualifi- 
catif, prätendit, cependant, l'essaycr, promit ä ceux des musul- 
mans qui n'avaicnt pas immediatement suivi Boabdil enAfrique 
la libre pratique de leurs croyances et ne dispersa, d'abord, que 
importantes colonies juives qui avaient grandi et prospere, 
ä l'ombre du drapeau de Tlslam. 

Pour des causes difliciles a apprecier exaetement aujourd'hui, 
l'experience dura peu, car, des l'annee 1499, le meme roi, Ferdi- 
nand, ordonnait, — sauf, pour des raisons economiques, dans 
les Etats de Valence et de Murcie, — l'expulsion en masse d*'s 
musulmans qui ne consentiraient pas ä adopter la religion du 
vainqueur, Bien que cette dure mesure n'ait ete entierement gö- 
neralisee ei appliquee que longtemps apres, lors de la Promul- 
gation par Philippe III du decret de 1609, — souvent compar« a 



4 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

Farrete de revocation de Tedit de Nantes, — on peut dire que le 
sejour des Arabes en Espagne avait pris fin, des Tannee 1499, 
apres sept cent quatre-vingt-huit annees de presence, dont sepl 
cent quatre-vingt-una de possession effective. 

Quelles qu'aient pu etre les considerations qui inspirerent, en ccs 
circonstances, les Rois Catholiques et leurs successeurs, les com- 
pagnons de Boabdil et, successivemcnt, les Maures chasses d'Es- 
pagne regagnerent les cötes barbaresques, oü (souvent par la 
foree, car raccucil qu'ils recurent l'ut plus que reserve), ils s'eta- 
bbrent, de preference, dans les ports, oü ils developperent, dans 
des conditions qui parurent bientöt redoutables aux Etats medi- 
terraneens, la fructueuse Industrie de la piralerie maritime. 

C'est, sans nul doute, pour reprimer ces ennemis de tout com- 
merce et de toute civilisation, mais c'est, aussi et surtout, par 
une continuation naturelle du courageux effort si longtemps 
poursuivi contre les Maures, que les Espagnols, ä Timitation de 
leurs ^oisins et rivaux, les Portugals, passerent la mer, ä leur tour. 
Des Tannee 1496, ils inauguraient, en effet, par la prise de Melilla, 
une serie de conquetes partielles, qui, — si on laisse de cöte les 
annexions recentes, — ne devait prendre fin qu'en 1673, par la 
prise d'Alhucemas. 

Le pape Alexandre VI, s'interposant des lors entre les Portu- 
gals et les Espagnols, egalement ardents ä ces entreprises, en vue 
d'eviter le scandale de guerres d'ambition entre peuples chretiens, 
avait, par un bref date du 14 mars 1494, assigne aux uns et aux 
autres leurs zones d'action respectives. Le lecteur se rappellera 
sans doute, avec interet, ne füt-ce qu'ä cause des rapprochements 
qu'autorise le resultat de cet arbitrage, que la bulle pontificale 
assignait pour objectif aux ambitions du Portugal la conquete 
des domaines du Sultan de Fez, autrement dit, le versant atlan- 
tique du Maroc, tandis que Celles de TEspagne etaient dirigees 
contre les Etats du Sultan de Tlemcen, c'est-ä-dire, vers les pro- 
vinces tributaires du littoral mediterraneen. 

En fait, malgre une apparente egalite, la part devolue ä l'Es- 
pagne etait la plus avantageuse, moins peut-etre en raison de la 
plus grande etendue des territoires et de leur valeur propre que 
parce que l'autorite y etait divisee entre de petites dynastie? 
musulmanes, hoetiles les unes aux autres (ä Tlemcen, Alger, 



RELATIONS HISTORIQUES DE L ESPAGNE ö 

Bougic, Tunis, etc.) et, par suite, mal armees pour la defense 
Cette circonstance explique, au moins en partie, les remarquables 
Bpuccea obtenus par les vieilles bandes espagnolcs, durant le pre- 
mier tiers du seizitoe siecle (1), suivis, apres la fondation des 
Rggences Barbaresques par lc sultan de Turquie, Soliman II, 
aide des freies Barberousse, d'une periode, presque ininterrompue, 
de decroissance. 

Des lors, en effet, les Turcs rostent maitres des Etats d'Alger 
et de Tunis et les expeditions dirigeos contre eux, — le plus sou- 
vent par la France, — n'ont plus d'autre objet que de punir des 
actes de piraterie et d'en reclamer reparation. Neanmoins, le fait 
de l'annexion temporaire du Portugal (1580-1640) ayant permis 
ä l'Espagne de reunir les colonies poriugaises ä son propre do- 
maine africain, celle-ci se trouva, pour longtemps encore, mai- 
tresse de la plupart des ports de l'Afrique du Nord, entre Mogador 
et Tripoli, restant ainsi toujours prete a executer les dispositions 
du testament de la reine Isabelle, qui faisait un devoir ä ses 
descendants de poursuivre, sans reläche, la croisade africaine(2). 

On ne saurait serieusement douter, en efYet, que ces entre- 
prises, ordinairement bornees ä l'etroite mais solide oecupation 
des ports et mouillages enleves aux musulmans, n'aient vise plus 
haut et qu'il ne s'agit, enrealite, de l'organisation de bases mari- 
times dcstinees ä permettre, en temps opportun, l'ouverture d'une 
action ä grando envergure contre le « More », toujours considere 
par les Espagnols comme l'ennemi national — et qui leleur rend, 
avec usure. 

Malheureusement, pour des causes diverses, dont les princi- 



(t) Prise de Cazaza Mazalquivir (1505), du Penon de Velez (1508), de Mers-el-Kebir 
(1508), d'Oran (1509), du Penon d'Alger, de Bougie et de Tripoli de Barbarie (1510), 
de la Goulette (1535), de Tunis, de Böne, de Monastir, de Sfax, de Sousse, de Djerba 
(1540), de Tlemcen (1552), de Bizerte, etc. 

(2) Le testament d'Isabelle la Catholique, date de Medina del Campo, le 12 octo- 
bre 1504, est ainsi coneu, pour ce qui concerne la contirwiation de la lutte contre 
rLlamisme : 

« Je prie la Princesse ma fille et le Prince son mari et je leur prescris, au besoin, en 
leur qualite de Princes chrötiens, d'attacher toujours beaueoup d'attention ä ce qui 

touche l'honneur de Dieu et de la sainte Foi ; qu'ils se montrent soumis aux com- 

mandements de notre sainte Mere l'ßglise, s'en constituönt les protecteurs et les d6- 
fenseuis et se considärent comme Obligos ä ne cesser, ni de conquerir l'Afrique, ni 
de combattre, pour la Foi, contre les Infideles... ■ 



6 



LES ESPAGNOLS AU MARO<; 



pales furent les sacrificcs imposes par le maintien de la domina- 
tionespagnole enAmerique et parlesguerres, aussi longucs qu'one- 
rcuscs, soutenues, presquesans Interruption, enEurope,depuis le 
commencement du scizieme siecle, la monarchio se vit amenee ä 
abandonner, successivement, beaucoup de ces possessionis; et on 
comprend qu/il soit penible aux fideles de la tradition de cons- 
tater que les places abandonnees sont justement Celles qui remplis- 
saient le mieux la condition maitresse de toute base d'operations, 
qui est la facilite d'cn debouchor, alors que les points conserves, 
qui se limitent aux cinq presides (1) de Ceuta, du Penon de 
Velez, d'Alhucemas, de Mclilla et des Zaffarincs, ne sont guero 
que des impasses et ont toujours ete, ä bon droit, consideres 
comme tels. 

L'experience anterieurement faite, pour Melilla et pour Ceuta, 
vient de Tetre encore, au debut de la crise actuelle, quand les jeunes 
troupes du general Marina se trouverent impuissantes ä enlever, 
d'un elan, le massif du Gourougou, qui se dressc, devant la 
place, comme un mur ä peine perce de quelques etroites poterncs 
et durent attendre Tentree en ligne de puissants renforts pour 
reprendre l'entreprise, sur des bases nouvolles. 

L'Espagne, du moins, n'a montre, cette fois, ni hesitation ni 
faiblcsse. Forte des titres que lui ont conferes les traites et Conven- 
tions passes avec le Maroc (2), comme aussi les aecords franco- 
anglais et franco-espagnol, des 8 avril et 3 octobre 1904 et, 
enfin, le droit, — superieur ä tout protocole, — de legitime de- 
fense, eile a releve hardiment le gant que lui jetaient les popula- 
tions du Rif oriental, pour qui eile n'avait eu que des bienfaits et, 
repoussant, au moins au debut, toute intervention d'un gouver- 
nement impuissant ä se faire lui-meme respecter, a entendu ne 
s'en remettre qu'ä elle-meme du soin d'une repression eflicace et 
qui ne pouvait plus etre retardee. 



(1) Lieux de deportation fortifies, — ce qui, du reste, cesse de s'appliquer ä Melilla 
dont le bagne est supprime. 

(2) Traites et Conventions de Marakesch (1767), d'Aranjuez (1780), de Mequinez 
(1799), de Tanger (1844), de Larache (1845), de Tetouan (1860), de Madrid (1861), 
de Melilla (1863), de Tanger (1865), de Fez (1875) et encore de Madrid (1895). 



DlUlilMs l)| COM1.II A.CTUEL 



B) 0R1GINES DU CONFLIT ACTÜEL 

La rapide esquisse Jiist oricjuc qui precedc, en particulier, ce qui 
i di1 du caraetere de croisade longtemps conserve par la 
guerre men6e, en Afrique, par les Espagnols aura rendu plus 
explicable, pour le lecteur, le fait quo, tandis que tous les rois de 
Francö, sans parier d'autres princes, s'etaient attaches, depuis le 
commencemenf du seizieme siecle, ä entretenir avec les sultansde 
Fez (1) des rapports commerciaux et meme politiques, la Cour 
d'Espagne ait attendu jusqu'au delä de la seconde moitie du dix- 
huitieme sie*cle pour reconnaitre officiollement Pexistence d'un em- 
pire marocain et pour traiter regulierement avec lui. Jusqu'alors, 
en efYet, n'avait cesse de regner, entre les Espagnols et les musul- 
mans d'Afrique, — Marocains ou Barbaresques, - 1 - un etat de 
guerre quasi permanent, ä peine interrompu, localement, par de 
courtes treves, directement conclues, d'ordinaire, entre les com- 
battants, sans Intervention apparente des autorites souveraines. 

A part une mission exceptionnellement confiee par Philippe II 
a dou Pedro Venegas de Cabrera, dans le but special d'aller 
re'clamer du sultan Mouley-Ahmed la restitution du corps de 
l'infortune roi Don Sebastien de Portugal, tue (1578) au combat 
d'Alcazar-Quivir, les deux adversaires continuerent de s'ignorer, 
jusqu'ä la grande enquete ordonnee, — apres l'interminable siege 
de Ceuta ( 1700-1720), — par le roi Charles III, surla question de 
r s'i] convenait de conserver les possessions d'Afriquc, con- 
siderc comme onereuses et d'avenir douteux. 

La haute commission nommec ä cet efYet ayant conclu que la 
monarchie ae pourrait, sans dechoir, rompre une tradition bien 
des fois se'culaire, ni abandonner les pierres d'attente posees, en 
Afrique, par de glorieux ancßtres et cet avis ayant ete approuve' 



fl) Ainsi que lefait jiistement observerlecomte H. de CASTRiEs,danslepreaml>u]e 

de son bei ouvrage sur les Sources inedites de l'Histoire du Maroc, cc pays est le seul, 

en Afrique, auquel une suite de dynasties, ininterrompue depuLs lc huitidme siecle, 

ait donne" une reelle histoire politique; ces dynasties, pour ne parier que de Celles qui 

la Periode moderne, sont Celles des M<'-rinides, des Ouatazes (eteinte 

'Inrifs, ou descendants r£put£s legitimes de Mahomet, qui regnent 

■ aujourd'hui. 



8 LES ESPAG.NOLS AU MA.ROC 

par le roi Charles III, ce souverain en deduisit, logiquement, la 
necessite d'etablir avec Fez des relations regulieres. 

L'origine de ces relations fut le traite de paix et de commerce 
signe ä Marakesch, le 28 mai 1767, avec le sultan Si Mohammed-ben 
Abdallah, dont la conclusion n'empecha pas celui-ci, quatre ans 
apres, de diriger lui-meme une attaque contre Alhucemas, quitte, 
— apres y avoir echoue, — ä renouveler, peu apres, les assu- 
rances de sa « fidele amitie » envers FEspagne. Entre temps 
s'etaient produits, d'autre part, les bombardements diriges contre 
Alger, en 1776 et 1784, par la flotte espagnole, suivis d'une 
Convention, peu glorieuse, conclue avec le Dey (1785). 

Sans insister sur ces details caracteristiques, dont il serait 
aise d'allonger la liste, on peut, en se reportant ä la longue serie (1) 
des traites et Conventions passes entre FEspagne et le Maroc, 
de Fan 1767 ä Fepoque actuelle, constater qu'il s'en est fallu de 
beaucoup que cette premiere entente ait suffi ä mettre fin aux 
difficultes, — toujours, ä la verite, suscitees par le souci des Espa- 
gnols de conserver et de developper leurs possessions africaines, — 
sans cesse renaissantes entre les deux pays; il semble meme 
permis d'emettre la crainte que Fere des conflits hispano-maro- 
cains, — un peu mollement regles d'ordinaire, — ne soit pas en- 
core defmitivement close. 

A Fappui de cette Observation et pour ne citer que des faits 
ä peu pres contemporains, il ne paraitra pas hors de propos de 
rappeler que les difficultes actuelles representent la troisieme 
crise grave qui ait, depuis une cinquantaine d'annees, oppose 
violemment FEspagne au Maroc, sans parier de litiges secon- 
daires qui purent etre regles par des compromis. 

Gelles de ces crises qui precederent le conflit actuel furent : 

1° La guerre de 1859-1860, conduite par le marechal O'Donnel, 
qui eut pour theätre le triangle Geuta — Tetouan — Tanger et qui 
valut ä FEspagne, apres une victorieuse, mais lente et onereuse 
campagne, le paiement d'une assez forte contribution de guerre, 
avec une legere extension du territoire de Geuta ; 

2° La guerre de 1893-1894, oü commandait (avec deux corps 



(1) La liste en a 6te donnee, presque au complet, dans la premiere partie de ce 
fravail. 



ORIGINES Dl CONFLIT ACli i I Q 

d'armöeet de nombreux gäneraux) le marächal Martinez Campos, 
qui ue ful qu'une prise d'armes, sans action de guerre (1) et qui, 
en outre de quelques demonstrations officiclles de regret aux- 
quell« s s'engagea le Maroc, n'eut que des sanctions a peine satis- 
Faisantes, consistant dans le paiement de faibles indemnites et 
dans une infime rägularisation du territoire de Melilla. 

A res deux reprises, l'Espagne avait eu affaire a l'Etat maro- 
cain, dont los troupes avaient combattu, ou menace de com- 
bat tre les siennes et c'est par des actes diplomatiqucs reguliers 
passes avec le makhzen que s'opera le retour ä des relations 
a peu pres normales d'Etat ä Etat. 

Cette fois, la question se presente difYeremment et donne l'idee 
d'une sorte de retour au passe. C'est, en effet, contre les popula- 
tions du Rif oriental, ses voisines immediates et non contre TEm- 
pire, ä qui celles-ci ont ete, jusqu'ici, presque entierement etran- 
geres, que l'Espagne s'est trouvee brusquement jetee, l'ete dernier, 
dans un conflit qu'elle ne desirait probablement pas si prompt, 
— car eile y etait insuffisamment preparee, — et pour l'intelli- 
gence duquel quelques developpements prealables semblent ne- 
cessaires. 

Depuis la mort (1894) du sultan Mouley- Hassan, ä qui la 
volonte d'un grand-vizir omnipotent fit succeder, assez irregu- 
lierement, un enfant de seize ä dix-sept ans, devenu l'empereur 
Al)(l-< 1-Aziz, le Maroc a vu s'accroitre ses difficultes interieures 
ordinaires, par l'apparition frequente de pretendants, les uns, 
rentables cherifs, ayant des droits au tröne probablement egaux 
a ceux du jeune sultan, d'autres, d'origine ä peine connue, sur- 
gissant de Tobscurite, grace au concours de populations mal sou- 
mises, faciles ä entrainer par des affirmations audacieuses et par 
certaines pratiques de charlatanisme et qui, pour la plupart, sont 
appelea a mal finir, apres des debuts souvent encourageants. 

Le plus interessant, en Tespece, de ces pretendants et le seul 
dont on veuille ici parier, parce qu'il fut le pivot des evenements 
dont le resume va suivre, fut Bou-Hamara, autrement dit, selon 



(1) Car on ne peut considerercomme teile douloureux incident, — origine du conflit ; 
— qui coüta la vie au genürul Margallo. 



TO LES ESPAGPsOLS AU MA.ROC 

son protocole ofnciel, Pempereur Mouley-Mohammed, plus connu, 
en France, sous le nom de Rogui. 

C'est au debut de Tannee 1902 que ce pretendant, — que les 
partisans d'Abd-el-Aziz disent etre un homme d'origine obscure, 
ne pres de Fez, nomme Ben Abd-es-Selam-el-Yusfi, en partie eleve 
ä la cour de Mouley-Hassan, qu'il aurait du fuir, pour une cause 
ignoree et qui aurait vecu ensuite quelque temps, de ses mains, ä 
Tlemcen, — que ce pretendant, dis-je, se presenta dans la region 
de Taza, declarant etre le prince Mouley-Mohammed, frere aine 
d'Abd-el-Aziz. Ses pretentions ayant ete accueillies par les popu- 
lations indociles et belliqueuses de ces hauts plateaux, en parti- 
culier par les Branes et par les Riatas, Bou-Hamara se vit bientöt 
entoure d'assez nombreux adherents, ä la tete desquels il reussit 
ä arreter une mehalla imperiale envoyee contre lui et obtint d'etre 
accueilli, en souverain, ä Taza ; oü il etablit sa capitale provisoire. 
Attaque ä diverses reprises par les troupes imperiales, avec des 
fortunes diverses, car, s'il fut oblige de reculer devant une autre 
mehalla commandee par El-Menehbi, alors ministre de la guerre, 
il eut la satisfaction de voir fuir devant lui, jusqu'ä Fez, Abd-el- 
Aziz lui-meme, il reussit finalement ä lasser le makhzen qui affecta 
de s'cn desinteresser. Preferant, neanmoins, ne pas demeurer si 
voisin de Fez et appele, semble-t-il, par quelques chefs du Rif, 
en etat d'insoumission seculaire vis-a-vis du makhzen, il se rap- 
procha de la Moulouya, ä proximite de laquelle il s'etablit, en 
bordure du Rif et non loin de la mer, dans la casbah presque 
abandonnee de Selouan, oü Ton n'a peut-etre pas oublie que le 
rejoignirent, un peu plus tard, notre vieil ennemi Bou-Amema, 
son fds Si-Taieb et leurs derniers fideles. 

A Selouan, le Rogui tint une sorte de cour, ä protocole solennel, 
bien que les habitudes de vie y fussent primitives, oü il se vit 
re Joint par des aventuriers, venus d'Algerie, d'Espagne, voire 
d'Europe, dont il se fit une petite, mais assez redoutable armee 
de 1.500 ä 2.000 hommes, gräce ä laquelle il sut en imposer 
assez aux populations violentes du Rif pour les maintenir, plu- 
sieurs annees durant, dans une etroite dependance. Encourage 
par ces circonstances, il ne craignit pas, alors, de rouvrir les 
hostilites contre le makhzen et de s'attaquer ä la place meme 
d'Oudjda. Ayant echoue dans cette entreprise, — par l'interven- 



ORIGINES Dl GONFL1 i w;i i i i ! I 

tior d'officiers francais, — Bou-Hamara parul dispose* ä demeu- 
rer tranquille a. Selouan., d'ou le makhzen n'avail pu, de son cöte, 
arriver ä l» 1 deloger e1 s'attacha ä aouer des pelations de voisinagc 
pacifiques, auxquelles elles ae paraissenl pas s'e*tre entieremenl 
refusäes, avec les autorites espagnoles et Francaises avoisinant 
sa resident e. II ne seserait, d'ailleurs, agi, en dehors de deuxtrac 
bations donl on parlera plus loin, que d/echanges de politesses 
avec ces autorites, de la visite de quelques voyageurs, qui rap- 
portaienl de Selouan des impressions generalement favorablcs 
ä leur höte passager et de quelques echanges commerciaux, appa- 
remmenl peu considerables. 

Des deux affaires, plus importantes, traiteespar lePretendant 
ou pour son compte, l'une, celle dite de la factorerie de la Mar- 
Chica, n';i pas derapportsassez directs avec Tobjet decette etude 
pour qu'il y ait interet ä en parier davantage. L'autre, qui eut 
pour objet la concession ä des societes europeennes de mines 
situees sur le territoire, irregulierement peut-etre, mais entiere- 
ment soumis ä Tautorite du Rogui, est, au contraire, en rapport 
itnmediat avec le conflit pendant entreTEspagneet lesindigenes 
de la region et doit etre exposee avec quelques details. 

La provii ce du Rif, qui borde la cöte rr.arocaine, depuis Te- 
touan jusqu'ä la presqu'ile des Guelaya, oü est Melilla, a passe, 
de tout temps, pour etre riche en mines, que le caractere farouche 
de !i. bitants et l'insecurite du pays n'ont jamais permis d'ex- 
ploiter, au moins aux temps modernes. Le Pretendant, homme 
d'espril ouvert et reellement doue de quelque culture, dont les 
ources, d'autre pari, etaient inferieures aux besoins et qui 
avail souci de les augmenter, preta volontiers l'oreille ä des 
andes de concession qui flattaient son amour-propre de 
prince musulman repute civilise, tout en promettant de servir 
Agissant donc en la quälte de souverain que per- 
sonne ae se preoccupait, alors, de lui contester, d'autant que sa 
'I i ination si r le Rif servait, ä la fois, l'Espagne et la France, 
en maintenant 1' ordre sur leurs confins, il accorda, successive- 
ment, au eours de Pannee 1907, des con< minieres ä deux 

compagnies concurrentes. L'une de ces compagnics, fond.ee a 
Paris, n ais devenue espagnole, par acte du 21 aoüt 1C07, est 
connue sous le nom de « Comp an ia de! Norte Africano » (Com- 



I 2 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

paguie du Nord africain); l'autre, espagnole depuis l'ongine, est 
denommee « Compania espanola de Minas del Rif » (Compagnie 
espagnole des mines du Rif). Les concessions obtenues par elles, 
sur lesquelles on evitera d'autant plus de s'etendre que la ques- 
tion parait contentieuse, s'appliquent, d'une part, ä une mine de 
plomb, reconnue propriete exclusive de la compagnie dite fran- 
§aise et, d'autre part, ä de puissants gisements de fer, que les ter- 
mes, apparemment vagues, des titres delivres respectivement aux 
deux compagnies permettraient ä toutes deux de revendiquer. 

La mine de plomb, situee sur le versant est du petit massif qui 
domine la route de Nador ä Selouan et que les Espagnols appel- 
lent le mont Afra, a nom Haschaouan. La mine de fer, situee 
ä quelques kilometres dans l'ouest et au coeur d'un autre massif, 
porte, comme la montagne elle-meme, le nom de Youksen. Les 
concessions accordees ä l'une et ä l'autre des deux compagnies 
autorisaient, en outre, la construction, en territoire marocain, des 
voies ferrees, telephone, hauts föurneaux, etc., necessaires ä 
Texploitation; le firman delivre ä la compagnie espagnole (publie 
recemment dans une notice sur la region des Guelaya) menacait, 
d'autre part, des rigueurs du Pretendant quiconque attenterait 
« aux travaux et aux personnes des concessionnaires ». 

Les travaux des deux compagnies, entrepris ä faible distance 
les uns des autres (la compagnie du Nord africain ayant cepen- 
dant beneficie d'une assez forte avance), etaient en activite, 
quand surgirent les evenements politiques, consecutifs ä notre 
campagne de la Ghaouia, qui coüterent le tröne au sultan Abd el- 
Aziz et amenerent l'avenement de Mouley-Hafid. Le contre-coup 
s'en fit sentir dans le Rif, d'une facon d'autant plus facheuse 
pour le Rogui que le principal grief des populations contre le 
sultan dechu avait ete sa tendance ä imiter les Europeens, 
reproche qui s'appliquait, avec plus de raison, au Pretendant, 
parce que, plus intelligent qu'Abd-el-Aziz'et connaissant mieux 
les conditions de la vie europeenne, il avait reellemenfc tendu ä 
s'assimüer certaines de nos pratiques et n'hesitait pas ä en impo- 
ser le respect, avcc une implacable severite. Les populations 
rifaines, singulierement surprises de se voir associees, comme 
auxiliaires et comme defenseurs, aux ceuvres de la civilisation, 
avaient paru, cependant, en prendre leur parti et c'est sous la 



ORIGINES DU COM LH ACTUEL |3 

protection du Rogui, ätablie par la presence sur lcs lieux de 
quelques-uns de ses soldats, que les premiers travaux d'exploi- 
tation dos mines et ceux de la construction des voies ferrees 
avaient pu §tre entrepris. Quant aux traces des deux lignes, 
partant cöte ä cöte de la limite du territoire espagnol (a 3 kilo- 
möcres des nmrs de Melilla), ils se poursuivaient, sur 16 et 
19 kilometres, en plein territoire du Maroc. 

L ''evidente irritation des indigenes commenca, malgre la crainte 
qu'inspirait le Prätendant, ä se manifester, des que l'avenement 
de Mouley-Hafid cut prouve le succes de la reaction anti-euro- 
peenne; eile s'affirma, ä la fin de septembre 1908, par l'enleve- 
nient d'une soixantaine d'ouvriers europeens qui travaillaient ä 
Youksen, pour le compte de la Gompagnie espagnole et par le 
pillage de l'etablissement que cette compagnie avait forme en 
ce point. 

Le Rogui, aussitöt averti, n'attendit pas l'intervention pos- 
sible, — et qui eüt ete legitime, en vertu de droits que nous- 
ii km ues avons invoques, plusieurs fois, en d'analogues circons- 
tances, — du gouverneur de Melilla; il se saisit de dix Rifains 
reputes les plus coupables, qu'il fit decapiter et fit, publiquement, 
ramener ä Melilla les soixante ouvriers, par un de ses fideles 
d'alors, le cheikh Chaldy, de la tribu des Mezoudja, qui fut, de- 
puis lors, un des meneurs de la resistance dans le Gourougou, 
oü lui-meme reside (1). 

II est diflicile de dire et il importe assez peu de savoir dans 
quelle mesure cette vigoureuse manifestation influa sur le sort 
du Pretendant. Toujours est-il qu'abandonne, peu apres, par la 
plupart de ses adherents rifains et meme attaque par eux, il ne 
crut pas pouvoir se maintenir plus longtemps ä Selouan, poste 
cependant assez fort, contre des Arabes. L/ayant abandonne, 
le 5 decembre 1908, avec cinquante fideles, il gagna, par El- 
Baach — Hassi-Berkane et El-Djorb, El-Ai'oun — Sidi-Chillouk (re- 
Milcnce actuelle de Si-Taieb), sur la rive droite de la Moulouya, 
oü il fut, en efTet, signale vers le 20 decembre, puis, rentra au 
Maroc et atteignit, vers les premiers jours de janvier, Taza, oü il 



(1) Le cheikh Chaldy, qui s'^tait rendu ä Fez, lors de l'arrivee dans la presqu'ile 
des Guelaya des comrnissaires cherifiens, vient, parait-il, d'y mourir, si subitemcnt, 
-jur. cette morl aurait pu etre attribuee ä un crime. 



l4 UES ESPAGNOLS AU MUlOC 

reussit ä se refaire, assez vite, une mehalla. Get apparent succes 
causa, sans doute, sa perte. Tout le monde sait, en effet, que, 
trop confiant dans son etoile, le Rogui osa reprendre alors la 
campagne, marcha meme contre Fez, oü son approche provoqua 
une vive panique, obtint encore quelques succes, mais, rejete 
hors de la vallee du Sebou, fut investi par plusieurs colonnes, 
et finit par tomber entre les mains de Mouley-Hafid. La 
trahison y fut-elle pour quelque cjiose? Le fait est considere 
comme probable, par quelques-uns de ceux qui, ayant bien 
connu Bou-Hamara, le croyaient volontiers invincible par des 
forces cherifiennes et voudraient, encore aujourd'hui, douter 
de sa mort. 

Avant meme que le pretendant eüt quitte Selouan et peut-etre 
pour se degager de toute responsabilite relative ä la rigoureuse 
repression de Fincident du mois de septembre, l'autorite supe- 
rieure de Melilla avait ordonne l'arret de tous les travaux de 
mines, ou se rattachant ä leur exploitation, executes en dehors 
des limites de la possession espagnole. La mesure, sans doute 
prudente et qui peut se justifier, ä ce titre, pretait, cependant, 
cn droit, ä la discussion, puisqu'il s'agissait de l'interdiction faite 
par une autorite espagnole ä des societes, ä la verite soumises aux 
lois espagnoles, mais independantes, et qui avaient traite, ä leur 
facon, avec des autorites marocaines, de travailler sur territoire 
marocain. Des reclamations se produisirent, appuyees, un peu 
plus tard, par une tentative hardie (que la resistance des indi- 
genes rendit infructueuse}, faite par le directeur de la Gompagnie 
du Nord Africain pour atteindre les mines, par le territoire alge- 
rien et par Selouan. Finalement, le gouvernement du roi Al- 
phonse XIII, les trouvant fondees, fit notifier aux compagnies 
interessees, — le 7 juin 1909, — qu'elles avaient toute liberte 
pour poursuivre leurs travaux « hors des limites, ä leurs risques 
et perils ». 

Les travaux furent repris, en effet, simultanement, le 11 juin 
et poursuivis, d'abord, sans incidents fächeux. Pourtant, vers le 
25 juin, les ouvriers arrivant au travail, un matin, trouverent la 
voie obstruee et se virent menaces par des indigenes, evidemment 
auteurs de la destruction. Le point oü eile se produisait est situe 
ä 5 kilometres environ de Melilla, en territoire marocain. L'au- 



ORIGINES l>l com LIT A.GTUEL 1 f) 

1 oiit r militaire, «avis^e, y envoya un petit d«3tachement, qui fit 
penverser l'obstacle et reprendre les travaux; rnais on ae pou- 
vait douter qu'une r&istance ouverte sc pr6parat et plusieurs 

oiil affirme, — apr^s 1 Y>\ (MitMiuMit, — l'avoir prevu et predit. 
Ceux-lä ajoutenl qu'une demonstration un pcu energique, füt- 
elle de pure forme, de la garnison de Melilla eüt pu arreter les 
meneurs, comme l< i s avait retenus longtcmps la crainte des seve- 
rit es du Rogui; l'exactitude de cette Hypothese echappe ä toüte 
appreciation. 

Ce qui, par contre, est exact et trop certain, c'est que, le 9 juillet, 
vers 8 h 30 du matin, alors que les equipes des deux compagnies, 
t[iii s'efforcaient de se maintenir ä la meme hauteur (la compa- 
gnie du Kif ayant laisse, dans ce but, quelques lacunes), se virent 
assaillics brusquement par un gros d'indigenes armes, qui, con- 
centrant leur attaque sur les ouvriers de la compagnie espagnole, 
eurent vite fait d'en tuer quatre et d'en blosser plusieurs autres. 
Secourus, aussilot, par leurs camarades de la compagnie dite 
francaise, qui disposaient d'un train de ballast, les hommes de 
lautre compagnie, abandonnant provisoirement leurs morts, s'en- 
jerent sur les plates-formes et furent ramenes, vers 9 heures 
du matin, au poste de THippodrome, voisin des limites, oü leur 
debarquement produisit une emotion qu'on peut deviner. 

Cedant ä cette emotion et obeissant ä un sentiment qui com- 
mande l'estime, s'il doit etre bläme comme ayant entraine un 
(leplacement des responsabilites, 1'ofTicier commandant le poste 
requisibionna le train, sans attendre d'ordres et se fit ramener sur 
lelieu de l'attentat, avec deux compagnies d'infanterie jumelees 
«'ii une seule. II y fut rejoint, une heure apres, par le general de 
division don Jose Marina, gouverneur de la place, qui, utilisant un 
second train de la meme compagnie, avait suivi le mouvement, ä 
latete d<- toutes les troupes disponibles de la garnison. C'est vers 
1»' < inquieme kilometre du chemin de fer, — ä 8 kilometres de la 
Place, — que la compagnie avancee s'etait heurtee aux indigenes, 
avec qui eile avait engage une vive fusillade. L'entree en ligne 
de la colonne permit d'avoir, enfin, raison de leur resistance et 
de les rejeter dans la montagne, oü le gouverneur les fit poursuivre 
jusqu'aux points de Sidi-Moussa, de Si-Ahmed-el-Hadj et de 
rAtalayoun, qui allaient devenir, des ce jour, les postes avances 



1 G LES ESPAGNOLS AU MAROC 

de la defense, face au sud et au sud-ouest. Le general gouverneur, 
de sa personne, avait choisi de marcher sur Si-Ahmed-el-Hadj, 
— poste d'honneur, parce que le plus avance et le plus dan- 
gereux, — oü il resta neuf jours entiers, avant de venir relever 
son adjoint, le general de brigade del Real, du gouvernement 
provisoire de Melilla qui lui avait incombe, en son absence. 

La s'arrete Phistoire resumee, des origines du conflit actuel. 
Elle prouve qu'il s'agit, exclusivement, d'actes de brigandage 
exerces, en grandes bandes, contre des sujets ou proteges espa- 
gnols, par des populations qui echappent ä toute autorite, — 
car les demonstrations consecutives de soumission envers le 
makhzen, faites par les Rifains, sont sans portee pratique, — et 
qu'ils rentrent dans la categorie des incidents de frontiere qu'il 
appartient ä TEspagne de regier ä son gre, en vertu du droit de 
police qui lui appartient, comme ä nous. L/action militaire, 
dont nous ne tarderons pas ä etudier le fonctionnement, etait 
donc pleinement justifiee par les circonstances et echappe, non 
seulement ä toute critique de principe, mais ä toute discussion. 

Quant ä la question des responsabilites, s'il est indiscutable 
que les travaux poursuivis par les deux compagnies minieres, — 
travaux qui ont, du reste, en deux ans, transforme Melilla et 
ses abords, en y introduisant la vie, — ont ete la cause originelle 
du conflit, il serait aussi injuste qu'odieux d'admettre, comme on 
Ta imprudemment et, sans doute, inconsciemment ecrit (mais 
comme Tont repete, publiquement, en debarquant ä Melilla, 
quelques pauvres diables, emus de se voir appeles ä poursuivre 
cette campagne malheureusement commencee), qu'ils aient ete 
sacrifies aux interets personnels de speculateurs et de financiers. 

Ge qui est vrai, c'est que TEspagne s'est honoree en n'hesitant 
pas ä assurer sa protection effective ä des ceuvres de civilisation 
entreprises sous son drapeau et en decidant de remplir, tout 
entier, le devoir qui lui incombait de ce chef, bien que le moment 
de la crise eüt devance les previsions et que Tinsuffisance de la 
preparation militaire düt rendre la repression plus lente et plus 
onereuse. 




& <s 



. 



i i rHEATRE DES OPKK.VTIONS 



C> LE THEÄTRE DES OPERATIONS 

Avant d'aborder la description du theätre des Operations de 
la campagne de 1909, il convient de faire observer que c/est ä 
torl (ju'il esl conside>e par la plupart des publicistes comme 
appartenant au Rif. En realite, le Rif est le district allonge, 
oocupe* par une serie de hautes cretes rocheuses, etagees, d'une 
altitude d^passant quelquefois 2.000 metres, qui s'etend, en bor- 
dure de la Mediterranee, sur une longueur approximative de 
140 kilometres et sur une profondeur d'environ 70, ä partir de 
l'embouehure de l'oued Tetouan et qui finit ä l'embouehure de 
l'oued Kert (1). 

Tout au plus (et c'est ce qu'on a fait, iei-meme, pour eviter 
de heurter un usage que les evenements actuels ont contribue ä 
etablir), p<>ut-on admettre que le theätre des Operations, qui 
comprend seulement la presqu'ile des Guelaya, prolongee, ä Test, 
par li>> plaines d'El-Areg et d'Arkemann, jusqu'ä Tembouchure 
de la Moulouya, constitue le Rif Oriental. Encore faut-il ajouter 
que n'appartiennent au Rif, d'aucunc facon, la chaine ni les 
liilni> (]«•> Kebdana, non plus que le desert de Graret et les 
plaines littorales oü nomadisent les Ouled-Settout. 

( )n remarquera, d'ailleurs, ä l'appui de ces observations, qu'au 
Ih'ii de se prolonger, de l'ouest ä Test, parallelement au littoral, 
comme les chalnes du Rif, la presqu'ile projette, au nord, perpen- 
dioulairement ä cette direction, sa crete, d'un relief aecuse, qui 
B€ Pyramide, sur une longueur d'une quarantaine de kilometivs, 
en quatre massifs, Je mont Youksen, le plateau de Tazoudja, le 
mont Gourougou et le djebel Ouark, pour se terminer, peu apres, 
,iu cap des Trois-Fourches. 

Bien que le fächeux traite de 1845 fasse partir de l'embouehure 
de l'oued Kiss, dans la baie d'Adjeroud, notre frontiere algöro- 



(1) Ce sont les limites indiquees, d'apres Duveyrier, par MM. de Lamartiniere et 
Lacroix; c'est aussi, pour ce qui concerne la limite est, celle qu'adoptö M. II. Lorin, 
dans sa belle etude sur YAfrique du Nord, oü 11 denomme l'oued Kert « le fosse 
oriental du Rif ». 

LfcS OPA0OU .u- KAI •> 



l8 LKS ESPAGNOLS AU MAROC 

marocaine, on peut, depuis que les evenements de 1907 ont permis 
de redresser Ferreur commise par nos plenipotentiaires, dire que 
notre frontiere militaire est, aujourd'hui, constituee par la Mou- 
louya. Ce fleuve, qui, dejä, separait, sous les Romains, les deux 
Mauritanies, apres avoir fait frontiere entre les Etats de Bocchus 
et ceux de Jugurtha, a continue, longtemps encore apres Finvasion 
arabe, ä servir de limite entre les royaumes musulmans de Fez et 
de Tlemcen. C'est egalement lui qui, depuis les arrangements de 
1904, separe, en ce qui concerne le littoral maritime, la zone 
d'influence espagnole de celle reservee ä Faction de la France, 
dans l'Afrique du nord-ouest. 

La Moulouya, dont le cours, relativement important pour un 
fleuve algerien, parait ne pas etre inferieur ä 500 kilometres et 
dont le debit s'eleve, en hiver, jusqu'ä 800 metres cubes par 
seconde, avec un plan d'eau de 200 metres, pour retomber, il est 
vrai, en ete, ä 20 metres cubes, avec une largeur de 20 metres et 
une profondeur de 1 metre (1), court ä travers une plaine gene- 
ralement inculte, mais susceptible d'etre fertilisee. Sa pente gene- 
rale, au nord-est, est relativement rapide. Son lit, peu encaisse, 
n'est encore franchi par aucun pont; mais des gues assez nom- 
breux, dont le plus bas n'est qu'ä 4 ou 5 kilometres de la mer, 
etablissent entre ses rives des Communications relativement 
aisees. 

Selon le P. de Foucault, la largeur de la plaine qu'arrose la 
Moulouya, apres qu'elle est sortie des hautes gorges de l'Atlas, 
est de 16 ä 18 kilometres, ä ^1-Bridja et de 32 kilometres, ä Misour. 
Apres avoir ensuite traverse plusieurs gorges etroites, la vallec 
fmit par s'epanouir, en approchant la mer, pour former, sur la 
rive droite, la haute et double plaine des Angad et des Trifas, 
que separe (avec un relief de 1.300 ä 1.400 metres) le massif des 
Beni-Snassen et, sur la rive gauche, Celles de Graret et d'El-Areg 
dont Pextremite Orientale est commandee (de 800 ä 900 metres) 
par la chaine des Kebdana. 

Les deux groupes montagneux des Beni-Snassen et des Kebdana 
sont Orientes du sud-ouest au nord-est, comme toutes les chaines 
du Systeme orographique de l'Afrique du Nord. On sait que, 



(1) D'apr£s la Geographie generale du Maroc, de M. Joseph Canal. 



LK THEATRE DES OPERATIONS I () 

tandis que I«' premier marque, comme une puissante borne, le 
terminus de l'occupation francaise sur la basse Moulouya, celle 
des Kebdana, donl les Espagnols onl facilement obtenu la sou- 
mission, au commencemeiri de septembre 1909, parait appelee ä 
jouer le meme röle, en ce qui concerne l'action militaire de nos 
voisins sur la rive gauche du fleuve. 

La Moulouya se jette dans la Mediterranee, un peu ä lest de 
Cap de l'Eau, en face et äenviron 4 kilometres des iles Zaffarines. 
Une ancienne casbah qui couronne le cap a ete occupee par les 
Espagnols, au printemps de 1908, en remplacement de la garnison 
marocaine, delaissee par le makhzen et qui s'est laisse rapatrier 
(par Melilla), alors qu'elle etait ä la veille de mourir de faim. 
Quant aux iles, que les occupants francais de l'Algerie avaient 
dedaignees, bien ä tort, leur preferant l'ilot de Rachgoun, dont 
nous navous jamais su rien faire, elles ont ete, en 1849 (au mo- 
ment oü, parait -il, le gouvernement francais commen^ait ä s'y 
interesser), occupees par les Espagnols, qui y ont etabli un nou- 
veau preside. L'absence de tout autre bon mouillage, avanl 
Mers-el-Kebir, le long de cette cöte sans ports, donne une certaine 
valeur ä ce groupe d'iles, qu'on pense maintenant ä reunir par 
des onrochements, pour en former, non seulement un abri mari- 
time eventuel, mais encore un point d'atterrissage commercial, 
qui serait avantageusement place, en face et si pres du debouche 
de la Moulouya. 

C'esl de retablissement de Cap de TEau qu'etait partie, le 
*J<) aoül dernier, sous les ordres du colonel (depuis general) Larrea, 
uuf premidre colonne d'observation, qui recut quelques coups 
de fusil en ti'aversant les monts Kebdana. La meme Operation 
reprise, le 3 septembre, par le meme officier, avec des forces un 
peu superieures ei appuyee par la brigade du general Aguilera, 
qui battait, en meme temps, la plaine d'El-Areg, en procedant 
ä quelques executions, ne rencontra aucune Opposition. Les 
Boumissions qu'obtint la colonne espagnole furent nombreuses 
et peuvent etre jugees relativement completes; on n'a, en effet, 
signale aucun groupe important de Kebdana parmi la petite 
liaika qui a fait le jeu devant les troupes, pendant les Operations 
qui ont amene l'occupation de Nador et celle de Selouan (25 et 
-7 >eptembre). 



20 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

La cöte, ä mesure qu'on s'eloigne de Gap de FEau pour marcher, 
au nord-ouest, vers Melilla, se presente sous Faspect de dunes 
basses, ravinees, couvertes d'une maigre Vegetation epineuse et 
oü surgissent, par places, de petites eminences rocheuses. La 
premiere rencontree, dite Ras Quiniane, a du au voisinage de 
quelques bons puits d'etre utilisee comme lieu de campement 
par la l re brigade de la l re division (general Orozco), quand le 
reste de cette division vint s'etablir ä Souk-el-Arba, distant de 
6 ou 7 kilometres et oü Feau est rare et mauvaise. G'est de ces 
deux camps qu'est partie la division Orozco pour se porter, les 
20 et 24 septembre, aux puits d'Aograz et operer contre Nador 
et Selouan. 

Plus ä Fouest, sur un autre renflement de la dune, mais avec 
Pavantage du voisinage d'un petit havre maritime, correspon- 
dant egalement ä une baie de la Mar-Chica, est la Restinga, point 
de stationnement d'un petit detachement espagnol, etabli en 
meme temps que celui de Gap de TEau, pour maintenir la posses- 
sion de Tisthme et les liaisons de ce poste avec Melilla. Pendant 
l'occupation de Souk-el-Arba par la division Orozco, l'adminis- 
tration militaire avait etabli ä la Restinga d'importants magasins 
et la boulangerie de campagne; le parc aerostatique y fit, d'autre 
part, une longue Station. 

La Restinga fut, anterieurement, le siege d'un petit etablisse- 
ment commercial, cree, avec Fagrement du Rogui et, peut-etre, 
de compte ä demi avec lui, par quelques Europeens. Exposes, 
sans protection possible, aux coups de Fartillerie de deux vieux 
paquebots (le Turki et le Saidie), affretes par le makhzen pour 
combattre le Pretendant et n'ayant rencontre de soutien, ni chez 
les Francais, ni chez les Espagnols, les fondateurs de Fetablisse- 
ment durent bientöt ceder la place, qu'occupa aussitöt un deta- 
chement marocain, dont le sort, d'ailleurs, ne fut pas meilleur 
que celui de la garnison de Cap de FEau. Aussi, fut-il, dans les 
memes conditions et en meme temps (12 mars 1908), releve par 
un detachement espagnol et rapatrie, par mer. 

A partir de la Restinga et jusqu'aux abords de Melilla regne, 
sans interruption, la langue de sable et de cailloux qui separe la 
mer de la Mar-Chica. Cet isthme, d'une largeur moyenne de 
500 metres, est praticable aux troupes et aux voitures moyenne- 



LA THEATRE DES OPERATIONS 8 i 

menl chargöes; ollo a mime pu §1 re uf ilisöe par le gäneral Marina, 
avec une legere voiture automobile. 

La lagune que borde l'isthme, sur environ 25 kilometrcs de 
longueur, est comparable, comme aspect et comme etendue, aux 
gtangs de notre littoral mediterraneen; les Espagnols parlent d'en 
faire une autre Bizerte. Selon Duveyrier et selon toutes les appa- 
rences, la Mar-Chica est le peste d'une ancienne baie maritime, 
large encore de 5 ä 6 kilometres, que des convulsions sismiques 
Buccessives ont separee de la mer. Une communication, acces- 
sible ä de grosses barques, qui avait dejä ete obstruee, en partie, 
par im tremblement de terre, en 1894, a ete entierement fermee, 
il y a quatre ans ä peine, par une cause probablement semblable; 
les denivellations qui subsistent et qui sont, dejä, recouvertes par 
la dune, la placent ä l'extremite nord-ouest de la lagune. 

La Mar-Chica est divisee en deux parties, l'une, plus large, mais 
moins profonde, au nord, dit El-Djezireh, l'autre, au sud, separee 
en partie de la premiere, par le cap de TAtalayoun, ayant de plus 
grands fonds et dite Sekkha-de-Bou-Erg (ou Bou-Areg), comme 
la plaine qu'elle baigne. Le regime de ses eaux est assez variable; 
celles-ci ont baisse sensiblement, ä cause de Tenorme evaporation, 
<lc])iiis que la lagune ne recoit plus que par infiltration un certain 
apport d'eau de la mer. Son niveau actuel est inferieur d'un peu 
plus de 2 metres (2 m 35, dit-on) ä celui de la Mediterranee. 

Des etudes avaient ete entreprises, au debut du conflit actuel, 
pour rou\rir, par des dragages rapidement executes, la commu- 
nication maritime, de facon ä permettre l'organisation d'un Ser- 
vice de transport par voie d'eau, pour le ravitaillement d'une 
partie des troupes. Ges etudes ayant fait ressortir rutilite, 
pour eviter un seuil rocheux, surgi, semble-t-il, lors des trem- 
blements de terre et la necessite, ä cause des faibles fonds, 
de »reuser un chenal de plus de 900 metres de longueur, on a 
renonce aux moyens expeditifs et entrepris un travail metho- 
dique, qu'on croit de\oir durer dix ou douze mois. II apparait, 
des lors, avec evidence, que l'operation n'a plus de but militaire 
immediat et qu'il s'agit de Famorce d'une transformation ofFrant 
un interet mi-politique, mi-commercial. 

On travaille, <m effet, dans l'espoir d'un actif developpement 
du commerce de la region, en vue d'ouvrir la lagune au petit 



22 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

cabotage, pour augmenter les points de contact avec les indi- 
genes et reduire leurs transports ; il semblerait, pour cela, devoir 
suffire de faciliter suflisamment rintroduction des eaux de la mer 
dans la lagune afin d'obtenir l'egalite de niveau. En poussant 
davantage, ensuite, le creusement du canal de communication, on 
pense qu'en raison des grands fonds (7 ä 8 metres) qu'on trouve en 
quelques points, on pourrait faire, ulterieurement, penetrer dans 
la lagune des paquebots de moyen tonnage. Enfin, on envisage 
comme une Solution possible de Favenir Fetablissement, sur la 
Mar-Chica, d'un port et d'un arsenal, dont un fort, construit sur 
le mamelon de FAtalayoun, assurerait efficacement la defense. 

En attendant la realisation, peut-etre lointaine, de ces espe- 
rances, on a opere, vite et bien, sans menager les depenses, enre- 
liant la place de Melilla h la lagune par une voie ferree provisoire 
et en poussant cette voie, par un wharf de 450 metres, dans les 
eaux de la Mar-Chica, pour atteindre les fonds de 2 metres. En 
meme temps, on reussissait ä faire trainer, ä travers Fisthme, par 
une depression demi-artificielle qui regne au pied sud de la Res- 
tinga, plusieurs remorqueurs ä vapeur, un certain nombre de 
grosses barques et jusqu'ä une petite canonniere de guerre, qui 
ont pu, ä partir de la fin de septembre, participer utilement au ravi- 
taillement des troupes engagees vers Nador et Selouan et aider 
au service des evacuations. Quoique la tournure prise, depuis 
lors, par les Operations oit rendu cette Organisation moins efficace 
qu'on ne l'avait prevu (lorsqu'on pensait ä pousser la majeure 
partie du corps expeditionnaire, par Souk-el-Arba, vers Selouan), 
Feffort accompli n'aura pas ete inutile et ne parait pas sans avenir. 

A partir de Tancienne communication maritime, dite la Bocana, 
regne, sur 3 ou 4 kilometres, le long de la mer, une plage de 
sable fin, dite de San-Lorenzo, qui decrit une courbe gracieuse 
pour aboutir au rocher, d'un brusque ralief d'environ 30 me- 
tre?, sur lequel sont bäties la ville et la citadelle historiques de 
Melilla. Au pied du rocher, toujours couronne par ses tours et 
ses hautes murailles du seizieme siecle, s'etendent de beaux 
faubourgs, bien plantes, qui se sont assez largement developpes, 
depuis peu d'annees, pour remplir, presque entierement, du cöte 
du nord, l'espace libre (de 2 ä 3 kilometres) qui separe la vieille 
ville d( la ceinture de ses forts exterieurs. 




o — 

O Q 



4) .j^ 



LH THBATRE DBS OPERATIONS 20 

ux-ci, au nombre de huit, saus parier des ouvrages secon- 
daires, s'ätendent, sur une double Ligne, en demi-cercle, au nord 
de h« place, ä bravers im plateau oiamelonne qui la commande 
de 80 ä 100 m&tres. Ges fort s, casematös et entoure*s de fossös 
revetus 3 semblenl assez solides et, quoique d'un mödöle im peu 
Miraimt' 1 . doivent largement suffiro ä assurer la securite de la 
place. Cette securite fut serieusement troublee, cependant, par les 
6v6nements du debut de la campagne et ne fut retablie que 
par l'etablissement, dans les intervalles des ouvrages, de camps 
entoures de defenses accessoires, qui n'ont jamais ete serieuse- 
ment attaques. 

Melilla, sur son rocher, occupe environ le milieu de la cöte est 
de la presqu'ile. Son port, vaste et d'apparence engageante, mais 
qui manque de fond dans la partie oü il est reellement bien abrite, 
n Vst en realite qu'une medioere rade foraine, battue de facon dan- 
gereuse par les vents d'entre est et nord. Des travaux importants 
entrepris assez recemment doivent, s'ils sont poursuivis, doter 
Mflilla d'un vrai port, par la creation d'un grand möle et des ins- 
tallations correspondantes; quoi qu'en disent les partisans de 
Tadaptation maritime de la Mar-Chica et de la rade des Zaffa- 
rines, on pense que la Solution tendant ä maintenir l'etablissement 
prineipal, ä Melilla meme est la plus rationnelle et devra etre la 
plus feconde. 

L'attention du voyageur qui mouille, en rade de Melilla, d'abord 
frappee par l'aspect severe de la ceinture de forts, fortins et bat- 
teries qui dominent de si pres la place, est bientöt attiree par 
un massif montagneux, eleve, qui barre, ä courte distance, tout 
l'horizor de l'oues! ; ce massif, qui n'est autre que le Gourougou, 
est lui-meme domine par deux pics, — le Besbel et le Kolla, — 
hauts de 850 ä 950 metres. Entre la limite sud de la possession 
espagnole et Nador, les pentes orientales de ce massif, formees 
de hauts escarpements qui s'appuient eux-memes sur d'abruptes 
assises rocheuses, ne laissent, entre elles et le littoral de la mer 
«Mi de la lagune, qu'un defile, large ä peine, en certains endroits, 
de quelques centaines de metres. G'est quelque chose de tout a 
l;iit mmparable aux Thermopyles grecques, avec la difference, 
compensee du reste, par l'enorme aecroissement dans la portee 
des armes, que les Tlu'rmopyles marocaines sont larges de plus 



l!\ LES ESPAGNOLS AU MAROC 

du double de Celles oü s'illustrerent Leonidas et ses compa- 
gnons. 

Vers le milieu du defile, all kilometres de la place et ä environ 
5 kilometres de son extremite sud, s'eleve le piton isole de TAta- 
layoun, dejä mentionne et que baignent, sur presque tout son 
pourtour, les eaux saumätres de la Mar-Chica. C'est la partie la 
plus etroite, sinon la plus abrupte, du passage; les voies ferrees 
des deux entreprises minieres y voisinent, ä se toucher, sur 5 kilo- 
metres environ de longueur, jusqu'aux abords de Nador. Nador 
lui-meme est un gros et beau village marocain, attache au flanc 
oriental d'une haute colline ä deux sommets, denommes lesTetas 
(Mamelles) de Nador et qu'entourent des jardins et vergers 
bien cultives. 

Puis, s'ouvre brusquement la plaine d'El-Erg, ou El-Areg, dans 
laquelle debouche, venant directement de l'ouest, la large vallee 
de l'oued Youksen ou Rio del Cavallo, qui descend en pente douce 
du col d'Alslatten et d'autres passages secondaires conduisant 
ä l'oued Kert et ä la cöte ouest. C'est par cette vallee, comme on le 
verra, que s'est execute le mouvement decisif, malheureusement 
tardif et non dispute, qui a assure au corps expeditionnaire la fin 
de ses peines, tout au moins, Theureuse terminaison de la cam- 
pagne actuelle. 

La plaine d'El-Areg s'eleve, aussitöt apres le passage du Rio del 
Cavallo, en rides successives, mais assez peu sensibles, vers le sud 
et le sud-ouest, pour devenir, en approchant de Selouan et plus 
loin au sud, le desert de Graret. Vers le milieu de cette plaine, 
qui parait ä peu pres plate et un peu ä Test de la piste condui- 
sant, droit au sud, sur Selouan, s'eleve un grand tumulus isole, 
que les Marocains nomment Taouima. Ge point fut occupe, le 
25 septembre, par le general Orozco, dans sa marche d'El-Aograz 
sur Nador, pour couvrir ses colonnes contre une attaque even- 
tuelle venant de Selouan. 

Selouan se compose essentiellement de la Casbah, ancienne resi- 
dence du Rogui, de la Koubba de Sidi Ali el Hassani, distante 
de 1.200 ä 1.500 metres et en aval, sur la rive gauche de l'oued 
Selouan, et de hameaux, entoures de beaux jardins, situes entre 
la casbah et le dernier contrefort du massif d'Youksen, de- 
nomme' Bou-Guen-Zein, qui la domine, ä 2 ou 3 kilometres de 



LE THEATIIE DES OPERATIONS 20 

distance. La casbah elle-mome forme un rectangle, de 130 sur 

tnetres de cöte. Ses faces longues sont flanquees de douze 

tours carrees, orientees est-ouest, d'une hauteur de 6 ä 7 rndtres; 

les autrea faces en portent dix. La face sud est bordee par l'oued 
Selouan, riviere k hautes berges et ä courant ä peu pres continu, 
qui alimente un moulin et dont une derivation arrose l'inte- 
pieur de la casbah; celle-ci s'ouvre par une seule porte, faisant 
face au nord. 

La position de la casbah, malgre qu'elle soit commandee d'un 
peu pres, est importante, tant ä cause de son isolement et de la 
puissance de ses murs que parce qu'elle tient presque toutes les 
routes peliant la presqu'ile des Guelaya ä la Moulouya et aux prin- 
cipales directions du sud. La casbah meme, que le Rogui avait 
reparee vaille que vaille, a ete ruinee, apres sa fuite, par ses an- 
ciens administres; eile est, toutefois, facilement reparable. 

De la topographie, encore mal connue, de Tarete orogra- 
phique de la presqu'ile, entre Selouan et l'extremite nord du 
Gourougou, on dira seulement ce qu'en savait Tetat-major avant 
lhriireuse Operation du 26 novembre, c'est que des pistes indi- 
genes, tres frequentees, conduisent, par le nord et par le sud du 
mont Youksen, ä la vallee de Toued Kert et ä la piste dite des 
Beni-Said, qui longe la cöte ouest. On sait, egalement, d'apres 
certains renseignements (qu'un vaste Systeme de reconnaissances 
recemment inaugure a confirmes), qu'une autre piste conduit di- 
pectement, des abords de Melilla au col d'Alslatten, par le bar- 
ranco del Lobo, c'est-ä-dire, par le travers du Gourougou. 

Au nord de Melilla, pour revenir ä cette partie de la presqu'ile, 
dont il n'a pas encore ete parle, s'etend, immediatement au-dessus 
de la place, unplateau pierreux et d'abord tout ä fait inculte, qui 
s'eleve, en s'approchant du nord, pour se pyramider, sous le nom 
de djebel Ouark, non loin du cap des Trois-Fourches. Ge plateau, 
dans sa partie sud-ouest, oü il se raecorde aux pentes nord du 
Gourougou, est fortement decoupe par de profonds ravins, dont 
le prineipal est celui du Rio de Oro, qui se jette dans la baic de 
Melilla et par de nombreux arroyos affluents, qui se sont ereusö 
des lits profonds, ä berges e^carpees, quiggnenl fori les commu- 
[ücations t ransversali 

Sur la pive droite du Rio de Oro, tenanl la poute qui conduit, par 



2 6 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

le nord du Gourougou, ä la cöte ouest de la presqu'ile et surveil- 
lant les pentes memes de la montagne, moins abruptes de ce cöte, 
a ete etablie, le 22 septembre, au Souk el Had ou Marche du di- 
manche des Beni-Sicar, la 2 e division (general Sotomayor), qui, 
bien que defendue par les hautes berges dont on vient de parier, 
y a subi plusieurs violentes attaques. En face, sur la rive gauche 
du mome cours d'eau, est situe un autre camp, dit de Hidoun, 
occupe dejä, par la division de chasseurs (general Tovar), apres 
les combats des 20 et 22 septembre, momentanement abandonne 
ensuite et reoccupe, au commencement de novembre. 

Gräce ä ces mouvements et ä ceux de colonnes secondaires qui 
ont pousse jusqu'au djebel Ouark et jusqu'au cap des Trois- 
Fourches (oü un phare provisoire a meme ete etabli), la topo- 
graphie de cette partie du terrain est un peu mieux connue. On 
y a trouve des villages nombreux, ressemblant ä nos villages 
kabyles, mais plus riches, plus populeux et entoures de jardins 
mieux cultives. Ces villages, souvent tres rapproches, n'occupent 
pas seulement les points hauts et il s'en trouve aussi dans les 
vallees. Tous sont entoures d'innombrables murs etages, en pierres 
seches, qui, bien que n'ayant pas ete faits pour la defense, mais 
afm surtout d'expurger les terrains de culture, offrent cependant 
d'excellents points d'appui aux combattants marocains et ont 
toujours ete admirablement utilises par eux. 

Le climat de la region est moins penible ä supporter, bien 
que les premiers mois de Tete y soient tres chauds, que ceux des 
cantons correspondants de l'Algerie, parce que de larges brises 
venant de TAtlantique y entretiennent, ordinairement, une assez 
grande fraicheur. II y pleut, d'autre part, rarement ; ce qui avait 
donne ä penser au commandement que la troupe pourrait y sup- 
porter, sans trop en souffrir, des stationnements prolonges, au 
bivouac. En fait, l'automne 1909 ayant ete exceptionnellement 
humide, le calcul ne s'est pas trouve exact; Tetat sanitaire en a 
souffert et les Operations ont, depuis lors, ete genees (les Espagnols 
ne possedant pas la tente-abri), par la preoccupation d'eloigner 
les hommes, le moins possible, des camps demi-permanents oü 
ils vivent, ordinairement, sous la grande tente. 



LES FORCES OPPOSKES 



D^ LES FORCES OPPOSEES 

Lorsque, le 9 juillet 1909, au matin, se produisit, inopinement, 
l'assassinal des ouvriers de la Conipagnic des mines du Rif, il y 
avait, a Melilla, comme garnison permanente, sous les ordres d'un 
general de division, qui portait le titre de « gouverneur militaire 
de Melilla et des petites places d'Afrique » : 

2 regiments d'infanterie ä trois bataillons (59 e et 68 e regiments 
dits de Melilla et d'Afrique); 

1 bataillon disciplinaire (reduit ä deux compagnies); 

1 eseadron de chasseurs de Melilla; 

1 groupe mixte de quatre batteries de campagne et de mon- 
fcagne (d'anciens modeles); 

1 eompagnie de mer (marins faisant le service ä terre); 

1 eompagnie du genie; 

1 section d'administration; 

1 section sanitaire (sans parc). 

Cet ensemble representait, normalement, une force d'environ 
5.000 hommes, et le soin avec lequel, au printemps precedent, 
avait ete faite la releve des liberables permet de penser que le 
chiffre de 6.000 rationnaires n'etait pas loin d'etre atteint, 
sinon meme depasse. Cependant, si on songe qu'il en faut effec- 
tivement deduire les garnisons des « petites places » (le Penon, 
Alhucemas, les Zaffarines, la Restinga et Cap de l'Eau), chaeune, 
er general, de la force d'une eompagnie et si on y ajoute les 
indisponibles ei les employe^, toujours nombreux dans im centre 
colonial, on doit penser que 1'efTectif combattant present dans 
la place ne depassait pas beaueoup, en realite, 5.000 hommes. 

C'est ä la tete du gros de ces forces, appelees aux armes, 
lorsqu'on oonnut l'arrivee du train ramenant les ouvriers et qui 
se reunirent, d'abord, a l'Hippodrome (ä Textremite sud de la 
possession), que se porta vers le lieu de Tattentat le general 
Marina, precede lui-meme, comme on sait, d'une eompagnie 
d'avant-garde partie en chemin de fer. C'est egalement sur elles 
que, dans l'apres-midi de ce jour, ({uand la marche du combat 
«Mit permis ä l'attaque de progresser s^rieusement, furenl pr61eve*s 



28 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

les detachements, - — au total, 10 compagnies d'infanterie et 
2 sections d'artillerie, — envoyes en avant-postes, sur l'ordre 
du gouverneur (qui garda pour lui-meme le commandement de 
Tensemble), sur le piton de TAtalayoun et sur les hauteurs de 
Si Ahmed el Hadj et de Sidi Moussa. Le reste des troupes, — 
10 compagnies d'infanterie, 1 escadron, 1 ou 2 batteries et le 
reliquat des Services, — fut ramene dans la place par le general 
del Real, adjoint au gouverneur et parut alors suffire, ä peine, 
ä faire face aux besoins. 

L'emotion temoignee ä ce sujet par la population (emotion 
qu'il ne faut pas exagerer, mais qu'on ne saurait nier, car eile fut 
reelle et ä peu pres generale) et sans doute aussi le fait qu'une 
mobilisation eventuelle avait ete preparee, ä Madrid, en prevision 
de complications marocaines, expliquent la rapidite avec laquelle 
furent, successivement et dans l'ordre indique ci-apres, mobili- 
sees, ä destination de Melilla, les trois brigades de chasseurs ä six 
bataillons que compte Farmee metropolitaine espagnole, savoir : 

La brigade de Barcelone (3 e brigade), le 11 juillet; 

La brigade de Madrid (l re brigade), le 18 juillet; 

La brigade d'Algesiras (2 e brigade), le 25 juillet. 

Malgre des difficultes d'ordre interieur dont on ne veut parier 
que pour dire qu'il est ä l'eloge des autorites politiques et mili- 
taires espagnoles qu'elles ne les aient pas arretees, ni meme 
retardees, dans l'execution d'un devoir devenu particulierement 
penible, la mobilisation se fit rapidement et les bataillons par- 
tirent, ä l'effectif de 800 hommes. 

Conformement aux prescriptions de la loi de reorganisation de 
l'armee, du 17 juillet 1904, legerement modifiees en vue d'une 
guerre d'Afrique, les trois brigades etaient organisees en forma- 
tions mixtes et dotees chacune de : 

1 groupe de trois batteries de montagne (Krupp 1878); 

1 groupe de deux sections de mitrailleuses ; 

1 escadron de cavalerie ; 

1 compagnie du genie; 

1 compagnie de telegraphistes ; 

1 compagnie d'administration; 

et 1 ambulance (section sanitaire) de montagne ; 

Soit, par brigade, ä peu pres 5.500 hommes. 



LES FORCES OPPOSEES 2g 

Les unes et l< i s autres se trouverent debarqueVs a Mclilla : la 
brigade de Catalogne (Baroelone), le 20 juillet; celle de Gastille 
(Madrid), l« 1 26 juillet et oeUe d'Algesiras (Andalousie), le 2 aoüt, 
ce qui explique ([in* plusieurs bataillons de la premiere et presque 
toua ceux delaseconde aient pu, ä peine debarques, prendre leur 
pari des premiers engagements, notamment, des deux combats 
des 23 e1 27 juillet. A ce propos, on jugera mieux des conditions 
materiellement et physiquement defectueuses dans lesquelles 
soldats, en majorite tres jeunes de Service, durent etre 
engages, si an ajoute que nombre d'entre eux, retardataires ä 
im titre quelconque, se virent, le 27 juillet, conduits directement 
du port au lieu de rassemblement des troupes pourle combat (qui 
etait 1' Hippodrome) et y arriverent porteurs encore des valises 
< i t autres objets personnels dont ils s'etaient, selon Tusage, en- 
combres au depart de la garnison. 

On sait que les deux combats en question, surtout le second, 
furent malheureusement engages et coüterent la vie ä un nombre 
relativement eleve d'omciers (dont le general Pintos, qui com- 
mandait) et d'hommes de troupe. L'ordre de mobiliser la division 
renforeee de Madrid s'ensuivit aussitot (decret du 28 juillet) et les 
Operations de cette mobilisation furent conduites assez vite pour 
que les tmiipes fussent, en totalite, debarquees a Melilla, entre le 
3 e1 le 9 aoüt. 

Cette nouvelle unite, denommee l re division et placee sous 
les ordres du genoral de division don Enrique de Orozco, avait 
recu une composition assez sensiblement difTerente de la forma- 
t i * »ii divisionnaire prevue pour la mobilisation normale et qui fut 
la suivante : 

4 regiments d'infanterie ä deux bataillons de 800 hommes (le 
3 e bataillon ä 400 hommes, formant depöt, dans la metropole); 

1 groupe de deux sections de mitrailleuses; 

1 groupe de trois batteries montees de 75 (du Greusot); 

2 escadrons de cavalerie ; 
2 compagnies du genie; 

1 compagnie d'administration militaire; 
1 compagnie sanitaire. 

Son effectif §tai1 d'environ 8.500 hommes. Les commandants 
des deux brigades etaient les generaux San Martin et Aguilera. 



30 LES ESPAGNOLS AU MAKOG 

Entre temps, diverses formations speciales, qu'il n'est pas sans 
interet d'enumerer, pour prouver avec quelle largesse fut dote le 
corps expeditionnaire, etaient mises ä la disposition du general 
Marina, savoir : 

1 parc mobile d'artillerie (sections de munitions d'infanterie et 
d'artillerie, sur mulets); 

1 compagnie d'aerostation et d'eclairage de campagne (avec 
deux ballons et le parc correspondant); 

1 boulangerie de campagne (ä trois sections); 

2 compagnies d'administration et 1 convoi (muletier) ; 
1 compagnie de sapeurs des chemins de fer; 

1 section de telegraphie sans fil ; 

1 section de Photographie (pour memoire); 

1 section de garde civile (prevöte). 

Plus, 1 section cycliste, d'un emploi apparemment ingrat en ce 
pays et 1 section d'automobilistes, pour la conduite de quelques 
voitures et camions automobiles, en partie offerts par le Roi. 

D'autre part, independamment de la cavalerie attachee aux 
trois brigades de chasseurs, ä la brigade de Melilla et ä la l re divi- 
sion, avaient debarque ä Melilla, le 12 aoüt, trois escadrons du 
regiment de hussards de la Princesse, ce qui avait porte ä neuf 
escadrons le total des unites de cette arme. 

Des le milieu du mois d'aoüt, par consequent, le general don 
Jose Marina, qui venait d'etre appele au commandement en chef 
du corps expeditionnaire, avec le grade de lieutenant-general, dis- 
posait d'un effectif, qui, meme en tenant compte des pertes dejä 
subies, n'etait pas inferieur a 30.000 rationnaires et le depassait 
meme sans doute. 

Le general Marina fit des formations mises ä sa disposition la 
repartition suivante : 

l re Division (general Orozco), sans modifications. 

Division de chasseurs (general Tovar), formee des l re et 2 e bri- 
gades de chasseurs (de Castille et d'Andalousie). 

Troupes non endivisionnees (ä la disposition immediate du 
general en chef) : 

3 Escadrons des hussards de la Princesse ; 
3 e Brigade de chasseurs (general Imaz) ; 

Brigade permanente de Melilla (general del Real), avec son 



LES FORCES OPPOSEES '■>*> I 

groupe d'artillerie permanenl d'anciens modeles (renforce d'une 
bat terie d 75, du Creusot); 

La compagnie d'ae>ostiers. 

Cette premiere Organisation, qui mettail ä la disposition du 
general commandanl l» 1 corps exp^ditionnaire deux divisions 
autonomes, susceptibles d'ltre engagees immediatement, isolees 
ouenliaison, toul en luilaissant deux brigades non endivisionnees, 
p res que egalement disponibles, repondait, semble-t-il, ä la con 
oeption d'operations limitees ä la presqu'ile proprement dite. 
Ces Operations, comportant sans doute l'abordage direct du 
Gourougou et de ses contreforts, par des colonnes, ä court rayon 
d'action, prenant leur point d'appui ec leur base de ravitail- 
lement ä Melilla meme, qu'elles continueraient ainsi ä couvrir, 
n'exigeaient pas, en effet, d'effectifs superieurs ä ceux qui se 
trouvaient alors reunis; et on comprend, d'autre part, que 
l'administration militaire superieure ait cru pouvoir, dans ces 
conditions, eviter d'y adjoindre d'importants Services generaux 
d'administration et de sante. 

Pour des raisons qu'on peut soupconner et auxquelles ne fut 
certainement pas etranger le douloureux souvenir, exagere encore 
par lopinion, des pertes subies les 23 et 27 juillet, cette concep- 
tion ne fut pas maintenue et Ton vit bientöt predominer le sen- 
timent qu'il en coüterait moins d'investir la presqu'ile, de facon 
ä menacer les Communications des Guelaya, que d'attaquer 
ceux-ci dans leurs montagnes e1 de les y soumettre de vive 
Force; d'oü, l'idee de manoeuvrer, par 1<> sud de la Mar-Chica et 
par Selouan. II y devait seulement falloir plus de troupes, ce 
qui correspondait ä la consigne, plus ou moins explicitement 
dunnee, de ne pas epargner l'argent ni le temps et de ne se mon- 
trer menager que de la vie des hommes. 

De lä, la decision prise de renforcer le corps expeditionnaire 
d'une autre division, dont l'organisation, du reste, etait deja 
prevue et donl le chef designe etait le general Sotomayor. Mais il 
eüt fallu aussi, ce ä quoi on semble n'avoir pas songe, tirer la 
< onsequence de ce changement de Systeme, qui devait doubler ou 
tripler la longueur des lignes de communication et cette Omis- 
sion, comme on le verra, devait assez lourdement peser sur la 
suitc de la • ■ampagne. 



02 LES ESPAGNOLS AU JYIAROC 

Quoi qu'il en fut, la 2 e division, aussitöt mobilisee (ce qui prit 
cependant plusieurs semaines), fut mise en route de facon que 
son debarquement ä Melilla füt entierement termine, avant 
le 15 septembre. Cette division etait composee comme la l re 
(8 bataillons d'infanterie, 2 escadrons de cavalerie, 1 groupe de 
trois batteries montees, du Greusot. auxquelles furent adjoints 
1 batterie de montagne, 2 compagnies du genie et les Services 
correspondants) soit, au total, 8,000 ä 8.500 hommes. 

D'oü il suit, si Ton ajoute la garnison permanente aux troupes 
debarquees, que le corps expeditionnaire, entierement constitue 
des lors sur ses bases definitives, — moins, cependant, la brigade 
Garbo, ä quatre bataillons et les escadrons de cavalerie, qui 
devaient venir encore s'y ajouter, avant la mi-octobre, — presen- 
tait, le 15 septembre, un effectif voisin de 40.000 hommes, chiffre 
qui concorde avec les declarations officielles faites, ä la meme 
date, ä Madrid et d'apres Jesquelles Feffectif reuni ä Melilla 
(pertes non deduites), etait de 42.000 hommes. 

Les impressions recueillies, au cours du debarquement de 
la division Sotomayor, furent tres favorables, tant au point de 
vue du calme qui presidait aux Operations et de l'ordre relatif 
qu'onreussissait a maintenir sur le quai, unique et singulierement 
etroit, qui servait ä l'accostage des chalands que de la qualite du 
materiel et des animaux debarques. Gette Observation s'applique, 
non seulement aux chevaux des batteries de campagne, qui ont 
paru, par le modele, comme par le sang, superieurs ä la plupart 
de ceux que pourraient presenter la plupart de nos regiments, 
mais encore aux mulets de l'artillerie de montagne et des parcs et 
convois, dont beaucoup etaient, vraiment, de süperbes animaux. 
Les chevaux d'artillerie du corps expeditionnaire provenaient, 
d'ailleurs, en tres grande partie, d'achats faits en Normandie et 
en Bretagne, depuis le commencement de la guerre; quant aux 
chevaux de cavalerie et aux mulets, presque tous d'origine 
espagnole, ils fönt honneur ä Televage national. 

Le corps expeditionnaire etait dote de pieces de 75 mm , du 
Creusot, de pieces, du meme calibre, de Saint-Chamond et de 
pieces de montagne de Krupp, modele 1878. Les premieres, 
exclusivement reservees aux batteries des l re et 2 e divisions 



LES FORCES OPPOSEES 33 

eraux Orozco e1 Sotomayor) (1), sont d'un modele brop rap- 
proohe de oelui de tiotre 75 de campagne pour qu'il y ait interet 
ä en parier autrement que pour signaler quelques particulärites 
sus< eptibles, peut-§tre, d'etre imitees, — entre autres, une hausse 
panoramique, qui parait ingenieuse et pratique. On sait, d'autre 
pari, que le 75 ä tir rapide du Creusot est alleg6, par compa- 
raison avee notre canon de campagne; les Espagnols se plaignent, 
eependant, encore de son poids, qui, ä diverses reprises ne lui 
aurait pas permis de suivre les troupes, d'aussi pres qu'on l'eüt 
desire. 

Le canon de campagne de Saint-Chamond, dit egalement ä tir 
rapide, est plutöt une piece ä chargoment rapide. Les Espagnols 
se louent de ses qualites balistiques, tout en signalant que la 
piece se depointe frequemment et qu'elle est beaucoup trop lourde 
pour la guerre en pays de montagne. Ils ne Tont guere utilise, 
du reste, que comme materiel leger de position et en ont arme, 
notamment, deux des batteries construites sur les Mamelles de 
Nador ainsi qu'un ou deux ouvrages annexes de la casbah de 
Selouan. 

Quant au canon Krupp de montagne, qui est vieux et fatigue, 
ce materiel ayant fait longuement campagne aux Philippines 
ei ä Guba, les Espagnols, tout en reconnaissant que la piece a 
garde certaines qualites, notamment une grande portee relative, 
la considerent comme devant etre remplacee, en raison de son 
tisure et des grandes defectuosites de l'afiut. 

\\\\ outre de ce materiel de campagne et de montagne, les 
Espagnols ont encore fait usage de canons de Krupp de 15 cm sur 
afTuts de place, pour l'armement de certaines batteries annexes 
des forts de Melilla, — du fort de Camellos, en particulier. On 
avait, en cours de campagne, forme le projet de transporter ä 
Nador deux de ces pieces, pour rarmement des batteries des 
Mamelles et on y avait construit, ä cet effet, une assez bonne 
mute d'aeces; c'est, en realite, ä Aislatten qu'elles furent etablies. 

La tenue des officiers et de la troupe du corps exp^ditionnaire, 



(1) Une batterie de 75 du Creuzot a £te, en outre, affeetöe, en cours de cam- 
pagne, ä la brigade de Melilla. 

I BPAGROU AU MAROC .'5 



34 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

exclusivement prevue pour une campagne d'ete, etait, unifor- 
mement, au moment de la mobilisation, de toile de coton blanc, 
ä petites raies bleues, les grades n'etant distingues que par des 
particularites peu visibles; tous (sauf les officiers et les hommes 
de la brigade de Melilla), portaient, d'autre part, le casque colo- 
nial, ä couverture khaki. Au point de vue de la visibilite, comme 
ä celui de la legerete, cette tenue a donne toute satisfaction; 
par contre eile a mal Supporte l'epreuve des mauvais temps d'au- 
tomne et il a bien fallu reconnaitre son insuffisance, quand sont 
apparus de nombreux cas de paludisme et des troubles intesti- 
naux graves, consecutifs ä deux ou trois jours de pluies abon- 
dantes survenues vers la mi-octobre. 

On a pourvu, alors, vaille que vaille, aux besoins les plus ur- 
gent^ en prescrivant aux depöts, restes dans la Peninsule, d'en- 
voyer aux bataillons de guerre, d'abord, les tuniques de drap 
(qu'on avait prescrit de ne pas empörter)/ puis, des capotes 
(qu'il a fallu aetivement confectionner, car elles n'existaient 
pas, ou n'existaient qu'en quantites insuffisantes). II n'est pas 
certain qu'on ait, jusqu'ä ce moment (1), distribue de pantalons 
de- drap, non plus que de chaussures de cuir. Les hommes porte- 
raient donc encore, comme tenue d'hiver, les espadrilles ä lanieres 
et les pantalons de toile, ce qui peut paraitre mediocrement pro- 
tecteur, meme pour un pays oü la temperature moyenne ne 
descend guere au-dessous de + 5°* 

Comme equipement, le fantassin espagnol porte : un sac sou- 
ple, sans doute leger, mais evidemment de contenance insuffi- 
sante pour les besoins de la guerre et qui ne comp orte guere de 
paquetage exterieur (ce qui explique peut-etre qu'on ait mis en 
route les hommes depourvus d'effets de drap), une couverture 
puncho, ample et qui parait impermeable et de mediocres cartou- 
chieres cubiques, qui tiennent mal les munitions. 

Les caracteristiques morales des troupes espagnoles, ä quelque 
arme qu'elles appartiennent, sont un grand esprit de discipline, 
assez peu sensible dans la forme, mais qui parait general et 
sincere, une grande sobriete, une singuliere resistance aux pri- 



(1) 1 er decembre 1909. 



LES FORCES OPPOSEES 35 

vations 1 1. d'une facon generale, une soumission, im peu passive, 
au\ circonstanci s. 

Lea soldats d'infanterie sonl bons marcheurs. II est plus dou- 
teux qu'ils aient, au meine degre, les autres qualites essentielles 
du fantassin, qui sont d'etre bons tirailleurs et bons tireurs. En 
effet, ils tirent, en general, avec trop de precipitation, visant ä 
peine et sans un souci süffisant de menager leurs munitions et 
ils paraissent, d'autre pari, ne pas avoir töut l'elan et toute la 
souplesse qu'exigent les conditions du moderne combat d'infan- 
terie. Mais, sans doute, faut-il juger avec indulgence ces evi- 
dentes lacunes de leur education militaire, en pensant qu'elles 
sont. pour une large part, le fait des circonstances. 

C'est, en effet, le lieu de faire remarquer que l'armee espagnole 
a ete surprise par les evenements, dans les conditions les moins 
favorables ä la bonne Constitution d'un corps expeditionnaire 
aussi important, alors qu'aux inconvenients intrinseques d'un 
servicc pratiquement reduit ä dix-huit mois, par l'ajournement 
de l'appel et par des liberations anticipees, s'ajoutaient ceux 
ifMiltant de la deplorable facilite avec laquelle, — dans les 
troupes ä pied, — des conges renouvelables sont accordes, apres 
un rapide debourrage de quelques mois, ä quiconqnc est alors 
juge mobilisable. 

L'application d'un aussi vicieux Systeme avait eu pour effet 
([u'an moment oü fut lance Tordre de mobilisation, beaucoup des 
hommes de la derniere classe, appeles seulement en avril 1909, 
avaient ete dejä renvoyes en conge, de teile facon que, bien que 
les effectifs budgetaires dussent etre de 360 hommes, dans les 
bataülons de chasseurs et de 200 hommes, dans les bataillons de 
ligne, les effectifs reels etaient tombes, dans les chasseurs, ä 
200 hommes environ et ne depassaient guere la moitie de ce 
chiffre, dans les bataillons d'infanterie de ligne. 

( )n concoit, sans qu'il soit necessaire d'y insister, ce que pou- 
vaient etre, lors de leur debarquement ä Melilla, quelques jours 
k peine apres la mobilisation, les bataillons de chasseurs, — au 
nombic de dix-huit, — qui comptaient un quart seulement, en 
moyenne, d'hommes de l'armee active (ayant, les uns, seize mois, 
1 - autres, quatre mois de presence sous les drapeaux) et dont 
tout le complement, qui s'elevait ä pres des trois quarts, prove- 



36 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

nait d'hommes de la disponibilite et de la reserve, n'ayant jamais 
beaucoup appris et ayant, sans doute, beaucoup oublie ! 

II convient, ä la verite, d'observer que, le veritable danger 
cree par de semblables procedes ayant ete rendu trop evident 
par les evenements militaires de la fin de juillet, on renonca ä 
mobiliser les reservistes des regiments d'infanterie, — dix regi- 
ments ä deux bataillons, — qui devaient former les l re et 2 e di- 
visions (generaux Orozco et Sotomayor) et la l re brigade de la 
3 e division (general Garbo), ä qui on procura les hommes de 
complement necessaires, par des prelevements faits sur les 
hommes de Tarmee active des regiments qui n'etaient pas ap- 
peles ä etre mobilises. Les vingt bataillons se trouverent, par 
suite, composes, par moitie environ, d'hommes de l'armee active 
et par moitie de disponibles, ce qui explique que le renvoi des 
reservistes, ordonne des la fin de novembre 1909, n'ait guere 
porte que sur les bataillons de chasseurs et sur les detachements 
et Services mobilises avec eux, qui en ont, au total, libere un peu 
plus de 4.000. 

A ces observations, qui ont pour objet de faire comprendre 
comment dix-huit bataillons de chasseurs, d'un effectif total su- 
perieur ä 16.000 hommes, s'ajoutant aux 5.000 ou 6.000 hommes 
de la brigade permanente de Melilla, n'ont pas ete juges suffisants 
pour mettre ä la raison les Guelaya, des la fin de juillet, il con- 
vient d'aj outer qu'encadrees par des officiers vigoureux, devoues 
et payant bravement de leur personne, en toute occasion, ces 
unites ont fait, ä Tecole de la guerre, de tels progres qu'elles 
n'etaient plus reconnaissables, vers la mi-septembre, quand com- 
mencerent les Operations proprement dites. 

Quant aux soldats des autres armes combattantes (qui ne sont 
pas soumis au regime des eonges), ils ne paraissent pas inferieurs 
ä la bonne moyenne des cavaliers et artilleurs du Service ä court 
terme. D'une facon generale, ils sont bien en seile et paraissent 
d'adroits et solides cavaliers. Leurs chevaux, comme on Ta dejä 
dit, ont, en general, de l'espece et ils en tirent un bon parti. 
II y avait lieu, en toute occasion, d'etre frappe de la facon dont 
les cavaliers, charges, en pays difficile et inconnu, d'assurer le 
penible Service de sürete en marche, s'acquittaient de leur mis- 
sion et on a pu souvent admirer aussi la hardiesse avec laquelle 



LES FORCES OPPOSKKS 3 7 

les artilleurs, fidäles aux traditions de l'arme, n'hösitaiervl pas k 
engager leur matäriel sur des berrains ä peine prajäcables et a se 
maintenir (au delä, sans doute, du necessaire), ä proximite imme- 
diate de la lignc de feu. Ce detail est peut-etre critiquable en 
soi; mais on doit y §tre indulgent, parce qu'il prouve les qua- 
litcs militaires de la race et fait bien prejuger de l'avenir. 

D 'apres des Communications, d'origine certainement officieuse, 
puhliees par les journaux de la Peninsule, le corps expeditionnaire 
avait ete largement pourvu en munitions, circonstance heureuse, 
car, comme toutes les jeunes troupes, celles-ci ont fait, en toutes 
circonstances, une effrayante cönsommation de munitions. Les 
chiffres donnes par les feuilles publiques et qu'on reproduit, ici, 
pour information, sont les suivants : 

Approvisionnement de cartouches d'infanterie : en magasin, 
ä Melilla, 32 millions; en reserve, ä Malaga, 8 millions; 

Approvisionnement de projectiles pour canons de 75 mm du 
Creusot, 36.000; plus, une reserve d'obus, ä Malaga, dont le 
chiffre n'a pas ete precise; 

Approvisionnement d'obus pour canons de montagne, 30.000; 
plus, une part dans la reserve constituee ä Malaga. 

On a dejä fait observer qu'il avait ete possible de constater, 
des que les Operations actives eurent commence (20 septembre) 
et que leur rayon se fut etendu, une fächeuse insuffisance dans 
1 'Organisation du service sanitaire. Dejä, apres les combats des 
20 et 22 septembre, dans les Beni-Sicar, le chiffre des mulets de 
cacolet avait paru faible et le manque absolu de mulets de litiere 
pour les grands blesses avait ete tres sensible. II avait fallu les 
rapporter, tous, sur des brancards; ce qui, etant donnees les 
longues distances ä parcourir, exigeait le concours de beaucoup 
d'hommes et imposait aux troupes de grandes fatigues. Dans les 
Beni-Sicar, on avait du employer dix porteurs par brancard, soit 
1.000 hommes pour 100 blesses. 

On a pu anssi constater, ä cette occasion, qu'aucune forma- 
tion sanitaire mobile, en dehors des postes d'examen et de se- 
cours regimentaires, n'existait dans les colonnes au debut des 
Operations; et la preuve en a ete faite, non moins evidente, ä 



38 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

Selouan, d'oü on a du ramener ä Melilla, dans des conditions 
tres difficiles et apres des soins tres sommairement donnes, pres 
de deux cents blesses, du combat du 30 septembre. Ces circons- 
tances eclairent et precisent l'observation relative au defaut de 
proportion entre la longueur des Communications et Timportance 
des Services sanitaires et administratifs du corps expeditionnaire. 

Les efforts faits, depuis lors, pour parer ä ces insuffisances, 
ont ameliore la Situation, qui, cependant, est toujours demeuree 
mediocrement satisfaisante, tant en ce qui concerne les etablis- 
sements hospitaliers existant ä Melilla ou qui y ont ete impro- 
vises, que le materiel mobile et le personnel. II a fallu que de nom- 
breuses voix signalent cet etat de choses pour que, tres tardive- 
ment, on acceptät le concours, — dont nos troupes avaient eu 
tellement ä se louer, en Chine, en Oranie et dans la Chaouia, — 
de quelques formations de la Groix- Rouge, d'ailleurs purement 
espagnoles, les offres venant de l'etranger ayant ete ecartees. 

Une Observation du meme ordre doit etre faite, pour ce qui 
concerne le Service des transports. Les convois regimentaires, 
malgre leur forte Constitution, n'ont pu parer que tres incom- 
pletement ä l'insuffisance criante des convois administratifs ; et 
comme, d'autre part, les hommes sont equipes de facon ä ne 
pouvoir gucre porter des vivres que pour un jour, il s'en est 
suivi d'enormes difficultes (aggravees, souvent encore, par la 
necessite de porter aussi l'eau et le bois) dans les ravitaillements 
et, par contre-coup, dans les Operations. Ce point est ä retenir 
comme une excuse de la lenteur ordinaire des mouvements, que 
paralysait, en effet, la frequente necessite d'employer tous les 
animaux des corps de troupe et jusqu'aux attelages de Tartil- 
lerie, pour faire face aux imperieuses necessites du Service d'ali- 
mentation. 

On voudrait ne pas terminer cet expose de Tetat des troupes 
espagnoles sans donner, ä defaut de chiffres d'effectifs et d'indi- 
cations sur ses moyens d'action, quelques details sur l'adversaire 
que nos voisins ont ete et seront peut-etre encore appeles ä 
combattre. Presque tout ce qu'on en a dit est fantaisiste et la 
verite sur cet objet nous echappe, comme aux Espagnols eux- 
memes. 



i.ks FORCES OPPOSEES 3g 

Est-il exact, comme l'admettait Duveyrier, que le total de la po- 
pulation des Guelaya s'el&ve a 35.000 ou 40.000 an Le», ei qu'elle ait 
pu mettre sur |)ied 1.000 cavaliers et 10.000 ä 12.000 fantassins? 
t possible, sans §tre aucunement certain. Et il esl plus impos- 
sible encore de savoir quel eoncours ont pu donner ä leur resis- 
tance los tribus du Rif central et occidental. Les chiffres qu'on 
a mis en avant paraissent notoirement exageres. On croirait, 
volontiers, etre au-dessus de la verite en estimant l'efYectif 
total des combattants indigenes au chiffre de 8.000 ä 10.000, 
encore, avec l'observation qu'ils n'ont jamais du combattre 
reunis. La topographie de la region les aidait, d'ailleurs, merveil- 
leusement, ä faire illusion sur leur chiffre, en leur permettant de 
se maintenir autour du nceud de Communications d'Alslatten, 
d'oü ils surveillaient toutes les directions dangereuses et pouvaient 
manceuvrer sur les lignes interieures, sans cesser de garder leurs 
Communications. 

Les ressources dont disposaient les Guelaya ne sont pas moins 
difFiciles ä evaluer. II ne semble pas que les vivres aient pu leur 
manquer, ä cette epoque de l'annee et en raison de leurs faibles 
besoins. Quant ä leur armement, qui etait, en l'espece, la chose 
essentielle, il a paru bon et suffisamment abondant. Les Rifains 
tirent, d'ailleurs, beaucoup plus posement que leurs adversaires 
et, apparemment, avec plus de resultats. On croit, au surplus, 
qu'il existe chez eux des reserves d'armes et de munitions consti- 
tuees par des contrebandiers qui auraient su se creer et garder 
des relations europeennes. 

En fait, la plupart des combattants indigenes se sont montres 
armes de fusils Remington (ancien fusil de l'inf anterie espagnole) 
et, quelques-uns, de fusils Mauser. Le vieux fusil arabe, dont nous 
avons si heureusement maintenu l'usag* 1 en Algörie, a presque 
entierement disparu de ces montagnes. Les cartouches neuves 
pour res* armes se vendaient relativement eher; aussi, beaucoup 
d'indigenes faisaient-ils usage de cartouches iefectionnees par 
eux-memes. 

Les Guelaya et leurs adherents comptaient-ils de nombreux 
cavaliers? La reponse est douteuse; on en a, en tous cas, fori 
peu vu. Les Espagnols qui croyaient, evidemment, en rencontrer 
beaucoup, s'ensonl montres assez surpris, En realile. la cavalerie 



4o LES ESPAGNOLS AU MAROG 

du corps expeditionnaire a eu peu ä combattre. Sauf, en effet, 
au combat du 20 septembre, oü l'escadron divisionnaire de la 
brigade Morales a activement couvert le deploiement de Favant- 
garde, en chargeant vigoureusement et ä diverses reprises une 
forte bände de fantassins marocains qui tentaient une sorte de 
contre-attaque et dans une sortie de la garnison de Selouan, exe- 
cutee, le 18 octobre, sous le commandement de l'infant don 
Garlos, cette cavalerie n'a guere trouve ä s'employer active- 
ment que dans le Service de sürete des colonnes et dans Fescorte 
des convois. 

En resume, on savait peu, d'avance, ce qu'etait l'ennemi que 
le corps expeditionnaire aurait ä combattre et la campagne n'a 
pas appris grand'chose ä son sujet. Apres s'etre, au debut, 
montre tres brave, tres entreprenant, convenablement arme et 
avoir paru decide ä lutter energiquement pour sauvegarder son 
independance, il a cede brusquement, quand d'adroites manceu- 
vres, politiques et militaires, Tont convaincu de son impuissance 
actuelle ä triompher. Est-ce ä dire qu'il se sente defmitivement 
soumis, sans avoir ete reellement vaincu, et n'y doive pas reve 
nir? Nos voisins ne commettront pas Timprudence de s'y fier et 
il est probable qu'ils feront fort bien. Ils montrent, en tous cas, 
par Tactivite avec laquelle, depuis l'heureuse manceuvre du 26 n 
vembre, leurs colonnes sillonnent la presqu'ile, qu'ils ont, enfin, 
compris Tefficacite de Taction. C'est, ä n'en pas douter, en perse- 
verant dans cette voie qu'ils donneront une base solide ä leur 
occupation et qu'ils assureront efficacement son developpement, 
comme nous le souhaitons, — dans la limite des Conventions 
et des accords internationaux. 




DEUXIEME PARTIE 
OPERATIONS MILITAIRES 



L'historique des Operations, passablement enchevetrees, dont 
les abords de la vieille possession espagnole de Melilla ont ete 
le theätre, depuis l'attentat du 9 juillet, semble devoir'gagner en 
clarte ä etre divise en plusieurs periodes distinctes : une premiere, 
preliminaire ; une seconde, active, ou reputee teile; une troisieme, 
de pacification. G'est le mode d'exposition qu'on a cru, pour ce 
motif, devoir adopter. 

Dans la phase des Operations preliminaires seront comprises 
toutes les actions de guerre, voulues par le commandement espa- 
gnol ou provoquees par ses adversaires, qui se sont produites 
depuis le 9 juillet, jour de l'ouverture des hostilites, jusqu'ä la 
mi-septembre, epoque ä laquelle se trouverent rassemblees, au- 
tour de Melilla, toutes les troupes jugees necessaires ä l'execu- 
tion des Operations proprement dites. Les mouvements entrepris, 
ä la fin d'aoüt et au commencement de septembre, en vue de de- 
tourner les indigenes de la regiondes Kebdana de faire, — comme 
ils y etaient invites peremptoirement, — cause commune avec les 
Guelaya de la presqu'ile et qui n'ont, du reste, rencontre qu'une 
faible resistance, y seront compris. 

La phase des Operations actives sera consideree comme s'etant 
ouverte, le 20 septembre, jour, en efYet, oü s'est manifestee, 
ofTensivement, pour la premiere fois et suivant un plan defini, 
l'action du corps expeditionnaire. On admettra qu'elle ait ete 
olose par l'operation du 26 novembre, qui a fait tomber, sans 
bitte, entre ses mains, l'important centre de resistance etabli 
par les Guelaya et leurs adherents, autour du nceud de commu- 
iii'ations d'Alslatten, dans la depression qui separe le massif du 

^ nuksen du plateau de Tazoudja et des hauts son Is du Gou- 

rougou. 



l\2 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

Quant ä la periode de pacification, qui est appelee, selon toute 
apparence, ä se prolonger et qui pourrait menager des surprises, 
— si Ton n'y parait, prudemment et energiquernent, — eile doit 
etre consideree comme demeurant ouverte et pouvant donner 
matiere ä des Supplements ä la presente etude. 

NOTE DE L'AUTEUR 

Avant d'aborder le r6cit des evenements qui ont suivi immediatement 
l'attentat du 9 juillet et qui se sont succede, avec une gravite croissante, 
du 9 au 27 juillet, pour se ralentir singulierement ensuite jusqu'au 20 sep- 
tembre, je tiens ä faire observer que, tout en m'etant attache ärepresenter 
impartialement et sincerement les faits militaires, tels que je les ai connus 
et compris, je ne saurais repondre de rentiere exactitude de l'esquisse que 
j'en donne. 

La cause principale de l'incertitude que je crois devoir exprimer, au 
sujet de ce que je n'ai pas vu, est l'absence presque entiere de documents 
authentiques, officiels ou prives, sur les Operations en question, absence 
voulue et meme, peut-on dire, imposee par le gouvernement d'alors, qui 
n'a laisse filtrer la verite que goutte ä goutte et en Taccommodant aux 
besoins de sa politique, — ä la verite, fort difficile. Le lecteur comprendra 
facilement la portee de cette Observation, si on ajoute qu'un Journal consi- 
derable comme Ylmparcial a du, ä deux reprises, annoncer qu'il obeissait 
ä des « ordres », en renoncant ä publier les recits detailles des combats des 
23 et 27 juillet, emanant d'un patriote aussi sincere et d'un publiciste aussi 
mesure que son redacteur en chef, M. L. Ballesteros et que deux ou Irois 
comptes rendus officiels, qui ne se ressemblent qu'assez vaguement, ont ete 
donnes, du combat du 23 juillet, ä plusieurs jours d'intervalle. 

Respectueux de toutes les convenances, j'ai, d'autre part, mis moi- 
meme une grande reserve, — que je suis tente de trouver, aujourd'hui, 
presque excessive, — ä interroger, sur les points delicats, les temoins 
oculaires de ces actions de guerre compliquees et je n'ai retenu des quelques 
confidences qui m'ont, neanmoins, et6 faites, que ce qui m'a paru certain 
ou tres probable. 

J'afflrme, en tous cas, — si peu utile que ce soit pour ceux qui me con- 
naissent, — que j'ai apporte ä mon etude une entiere conscience; que je 
me suis garde. scrupuleusement, non seulement de tout esprit de deni- 
grement, mais de tout sentiment de Jalousie nationale; que, tout en evitant 
les exagerations dans l'eloge, dont sont coutumieres les litteratures meridio- 
nales, j'ai eprouve et desire marquer, dans ma facon d'apprecier les 
personnes et les choses, une Sympathie sincere pour les braves troupes qui 
m'avaient accueilli avec estime et confiance; enfin, que si j'ai pu et du me 
tromper, plus d'une fois, je Tai fait sans parti pris et en toute bonne foi. 

General de Torcy. 



OPERATIONS M1LITAIRBS /j.) 

PREMIERE PERIODE 
OPERATIONS PRELIMINAIRES 

liest connu ei on a d'ailleurs rappele, en resumant les origines 
du conflil hispano-rmarocain, qu'il eut pour cause principale 
les manifestations hostiles aux recherches minieres et aux tra- 
vaux divers qui se rattachent a l'exploitation des mines, aux- 
quelles s'abandonnerent les indigenes, aussitöt apres que le Rogui 
eul quitte Selouan, en decembre 1908 et qui prirent un caractere 
plus aigu, au printemps de 1909. On sait moins que les meneurs 
de cette Opposition, desireux de grossir les rangs de leurs adhe- 
rents eventuels , menerent de front avec eile une vive campagne 
d'agitalion, non seulement parmi les tribus du Rif proprement 
dit. dont la cause pouvait, dans une certaine mesure, paraitre 
se confondre avec la leur, mais encore parmi les populations 
non rifaines, les unes, sedentaires, qui occupent la chaine des Keb- 
dana et celle du Djebel Za'io (qui la prolonge au nord-ouest), les 
autres, qui parcourent, en demi-nomades, la plaine de Graret et 
les plateaux des Beni-bou-Yahi. 

Les Kebdana avaient, en general, accepte, depuis la substitu- 
tinn. ä Cap de l'Eau et ä la Restinga, de garnisons espagnoles (1) 
ä Celles que le makhzen n'avait pas pu ou voulu y maintenir, 
d'entretenir d'assez amicales relations avec leurs nouveaux voi- 
sins. Quelques chefs locaux, repondant aux avances qui leur 
etaient faites, avaient meme contracte enver> les Kspagnols cer- 
tains engagements, que ces gens, d'humeur plutöt pacifique et 
qui se sentaient faciles ä atteindre, par mer comme par terre, 
etaient assez enclins ä tenir; tout au moins, eussent-ils voulu, 
sans doute, demeurer neutres dans le conflit attendu. Mais les 
Gu^laya, non plus que les Ouled Settout et les Beni-bou-Yahi, 
plus combatifs et mieux defendus, par le d6ser1 e1 par la mon- 



(1) Par une note adress^e aux puissances le 14 fevrier 190^, le gouvernement 
espagnol annon^a son intention de procöder ä cette Substitution, ä litre temporaire, 
et) arguant de la necessiW de faire obstacle ä la contrebande de guerre. 



44 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

tagne, ne Tentendaient pas ainsi et avaient, par promesses et par 
menaces, provoque chez les Kebdana une certaine agitation, plus 
specialement hostile au maintien des garnisons espagnoles, ä la 
Restinga et ä Gap de l'Eau. 

Le gouverneur de Melilla, averti, avait senti la necessite de 
reagir et d'appuyer l'action, ä peu pres nulle en dehors de la 
portee de leurs armes, des tres faibles garnisons des deux postes 
precites. II avait, ä cet effet, forme un detachement mixte (1), 
qui, sous le commandement du general del Real, adjoint au 
gouverneur, quitt a la Restinga, le 3 juillet au matin, avec quel- 
ques auxiliaires indigenes, recrutes recemment, qui formaient 
un embryon de police indigene, ayant pour objectif certains vil- 
lages reputes plus malintentionnes, en realite plus accessibles, 
des fractions de Lehadara et de Cherauit. Une quatrieme com- 
pagnie d'infanterie envoyee de Melilla ä la Restinga, par mer, 
suivait la colonne ä distance et vint s'etablir, en repli, ä Souk- 
el-Arba. 

Surpris par ces mouvements inopines, les habitants n'es- 
sayerent aucune resistance et donnerent ou laisserent prendre 
quelques otages, que le general del Real ramena, le soir meme, 
ä Souk-el-Arba, le lendemain, ä la Restinga et avec lesquels il 
rentra, par mer, ä Melilla, le 5 juillet dans la matinee. 

Cette Operation, politiquement et militairement tres justifiable 
et qui parait avoir ete bien conduite, mais executee par une poi- 
gnee d'hommes et suivie d'une si prompte retraite, a paru ä quel- 
ques-uns inopportune, en ce qu'elle etait de nature ä provoquer 
chez les Kebdana, qu'on desirait calmer, de Tirritation et le desir 
de represailles, sans qu'un deploiement de forces süffisant et suf- 
fisamment prolonge leur ait en meme temps impose le respect, 
sinonla crainte. On devine, d'autre part, la reponse, trop facile, ä 
cette critique : c'est qu'en employant ä Foperation en question, 
executee ä une distance de 35 ou 40 kilometres, quatre compa- 
gnies d'infanterie, le gouverneur de Melilla se privait, dans un mo- 
ment presque critique, du cinquieme environ de ses troupes dis- 
ponibles et qu'il eüt commis une grave imprudence en reduisant 



(1) Ce detachement comprenait trois compagnies d'infanterie, un peloton de ca- 
valerie, — du r^giment et de l'escadron de Melilla, — avec deux sections, l'une, d'ar- 
tillerie de montagne, l'autre, de mitrailleuses. 



OPERATIONS M1L1TAIRES /|T> 

davantage sa garnison. II eüt pu, il est vrai, no rien laue; mais, 
qui oserait Manier le general Marina d'avoir prefere ä l'inaction, 
presque toujours, militairement, condamnable, une demonstra- 
tion. meine incomplete, alors surtout qu'elle n'a entraine aucune 
parte et qu'elle doit, en fait, etre jugee reussie? 

II ntMi laut pas moins reconnaitre qu'une etroite coincidence 
s'esl produite entre la sortie du general del Real et une forte re- 
crudescenoe de l'agitation des indigenes, qui se traduisit par la 
reunioD generale, ä Nador, dans la journee du 8 juillet, de dele- 
gues des iribus, reunion oü fut discutee, sans mystere (car la 
nouvelleen etait publiee, le9au matin, dans un Journal local) (1), 
la question d'ouvrir, contre les agents des compagnies minieres 
rencontres hors des limites, des hostilites qui entraineraient ine- 
vitablement une rupture avec l'autorite espagnole. Les rensei- 
gnements recus par le gouverneur sur les resultats de cette 
Conference ne furent pas, sans doute, pleinement rassurants, car 
le general Marina, tout en faisant annoncer dans la meme feuille 
(dirigee par un oflicier de la garnison et pleinement officieuse), 
que les delegues des tribus s'etaient separes, sans conclure, 
crut devoir faire publier, pour rassurer la population, que la 
3 e brigade de chasseurs (brigade de Barcelone), dont des ordres 
officiels prevoyaient, du reste, des la veille, Tinstallation dans la 
place, etait attendue incessamment (2). 

II parait, neanmoins, certain que les evenements ont quelque 



(1) El Telegrama del Rif, Journal politique quotidien. 

(2) Ce detail a paru valoir d'etre relevä, car le fait que l'arrivee d'une brigade mixte 
etait connu et omciellement confirme, ä Melilla, vingt-quatre heures avant l'attentat, 
prouve que le gouvernement espagnol n'a pas ete entierement surpris par l'e>ene- 
ment du 9 juillet et avait, non seulement prevu, mais materiellement prepare son 
intervention militaire Eventuelle au Maroc. Tout ce qu'on peut en dire, dans ces con- 
ditions, c'est qu'on ne croyait pas, alors, ä Madrid, etre entraine aussi loin qu'on l'a 
6te par la suite et que c'est ä ce point de vue que le gouvernement a pu se döclarer 
surpris. 

On sait, au surplus, d'autre part, par des Communications de presse echappees ä 
un membre dissident de l'ex-cabinet conservateur, dans l'ardeur des polemiques que 
Buscita la chute du cabinet Maura (21 octobre 1909), que ce ministre, evidemment 
autorise ä cet efTet, avait, par avance, mis sur pied de «uerre, par des renforcements 
i. pportuns, la l r ' division en garnison ä Madrid et la 2 e brigade de chasseurs, recrutee 
itionnee en Andalousie (au total, 16.000 hommes), auxquels, — rapprochement 
'it. — il ne manquait pas un bouton de guetre » et dont le transport, dans un 
delai de vingt-quatre heures, aurail ete assure* par un contrat passe avec la Gompagnie 
transatlantiqu-' espagnole. 



46 LES ESPAGNOLS AU MAR.OC 

peu devance les previsions de Tautorite militaire locale, peut- 
etre en raison meme de la nouvelle du tres prochain debarque- 
ment de la 3 e brigade de chasseurs, que les chefs du mouvement 
ont du promptement connaitre, gräce ä quelques-uns des confi- 
dents qui furent, durant longtemps, les seuls Marocains sur les- 
quels le commandement espagnol put s'appuyer et quiparaissent 
bien n'avoir pas, tous, merite la confiance qui leur etait marquee. 
C'est, en effet, le 9 au matin, — alors que les memes confidents 
annoncaient une nouvelle Conference des delegues des tribus, 
qu'on disait fort hesitants, malgre les incitations du cheikh 
Chadly, des Mazouza et du marabout El Mizzian, des Beni-bou- 
Ifrour, — que se produisit l'evenement qui devait dechainer la 
guerre. 

On n'a, sans doute, pas oublie — et il semble inutile, pour ce 
motif, de revenir sur les preliminaires de l'action du 9 juillet, 
si ce n'est, pour completer et pour rectifier certains details, — 
que c'est vers 8 h 30 du matin qu'eclata inopinement le conflit, 
par l'assassinat de plusieurs ouvriers espagnols de la Compagnie 
miniere du Rif. On sait, d'autre part, que, ce meme jour, peu 
apres 10 heures, toutes les troupes disponibles de la garnison, 
reduites, par le c.onsiderable deploiement de Services divers 
que comportait l'organisation militaire de la place, ä treize 
compagnies d'infanterie (1), deux pelotons de cavalerie et divers 
elements d'artillerie (2), sous les ordres directs du general Ma- 
rina, se trouvaient engagees avec Tennemi, sur l'emplacement 
meme de Tattentat, ä hauteur du barranco (ravin) de Sidi- 
Moussa et non loin de la Secunda Caseta (deuxieme Station de 
la ligne espagnole). 



(1) Ces treize compagnies appartenant aux regiments de Melilla (six-compagnies), 
et d'Afrique (cinq compagnies), plus, les deux compagnies de la brigade disci- 
plinaire, 6taient, depuis le renforcement du printemps, ä un effectif moyen de 
165 hommes, soit 150 combattants par compagnie, ou, au total, environ 1.900 hom- 
mes d'infanterie; si on y ajoute la cavalerie, l'artillerie et les Services, on voit, que 
le general Marina disposait ä peine, sur le terrain, le 9 juillet, d'un effectif de 2.300 
a 2.400 hommes, dont les trois quarts furent effectivement engages. 

(2) D'apres un organe (militaire) d' Opposition, il n'y aurait eu. ä Melilla, le 9 juillet, 
que deux batteries mobiles (et non quatre, comme l'indiquait le tableau Joint au 
budget) : Tune, montee, de Saint-Chamond, l'autre, de Krupp, de montagne. Le reste 
du materiel representant les deux autres batteries aurait ete,sans attelages et.ä peu 
pres, sans personnel. 



OPERATIONS MIL1TAIHKS 47 

Ce point, ou s'arr§tait alors la partie exploitable de la ligne 
Ferree de la Compagnie Nord-Africaine (1) e1 qui, distanl de Me- 
lilla d'environ 7 kilometres ('» kilometres des limites), etait en- 
bieremenl inconnu des officiers comme de la troupe, — car La 
defense de sortir de la possession etail restee strictemenl appli- 
quee ä la garnison, — est situe* dans la partie la plus encombree 
du deüle qui court entre la lagune et la montagne. Les Maro- 
i ai ns y faisaient tete, apparemment moins nombreux, — en tout 
cas, moins visibles, — que leurs adversaires, les dominant en tete 
e1 en flaue, tirant posement et usant, avec habilete et souplesse, 
des nombreux couverts du terrain. 

Pour couper court au combat de feux engage, oü Tennemi aurait 
fini par avoir l'avantage, le general Marina n'hesita pas ä pous- 
ser resolument ä l'assaut des cretes oü s'etaient postes les Maro- 
cains (ä 400 metres vers le sud, ä moins de 300 metres vers l'ouest), 
deux compagnies du regiment d'Afrique et les deux compagnies 
de la brigade disciplinaire. Quoiqu'il en ait coüte quelques per- 
tes, dont, en particulier, un officier tue, cette attaque, appuyee 
par l'artillerie, qui avait pris, en arriere, une assez favorable 
Position et vigoureusement conduite, repondait bien aux ne- 
cessites de la Situation et eut raison, promptement, de la resis- 
tance des Marocains. Mais ceux-ci, bien armes et tenaces, ne 
reculerent que pied ä pied, notamment dans la direction du 
sud, oü le terrain offre, jusqu'au col de TAtalayoun, plusieurs 
lignes de defense successives, flanquees, ä Test, par la lagune et 
il fallut, non sans peine et sans pertes, deployer les renforts et 
renouveler l'assaut, ä diverses reprises, pour determiner l'en- 
nemi ä battre definitivement en retraite. 

Une autre circonstance, le manque de munitions ou la crainte 
d'en manquer, avait aussi servi les Marocains, en imposant ä 
leurs adversaires de ralentir leur action. Alleges ä l'exces, par 
suite, insuffisamment pourvus en cartouches et en ayant, pour 
la plupart, use sans menagement, les fantassins espagnols se 
virent, en efTet, empeches de poursuivre leurs premiers avantages, 
jusqu'ä l'arrivee d'un convoi special de munitions, demande par 



(1) Celle de la Compagnie espagnole du Rif, dont les stations seules 6taient cons- 
truites, n'etait encore en exploitation que jusqu'aux environs du deuxieme kilomötre. 



48 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

message heliographique (1) et qui fut expedie, par voitures, de 
Melilla, un peu avant midi, sous l'escorte d'un peloton de ca- 
valerie. Disons, de suite, qu'un autre convoi mis en route dans 
le eourant de l'apres-midi devait, le meme jour et pour le 
meme motif, app orter aux combattants les vivres qui risquaient 
egalement de leur manquer. Ainsi s'ouvrait, des le premier jour, 
la longue et penible serie des convois de ravitaillement, qui, apres 
avoir ete le cauchemar de la premiere periode de la guerre, par 
les consequences qu'entrainait leur conduite, a tenu, dans la 
phase des Operations proprement dites, une place beaucoup 
trop grande pour la liberte d'action du commandement, ä cause 
de rinsuffisance de moyens de transport independants de ceux 
des corps de troupe. 

Quoi qu'il en soit, c'est vers 3 heures dusoir seulement que prit 
fin ce combat, un peu trainant, qui avait coüte ä Tattaque plu- 
sieurs morts (dont 2 officiers) et 25 blesses (2). Le general Marina, 
legitimement desireux d'affirmer son succes en couchant sur le 
terrain conquis et voulant pouvoir en pro fiter, pour achever, 
si les circonstances generales devaient s'y preter, de franchir le 
defile, — qui s'ouvre largement, comme on sait, apres Nador, 
— decida l'occupation immediate de la derniere crete enlevee 
aux indigenes, qui tire d'une koubba voisine le nom de Si- 
Ahmed-el-Hadj. Lui-meme y etablit son quartier general, en 
faisant flanquer le camp principal par deux postes secondaires 
pousses, Tun, ä Test, sur le mont Atalayoun, Tautre, au nord- 
ouest, sur la crete qui borde, exterieurement, le barranco de Sidi 
Moussa. 

Dix compagnies d'infanterie et deux sections de montagne 
(conservees ä Si-Ahmed-el-Hadj) furent jugees necessaires pour 
garder ce dispositif, ä la fois tres etendu et mal soude, qui 



(1) L'occasion parait favorable pour signaler le tres large et tres utile emploi que 
les troupes espagnoles fönt, de jour comme de nuit, des Communications optiques :1a 
nuit, par le procede usuel des lampes ä reflecteur; le jour, en se servant d'heliostats 
ou heliographes. Dans les pays de soleil comme le Maroc et TEspagne, — comme 
aussi l'Algerie, — ce mode de transmissions telegraphiques peut rendre de consi- 
derables Services et il parait surprenant que nous Tayons, jusqu'ici, negligö. 

(2) D'apres Thistorique de la campagne, publie par le capitaine du genieE. Gal- 
lego, sous le titre de La Campaha del Rif, les pertes subies par les Espagnols 
pendant la journee du 9 juillet se seraient elevees ä 1 officier et 1 homme de troupe 
tues, 2 officiers et 24 hommes de troupe blesses. 



OPER \ i IONS MILITAIRES f\Q 

n'avail «| u*> la valeur d'un mädiocre ätablissemeri de circons- 
tanoc. Le reste de la colonne, quittant la Secunda Gaseta, nü 
avait ete" maintenue la röserw. se replia sur l'Hippodrome, 
qu'avail occupe, durant le combat, lc ge'ne'ral del Real, Charge* 
de gatantir, avec les faibles moyens demeures disponibles, la su- 
rrt' 1 de la place vis-ä-vis d'un ennemi qui pouvait librcment se 
mouvoir, ä Tonest et au nord. 

Pour en revenir aux positions avancees, disons encore que 
los premieres dispositions adoptees par le general gouverneur 
Im »Mit completees, au sud, par l'occupation du poste avance 
de Sidi Ali (relie au camp principal par un poste de liaison) et, 
eo arriere, autour de la Secunda Gaseta, par l'etablissement d'une 
sorte de reserve d'avant-postes, trop faible, evidemment, pour 
pouvoir jouer efTectivement le röle devolu normalement ä cet 
Echelon et qui nedevait, enrealite, servir que de centre de ravi- 
taillement pour les autres postes. Mais, le malheur etait que ce 
Centre lui-meme ne put etre que difficilement ravitaille, malgre 
l'avantage resultant de l'existence du chemin de fer minier de 
la Compagnie Nord-Africaine, parce que son unique Jigne de 
communication avec Melilla longeait, sur la moitie de son par- 
cours, les pentes orientales du Gourougou, dont l'ennemi restait 
et devait encore rester maitre, pendant de longs mois. 

On a dit ailleurs ce qu'est l'Atalayoun et quelles sont les carac- 
teristiques topographiques qui disposent merveilleusement ce 
piton isole (ä la condition qu'on puisse assurer, par eau, ses ravi- 
taillernents), pour servir de base ä un fort oVarret. On n'en par- 
lera donc de nouveau que pour dire que la position en avait ete 
parfaitement choisie pour assurer le commandement de la la- 
gune, pour tenir, en quelque mesure, lc redoutable defde qu'on 
abordait pour la premiere fois et pour en appuyer le debffuche 
öventuel (1). 

Si-Ahmed-el-Hadj, quoique le petit plateau oü le camp lul 
etabli t>t que bordent, ä Test et a l'ouest, deux ravins rocheux 



(1 ) C'est du sommet de l'Atalayoun, d'oü la vue s'etend, au nord, jusqu'au cap des 
Trois-Fourches et, au sud, jusqu'aux monts des Kebdana, en passant par Melilla, le 
Oourougcu, le Tazoudja et le mont Youksen, qu'a <He prise la vue panoramique qui 
figure n-contre (planche III). 

UB l-.sPAGNOLS AU MAI\OC ', 



50 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

formant fosse, ne manquät ni de vues, ni d'un certain comman- 
dement, ne merite pas le meme elo^fe, tant ä cause de son eloigne- 
ment et de son isolement relatifs, que parce que la position est 
elle-meme dominee, ä l'ouest, par des sommets escarpes, d'ou les 
Marocains ne cesserent, pendant longtemps, de tirer, ä portee 
efficace, contre les occupants et parce que le camp meme, faci- 
lement abordable de piain -pied, au nord et au sud etait, par 
suite, mediocrement defensif. 

Quant ä Sidi Moussa, etabli fort en decä et en contre-bas de 
Si-Ahmed-el-Hadj, non loin de l'extremite sud d'un contrefort 
allonge du Gourougou, qui descend du Gorro Frigio (bonnet 
phrygien), entre les barrancos de Sidi Moussa et d'El Lobo et qui, 
borde de profonds angles morts, est en meme temps domine 
sur presque toute sa longueur, c'est ün poste de la plus mediocre 
valeur militaire, dont, malgre le soin et Tingeniosite apportes ä 
l'organisation des abris (1), les Espagnols n'ont jamais reussi, 
non seulement ä couvrir tres efficacement les defenseurs, mais 
meme ä assurer entierement la sürete. 

Ges defauts ; dont l'importance ressortira mieux un peu plus 
tard, ne furent pas, du reste, percus tout d'abord. Le gros des 
Marocains ayant disparu dans les replis de la montagne et dans 
les gorges abruptes qui descendent, au sud, vers Nador, Tetablis- 
sement des postes se fit, sans Opposition serieuse de la part de 
Tennemi, qui ne devait reparaitre en forces qu'apres plusieurs 
jours. Le calme parut meme, alors, si completement retabli que 
l'autorite superieure ne crut pas devoir mettre obstacle ä la 
continuation des travaux de construction des voies ferrees, qui 
reprirent, le 10 juillet au matin et se poursuivirent, sans incidents, 
pendant trois jours encore. 

L'extension donnee, le 9 juillet au soir, ä la zone d'occupation 
espagnolecorrespondait, comme on l'a dit, aux circonstances du 
moment et echappe, par suite, ä la critique. De meme, Tacte spon- 



(1 ) Le procede employe par les Espagnols pour organiser la defense de leurs postes, 
— tous retranches, — sur ces sommets et plateaux rocheux, oü tout travail de terras- 
sement est presque impossible, est renouvelö des Kabyles et des Marocains. II consiste 
ä construire les parapets et les traverses en pierres roulees, qu'on renforce et com- 
plete par un large emploi de sacs ä terre et de ronces artificielles. On en fait ainsi, ge- 
neralement, des points de resistance trös solides, sinon des abris tres sürs. 'j , 



OPERATIONS MILITA.IRES Dl 

tane du general Marina, qui le üt s'etablir, de sa personne, aux 
avant-postes, avec les troupes qu'il venail »l'y amener victorieu- 
Bement, est un geste <lc brave soldat, qui sc justifie facilement, 
d'autanl qu'il correspondait, saus doute, ä l'espoir, - donl la 
ivalisation devait etre plus ardue et plus tardive, — de pouvoir 
bientol poursuivre son mouvemenl jusqu'ä Nador. Peut-etre 
m§me cette resolution ne fut-elle pas saus utilite* immediate, en 
grandissanl la confiance des troupes et de la pupulation eivile 
»laus la valeur de soldat de son chef supreme. 

( )n comprend moins qu'absorbe par ce commandement partiel, 
au point de paraitre avoir presque oublie ses responsabilites supe- 
rieures, le general gouverneur n'ait pas compris, bientöt, que sa 
place etait ailleurs, erreur d'autant plus fächeuse, semble-t-il, 
que, s'il eüt, apres deux ou trois jours, cede la place au general 
del Real, son adjoint, ou aquelqu'un des vigoureux olficiers supe- 
rieurs (1) qui l'avaient assiste dans le combat du 9, il eüt ete, 
ä Melilla, inieux place pour juger la Situation d'ensemble et pour 
prendre des decisions qui devaient, quelles qu'elles fussent, com- 
porter d'importantes consequences. 

Or, cette Situation n'etait, ä la date du 14 et les jours suivants, 
ni bien claire, ni bien bonne. D'une part, la garnison espagnole, 
— de 5.000 combattants environ, — se trouvait coupee en 
deux parties presque egales, incapables de se soutenir mutuelle- 
ment et toutes deux insuffisantes, — la partie detachee surtout, — 
pour pouvoir, jusqu'ä nouvel ordre, jouer un röle actif. L/ennemi, 
d'autre part, relativement nombreux et tres anime, comme il 
arrive au debut de toute prise d'armes arabe, voyait son ardeur 
s'.u rroitre du fait (qui n'echappait pas ä son Observation) que 
1«' mauvais etat de la mer, rendant impossible toute Operation de 
debarquement, retenait en rade, sans Communications avec la 
terre, les navires apportant au Maroc les premiers renforts, impa- 
tiemment attendus, de la metropole. 

Les premiers elements de la 3 e brigade de chasseurs, partis de 
Barcelona le 11 juillet au soir et arrives devant Melilla, le 13 au 
matin, attendaient, en effet, ä bord, depuisdeux jours, une accal- 



(1) Les colonels Larrea (d'etat-major), Arespacochaga (de l'artillerie), Axo (du 
regiment d'Afrique); les lieutenants-colonels Banos, Pedreira, Cabanna, Ferrando, 
Ceballos, etc. 



02 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

mie et ne purent debarquer que le 15; encore n'etait-ce que le 
groupe d'artillerie de montagne, Tescadron de cavalerie et la com- 
pagnie de sapeurs et telegraphistes, attaches äla 3 e brigade mixte, 
dont le premier bataillon (celui de Barcelone) (1.) ne devait arriver 
que le 16, avec le general Imaz, commandant de la brigade (2). 

Ces retards, qui n'etaient pas tous attribuables ä la tempete, 
comme aussi les affligeantes nouvelles politiques venues de la 
metropole, changeaient assez sensiblement la face des choses 
pour que le general gouverneur, si ces circonstances lui eussent 
ete mieux connues, put etre incite ä modifier le plan improvise 
ä l'issue de Theureux combat du 9 juillet. 

Dans Thypothese oü il eüt, en effet, abandonne son projet pri- 
mitif, — d'une execution, d'ailleurs, difficile, sinon risquee, ä 
cause des facilites dont disposaient ses adversaires pour manoeu- 
vrer, ä couvert, par les passages interieurs de la montagne, — le 
general Marina eüt pu, semble-t-il, lui en substituer un autre, 
plus sür, sans offrir de consequences moins fecondes, qui eüt 
consiste dans Tabandon immediat des positions avancees (moins 
l'Atalayoun, conserve et organise en consequence) et dans Toccu- 
pation des avant-monts du Gourougou que couronnent les points 
connus d'A'it Aixa et de la Mozquita. 

Executee, du 12 au 15 juillet, par surprise et avec vigueur, 
cette Operation, ä laquelle eüt aide la garnison du poste de Sidi 
Moussa, dejä etablie sur la meme crete, devait facilement reus- 
sir (3); et on concoit quelle aisance cette occupation eüt donnee 
ensuite aux troupes debarquees, devenues ipso facto maitresses 



(1) II n'est pas sans interet de noter que le bataillon de Barcelone debarqua ä l'ef- 
fectif de 27 officiers, 39 gradSs, 712 soldats et 53 conducteurs et servants de la section 
de mitrailleuses, soit, pour Tensemble du bataillon, 27 officiers et 814 hommes de 
troupe. Les dix-huit bataillons de chasseurs de la metropole appeles ä former les trois 
brigades mixtes constituees tout d'abord ayant, tous, ete mobilises sur les memes bases, 
on voit qu'ils representaient un total de 480 officiers et 14.652 hommes, et que les 
trois brigades, si on ajoute les autres armes et les Services (escadron de cavalerie : 
112 hommes, 118 chevaux; groupe d'artillerie : 433 hommes, 385 animaux), depas- 
saient 1'efTectif general de 16.000 hommes. 

(2) Ce meme jour, arrivait ä Melilla, le colonel Venancio Alvarez Gabrera, ancien 
commandant de la brigade disciplinaire, mis, sur sa demande, ä la disposition du ge- 
neral Marina, comme un specialiste eprouve de la guerre d'Afrique et qui devait etre 
tue au combat du 23 juillet. 

(3) On sait que le Gorro Frigio (Ai't Aixa) fut occupe le 29 septembre et la Mozquita, 
ouun petitsommet voisin, le 6 novembre et que ces deux Operations se firent, alors, 
sans combat. 



OPER LTIONS MIMTAIRES 53 

de toute Im plaine triangulaire des Beni-Ensar, dont la Secunda 
eta märque le sommet, sans parier des facilitea qu'y eül 
Irouvees le commandement, pour la preparation des Operations 
ulterieures. Quand 011 y songe, aujourd'hui, en se rappelant les 
difficultes et los deuils inutilement cruels qu'a entratnes, dans la 
premiere phase de la guerre, le maintien, coüte que coüte, de 
l'objeotif primitif, on se defend difficilement de regretter que le 
«hfl responsable. — qu'il faiit, toutefois, juger avec reserve, en 
raison meint 1 de cette responsabilite, — s'y soit si fermement tenu. 
Peut-etre, au surplus, le general Marina, quoique assez mal 
place aux avant-postes, oü il devait fatalement se laisser hypno- 
tiser par l'ambition de la marche en avant, a-t-il envisage aussi 
lautre Solution? On pourrait, du moins, le croire, en observant 
que c'est seulement le 16 juillet, apres sept jours d'occupation des 
postes avances, que le general gouverneur se deeida ä affirmer sa 
prise de possession effeetive, caracteristique de ses intentions, 
en faisant solennellement arborer le drapeau national sur les 
parapets de Si-Ahmed-el-Hadj. Le sort, des lors, etait jete 
et bientot, — plus tot, certainement, qu'on ne Tattendait, — allait 
se jouer, devant ces memes parapets, la premiere des sanglantes 
parties qui ont si tragiquement ouvert la campagne. 

C'est le 13 juillet que les indigenes, oecupes, sans doute, pendant 
les trois jours de repit laisses ä leurs adversaires, ä reparer leurs 
pertes, ä se renforcer et ä se ravitailler, reparurent, en se mainte- 
nant d'abord, prudemment, hors de portee. Ils paraissaient, des 
lors, former deux groupes prineipaux (communiquant probable- 
ment par une coupure interieure de la montagne) : Tun, stationne 
vers Nador, lautre, oecupant les parties hautes du Gourougou. 
Bientot meme, quelques-uns, s'enhardissant de l'immobilite 
de leurs adversaires, commencerent ä se risquer, par petits 
groupes, sur les glacis inoecupes de la montagne, pour venir bra- 
ver les Espagnols jusqu'au contact de leurs postes. Le nombre, 
unon l'importance, de ces groupes s'augmenta meme tellement, 
le 14, que l'artillerie de Si-Ahmed-el-Hadj (1) jugea ä propos de 



(1) Aux deux sections de montagne laissees, le 9, ä Si-Ahmed-el-Hadj, avaient et6 
ajout^es une ou deux sections de 7 (de St-Chamond) et une section de 9 (de p] 
attelleg, pour la cirronstance, avec les chevaux du parc administratif. 



54 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

tirer, dans la direction de Nador, contre certains d'entre eux 
(qu'on a cru former le contingent de Mizzian), ouvrant ainsi la 
serie des tirs de bombardement, sur lesquels on reviendra. 

Disons-en seulement, que si, le 14 juillet, — sur les obsarva- 
tions personnelles du gouverneur, ä ce qu'on assure, — cette 
manifest ation, aussi inutile que bruyante, fut bientöt arretee, 
Fusage ne s'etablit pas moins, autour de Melilla, de faire tirer, — 
jusqu'ä ses portees extremes, — l'artillerie des positions avancees 
et, celle meme des forts, contre tout groupement indigene signale 
et qu'en nombre de circonstances, on vit le feu continuer, meme 
la nuit, bien qu'aucun dispositif n'eüt ete prevu ä cet effet. II 
n'est aucun voyageur, si peu technique qu'il füt, ayant fcouche 
ä Melilla pendant la campagne, que cet abus flagrant du canon 
n'ait frappe. 

Ge qui peut, cependant, etre ajoute, c'est que, dans la periode 
envisagee et jusqu'ä ce qu'eussent debarque les brigades de chas- 
seurs qui devaient bientöt donner au corps expeditionnaire sa 
solide armature, la Situation locale etait assez incertaine et 
l'inquietude populaire assez vive pour qu'il puisse paraitre excu- 
sable d'avoir laisse tirer l'artillerie contre des objectifs mal de- 
finis, sinon entierement fictifs, dans Funique but d'agir sur le 
moral des amis et des ennemis. Peut-etre meme aurait-on evite 
d'en parier, pour ce motif, si ces pratiques, evidemment condam- 
nables, parce qu'elles sont pueriles et parce qu'elles permettraient 
de croire ä un certain manque de sang-froid, n'avaient persiste 
bien au delä de la periode vraiment critique. 

Le 16 juillet, comme il a ete indique, le general Imaz debar- 
quait ä Melilla; dans la journee meme, le commandant de la 
3 e brigade de chasseurs allait se presenter au general gouverneur, 
au camp de Si-Ahmed-el-Hadj, oü il trouvait un calme relatif 
et d'oü il rentrait, le meme soir, dans la place. Le premier ba- 
taillon debarque (Barcelone) avait ete, durant ce temps, etabli, 
non loin de la limite sud de la possession, au Zocco (Souk) ou 
marche arabe. Le lendemain 17, apres avoir assiste au debarque- 
ment du 2 e bataillon de chasseurs (Merida), le general del 
Real allait, ä son tour, conferer avec le general Marina, qui venait 
le recevoir ä la Secunda Gaseta. 



OPERATIONS MIL1TAIRES 55 

Ce jour-lä encore, bien que los Informateura indig&nes aienl 
Signale, depuis le L5, la probabilite* d'une agression, la Situation 
militaire demeurail stationnaire el il es1 interessant de constater 
que l^s rapports des postes avances, fournis le 18 au matin, de- 
vaienl encore rendre compte «in» 1 La mni avait ete calme et saus 
incidents. C'esl ce mßme jour, cependant, qu'allail sc produire la 
premiere attaque dirigee contre les troupes espagnoles par los 
Marocains, attaque conduite en forces telles et avec un si impres- 
sionnant deploiement d'ardeur et de tenacite que, malgre leur 
gchec, les indigenes en garderent, vis-a-vis de leurs adversaires 
europeens, une sorte de superiorite morale, qu'accrurent encore 
\ önoments ulterieurs, au point de ne s'eteindre que lentement 
et seulement apres les succes du debut de la seconde periode. 

Quoi qu'il en soit, rien ne fut change aux mesures prevues en 
vue d'assurer, le 18, la relove des troupes de service aux avant- 
postes. Les nouvelles unites venant de Melilla arriverent, en 
effet, dans la matinee, sur les positions et celles qu'ellesrempla- 
caient (avec lesquelles on renvoyait une des sections de la bat- 
terie de montagne de Melilla), rentrerent, sans incident, dans la 
place, vers 3 h 30 de l'apres-midi. 

La surprise ne fut, par suite, que plus profonde, lorsque, ä 
4 heures du soir environ, le piquet etabli ä l'Hippodrome vit 
aniver, ä toute allure, escorte par un demi-peloton de cavalerie, 
un ofTicier de Tetat-major du gouverneur, qui avait parcouru en 
vingt minutes les 9 ou 10 kilometres de mauvaise piste qui se- 
parent la Possession espagnole du col de l'Atalayoun et qui, en 
annoncant qu'une attaque, d'apparence tres serieuse, "venait de 
se demasquer, entre 2 heures et 3 heures de l'apres-midi, appor- 
tait l'ordre de diriger, immediatement, sur Si-Ahmed-el-Hadj, 
t«>utes les troupes fraiches disponibles dans la place. 

Get ordre, rapidement transmis au general del Real, qui accou- 
rut, ä cheval, ä l'Hippodrome, avec le general Imaz, recut une 
prompte execution. 

Le bataillon de chasseurs de Barcelone, debarque, la veille au 
matin, qui representait la seule troupe d'infanterie reellement 
fraiche, fut aussitöt alerte, ainsi que deux des batteries du groupe 
du 1 er regiment de montagne, arrive, le 15, de Barcelone; et cette 
petite colonne, ä laquelle s'adjoignit la sootion de montagne (de 



56 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

Melilla) ä peine revenue de Si-Ahmed-el-Hadj, guidee par roffi- 
cier d'ordonnance du general del Real, atteignant les avant- 
postes, avant la nuit, put jouer encore un röle, aussi actif 
qu'honorable, dans cette action, qui ne devait prendre fin qu'ä 
3 heures du matin. 

II n'est pas douteux que les Marocains, parfaitement rensei- 
gnes sur la Situation de leur ennemi et conscients de la dangereuse 
coupure qui s'etait faite entre la garnison de Melilla et les troupes 
avancees, aient opere suivant un plan defini, qui ne tendait ä 
rien moins qu'ä couper celles-ci de leur base et ä les prendre ou ä 
les detruire. Pour le realiser, ils avaient projete de n'attaquer 
qu'ä la nuit close le camp de Si-Ahmed-el-Hadj, secretement 
investi par avance et escompte, ä la fois, Favantage de la sur- 
prise, Fimpossibilite presque absolue de faire, en pleine nuit, 
intervenir des renforts, enfin, Finefficacite trop demontree du 
tir de nuit de l'artillerie. 

Bien que Fimpatience des contingents auxiliaires, qui devoi- 
lerent leur presence et leur plan en ouvrant le feu, longtemps 
avant Fheure, ait modifie, dans le sens le plus favorable aux 
Espagnols, les conditions de Poperation, l'attaque conserva un 
caractere methodique qui se rencontre rarement dans ces sortes 
d'engagements et qui comportait deux phases distinctes : attaque 
inopinee, par un groupe specialement organise du camp prin- 
cipal et de ses avancees, qu'on savait assez faiblement defen- 
dus (1) pour pouvoir esperer les enlever de vive force, ä l'heure 
oü Tobscurite paralyserait le tir de l'artillerie; mouvement enve- 
loppant, par le ravin de Sidi Moussa et par les pentes de la 
montagne, se produisant ä Finstant precis oü les garnisons, 
battant en retraite sur Melilla, seraient engagees dans le defile 
du Gourougou, oü elles devraient etre ecrasees. 

Meme dans les conditions assez differentes oü s'est deroulee 
Taction, la position des Espagnols füt devenue tres perilleuse, 
si les garnisons avaient faibli et il faut louer Finebranlable fer- 
mete du general Marina et de ses troupes d'avoir si heureusement 
sauve la Situation. 



(1) Au total, jusqu'ä l'arrivöe, inattendue des Marocains, du bataillon de chas- 
seurs de Barcelone, 2 compagnies du regiment de Melilla, 2 compagnies du regiment 
d'Afrique et 1 compagnie de la brigade disciplinaire. 



OPERATIONS MILITAI1U:S 67 

L'action s'ouvrit, — par suite, comme il a ete dit, de l'exoita- 
tion de certains contingents — unpeu avant 3 heures de l'apres- 
midi, par im combat de feux, lent, qui sc renforca peu a peu 
pour devenir, avant la fin du jour, extremement intense. On 
comprend que, domines comme ils l'etaient et mediocres tireurs, 
comme ils se sont montres en presque toutes les circonstances de 
cette guerre, les Espagnols n'y figurerent pas ä leur avantage. 
31 alors, du moins, qu'ils subirent quelques-unes de leurs 
pertes les plus sensibles. 

Leur inferiorite numerique, d'autre part, et leur ignorance d'un 
pays singulierement difficile leur interdisaient toute contre-offen- 
sive; il ne leur restait donc qu'ä se renfermer dans une etroite 
defensive et ä attendre le salut de la fermete de leur attitude. 
Dans cette phase, particulierement penible, le general Marina 
exerca, semble-t-il, Taction personnelle la plus favorable, en 
visitant successivement les divers secteurs de la defense; en par- 
lant, avec calme et sang-froid, aux officiers et aux soldats; en 
s'employant ä empecher que l'artillerie tirät sans but defini ou 
hors de portee; enfin, en rappelant ä tous la necessite de menager 
les munitions. II ne semble pas, toutefois, que ces dernieres 
recommandations aient produit beaucoup d'effet, car, — peut- 
etre, il est vrai, par mesure de precaution, — on crut devoir, 
vers 6 heures du soir, envoyer ä la Secunda Caseta un officier 
(lartillerie, escorte d'une section d'infanterie, charge d'en rap- 
porter un ravitaillement en munitions. 

L'oflicier designe remplit heureusement sa perilleuse mission 
et revint au camp, ä 8 heures, ayant beneficie d'un mouvement 
momentane de recul qu'imposa aux indigenes surpris l'arrivee 
des renforts venant de Melilla. Cette arriveepermit, d'autrepart, 
au general gouverneur de faire renforcer, par une compagnie (du 
regiment d'Afrique), le poste avance de Sidi Ali et d'envoyer a 
TAtalayoun, contre lequel se produisaient d'inquietantes demons- 
trations, une autre compagnie (du bataillon de Barcelone) et une 
section d'artillerie de montagne. 

Avant la fin du jour, un gros de cavalerie arabe avait mopine- 
ment paru, le long du rivage de la Mar-Chica, au döbouchä de la 
gorge de Nador; pris pour objectif .par l'artillerie, en particulier 
par la section de 9 qui occupait la gauche, ces cavaliers, estimes 



58 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

ä plusieurs centaines, avaient, aux allures vives, gagne rapide- 
ment Fun des nombreux angles morts qui bordent la position. 
On est fonde ä penser que parmi eux se trouvait le commandant 
d'une des attaques, El Hadj Amar Tazi ou Mizian, qui arrivait, 
selon les dipositions arretees, pour diriger Fexecution de Fat- 
taque. Au moment, en effet, oü Fobscurite commencait, et sur 
un signal evidemment concerte, les Marocains, formes en plu- 
sieurs colonnes et se defilant adroitement dans les couverts, 
assaillirent, en meme temps, les diverses positions; il etait alors 
un peu plus de 9 heures du soir. 

D 'apres le recit de temoins serieux et qui paraissent sinceres, 
cette attaque, dirigee contre trois des faces du camp de Si-Ah- 
med-el-Hadj, — celle de Fest, bien couverte par un profond ravin, 
etant seule epargnee, — fut menee par les Marocains avec une sau- 
vage energie et avec le plus profond dedain du danger; leurs 
adversaires paraissent, du reste, ne leur avoir cede, ni en bravoure, 
ni en devouement. A la gauche, vis-a-vis de la section de 9, les 
Marocains, arrives, ä couvert, ä tres petite distance de Fouvrage 
et ä peine visibles, s'etaient lances sur les embrasures, avec la 
volonte arretee de penetrer, coüte que coüte, dans Fouvrage. 
G'est sur les pieces memes, qu'ils defendaient ä coups de revolver, 
que le capitaine d'artillerie qui avait pris le commandement de 
la section et le chef d'escadron commandant du groupe (1) furent 
tues, Fun et Fautre, presque ä bout portant. Leur sacrifice, 
d'ailleurs, n'avait pas ete inutile, la tentative desesperee des 
Marocains ayant echoue et n'ayant pas ete serieusement renou- 
velee, au moins de ce cöte. 

Les points faibles du camp de Si-Ahmed-el-Hadj sont, on Fa 
dejä dit, les deux langues de terre qui le relient, au nord et au 
sud, aux plateaux voisins. L'isthme du nord, oü se trouvait la 
gorge de Fouvrage, etait plus particulierement vise par les Ma- 
rocains, qui Faborderent resolument. La nuit, presque complete, 
rendait fort incertain le tir par les creneaux; le capitaine d'in- 
fanterie qui commandait cette face (2) n'hesita pas ä se jeter en 
dehors de la gorge, peu ou pas barricadee, avec les plus vigoureux 



(1) Le capitaine Grilache et le commandant Royo. 

(2) Le capitaine Lopez Ochoa, du regiment d'Afrique. 



OPERATIONS MILITAIRKS ."><) 

de ses soldats, qu'H däploya devant l'ouverture pour en former 
une sorte de barriere viyante et, gräce ä leurs feux par salves, 
exäcutes ä genou, avec calme et precision, finit par briser l'elan 
des assaillants. 

D'aprös los nvits divers (non officiels) qui ont ete publies du 
combat du 18 juillet, le generaJ gouverneur, informe, avant la fin 
du jour, qu'une semblable attaque, egalement executee en forces, 
ötait dirigee contrele poste de Sidi Moussa, qu'iletaitsansmoyens 
dt> renforcer, avait donne l'ordre que la garnison de ce poste, 
forte d'une seule compagnie, sans canons, l'abandonnät pour se 
replier sur le camp principal. Le poste fut, en effet, evacue; mais 
il ne parait pas certain que ses defenseurs, d'ailleurs tres inferieurs 
»mi Dombre, aient attendu des ordres pour battre en retraite et il ne 
Bemble pas, non plus, qu'ils aient pu gagner, alors, le camp prin- 
cipal. 11 semble probable que la redoute de la Secunda Gaseta, 
beaucoup plus rapprochee et plus abordable pour eux, a servi 
de refuge au plus grand nombre; c'est de cet ouvrage, en tous 
ras, qu'apres la fin du combat partit le detachement qui re- 
occupa la redoute de Sidi Moussa, quand eile fut abandonnee 
par les assaillants. 

11 y avait douze ä treize heures que durait le combat, quand 
Marocains, qui n'avaient finalement obtenu d'avantages 
qu'en ce dernier point, dont la possession cessait de leur 
importer, des l'instant oü il devenait evident que les garnisons 
des postes avances, malgre des attaques renouvelees jusqu'ä 
trois fois, maintenaient leurs positions, prirent le parti de se re- 
plier. Encore le firent-ils sans häte, comme pour reprendre haieine 
apres ce vigoureux effort et sans renoncer ä y revenir, ce qu ils 
ne devaient guere tarder ä faire, comme on le verra bientöt. 

Les poursuivre, ä cette heure, sur ce terrain, etait ä peu pres 
impossible; il ne parait pas que les garnisons des ouvrages, oc- 
cupees ä faire le compte de leurs pertes, qui etaient relativement 
fort es: 3 officiers, dont 2 officier> superieurs (1) et 15 grades et 
-uM;iN. tues; 4 0^1^01^ et 25 ou 30 homnu'> de troupe, blesses(2), 



(1) Le tieuteoant-colonel Ceballos (du regiment de Melilla) et le rommandant de 
irtillerie). 

-' Donl 2 tu6s -t s blosses, au poste avanc6 de Sidi Ali. 



ÖO LES ESPAGNOLS AU MAROG 

en aient marque Tintention. Outre, en effet, que ces troupes, qui 
n'avaient ni mange, ni dormi depuis dix-huit heures, n'en eussent 
guere ete capables, il est tres douteux qu'une poursuite ait pu etre 
de quelque utilite, si meme eile n'eüt entraine inutilement d'au- 
tres pertes. Ce n'etait plus, d'ailleurs, de gagner immediatement du 
terrain en avant qu'il pouvait etre question, en face d'un adver- 
saire qui venait brusquement de se reveler nombreux, determine, 
et, dans une certaine mesure, capable de manceuvrer. Garder 
les positions avancees, puisque le gouverneur en avait ainsi 
decide et parce qu'un certain point d'honneur s'attachait, au 
moins pour Finstant, ä leur conservation et faire effort pour se 
donner un peu d'air, autour de Melilla meme, en vue des debar- 
quements qui se poursuivaient activement (1), teile etait, pour 
le moment, la double täche qui devait donner un aliment süffi- 
sant ä Factivite du commandement et des troupes. 

Ces circonstances nouvelles rendaient plus necessaire que ja- 
mais la presence, ä Melilla, du chef administratif et militaire 
responsable. Apres avoir appele, le 19, le general Imaz aü camp 
de Si-Ahmed-el-Hadj, oü cet officier general allait demeurer, 
trois mois entiers, comme commandant de la ligne avancee, le 
general Marina rentra en ville, oüil fut froidement accueillipar la 
population, qui ignorait ou meconnaissait la vaillance de son 
attitude durant les dix jours passes aux avant-postes et que l'in- 
quietude rendait ingrate et injuste. 

Gette inquietude, bien qu'excessive, n'etait pas, du reste, sans 
fondement. Les Marocains, en effet, loin de faiblir, voyaient des 
motifs d'encouragement dans certaines circonstances du combat 
du 18 et se preparaient activement ä revenir ä la charge. Ils 
avaient seulement, modifiant leur plan du premier jour, renonce 
ä braver d'aussi pres les canons de Si-Ahmed-el-Hadj et ceux 
qu'ils savaient avoir ete envoyes ä PAtalayoun, et, se souve- 
nant de la facilite relative avec laquelle ils avaient pris pied sur 
la crete de Sidi Moussa, ils entendaient porter, cette fois, de ce 



(1 ) Aux bataillons de Barcelone et de Merida, arrives les 16 et 17 juillet, avait suc- 
cede, le 18, le bataillon d'Alba de Tormes, suivi lui-meme, promptement, des batail- 
lons d'Estella, de Reus et d'Alphonse XII. A la date du 20, la 3 e brigade entiere etait 
debarquee et la l re allait suivre. 



OPERATIONS MILITAIRES 6l 

cöte* ei <lu cöte de la Secunda Gaseta, leur attaque prinoipale, les 
postes de la premiere ligne devant seulement servir d'objeotif 
a une demonstration executee par un corps d'aile. 

La journee du 19, consacree, de part et d'autre, a panser les 
plaies du combat de la nuit precedente, avait ete calme : le 20, 
au mal in. certains signes d'activite" devenaient visibles parmi les 
indigenes etablis, hors de portee, sur les pentes superieures du 
(lourougou et quelques maraüdeurs qui battaient l'estrade au 
pied des pentes avaient meme empeche deux officiers de rallier 
la Secunda Caseta, comme avait pu le faire, la veille, legeneral 
Imaz, avec une faible suite. Aussi, diverses precautions avaient- 
elles 6te prises en vue de renforcer les postes avances, celle, entre 
autres (qui avait correspondu avec un changement de personnel), 
de doter d'une section d'artillerie la redoute de Sidi Moussa (1). 

Malgre l'evidente preoccupation des indigenes de se soustraire 
aux coups de l'artillerie, en operant, de preference, la nuit, leurs 
mouvements preparatoires, vers la fin del'apres-midi du 20 juillet, 
furent apergus, assez tot, des ouvrages, pour que les batteries 
pussent ouvrir leur feu sur eux, dans des conditions qu'il faut 
supposer favorables, car la canonnade devint rapidement in- 
tense et se prolongea longtemps. 

L'objectif des assaillants etait, cette fois, la Secunda Gaseta, 
proie eventuelle aussi tentante ä raison de sa position au de- 
bouche nord du defile du Gourougou que par Timportance des 
magasins, en particulier du magasin ä munitions, qu'on savait 
devoir y trouver. Mais, appliquant, d'instinct ou sous Inspira- 
tion d'une competence inconnue, les regles d'une saine tactique, 
les Marocains ne menerent, d'abord, contre cet ouvrage qu'un 
combat trainant, leur premier efTort se portant contre le camp 
de Sidi Moussa, qu'ils aborderent sans hesiter et tenterent, 
comme ils l'avaient fait, 1'avant-veille, a Si-Ahmed-el-Hadj, 
d'enlever de haute lutte. M;ii> l< i |>oste, mieux arme, mieux pourvu 
ei dofendu avec une volonte plus ferme de resistance, flanque, 
en outre, par les canons de la Secunda Caseta et meme (bien qu'a 
portee un peu longue), par ceux de Si-Ahmed-el-Hadj, ne se 



(1) Ces renforts furfiii. en particulier, fournie par les bataillona d'Alba de Tormös 
et de Merida et par I'escadrOQ du reimen t de Trivino. 



02 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

laissa pas aborder. Finalement, les Marocains, renoncant ä 
s'en emparer, se rejeterent sur la SeCunda Gaseta, contre laquelle 
la fusillade, coupee de tentatives repetees d'assaut, devait durer 
toute la nuit, ainsi, mais plus vivement, qu'ä Si-Ahmed-el-Hadj 
et ä Sidi Ali. 

Cependant, le bruit intense de la canonnade et de la fusillade, 
facilement percu de Melilla, avait eveille l'attention et, vers la 
fin du jour, avait attire au camp de T Hippodrome le gouver- 
neur interimaire et ses principaux chefs de Service. Des le 18, 
en vue de calmer l'emotion populaire croissante, autant, sans 
doute, que pour parer ä un danger qui ne parait avoir jamais 
ete tres reel, le territoire de la possession, en dehors de la citadelle, 
avait ete divise en deux secteurs de defense, ä chacun desquels 
avait ete attribuee une sorte de garnison de sürete et que com- 
mandaient respectivement deux colonels (1). 

Sur des avis transmis par plusieurs informateurs indigenes 
signalant la marche d'une colonne marocaine, remontant au nord, 
par le ravin de Sidi Moussa et par les pentes de la montagne, pour 
venir razzier la fraction des Mezguita, qui avait reussi ä demeurer 
neutre dans le conflit (ou ä en donner l'illusion aux Espagnols), 
ordre fut donne aux troupes du secteur de gauche de prendre les 
armes et de s'etablir, en formation de combat, face au sud-ouest, 
pour barrer eventuellement la route ä la colonne marocaine. Les 
troupes du secteur, qui se composaient de 4 compagnies d'in- 
fanterie(2), avec 1 peloton de cavalerie, 1 section de mitrailleuses 
et 1 section de campagne de 7, que vint bientöt appuyer une 
autre section de 9 (de place), se deployerent, en effet, en avant 
de la sortie du camp et, bientöt, sur des bruits percus dans 
la direction reputee dangereuse, fut ouvert, contre l'ennemi 
suppose, un de ces tirs de bombardement dont on a dejä parle. 

Gette demonstration, que le simple expose du fait suffit ä con- 
damner, dura d'ailleurs peu de temps; le tir fut arrete, en effet, 
au bout de vingt minutes, par le colonel d'artillerie, chef du sec- 
teur, mieux qualifie que d'autres pour juger l'inanite certaine 



(1) A gauche (sud), le colonel Arespacochaga (d'artillerie); ä droite (nord), le 
colonel Benedicto (du regiment de Melilla). 

(2) 3 compagnies du bataillon de chasseurs d'Estella et 1 compagnie du regiment 
d'Afrique. 



OPERATIONS MIL1TAIRES 63 

du räsultat et le gouverneur ad Joint, saus doute non moins ßxe, 
s'&oigna pour aller inspecter le secteur nord. En fait, la auit 
n'apporta rien de plus que ces alarmes imparfaitement just ifiees, 
qui maintinrent, cependant, sur 1<> terrain, le general del R6al 
et son 6tat-major, jusqu'au lever du jour et ä l'arrivee de nou- 
vfllt's des positions avaneees. 

Gelles-ci mentionnaienl qu'apres de vives attaques, dirigees 
surtout contre la redoute de la Secunda Gaseta et contre Sidi 
Mt)ii>sa( 1 ). l'ennemiavaittoutäcoupdisparu, au\ premieres lueurs 
du jour; elles etaient aussi appuyees de demandes pressantes de 
uuiuitions, qu'un convoi special, escorte par deux compagnies du 
bataillon de chasseurs d'Estella et par une compagnie du regi- 
ment de Melilla et mis en route ä 7 heures du matin, conduisit 
aussitöt ä la Secunda Caseta, — sans prejudice du train jour- 
nalier de ravitaillement de la Compagnie Nord-Africaine, qui 
partit ä 8 heures, emportant encore, avec de l'eau et de la paille, 
de nombreuses caisses de cartouches et de projectiles d'artillerie. 

Les pertes subies, dans cette nouvelle affaire, par lesgarnisons 
des ])ositions avaneees ne furent connues que plus tard. Elles 
parurent lourdes et l'etaient, en effet, puisque ce second combat 
livre pour la defense des positions en question avait coüte la vie 
ä 1 officier (2) et ä 32 hommes de troupe et que le nombre des 
blesses s'elevait ä 3 officiers et 56 grades et soldats (3). 

La journee du 21 juillet et la premiere partie de celle du 22 
furent calmes, comme il arrive ordinairement, dans les guerres 
arabes, au lendemain d'engagements un peu vifs; mais, vers 
4 heures du soir, le 22, une assez forte canonnade partant de 
Si-Ahmed-el-Hadj et appuyee de feux de mousqueterie revelait, 
<hez l'ennemi, de nouvelles intentions offensives. Celni-ci, en 
effet, s'agitait ä nouveau, toujours forme en deux gros detache- 
ments ayant leur centre, Tun, autour de Nador, l'autre, dans la 
gorge centrale du mont Gourougou. 



(1) Oü commandait le lieutenant-colonel Pedreira (du regiment d'Afrique). 

(2) Du bataillon de chasseurs d'Estella. 

(3) D'apres l'ouvrage du capitaine E. Gallego (loc. eil.) les pertes se seraienl 
es, en realite^ ä 1 officier subalterne et 35 hommes de troupe tu6s; 2 ofliciers 

subalternes et 67 hommes de troupe blesses. 



64 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

CTetait, ä n'en guere douter, le prelude d'une troisieme atta- 
que, preparee, comme les precedentes, selon la pure doctrine, 
c'est-ä-dire, en combinant une attaque de front, avecunmouve- 
ment lateral. Toutefois, montrant autant de variete dans leur 
taetique que de perseverance dans leurs desseins et d'activite 
dans leur execution, les chefs indigenes avaient encore modifie 
leur objectif principal et leur mouvement paraissait, cette 
fois, viser essentiellement les avancees memes de la place, du 
cöte du sud, c'est-ä-dire le camp fortine de l'Hippodrome, 
le fortin et la redoute du meme nom et le poste de la douane 
marocaine (ou auberge du Cabo Moreno). C'est, du moins, ce 
qu'on crut pouvoir deduire d'une dernonstration, — peut-etre 
intempestive, comme l'attaque prematuree du 18 juillet, — que 
tenterent, dans cette direction, le 22 juillet, entre 5 et 6 heures 
du soir, des groupes marocains assez nombreux. Ceux-ci, d'ail- 
leurs, s'arreterent bientöt, soit qu'ils aient ete retenus ä temps 
par un ordre de leurs chefs, soit qu'il ait suffi des feux directs 
de Partillerie de THippodrome et du fort de Camellos, ap- 
puye du tir d'echarpe des canons et des mitrailleuses de Sidi 
Moussa (1). 

Vers la meme heure, un compte rendu heliographique expedie 
de Si-Ahmed-el-Hadj par le general Imaz faisait connaitre que 
le tir de ses canons avait ete dirige contre de nombreux groupes, 
dont certains semblaient menacer son camp, tandis que d'autres 
continuaient leur marche vers les parties hautes du mont Gou- 
rougou. La fusillade ä longue portee des premiers n'avait fait, 
ajoutait le general Imaz, qu'un blesse, par balle de fusil Mauser; 
quant ä l'observation relative au mouvement, vers le nord, 
d'importants contingents, eile confirmait l'hypothese d'une 
action d'ensemble preparee contre Melilla meme, ou, au moins, 
contre ses abords immediats. C'est, certainement, ce qu'en 
conclut le general Marina, qui resolut de pro fiter de cette cir- 
constance pour arreter, une fois pour toutes, par une contre- 
attaque combinee, 1'orTensive, chaque jour plus audacieuse, de 
ses adversaires. 



(1) Alors commande par le lieutenant-colonel Banos (du regiment d'Afrique), rem- 
placant le lieutenant-colonel Pedreira (du meme regiment). 








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\ s Ihmuts du soii-, le Colone! AJvare« Gabrerä, qui aVäit 
BUCoödö au colonel Arespacoehaga dftns Je oortifflandemenl du 
seoteur sud, recevail du general Marina im ordre ttföparatöire, 

pour une Operation qu'il aui'ai! a diriger dans la nuil meme; 
m\ cotapagnies d'infanterie mises a cet effet soussoncommande- 
ment (l) vinrent bientöt se masser pres de l'Hippodrome et la 
colonne rompit, ensilence, avant minuit. Sa mission, autant qu'on 
a |»ii le savoir, coftsistait ä repondre aux hardies manoeuvres 
des Marocains par une manoeuvre de meme nature, autrement 
dit. a se glisser dans la montagne, par le ravin de Sidi Moussa, 
pour essayer de deborder le rassemblement connu ou suppose des 
indigänes et de prendre ceux-ci en flanc, an moment ou, le jour 
venu, ils seraient attaques et, on l'esperait, rejetes vers le sud 
par deux autres detachements, agissant en liaison (sous les 
ordres du lieutenant-colonel Aizpuru, commandant de la bri- 
gade disciplinaire et le commandement superieur du general del 
Real). 

Le che! qui commandait cette petite troupe, forte de 700 a 
800 hommes, etait des plus experimentes et des mieux informes 
des choses d'Afrique, ce qui explique, sans peut-etre le justiner 
entierement, qu'on n'ait pas hesite ä le lancer ainsi, dans 
la nuit, ä travers un pays nouveau, avec la mission de se jeter, 
au jour naissant, dans les gorges et les rochers de la montagne, 
inoonnue meme de lui. Peut-etre aussi est-on en droit de penser 
qu"il nVtait pas tres prudent de faire entrer,pour moitie, dans les 
troupes ä qui etait confiee cette täche epineuse, des unites de- 
barquees en Afrique de la veille, mobilisees depuis huit jours a 
peine et dont on a dit precedemment de quelle facon anormale 
elles se trouvaient avoir ete recrutees. Quant au fait que cette 
hardie tentative n'ait pu, comme on sait, reussir, il seraitinjuste 
d'en conclure qu'elle ait ete mal concue ou mal executee. Une 
seule chose est certaine, c'est'que 1'efTet de surprise qu'on es- 
comptait ne s'est pas produit; et il y a lieu de penser que c'est, 
beaucoup, pärce que le secret, indispensable au succes d'une 
pareille Operation, aurait ete trahi. 



(1) 2 compagnies du regiment d'Afrique, l du regimeni de Melitta, -i du bataillon 

de chasseurs de Reus ei 1 du bataillon de chasseurs d'Alphouse \ll. avec 1 sec- 
Uod d'artillerie de montagne. 



SPAGNOLS AU mahck; 



66 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

Quant ä r Operation meme du colonel Cabrera, ü n'en a rien 
ete rapporte qui ait un caractere authentique et qui permette 
d'apprecier les circonstances de son executiön. Ce qu'on sait, 
c'est que, surprise elle-meme, au lieu de surprendre, la petite 
colonne se trouva brusquement, quand le jour se leva, presque 
entouree, dut se replier, par des sentiers ardus et des gorges 
etroites commandees par des Marocains nombreux et bien armes, 
— qu'on a pretendu etre le contingent des Beni-Uriaguel, tribu 
belliqueuse des environs d'Alhucemas — et que c'est par une 
sorte de miracle qu'elle a pu, sans de trop lourdes pertes, rega- 
gner l'abri efficace du poste de Sidi Moussa. 

La conduite au feu des troupes qui composaient la colonne 
Gabrera parait avoir ete, sans distinction d'arme ni d'origine, 
celle de braves gens et le fait qu'ils se soient tires d'affaire 
(non sans avoir du, pourtant, abandonner plusieurs de leurs 
morts et blesses) en est la meilleure preuve. Le commandant 
meme de la colonne, le colonel Cabrera, 1 capitaine et 2 lieute- 
nants y avaient ete tues; on assure que 13 hommes de troupe 
seulement y furent blesses. 

Cependant, selon les ordres donnes, la veille au soir, les elements 
des deux autres colonnes, qui devaient operer de concert, sous 
les ordres du general del Real, s'etaient reunis, avant le jour, ä 
l'Hippodrome. La premiere, ä FefTectif de 4 compagnies (1), avec 
une section de montagne, etait, comme on Fa dit, commandee 
par le lieutenant-colonel Aizpuru; la seconde, aux ordres directs 
du general, comprenait 2 compagnies (2) et 1 batterie montee 
(de Saint-Chamond). 

A 5 heures du matin, le colonel Aizpuru, ä qui le general 
del Real avait donne comme objectif l'occupation d'une ligne 
de hauteurs situees ä 1.200 metres environ de l'Hippodrome et 
qui n'etait autre, selon toute apparence, que la crete de la 
Mozquita, commenca son mouvement. Bien qu'on y vit peu 
d'occupants, il ne semble pas que le commandement püt, des 
lors, attendre de considerables resultats d'une attaque menee 



(1)2 compagnies de la brigade disciplinaire, et 2 compagnies du regiment d'Afrique. 
(2) 2 compagnies du bataillon de chasseurs d'Estella. 



OPERATIONS MILITAIRES (»7 

par quatre compagnies et deux pieces de montagne, contre 
um Formidable massif comme le Gourougou, oü l'on connais- 
sait la pre*sence d'un ennemi relativemenl aombreux ei qu'on 
savait vigoureux. Le general del Kcal conseryait sous la uiani. 
il est vrai, les deux compagnies du bataillon d'Estella et la bat- 
terie de campagne; niais ce renfort meme devait etre encore fort 
insuffisant pour en deloger les indigenes et les contraindre, de 
vive force, ä se rejeter vers le sud. 

Le lieutenant-colonel Aizpuru parait, du reste, en avoir 
juge ainsi, car Foperation dont il etait charge fut conduite, 
au moins au debut, comme une simple demonstration. Ayant, 
en effet, deploye sa premiere ligne, en tirailleurs, en l'avancant 
de quelques centaines de metres dans la direction de Tobjectif 
indique et voyant les hauteurs se couronner d'ennemis, il arreta 
sa guerilla, pour donner le temps ä l'artillerie, qui Tavait rejoint, 
de « preparer l'attaque », et laissa se prolonger, pendant deux 
heures, une fusillade intense, qui fut, dit un recit naif, « sans 
resultats appreciables ». La consequence, facile ä prevoir, fut 
que, vers 7 heures, les munitions commencerent ä manquer, ce 
dont on fit rendre compte aussitöt, par un officier, au general 
del Real, qui s'etait porte, entre temps, sur une petite eminence 
immediatement voisine du Labadero et qui renvoya l'infor- 
mateur au camp de THippodrome, pour s'y ravitailler. 

Cet officier revenait sur la ligne, avec les munitions, ajoute le 
narrateur cite plus haut, et n'en etait plus qu'ä une centaine de 
uu'tres, quand il vit les Marocains sortir de leurs abris et se jeter 
sur la ligne espagnole, des lors deployee tout entiere, « äqui ils 
firent subir des pertes qui rendirent plus diflicile son maintien 
en position ». En fait, la ligne espagnole flechissait, malgre les 
efforts du lieutenant-colonel Aizpuru et de ses ofliciers et il ne 
fallut rien moins que Intervention, tres vigoureuse, d'une com- 
pagnie (1) detachee du camp de THippodrome et celle aussi de 
l.i batterie de campagne, tirant ä mitraille, pour empecher ce 
iMuuvement de retraite de prendre, peut-etre, des proportions 
dangereuses. 

A ce moment, — 9 heures du matin, — • le general Marina 



(1) Du r^giment de Melilla. 



68 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

etait occupe sur le port ä recevoir les deux premiers bataillons 
arrives de la l re brigade de chasseurs (de Madrid) (1). Avise de 
la fächeuse tournure que prenait Faction, il se porta aussitöt 
dans la direction de la lutte, se faisant suivre par deux compa- 
gnies, ä peine debarquees, de Tun de ces bataillons (2), com- 
mandees par le chef de corps. Lorsqu'il arriva sur le terrain, le 
combat avait ete retabli par une attaque vigoureuse conduite 
par le lieutenant-colonel Aizpuru, qui avait meme permis aux 
Espagnols d'atteindre, ou ä peu pres, l'objectif primitivement 
designe, oü ils s'etaient etablis, face aux Marocains, lesquels 
s'etaient bornes ä remonter, quelque peu, dans la montagne et 
continuaient de tirailler avec eux. 

Le gouverneür ne crut pas, dans ces conditions, pouvoir im- 
mediatement demander un nouvel effort aux troupes dejä fati- 
guees; il approuva les dispositions prescrites par son adjoint et 
se borna ä faire porter sur la ligne de feu, poür Fetendre 
davantage ä gauche, une des compagnies de chasseurs du 
bataillon de Figueras dont il s'etait fait suivre. Quant aux 
Marocains, toujours intimides par le tir de l'artillerie, aux 
coups de laquelle ils ne s'exposent pas volontiers, en plein jour 
ni ä decouvert, impressionnes aussi, peut-etre ; par Farrivee des 
renforts espagnols, qu'ils observaient facilement (3), ils se mon- 
traient beaucoup moins mordants que dans les precedentes ren- 
contres. 

Les heures chaudes de cette journee ; qui fut parmi les plus 
brülantes de la saison, se passerent ainsi dans une sorte d'accal- 
mie. Engages d'ailleurs, comme ils Fetaient, jusqu'au contact 
presque immediat, chacun des deux adversaires preferait, sans 
doute, laisser ä Tautre Finitiative d'un deplacement, — en avant 
ou en arriere, — qu'il sentait devoir etre delicat et perilleux. 

Ce furent les Espagnols qui prirent, vers 3 h 30 du soir, Fini- 



(1) Les bataillons de Barbastro et de Figueras, qui precedaient le reste de la bri- 



(2) 2 compagnies du bataillon de Figueras, avec le lieutenant-colonel Ibanez 
Marin. 

(3) Les montagnards de la region du Rif, grands pillards, cohime on sait et hardis 
naufrageurs, ont un goüt tr£s vif pour les lunettes d'approche et les jumelles, 
dont ils se servent couramraent et pour l'achat desquelles ils fönt presque autant 
de sacrifices que pour l'acquisition d'armes ä tir rapide. 



OPERATIONS IfILII A.IRHJS ()() 

tiativedu mouvement, sur l'ordre, envoye* par le gouverneur, de 
faire replier la Ligne sur le camp de l'Hippodrome. L'execUtion 
(leert ordre tut . comme boujours dans les guerresd'Afrique, — le 
signa] d'une fougueuse reprise de 1'ofTensive, par lesMarocains,qui 
b y lancerent avec une ardeur extreme. Neanmoins, la retraite, 
Boutenue par une forte eoncentration des feux de l'artillerie et 
utee aßsez correctement, par echelons, se poursuivait dans 
tin ordre relatif, lorsquele coursen fut gravement trouble parun 
incident, du a l'ignorance du pays et de la maniere de combattre 
des Arabes et qui ne peut etre passe sous silence. 

Apres les fatigues d'une traversee agitee et du combat pro- 
longe qui y avait succede sans le moindre repit, les chasseurs de 
Figueras, qui formaient la gauche de la ligne, se montraient, en 
revenanl vers la place, sous la protection de l'artillerie qui 
maintenait l'ennemi ä distance, tres eprouves par la chaleur et 
par la soif. Cette troupe arrive ainsi ä hauteur du Labadero, 
situe sur la limite meme de la possession et ä quelques centaines 
de metres du camp de l'Hippodrome, oü stationne la reserve 
generale. Au pied de l'etablissement, encore inacheve, de la 
Compagnie Nord-Africaine et dans un repli de la colline, oü la 
vue est fort bornee, est un puits abondant. Le commandant du 
bataillon, qui se croit hors du combat, cede ä la demande qui lui 
est faite de s'y arreter, pour faire une halte — peu ou pasgardee 
— et permet que les hommes rompent les rangs, pour aller 
remplir les bidons. 

A peine cette imprudence, d'apparence venielle, est-elle com- 
mjge que surgipsent. sur Jes cretes bassesqui environnent le puits, 
des Marocains qui ont suivi, pas ä pas, la retraite, en se glissant 
a bravere les vergers de figuiers qui couvrent les pentes basses 
de la montagne et dont le nombre grossit si rapidement qu'une 
veritable melee se produit, suivie, de la part de quelques chas- 
seurs, d'une irresistible panique. Fort heureusement, le mouve- 
ment ne s'etendit pas; une vigoureuse reaction se produisit, au 
contraire, parmi ces braves gens, sous l'energique impulsion 
donnee par le chef de corps et par ses officiers et ce fut bientöt 
le tour des indigenes de tourner le dos et de s'enfuir. Mais il en 
avait coüte eher et le lieutenant-colonel Ibanez Marin, com- 
mandant du bataillon, etait parmi les morts, 



7O LES ESPAGiNOLS AU MAROC 

C'etait la fin de cette dure journee, pour la partie de l'action 
qui s'etait deroulee entre Melilla et le Gourougou et que les Es- 
pagnols denomment le combat du Labadero. La lutte se pour- 
suivit plus longtemps ; au sud, tant contre les positions avancees 
que contre le convoi de ravitaillement qui avait, entre temps, 
ete dirige de THippodrome sur la Secunda Gaseta, sous l'escorte 
de deux compagnies (aussidebarquees le matin meme) du batail- 
lon de chasseurs de Barbastro et commande par le colonel Axo. 
Les attaques dirigees contre les postes furent acharnees et il 
etait pres de 8 heures du soir quand le silence se fit, enfin, sur 
le theätre de l'action. Une heure apres, la petite colonne du 
colonel Axo rentrait dans la place, sans avoir recu, au retour, 
un seul coup de fusil; eile ramenait avec eile la colonne du 
colonel Gabrera. 

D 'apres ce qui a ete indique, dans un compte rendu officiel 
d'une concision etudiee, les pertes de la journee, en tues et 
blesses, n'auraient pas ete inferieures ä 300 hommes, auxquels 
il convient d'aj outer, — pour reparer une Omission qu'on croira 
difficilement involontaire, — 15 ou 20 officiers tues ou blesses, 
dont un colonel et trois autres officiers superieurs (1). 

Du 23 au 27 juillet — ce qui suffirait, s'il etait necessaire, pour 
prouver que Taffaire du 23 n'avait guere ete moins onereuse 
pour les indigenes que pour leurs adversaires europeens, — pas 
d'attaque; ä peine quelques coups de canon et quelques courtes 
fusillades accidentelles. Les Espagnols en profitent pour com- 
pleter les defenses de leurs ouvrages, aides par les compagnies 
du genie des brigades mixtes, qui sont mises ä l'ceuvre, au d6- 
barque, sans qu'on leur laisse le temps de respirer (2). On com- 



(1) D'apres le capitaine E. Gallego {loc. cit.) ces pertes se seraient elevees ä 
2 officiers superieurs, 8 officiers subalternes et 46 hommes de troupe tues; 1 officier 
superieur, 10 officiers subalternes, 1 medecin et 215 hommes de troupe bless&s. 

(2) La compagnie du genie de la 3 e brigade de chasseurs, mise ä terre, le 23 juillet, 
ä 4 heures du soir, fut directement conduite du quai de debarquement au terrain de 
l'action et chargee, alors que le combat n'avait pas encore entierement cesse.et sans 
que les hommes aient pu prendre ni nourriture, ni repos, d'assurer Torganisation 
defensive du Labadero. La nuit du 23 au 24 et les deux journees des 25 et 26 juillet 
y furent consacrees et la fatigue des sapeurs fut teile qu'on en vit plusieurs dormir 
debout, le fusil ä la main, au milieu de camarades qui tiraillaient contre l'ennemi. 



OPERATIONS MILITAIRKS 7 | 

luenca aussi. on vue d'assuror d'nt iles points d'appui aux escortes 
des convois et d'empecher, autanl que possible, les batteura 
d'estrade indigenes d'infester la plaine des Beni-Ensar, l'organi- 
Bation, entre ['Hippodrome et la Secunda Caseta, d'une ligne de 
postes et de blockhaus, qui sonl : l'auberge du Cabo-Moreno, le 
Labadero et les blockhaus, numerotes de 1 ä 3, ä chacun des- 
quels fut attribuee une garnison permanente de 30ä40 hommes, 
avec 1 officier. On ferma, enfin, par une redoute, l'entree de 
risthme de la Mar-Chica, ä hauteur de la Bocana (1). 

Dans la ville, deux faits militaires fönt, durant ce temps, Tob- 
jet des conversations : l'elevation du general Marina, ä la date 
du 26 juillet, au grade de lieutenant-general et ä l'emploi de 
commandant en chef du corps d'operations; le meme jour, l'ar- 
rivee dans la place des autres bataillons, detachements et Ser- 
vices de la l re brigade de chasseurs, avec son brillant chef, le 
general Pintos. A cette meme date, la l re brigade est debarquee 
en entier et reffectif des troupes atteint, au minimum, 15.000 
combattants. 

La journee du 24 juillet avait ete, comme on l'a dejä dit, 
entierement calme, sauf aux positions avancees, oü se poursuivit, 
pendant une partie du jour, le combat du 23. Gelle du 25 fut 
egalement tranquille jusque vers le soir. 

Le general Marina, toujours attire vers Tavant, peut-etre aussi 
preoccupe de la solidite des moyens de defense des positions 
avancees de premiere ligne, contre lesquelles il voyait Tennemi 
deployer un acharnement inattendu, profita de cette tranquil- 
lite pour accompagner les renforts (2) qu'il jugeait necessaire 
d'y envoyer, en vue d'un retour offensif probable des Marocains. 
Le gouverneui', son inspection faite, rentra ä Melilla, le jour 
meme, en profitant, semble-t-il, du retour du convoi, en tous 
cas, sans incident. 

Ce meme jour, les canons de Camellos et les batterfes en sur- 



(1) En realite, ces travaux, ä l'exception des ouvrages du Labadero et de l'au- 
berge du Cabo-Moreno, furent construits posterieurement au combat du 27 juillet, 
en vue de faciliter l'attitude de stricte defensive qu'allait garder, durant pres de 
deux mois, le corps expeditionnaire. 

(2) Ces renforts paraissent avoir ete les deux dernieres compagnies du bataillon 
de chasseurs d'Alba de Tormes et deux autres du bataillon de chasseurs de Rens, 
avec une ou deux sections d'artillerie de montagne. 



7 2 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

veillance au camp de FHippodrome commencerent, vers 6 heures 
du soir, ä battre de leurs feux les pentes liautes du Gourougou, 
ce que le correspondant d'un important Journal de Madrid com- 
mentait, — peut-etre ironiquement, — dans sa depeche du lende- 
main, en disant qu' « on ne voyait pas les Maures, mais qu'on les 
supposait prets ä se reunir, pour la nuit, sur leurs emplacements 
coutumiers et que ce bombardement avait pour objet de gener 
leurs rassemblements ». Gette explication, qui nous eloigne fort, 
comme on voit, de la doctrine, hautement affirmee apres la 
guerre russo-japonaise, que Fartillerie ne doit tirer que sur des 
buts « definis et observables », revelait, eh tous cas, une nervosite 
dont on trouvera une autre preuve dans le fait que, le meme soir, 
vers 10 heures, le camp et la ville furent alarmes par de fortes 
decharges de mousqueterie partant du Zocco (marche arabe), 
poste intermediaire entre THippodrome et le camp des bataillons 
dejä debarques de la l re brigade de chasseurs. Ces ,feux repon- 
daient au tir de maraudeurs qui, des lors et jusqu'en octobre, 
devaient venir, trop souvent, la nuit, insulter les campements^ 
ils s'eteignirent d'eux-memes, au bout d'une heure. 

Le lendemain 26, des 9 h 30 du matin, — ce qui indique, de 
la part du commandement, une adhesion, au moins tacite, ä 
ces pratiques, — reprenait le tir des batteries de THippodrome 
contre le Gourougou, un peu plus justifiable, peut-etre, que la 
veille, parce qu'il etait dirige contre differents groupes d'indi- 
genes, visibles, bien qu'ä longue portee, sur les pentes de la mon- 
tagne. 

Dans la nuit du 25 au 26 juillet, Fadministration avait prepare 
un important convoi de ravitaillement pour les positions avan- 
cees, qui partit, comme il etait ordonne, peu apres le jour et 
atteignit la Secunda Caseta, sans autres difficultes que quelques 
coups de fusil subis entre les kilometres 2 et 4 de la ligne ; le retour 
se fit de meme, heureusement, dans Fapres-midi. Mais, le 26 au 
soir, des feux nombreux, signal ordinaire de rassemblements 
pour le combat, furent visibles sur les hauteurs du Gourougou, 
comme ils Favaient ete dans la nuit du 22 au 23. 

Cette meme nuit, egalement, sans que Feveil en füt donne, — 
ä raison de la distance (3.800 metres) qui separe le camp de la 
Secunda Gaseta du poste de la Douane marocaine, le plus avance 



OPERATIONS MILITAJKKS 78 

de la place (1), los rails du chemin de fer minier de la Compagnie 
Nord-Africaine etaienl bordus, les Äclissee bris6es et les traverses 
enlevees, sur environ 200 metres, aus environs du kilometre 3. 
(.'est oe ooup d'audace des Marocains, qui ne craignaient pas 
d'essayer de couper ainsi la route au convoi, appel<\ tous les jours, 
a porter aux positions avancäes les vivrcs, l'eau et les muni- 
tions necessaires aux garnisons, qui allait provoquer le combat 
du 27 juillet, le plus dur, le plus onereux et le plus incertain, 
par sos resultats militaires, de toute cette campagne. 

II est impossible d'admettre que les evenements des prece- 
dentes semaines, en particulier, les circonstances des combats 
des 18, 20 et 23 juillet n'aient pas fait reflechir le commandement 
et retat-major espagnols, — encore novices en matiere de guerre 
d'Afrique, — et ne leur aient pas apporte, des lors, d'utiles 
enseignements. 

Pour ce qui concerne le pays, inconnu d'eux, quoique si voisin 
et depuis si longtemps, il devait leur etre apparu que le mont 
Gourougou, malgre son aspect inabordable, offrait aux indigenes 
des facilites de Communications interieures, insoupconnees, qui 
leur permettaient de concentrer tres rapidement leurs forces, 
en quelque point que ce füt du pourtour de la montagne. D'ou, 
pour leurs adversaires, la necessite d'eviter de se fractionner; 
celle, au moins, de maintenir en etroite liaison les colonnes 
qu'ils pourraient former en vue d'operations combinees; celle, 
enfin, de ne s'engager qu'ä fond, en vue d'un but defini 
et pour conserver le terrain gagne. 

En ce qui a trait, d'autre part, aux Marocains, sans s'associer 
aux exagerations courantes sur le chiffre de leurs forces et sur 
leurs moyens d'action, on devait avoir reconnu qu'ils etaient, 
non seulement relativement nombreux, bien armes et resolus, 
mais encore capables de subir une direction et susceptibles de 
se plier ä certaines idees de manceuvre. Enfin, bien que Tab- 
sence de toute artillerie les plagät dans un etat d'iuferiorite 
relative dont ils avaient conscience et qui, en fait, a sauvc 



(1) Les trois blockhaus dont il a ete parle plus haut n'existaient pas encore, le 
27 juillet et la defense avancee de la place, du cöte du sud, s'arrttaH ä la ligne : 
fortin de l'Hippodrome — Douane marocaine — Labadero. 



74 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

la Situation, on avait du constater que les indigenes trouvaient, 
dans leur humeur guerriere et dans leur mepris pour l'envahis- 
seur ehretien, comme dans leur pratique du tir et dans leur rare 
aptitude ä la marche, des avantages et des facilites qui retablis- 
saient, presque, l'equilibre entre eux et leurs ennemis. 

Le general commandant en chef avait certainement, quoique 
sans peut-etre en tirer toutes les consequences, compris ces 
avertissements. 11 avait senti, notamment, le danger des coups 
de main tentes, comme le 23, avec d'insuffisants moyens et on 
verra, par l'enonce de son plan de combat pour la journee du 27, 
qu'il avait resolu de profiter des renforts qui commengaient ä 
aflluer ä Melilla (1), pour ajouter ä la superiorite materielle et 
d 'Organisation, qui est le propre de toute armee europeenne, 
la superiorite locale des effectifs. Si donc, le resultat du sanglant 
combat qu'il allait livrer aux Marocains n'a pas ete proportionne 
aux sacrifices qu'il a coütes, c'est moins sans doute ä un defaut 
dans la conception qu'ä une execution mal calculee et mal re- 
glee, qu'il faut Tattribuer. 

Le 27 juillet, — comme les jours precedents et comme les 
jours suivants, — devait sortir de la place un lourd convoi, 
ä destination de la Secunda Caseta; ce convoi, prepare dans la 
nuit et un peu retarde, allait se mettre en route, ä 8 heures du 
matin, quand le commandant du secteur sud fut avise que les 
indigenes avaient coupe la voie, sur une certaine etendue, 
vers le kilometre 3, ä hauteur de la pointe nord de la Mar-Chica. 
Une reconnaissance faite rapidement, sur la locomotive, par un 
officier du genie, confirma le fait, dont il fut rendu compte au 
general Marina qui arrivait ä l'Hippodrome, entre 9 heures 
et 10 heures du matin. 

Les garnisons des postes avances, notamment Celles de la 
Secunda Caseta et de Sidi Moussa, manquant d'eau potable (2), 



(1) Aprös le debarquement de la l re brigade mixte de chasseurs (de Madrid), en- 
tierement acheve, le 26 juillet, le general Marina disposait d'au moins 18.000 hommes, 
avec un minimum de sept ä huit batteries (ä 6 pieces) de campagne et de montagne, 
parfaitement utilisables, quoique de modeles vieillis. 

(2) Ce n'est que plus tard qu'une nappe peu profonde fut decouverte, qui permit 
de creuser un puits, ä la Secunda Caseta. 



OPERATIONS MIL1TAIRES . ~j^ 

il etail urgent, en cette saison surtout, d ''operer, coüte que coüte, 
teur ravitaillement. Ordre fut, en cons^quence, donne de former 
im convoi de voitures ei de constituer, avec les troupes dispo- 
nibles, deux colonnes, l'une, d'escorte immediate, commandee 
par le Colone! Fernandez Cuerda, l'autre, de protection eloignee, 
aux ordres du eolonel Axo. Et le general en chef, completantson 
plan, ordonnait, bientöt apres, de tenir disponible une troisieme 
colonne, comprenant la brigade Pintos (l r0 brigade mixte de 
chasseurs) qui aurait mission d'agir directement contre le Gou- 
rougou, renouvelant, en forces (1), la tentative faite, le 23, avec 
des moyens insuffisants, afin de rejeter definitivement, vers 
l'ouest et le sud, le gros des contingents ennemis. 

La troupe d'escorte immediate du convoi, sortie d'abord, 
acut que peu de peine ä deloger les Marocains restes aux abords 
de la section de voie degradee; le convoi, forme de voitures du 
Service administrativ de citernes roulantes et d'animaux de bat, 
passa alors, assez facilement, protege par Tescorte, qui s'etablit 
le long de la voie, pour couvrir sa marche et son retour, tandis 
qu'une section du genie s'employait activement ä reparer la 
ligne. Mais alors se produit contre le eolonel F. Guerda un retour 
ofYensif des Marocains employant, ä cet eilet, leurs procedes 
ordinaires de defilement et utilisant, pour progresser ä couvert, 
les uameaux et jardins qui forment, sur les pentes de la mon- 
tagne, autant de dangereuses embuscades. L'escorte a bientöt 
des blesses, qui commencent, vers 2 heures, a arriver ä l'Hip- 
podrome et il faut, pour faire reculer les assaillants, Inter- 
vention de L'artillerie, appuyant activement la troupe de pro- 
on. 

Celle-ci, sous les ordres du eolonel Axo, comprenant 5 com- 
pagnies (2), l'escadron de chasseurs de Melilla et 1 section de 
iiinutagne, balaie le pied de la montagne, ce qui acheve de 
rendre libre la route des convois et permet d'aehever les repa- 
rations de la voie. Au retour, en efYet, le convoi et son escorte 
ne sont meme pas inquietes par l'ennemi, donl l'attention so 



(1) Avec 6 bataillons de chasseurs et \ batteries 

2 compagnies duregiment de Melilla, I compagnie de la brigade diseiplinaire 
••t J compagnies du bataillon de Heus. 



n6 lbs espagnols au maroc 

porte, desormais, toute entiere, sur la brigade du general Pintos, 
ä qui va incomber, comme on sait, Fhonneur de mener l'at- 
taque principale. 

Get officier general, brillant soldat des guerres coloniales, etait 
arrive de la veille en Afrique, oü tout lui etait etranger. Designe, 
au debotte, pour remplir une mission hautement honorable et 
jugeant d'apres sa propre ardeur qu'il saurait precisement la 
mener ä bien, il proceda, aussitöt apres avoir recu les ordres du 
general en chef, ä une reconnaissance du terrain, qui parait 
avoir ete singulierement sommaire, eu egard ä sa difiiculte 
et ä la complexite des circonstances. II disposa ensuite ses 
troupes en deux echelons de demi-brigade, l'une, au Zocco, 
Lautre, ä LHippodrome et attendit 1'effet de la preparation 
de son attaque par Tartillerie. De ses quatre batteries, deux 
avaient ete, ä cet effet, mises en batterie en bordure de l'Hip- 
podrome et une troisieme au Labadero; la quatrieme (de mon- 
tagne), qui avait mission d'accomp-agner Tinfanterie, resta en 
Position d'attente, aupres d'une des demi-brigades. 

Vu de l'Hippodrome, d'oü le general Pintos Fexaminait et avec 
Teclairage de midi qui mettait tous les plans presque egalement 
en lumiere, le terrain se presentait sous Taspect trompeur d'un 
glacis regulier, ä pentes assez douces, peut-etre un peu oblique 
par rapport ä la montagne, derriere lequel s'elevait, coupee par 
le ravin du Loup, Favant-chaine que couronnent Aiit Aixa et 
la Mozquita. L'ennemi, de ce cöte, s'etait fait presque invisible 
et on pouvait a peine distinguer que le glacis et un banc de 
rochers qui le domine ä droite vinssent ficher dans la mon- 
tagne et fussent, par suite, dangereusement enfiles. Le general . 
ne pouvait, non plus, soupconner que ce terrain, qui n'etait pas 
tout ä fait celui-de la demonstration du 23, — son axe etant 
incline davantage au sud, — füt sillonne de ravins affluents du 
Barranco del Lobo, qui ouvrent dans le glacis des contre-pentes 
redoutables, ni que de nombreuses fermes et hameaux kabyles le 
couvrissent d'une serie de petites forteresses, remplies d'ennemis 
embusques. 

Les ordres donnes au general Pintos n'ont pas ete publies; il 
ne semble pas douteux, du reste, qu'ä Tordre d'agir rapidement 
et energiquement et ä l'indication qu'on devrait garder tout le 



OPERATIONS MIMT.YIKKS 77 

terrain conquis, lt> general Marina n'ait ajöute los ordinales 
oonseila de prudence. Rien ne permet, en tous cas, do croire qua 
le general en chef soit intervenu dans le choix du dispositif d'at- 
taque, qui semble bien avoir emane de la propre decision du 
general Pintos. 

lui-ci. assez sommairement informe des circonstances du 
combat du 23, devail avoir retenUj surtout, que la guerilla 
formee par les compagnies, peu ou pas soutenues, du general 
de! Real, s"etait vue impuissante ä deloger l'ennemi postc, 
oomme lui-meme allait le rencontrer, vers la partie haute du 
glacis ei avait meme eu quelque peine ä se degager de ses 
oontre-attaques. Tout donne ä croire que, se voyant appele ä 
trinmpher de la meme resistance, avec des forces ä la verite 
fort superieures, mais recrutees de la veille et manquant d'une 
serieuse preparation militaire et sachant, d'autre part, qu'on 
attendait de lui qu'il poussät ä fond, le general Pintos ait 
juge necessaire de demander ä une formation plus dense l'ho- 
mogeneite et la puissance de choc que ne lui assurerait pas 
suilisamment la formation traditionnelle de combat (1). Ge qui 
se passa ensuite ne saurait guere, du moins, s'expliquer autre- 
ment. 

Lorsque, entre 3 h 30 et 4 heures du soir, le general comman- 
daut la brigade mixte jugea le moment venu d'entrer en action, 
il se porta rapidement, ä cheval, aupres de celle de ses demi- 
brigades rasscmblee au Zocco, qui devait former la droite de 
Bon attaque et, apres avoir fait simplement donner avis ä l'autre 
diMni-brigade de suivre son mouvement, ä la meme hauteur, 
il lit rompre en colonne de route, dans la direction generale de 
Ait Aixa, par un simple commandement de : « En avant! » suivi 
du cri de : « Vive l'Espagne! » 

La distance des points de stationnement des deux demi-bri- 
gades ä la partie superieure du glacis et au banc de rochers est 
de 1.200 ä 1.300 metres. Lorsque les deux colonnes, ayant mar- 
ohe 400 ou 500 metres, furent sur le point d'entrer dans la zone 
des feux efficaces de la defense, on les vit rapidement passer 



(1) Cette tu« tiqii»- ;) /■(>■. qüelqüefdl«, eti tfartdöhourie, cölle du J atonale, rtiais 
pour des attaques de nuit et contre des objeetifs nettement definis. 



78 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

ä la formation en ligne de colonnes de compagnie, pnis, se de- 
ployer simultanement (sauf im bataillon formant reserve), et 
aborder le glacis, sur un front de 5 bataillons formes en ligne 
deployee, a courts intervalles. Encore, dans l'echelon de droite, 
le bataillon du centre prit-il, — reminiscence probable de cer- 
tains dispositifs theoriques d'acte decisif, — la formation de 
bataillon en masse, par compagnies accolees et entra-t-il ainsi 
dans la fournaise ! 

Ge qui precede traduit de facon vraisemblable les recits de 
nombreux temoins, qui ne se piquent pas, du reste, en general, 
d'avoir tout observe, ni parfaitement compris; quant aux cir- 
constances memes de l'action, elles sont presque inenarrables. 
Gette ligne d'hommes, de pres de 2 kilometres de longueur, 
marchant, sans tirer, coude ä coude, parallelement au front de 
bandiere, en avant de laquelle s'avancent, ä cheval, le general 
et tous les officiers superieurs (1), aborde le glacis ; dans un 
ordre saisissant, mais qui ne tarde pas ä etre rompu par le 
feu de mousqueterie, tres violent et tres precis, qui la prend, 
ä la fois, de front et d'echarpe. Les difficultes croissantes du 
terrain et la necessite de faire face aux nombreuses embus- 
cades rencontrees achevent bientöt de rompre tout ordre. Le 
general qui ? ne pouvant plus avancer ä cheval ; a mis pied ä 
terre pour gravir, en s'aidant des mains, un banc de rochers, 
est frappe ä mort par une balle; de nombreux officiers tom- 
bent egalement. Le commandement, peut-on dire ; n'existe 
plus. 

Pourtant, sur beaucoup de points, les chasseurs progressent 
hardiment et, arrives au pied de la montagne, n'hesitent pas ä 
Tescalader; mais ils sont pris ä revers par les Marocains, qui 
s'elevent sur les flancs de l'attaque et contre lesquels l'artillerie, 
qui tire activement, ne parait guere avoir d'efficacite. Les indi- 
genes profitent, d'ailleurs, des ravins, pour revenir en arriere 
et pour courir sus aux canons, qui sont degages ä grand peine (2). 



(1) Les capitaines d'infanterie espagnole ne sont pas montes. 

(2) Deux canons pris, le 27, furent heureusement abandonnes par les indigenes et 
ramenes, le 28. 

Six mulets charges de munitions egalement pris, furent emmenes par les indi- 



OPERATIONS IIILITA1RBS 7<) 

Bientöt, le desordre est ä son comble et il apparait brop evident 
(]ifil n'y a plus ä chercher de remöde que daiis la manoeuvre en 
retraite. 

G'esl ce que pensa le g6n6ral < i n chef, lorsque, apres <lc 
vains efforts pour trouver le general Pintos, ou son rempla- 
rant dans le commandement, — qui fut, quand un semblant 
d'ordre put §tre retabli, le colonel (aujourd'hui general) Aranda, 
commandant de la l re demi-brigade, — il dut intervenir, de 
st personne, pour organiser la retraite. Ge mouvement finit par 
s'exäcuter, dans un ordre relatif, par echelons de bataillon et 
de «ompagnie, malgre racharnement des Marocains qui ser- 
raient les chasseurs de si pres que de nombreux corps ä corps 
se produisirent et que d'assez nombreux soldats furent, les uns, 
pris et entraines, les autres, assommes avec des batons et meme 
avec des pierres. 

Ce n'est guere, en realite, que vers 7 heures du soir que les 
malheureux bataillons du general Pintos, soutenus tres utile- 
nient par le feu des canons des forts de Gamellos et d'Al- 
phonse XIII, rentrerent dans les limites de la place, sous la pro- 
tection des troupes de repli du camp de THippodrome, que le 
general Marina avait tardivement deployees pour couvrir leur 
retraite. Lui-meme resta sur place, toute la soiree, parant, au- 
tanl que possible, aux necessites d'une Situation particuliere- 
ment obscure et difficile et ne rentra personnellement en ville 
qu'ä 1 heure du matin, apres avoir passe seize heures sur le 
terrain. 

Le chiffre des pertes subies par les troupes espagnoles dans 
cette dure journee n'a pas ete ofliciellement publie. Le general 
en chef, apres avoir parle, dans son premier compte rendu, de 
200 tues et blesses, a paru vouloir s'en tenir, ulterieurement, au 
chiffre de 300. La Correspondancia militar, qui, bien qu'organe 
jmlitique militant, a, presque toujours, compris militairement 
hoses de cette guerre et les a jugees sainement, a indique 
oomme sensiblement exact le chiffre de 540 tues et blesses, dont 
1 officier general, 3 oflficiers superieurs, 8 officiers subalternes 
et 52 hommes de troupe tues, 1 commandant disparu et 1 officier 
noye. D'autres temoins, dignes de foi et plus ou moins oculaires, 
fixent les pertes ä 20 officiers de tous grades et 940 hommes 



8ü LES ESPAGNOLS AU MAROG 

de troupe, tues, blesses ou disparus, soit, au total, bien pres 
d'un millier d'hommes (1). 

On n'essaiera pas, manquant de base süre ä ce sujet, de faire 
un choix entre les dernieres evaluations, Celles du comman- 
dement n'etant meme pas discutables; ce n'est pas, du reste, 
cette question qui est la plus importante. Ce qui importe 
davantage, ce sont les fautes, tactiques ou autres, qui ont ete 
commises dans cette journee, dont plusieurs echappent ä la 
critique par les circonstances ou elles se sont produites. C'est 
aussi la pensee que plusieurs des facteurs de l'echec subi par 
la l re brigade de chasseurs, — dont nous-memes avons connu, 
plus d'une fois, l'equivalent, au debut de la conquete algerienne, 
— ont ete dus, sans conteste, ä une Situation anormale, qui 
ne saurait guere se reproduire. G'est, enfin, que cette doulou- 
reuse affaire a ete Toccasion de nombreux actes de courage et 
de devouement et que, suivant une parole francaise, — mais que 
nos camarades espagnols sont faits pour comprendre, — Thon- 
neur national en est sorti sauf. 

L'evenement n'en laissa pas moins les troupes sous le coup 
d'une veritable stupeur et le pays en proie ä une emotion, qui 
ne saurait surprendre. Les consequences en furent, au surplus, 
relativement graves, en ce sens que, des lors, sans analyser les 
causes et sans chercher ä y remedier, on parut avoir, de Madrid, 
impose au commandement local, — qui s'inclina, — de s'immo- 
biliser provisoirement (et ce provisoire dura pres de deux mois) 
dans une defensive strictement passive. 

En dehors du service journalier des convois de ravitaillement 
et des marches executees, ä la fin d'aoüt et au commencement 
de septembre, autour des monts Kebdana, par la garnison de Gap 
de l'Eau et par une brigade de la division Orozco, dont on dira 
plus loin quelques mots et qui ne furent guere que des Operations 
de police, aucun mouvement ne fut plus, en effet, autorise, avant 
la mi-septembre. 



(1) D'apr&s le capitaine E. Gallego (loc. cit.) les pertes subies auraient ete de : 
1 general, 5 officiers superieurs et 16 officiers subalternes morts ou mortellement 
blessös et 166 hommes de troupe tues ou disparus; 38 officiers subalternes et 
564 hommes de troupe blesses; soit un chiflre total de pertes de pres de 800 officiers 
et hommes de troupe. 



OPERATIONS M1L1TAIRKS 8l 

Cea deux moia eussenl donc reprdsente*, au moins pour Les ( roupes 
stationuies autour de Melilla, uno periode d'inaotivite" presque 
entiere, si la conduite des oonvois de ravitaillement entre lc 
camp dt> V Hippodrome et celui de la Secunda Gaseta n'eüt fourni, 
journellement, l'occasion de faire marcher, pour leur protection, 
un bataillon (quelquefois deux), un escadron et une ou deux 
sections d'artillerie. Cette Operation devenue, pour les troupes, 
aussi reguliere que celle de la releve de la garde au palais royal 
de Madrid, se faisait toujoursä la meine heure et, ordinairement, 
dans la inline forme. 

Le materiel etait charge ä l'Hippodrome ou au Depot (gare de 
la Compagnie Nord-Africaine), qui avait blinde, ä cet effet, ses 
locomotives et quelques fourgons reserves ä l'escorte immediate, 
au personnel des trains et ä certaines munitions, le reste etant 
place sur trucs. Le depart du train avait lieu, ordinairement, ä 
10 heures du matin. II avait ete precede de celui de la troupe de 
protection, dont l'infanterie, suivant la voie ferree en file in- 
dienne, s'etait echelonnee sur differents points de la voie, le 
long de laquelle eile demeurait couchee; la cavalerie flanquait 
en arriere, vers la lagune; l'artillerie, se couvrant de quelques 
janlins situes ä 300 metres ä Test de la ligne ferree, se tenait 
en surveillance, derriere le centre du dispositif. Le retour se fai- 
sait , vers 1 heure du soir, avec un ceremonial inverse; et Ton re- 
commencait le lendemain. Ghaque jour aussi, le train rapportait 
deux ou trois victimes, — quelquefois plus, rarement moins, — 
du tir des Marocains, qui continuaient ä battre librement la par- 
tie de la plaine des Beni-Ensar comprise entre la montagne et 
la voie ferree. 

C'est dans le but de parer ä ces constantes agressions et de 
procurer des points d'arret ä peu pres sürs ä ses trains que 
la Compagnie Nord-Africaine demanda et obtint, au lende- 
main du combat du 27 juillet, la creation d'un poste fortifie, 
entre le troisieme et le quatrieme kilometre. Cet ouvrage, de- 
nomrae alors blockhaus n° 2 (le n° 1 etant la Premiere Caseta 
de la ligne de la Compagnie espagnole du Rif), a et< ; appele, 
depuis, blockhaus Velarde, du nom d'un lieutenanl qui int tue 
bravement, dans la nuit du 2 au 3 aoüt, en däfendanl ce poste, 

LES KSI'AÜNOLS AU MAI'.'» li 



82 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

encore inacheve, avec 60 chasseurs du bataillon d'Alphonse XII 
et quelques soldats du genie (1). Gette attaque, qui coüta aux 
Espagnols 13 blesses (en dehors du lieutenant) et accompagna la 
destruction de 300 metres de voie, fut arretee par une des tres 
rares sorties de la garnison (3 compagnies d'infanterie, ame- 
nees par le colonel Primo di Rivera, dont la seule apparition fit 
reculer les agresseurs). 

L'historique de ce qui, dans la periode des Operations preli- 
minaires, est susceptible d'interesser le lecteur etranger pourrait 
etre considere comme termine, s'il n'y avait ä rappeler encore 
que la l re division (division Orozco) du corps expeditionnaire, 
entierement arrivee ä Melilla le 9 aoüt et, — apres trois semaines 
de stationnement sur les glacis de la place, — transferee, par la 
Restinga, au debouche sud de l'isthme, se trouva associee, par- 
tiellement mais assez activement, ä quelques Operations de 
police politique dans la region des Kebdana. 

Ges Operations, qui continuaient Celles amorcees, le 3 juillet, 
au nord de cette region, par le general del Real, avaient eu pour 
point de depart une reconnaissance partie, le 26 aoüt, de Cap de 
TEau, dans la direction de la Moulaya, que nos voisins avaient 
tenu ä atteindre, marquant ainsi la volonte, d'ailleurs legitime, 
de TEspagne, d'etendre efTectivement jusqu'ä ce cours d'eau sa 
zone d'action eventuelle. La colonne, que commandait le colonel 
(aujourd'hui general) Larrea, chef d'etat-major du gouverne- 
ment militaire de Melilla, fut, ä l'aller, le 26 et surtout, au retour, 
le 27, insultee, plutöt que. serieusement attaquee, par un groupe 
de partisans, qui, ayant fui devant eile et franchi le fleuve, 
revinrent, en armes, derriere les Espagnols et engagerent un 
petit combat de feux contre leur arriere-garde. 

Cette infraction, aussitöt signalee, donna lieu, de la part des 
autorites politiques et militaires francaises, ä un rappel des 
regles internationales de neutralite et ä la notification d'ordres 
tendant ä assurer une surveillance plus rigoureuse de notre 



(1) Le blockhaus Velarde, de 140 metres de'cretes, fut construit en deux jours 
(2-3 aoüt) par le genie, sous le feu de tirailleurs marocains post£s ä 250 ou 300 metres, 
dans des conditions si perilleuses, qu'il fallut proteger les sapeurs avec des mantelets 
blindes. 



OPERATIONS MI LIT AIRES 83 

commune frontiere. A.ussit61 aprös, comme si on eüt voulu en 
prendre acte, ['Operation ecourt^e des 26 et 27 äoül l'ut re- 
prise et se prolongea, du 3 au 9 septembre, dans im calme par- 
fait. 

L» i s broupes ä qui incombail cette mission sc compösaient, 
sous los ordres du meme officier supe>ieur, de trois compagnies et 
demie d'infanterie (l). d'un peloton de cavalerie, d'une section 
d'artillerie de montagne et d'une section de mitrailleuses et avaient 
im effectif d'environ 800 hommes. Partie de Gap de l'Eau, le 
3 septembre, en remontant la cöte sur environ 15 kilometres, eile 
bivouaquait, le soir, ä Sidi-Brahim et au Cerro-Boufadis, hauteur 
voisine d'un petit havre maritime, oü eile laissait un poste re- 
tranche. Le 4, so dirigeanl au sud-sud-ouest, vers la Moulaya, la 
colonne traversait le territoire des Beni-Kiaten, passait ä Ta- 
madit, franchissait la chaine au col de Doassan (620 metres 
d'altitude) et bivouaquait ä Talfraut, apres une etape de 19 ki- 
lometres. Le 5, ayant consacre beaucoup de temps ä discuter 
lt>s conditions d'assez nombreuses soumissions, le colonel, lais- 
sanl son gros a Talfrau t, poussait, avec un detachement, jus- 
qu'ä la Moulaya, qu'il atteignait, sans s'y arreter, au point dit 
El Garma. Le 6, la marche se poursuivait, par le territoire des 
( hilfd-Daoud, en remontant la rive gauche de la Moulaya jusqu'ä 
Beni-Buab-Bezid, oü la colonne bivouaquait, ä 25 ou 30 kilo- 
metres de l'embouchure du fleuve. Le 7, apres avoir suivi encore 
la Moulaya pendant 10 ou 12 kilometres, eile remontait ä la 
Koubba de Maimoun-Hassan, oü eile passait la nuit Le8etle9, 
enfin, divisee en trois detachements pour franchir, avec quelques 
precautions militaires, le massif des Atgeras (oü avait eu lieu 
le petit combat du 27 aoüt), la colonne rentrait ä Gap de l'Eau, 
ayant parcouru, en six jours, 80 kilometres de pays mon- 
tagneux, sans avoir recu ni tire un coup de fusil et ayant, au 
contraire, trouve la population empressee ä se declarer arnie de 
l'l^pagne et devouee ä ses interets. La remise de six otages et 
d'une certaine quantite d'armes et de bestiaux garantissait la 
sincerite, au moins momentanee, de ces declarations. 



(1)3 compagnies du regiment d'Afrique et 1 section du bataillon de chas- 
seurs de Las Navas, qui fut laiss6e pour tenir le poste du Cerro-Boufadis. 



84 



LES ESPAGNOLS AU MAROC 



Bien que les Kebdana, ainsi gu'on l'a dit ailleurs, soient assez 
peu combatifs, leur soumission n'aurait, sans doute, pas ete si 
prompte si la marche du colonel Larrea n'avait comcide avec 
une Operation, d'un caractere moins pacifique, conduite, simul- 
tanement, dans la region dite plaine d'Arkemann, — entre la 
montagne, la Mar-Ghica et la mer, — par la brigade Aguilera, de 
la division Orozco. 

Des la fin d'aoüt (1), cette brigade avait ete poussee ä la Res- 
tinga, en vue d'amorcer les Operations d'investissement mention- 
nees ailleurs. Le 31 aout, eile fit sa premiere sortie en plaine, 
ayant pris pourobjectif le marche du mercredi, ou Souk-el-Arba, 
des Kebdana, dont eile trouva les abords tenus par des groupes 
assez nombreux d'indigenes (en grande partie ächeval), dont Tef- 
fectif fut evalue, peut-etre avec quelque exageration, ä 1.500 ou 
2.000 hommes. II suffit, d'ailleurs, de Lenvoi d'une compagnie 
d'infanterie (qui, manceuvrant adroitement, rejeta vers la mer une 
partie des assaillants) et du feu de la batterie de 75, du Creusot, 
qui accompagnait la brigade et faisait lä ses debuts, pour 
disperser l'ennemi et permettre, sans qu'elle ait entrainede pertes, 
l'occupation du marche, oü la brigade s'etablit, en se couvrant 
de defenses improvisees. 

Mais, Feau du puits du marche, sur lequel on avait compte 
pour suffire aux besoins de la colonne, ayant ete trouvee presque 
saumätre, on se vit oblige de recourir au puits de Tsunin, tres 
bon et assez abondant, situe ä 4 ou 5 kilometres dans le nord et 
ä quelques centaines de metres d'un petit promontoire qui figure 
sur les cartes marines sous le nom de Ras-Quiniane. Le general 
Aguilera s'y etant porte, le 2 septembre, avec une forte escorte, 
l'occupa sans coup ferir et, une reconnaissance sommaire ayant 
permis de constater dans le voisinage Texistence d'un groupe 
d'anciens puits arabes, on s'occupa de les remettre aussitöt en 
etat, pendant qu'on etablissait, au sommet du cap, un poste 
fortifie. 

Le 4 septembre, en vertu d'ordres emanant du general Marina, 
qui etait venu, la veille, par mer, conferer, ä Sidi-Brahim, avec le 
colonel Larrea et en vue d'appuyer la marche de celui-ci, le 



(1) Le 25 aoüt. 



OPERATIONS MIUTAIRES 85 

g6ne>a1 Aguilerd sortit de aouveau de Souk-el-Arba, avec une 
colonne forte de 2 bataillons (i), L escadron (2), 1 seotion d'ar- 
billerie de montagne et 1 scction de mitrailleuses et poussa jus- 
qu'au sanctuaire et au village de Moulay-Ali-Cherif, oüsatroupe 
lit la grand'halte. A son retour au camp, attaque sur son flane 
gauche par un gros d'indigenes venus de Cherauit et, ä ce qu'on 
crut, par quelques-uns des habitants qui venaient de recevoir 
Les troupes, avec de grandes marques de deference, ä Moulay-Ali- 
Che>if, la colonne, apres avoir, d'abord, maintenu Tennemi ä 
distance, gräce ä son canon, fut degagee par un des bataillons du 
regiment du Roi, laisse ä la garde du camp et y rentra, ä 4 heures 
du soir, ramenant quatre blesses (de sa compagnie d'arriere-garde). 

Le general commandant en chef qui, de la Restinga, suivait 
»perations, jugea necessaire de reprimer vivement cette trahi- 
son, reelle ou supposee et, tandis qu'il appelait de Melilla ä la 
Restinga le general Orozco et sa seconde brigade (general San 
Martin), avec le -regiment de hussards de la Princesse, il ordon- 
nait, pour le cas oü les coupables ne seraient pas livres dans les 
vingt-quatre heures, l'execution d'une sorte de razzia, dont fut 
encore Charge le general Aguilera. A cet effet, cet officier general, 
sorti de Souk-el-Arba, le 6 septembre au matin, avec toutes 
ses forces (3), qu'il divisa en deux colonnes, se porta sur le prin- 
cipal village de la fraction des Lehadara, qui fut atteint apres un 
petit combat livre par la colonne de droite et entierement de- 
truit (4). Une flanc-garde, forte d'un bataillon du regiment de 
Savoie et que dirigeait le colonel Primo di Rivera, suivait le mou- 
vement, ä droite, le long de la lagune, agissant en liaison avec 
deux petites canonnieres, en vue d'arreter des contingents enne- 
mis attendus de Selouan, qui, du reste, ne se presenterent pas. 

Les colonnes, alors reunies, poursuivirent ensuite leur marche 
jusqu'ä Moyen ou Brahim, bon point d'eau, distant de Souk-el- 
Arba de 8 kilom&tres, oü elles bivouaquerent; cette petite exe- 



(1) Du regiment de Leon. 

(2) Du regiment de Marie-Christine. 

(3) Composees des 4 bataillons des regiments de Leon et du Roi, de 2 batteries, 
l'une de campagne (du Creusot), l'autre de montagne, de 2 escadrons du regiment 
de Marie-Christine, et d'un escadron de hussards de la Princesse. 

(4) Le village fut dt'truit, dit le compte rendu ofTiciel, confuego et explosivos. 



86 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

cution leur avait coüte 1 soldat tue, 1 officier et 5 soldats blesses, 
des regiments de Leon et du Roi, qui furent ramenes, le meme 
soir, ä Souk-el-Arba, par la flanc-garde. 

La brigade, reprenant sa marche, le 7 septembre au matin, 
dans la direction du nord-est, se porta sur Moulay-Ali-Cherif, 
en detruisant sur son passage les maisons et les plantations. 
Recu, ä l'approche du village, par la population terrifiee, qui 
demandait gräce, le general Aguilera consentit ä ne rien detruire 
de plus, ä la condition du paiement d'une contribution et du 
versement des armes, qui eurent lieu aussitöt. La colonne y bi- 
vouaqua, pour assurer Pexecution de ces mesures, malgre la 
rarete de l'eau, qui dut etre fournie ä la troupe par les embar- 
cations du croiseur Charles-Quint, mouille devant le village. 

Le 8 septembre, le general Aguilera transfera son camp ä 
Souk-el-Khemis (marche du jeudi), point d'eau abondant dont 
le commandement tenait a s'assurer la possession, pour couvrir 
le flanc gauche des colonnes, dans l'eventualite (qui se realisa 
autrement et plus tardivement, comme on sait), d'une marche 
directe contre Selouan et y stationna deux jours, occupe ä re- 
cueillir les soumissions, ärecevoirles otages et ä sevir contre les 
refractaires ; c/est ainsi que fut detruite, ä Bou-al-Laten, l'habi- 
tation du caiid Ghoa, Tun des Champions de la resistance. 

Pendant ce temps, le colonel Larrea, apres une seule nuit 
passee ä Cap de LEau, avait repris, le 10, sa marche le long de 
la cöte, avec deux compagnies, la cavalerie et Tartillerie de sa 
petite colonne et venait bivouaquer au sanctuaire de Moulay- 
Idriss, d'oü il repartait, le 11 au matin, ä destination de Moulay- 
Ali-Cherif, oü il devait trouver le colonel Primo di Rivera, sorti 
de Souk-el-Arba, avec 6 compagnies, 1 escadron et 1 section de 
montagne. Apres cette rencontre, qui donna lieu ä une ceremonie 
militaire presidee par le general en chef et qui parut produire 
quelque impression sur les indigenes, le general Marina rejoignit 
la Restinga, escorte par la colonne Larrea, pendant quela colonne 
Primo di Rivera rejoignait Souk-el-Arba, oü la brigade Aguilera 
rentrait, de son cöte, le meme soir. 

Le 12 septembre, une revue generale des troupes de la division 
Orozco, qui fut l'occasion de grands temoignages de satisfaction 
ä l'egard du general Aguilera et de ses troupes, fut passee, par 



OPERATIONS MIUTAIRES 87 

le gänäral en chef, ä Souk-el-Arba; cette cerömonie fui suivie, le 
13, par la visite, au camp, <l< i s oalds de Lehadara, de Chärauit, 
d'Iberkanen et de Z6 janin, venus pour temoigner, de la pari de 
leurs fractions, d'unc soumission qui ne devaii pas, en effet, 
so dämentir de toute la campagne. 

La division Orozco, ä qni, selon les previsions, < ' l a i t devolu 
le röle d'avant-garde generale dans la marche prochaine contre 
Selouan demeurait, des lors, stationnee, en deux echelons, ä 
Souk-el-Arba (brigade Aguilera) et ä Ras-Quiniane (brigade 
San Martin), ayant, ä proximite immediate, ä la Restinga, d'im- 
portants detacbements des parcs mobiles d'administration, d'ar- 
tillerie et du genie, tandis que le gros du corps expeditionnaire, 
tout recemment renforce de la 2 C division (divisijn Sotomayor), 
attendait, ä une moyenne etape de guerre, autour de Melilla, des 
ordres d'operations qui ne pouvaient, desormais, etre longtemps 
attendus. 



88 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

DEUXIEME PERIODE 
OPERATIONS ACTIYES 

La circonstance, dejä signalee, de Fignorance oü se trouvaient 
les Espagnols du pays oü ils devaient porter la guerre, apres 
avoir probablement contribue aux flottements qu'on a remar- 
ques dans Forganisation du corps expeditionnaire (ä cause de la 
difficulte d'etablir, dans ces conditions, un plan d'action ration- 
nel), a aussi pese lourdemert sur la direction des Operations et, 
dans une certame mesure, sur leur execution. 

Cette ignorance due, surtout, ä la farouche intolerance des 
Marocains qui, jamais ou presque jamais, n'avaient admis les 
Espagnols ä franchir leurs limites, mais imputable, aussi, dans 
une certaine mesure, ä une regrettable indifference de la part de 
ceux-ci ä profiter d'occasions qui s'offrirent, quelquefois, — au 
temps du Rogui, — de passer outre ä cette consigne, etait si 
grande que, lorsque s'ouvrirent les hostilites, il n'existait, tant 
ä Melilla qu'ä Madrid, meme pour la zone immediatement limi- 
trophe ä la possession espagnole, que des croquis par renseigne - 
ments, denues de toute exactitude (1). 

Un seul leve, etabli en vue de la construction d'un chemin de 
fer minier (2) conduisant de Melilla, par Nador, au mont Youksen, 
etait de quelque valeur topographique, parce qu'il s'appuyait 
sur une triangulation expediee, faite avec soin, mais n'etait 
susceptible que d'une utilisation militaire restreinte, ä cause du 
rayon tres etroit auquel il s'appliquait. 

Beaucoup plus depourvus, ä ce point de vue, que nous le fümes 
nous-memes, gräce aux remarquables travaux de Boutin, lors 
de notre debarquement ä Sidi-Ferruch, en juin 1830, les Espa- 
gnols ne disposaient pas, non plus, des auxiliaires indigenes, puis- 



(1) Les quelques explorateurs, la plupart frangais, qui ont traversö la presqu'ile 
des Guelaya, evidemment presses de sortir de cette region mal reput^e, n'en ont 
donne, ni representation graphique, ni description soigneuse et leurs recits, surtout 
pittoresques, n'ont ä peu pres rien ajoute ä la connaissance militaire de la region. 

(2) Celui de la Compagnie Nord-Africaine. 



OPERATIONS MILITAIRES 89 

Bants et Berieux, quo nous valurent, des le debut de nos campagnes 
d'Algerie, l'inimitie traditionnelle des Arabes ä lcgard des Turcs 
et Les querelies seculaires qui divisent les Arabes et les Berberes. 
Leg quelques Marocains entres ou restes au service de l'Espagne 
lorsque öelaterent les hostilites etaient, soit de pauvres heres sans 
relations, ni credit, ayant surtout vecu dans les bas-fonds de Me- 
lilla, soit, dans le cas le plus favorable, des membres de bonnes 
familles indigenes passees au parti de la resistance, qui trou- 
vaient de bonne precaution de conserver un representant dansle 
camp oppose. On a beaucoup critique, ä M elilla, la confiance que 
lVtat-major paraissait accorder ä certains d'entre eux, qui pour- 
raient bien, en eilet, avoir ete des agents doubles. 

II importait de preciser cette Situation, avant d'aborder l'ex- 
pose des Operations actives, — ou exterieures, par Opposition ä 
Celles de la periode precedente, qui se sont deroulees dans la 
banlieue immediate de Melilla, — pour expliquer les hesitations 
et les lenteurs qu'on aura, trop souvent, ä relever dans la con- 
duite de la guerre et pour faire comprendre au lecteur comment, 
durant cette seconde periode, le commandement n'a jamais 
su exactement, sauf pour la marche contre Nador et Selouan, 
ou il itait et ou il allait. Ges circonstances expliqueront, aussi, 
dans une certaine mesure, qu'on ait mis, ensuite, tant de temps, 
— deux mois, presque jour pour jour, apres Toccupation de 
Selouan, — ä se fixer suffisamment sur l'orographie de la region 
(connue, dans ses traits generaux, des le commencement d'oc- 
tobre), pour oser marcher, avec decision, vers le but, evident 
ei presque unique, que le corps expeditionnaire devait, a tout 
prix, chercher ä atteindre, avant l'hiver. 

Depuis le 15 septembre, jour oü fut entierement debarquee la 
2 e division (general Sotomayor), le corps expeditionnaire, fort, 
effectivement, d'une quarantaine de mille hommes, etait etabli 
en deux groupes principaux, savoir : 

A Souk-el-Arba et ä Ras Quiniane (au sud de la Mar-Ghiea), la 
t re division (general Orozco) (1); 



(1) La l rc division, sous les ordres du g6n6ral de Orozco y de la Puente, avait ses 
lea commandees par les g6n6raui Vguilera Egea e1 San Martin y Patino. 



90 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

A Melilla meme et aux alentours, la 2 e division, ci-dessus men- 
tionnee (1), les trois brigades mixtes de chasseurs (dont deux en- 
divisionnees) (2) et la brigade permanent e, stationnees, soit dans 
la ville meme, soit dans les camps defensifs disposes dans les 
intervalles des forts, soit, enfin, sur les positions avancees, au 
contact immediat de Fennemi. 

Le premier groupe, ou groupe sud, representant pres du quart 
de l'effectif total, etait au complet et disponible pour marcher 
en entier, en ne laissant, pour la garde de ses petits depöts, que 
de tres faibles postes; on y avait meme adjoint une batterie de 
montagne (3) et, en raison de la probabilite de rencontrer de 
nombreux cavaliers dans la plaine d'El Areg, le regiment de 
hussards de la Princesse (ä 3 escadrons). 

Les elements du groupe principal, ou groupe nord, notamment 
la brigade permanente de Melilla et les brigades de chasseurs 
avaient, au contraire, ete fractionnes ä Tinfmi, des le debut des 
hostilites ou au cours des debarquements, pour faire face aux 
circonstances et, en particulier, pour tenir les nombreux postes 
successivement crees. De ce fait, leurs disponibilites en vue 
d'operations actives susceptibles de les eloigner de la place attei- 
gnaient, ä peine, les deux tiers des unites comptant ä l'effectif, 
soit une vingtaine de bataillons sur trente-deux. 

Quant ä l'ennemi, habile ä se dissimuler, il evitait, autant que 
possible, de se laisser apercevoir pendant le jour; mais on ne 
pouvait douter de la continuite de sa presence, revelee par de 
frequentes escarmouches, qui se produisaient ordinairement la 
nuit et par les petites attaques que suscitait, presque journelle- 
ment, le passage des convois. On savait, du reste, par les confi- 
dents, que leur di vision en deux groupes, stationnes derriere Nador 
et dans la gorge principale du Gourougou, subsistait, ces groupes 
entretenant de faibles avant-gardes, l'une, au nord, chez les 
Beni-Sicar, entre le Djebel Ouark et le mont Gourougou, l'autre, 
au sud, dans le massif des Beni bou Ifrour. 



(1) La deuxieme division, commandäe par le g£ne>al de division Alvarez de Soto- 
mayor, se composait des deux brigades Ayala Mendoza et Brualla Gil. 

(2) Sous les ordres du gene>al de division Tovar y Marcoleta, avec les g6neraux 
Alfau Mendoza et Morales Jagüero. 

(3) La 3 e batterie du 2 e regiment de montagne. 



OPERATIONS M1L1TAIRES (j I 

Apres l'accalmie, Longue de prös de <I<mi\ mois, qui avail suc- 
<<•<!.■ aux dures journäes de la seoonde quinzaine de juillet et du- 
iant laquelle chacun des deux adversaires avait paru presque 
egalemenl pr^occupe* d'eviter toute nouvelle occasion de rencon- 
tre serieuse, le commandemenl espagnol sc retrouvait en pr6- 
9ence du meme probleme militaire qu'au debut. de la campagne, 
q u i consistait, essentiellement, ä faire tomber la resistance des 
Marocains, toujours appuyes sur le Gourougou et ä s'assurer le 
libre debouche dans la plaine d'El Areg: 

II ne parait guere douteux que, renoncant ä aborder de vive 
force le trop celebre massif, le general Marina ait nourri, des 
lors, le projet de manceuvrer, avec une partie importante de 
ses forces, par Test et le sud de la lagune, en prenant pour 
objectifs successifs Selouan et un point voisin de l'embouchure 
de l'oued Kerl, d'oü l'on pourrait facilement, ensuite, fermer 
le eercle autour de la montagne. La preuve en est dans l'interet 
avec lequel le general commandant en chef avait personnelle- 
int'iit suivi les Operations executees autour des monts Kebdana 
ei dans la plaine d'Arkemann; dans le developpement donne 
aux depöts de Souk-el-Arba et de la Restinga, qui avaient ete 
dotes de nombreux puits et oü avaient ete etablies, avec d'im- 
portants detachements des parcs, la boulangerie de campagne 
et I;i section aerostatique; dans la reunion d'un convoi de cent 
cinquante «-hameaux specialement achetes en Algerie, en vue 
d' Operations en plaine; enfin, dans les efTorts considerables, en 
partie couronnes de succes, faits pour organiser dans la Mar- 
Chica um importanl Bervice de batellerie et meme une petite 
flol tili.' de guerre. 

Selon toute apparence, egalement, c'est ä l'une des brigades 
de la division Orozco que devait incomber, dans ces Operations, 
le mle d'avant-garde generale, le gros etant constitue par la se- 
conde brigade de la meme division et par la division de chas- 
seurs (1) du general Tovar, les deux brigades qoe endivision- 
n£es(2), qui resteraienl sous Melilla avec la division Sotomayor, 

au total vingt bataillons — devant suffire largemenl ä assurer 



(1) l re et 2 e brigades de chasseurs (de Castille et d'Andalousie). 

(2) 3 e brigade mixte de chasseurs (de Catalogne) et brigade permanente de Melilla. 



92 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

la securite de la place, tout en permettant de tenir pret un 
detachement mixte, disponible ä toute eventualite. 

Ces previsions, rationnelles et couramment admises ä Melilla, 
trouverent une apparente confirmation dans une derniere recon- 
naissance que fit encore, autour de Souk-el-Arba, le 16 septem- 
bre, le general Marina, accompagne des generaux Tovar et Orozco 
et du chef d'etat-major du corps expeditionnaire (1), alors que 
c'est, au contraire, selon toute apparence, ä la suite de cette visite, 
oü furent mises en lumiere la flagrante insuffisance d'eau potable 
de la plaine et l'extreme difficulte des ravitaillements par une 
ligne de Communications d'une longueur aussi disproportionnee 
aux moyens de transport, que fut prise la decision de modifier le 
Programme primitif. 

Le plan effectivement adopte, qui repondait ä la double preoc- 
cupation d'empecher, au debut, par des Operations conduites 
simultanement au nord et au sud, la concentration des contin- 
gents marocains qui avait rendu si onereux les combats de mon- 
tagne du mois de juillet, sans eloigner Tespoir de les trouver 
reunis et de les ecraser, en bloc, quand on aborderait la plaine 
par un mouvement combine sur Selouan, ne manquait, ni d'am- 
pleur, ni d'ingeniosite. On dira meme qu'il semble difficile de 
mieux concilier les contraires et qu'on n'eüt guere pu mieux 
faire, dans la circonstance, si ce n'est agir plus activement et 
utiliser d'une facon plus effective la superiorite numerique dont 
on disposait : ce qui revient ä dire que le succes qui a couronne, 
— du 20 au 29 septembre, — ces adroites combinaisons, a ete 
legitime, mais eüt ete plus decisif, si une execution plus vigou- 
reuse et plus rapide avait mieux correspondu ä la conception. 

Les journees des 18 et 19 septembre se passerent, ä Melilla et 
dans les camps, au milieu d'une animation, generalement joyeuse, 
qui annoncait Lapproche d'evenements et prouvait que les trou- 



(1) La nomination du genöral Marina ä Femploi de commandant en chef avait 
ete suivie de la designation, comme chef d'etat-major du corps expeditionnaire, du 
colonel Gomez y Jordana, du corps d'etat-major, premier officier d'ordonnance du 
Roi. Le colonel Larrea etait, d'autre part, reste chef d'etat-major du gouvernemenl 
militaire de Melilla, dont le nouveau titulaire etait le general de division Atison y 
Sanchez Fano. 



OPERATIONS MILITAIRES q3 

pefl voyaienl volontiere prendre iin ringrate inactivite* ä laquelle 
ellea etaient condamn£es depuis si longtemps. On ignorait, toute- 
fois, l'objectif probable et les paris restaient ouverts au sujet de 
tnouvements, — qui pouvaient, aussi bien, se produire dans la 
direotion du sud, de l'ouest ou du nord, — quand la nouvclle sc 
röpandit, dans l'apres-midi du 19, que les canons Krupp de 15 cm 
(sur affüts de place), qui armaient le fort de Gamellos et qui 
gtaienl Orientes vers le glacis oriental du Gourougou, venaient 
d*£tre deplaces et etablis face aux cretes des Beni Sicar, indice 
~<[ue assure d'une marche prochaine vers le nord. On sut ega- 
lement, dans la soiree du meme jour, que le general en chef reu- 
nissait en Conference les ofliciers generaux et les chefs de corps 
et de Service, ce qui achevait de faire paraitre imminente Tou- 
verture des Operations. 

En fait, le lundi 20 septembre, ä 4 heures du matin, Talarme 
etait donnee, dans les casernements et campements, motivee, 
disait-on, par la nouvelle que plusieurs milliers d'indigenes de 
la tribu des Beni Sicar etaient rassembles, dans un but offensif, 
« ä 2 kilometres des limites » et les troupes rompaient, au jour, 
pour venir s'etablir, en formation de rassemblement par division, 
sur le front Rostrogordo — Gabrerizas Altas. 

Le groupe de droite, sous les ordres du general de division 
Tovar, se composait des brigades de chasseurs Moral es et Alfau ; 
reduites chacune ä quatre bataillons et d'un detachement mixte 
de la brigade permanente de Melilla, que commandait, en per- 
sonne, le general del Real. Le groupe de gauche, sous les ordres 
du general Sotomayor, comprenait les brigades Ayala et Brualla, 
au complet, avec le groupe monte (trois batteries de 75 mm , du 
Creusot) de la 2 e division et ses deux escadrons divisionnaires 
(du regiment d'Alphonse XIII). 

A 7 h 30 du matin, l'ouverture des hostilites etait brusquement 
et simultanement annoncee par les canons de Gamellos tirant 
contre les hauteurs de Mariguari (berges du Rio d'Oro), par ceux 
des ouvrages de Torre Baja et de Gonception qui avaient pour 
objectif les cretes de la rive droite du Barranco de Ferkhana et 
par Tartillerie de Gabrerizas Altas et de Rostrogordo, dont le 
feu etait dirige contre la ligne de hauteurs, ditc des Beni Sicar, qui 
courl parallelemenl ä ce front, ä 2.500 metres de distance envi- 



g4 LE S ESPAGNOLS AU MAROG 

ron. Ces differents objectifs, ayantune direction generale du sud 
au nord, marquaient la limite du terrain connu des Espagnols, 
de ce cöte, parce qu'elle correspond ä la limite de la vue, 
et il est de fait que (selon le recit d'un temoin oculaire) une 
sorte de conseil des generaux aurait ete tenu, des que l'avant- 
garde eut, un peu plus tard, couronne cette premiere crete, pour 
se reconnaitre et s'orienter. Ajoutons encore que pas un ennemi 
n'etait visible, lorsque le feu d'artillerie fut ouvert contre ces 
hauteurs, qui donnaient, et pour cause, la plus complete idee 
du « vide du champ de bataille ». 

A 8 heures, — la division Sotomayor restant en place, — le 
groupe de droite (general Tovar) rompt, en formation de route, 
prenant pour axe de mouvement la piste qui conduit ä Taxdirt ; 
son ordre de marche est le suivant : 

Avant-garde (avec le general Morales) : 2 bataillons de chas- 
seurs (Gataluna et Tarifa), 2 batteries du groupe de montagne 
et 1 escadron du regiment de cavalerie d'Alphonse XII; 

Gros (avec le general Tovar) : Les deux autres bataillons 
(Chiclana et Talavera) de la brigade Morales, les quatre batail- 
lons de la brigade Alfau (1), avec une troisieme batterie de 
montagne et un escadron du regiment de cavalerie deLusitania; 
puis, le detachement mixte de la brigade de Melilla, avec Tes- 
cadron de Melilla et la batterie montee (de 75 mm , du Greusot) qui 
y a ete rattachee. 

La marche se poursuit ainsi, tres lente et sans autres incidents 
que de frequents arrets, jusqu'au point (voisin de la ferme de 
Dar el Hadj Bizan), oü bifurquent les cbemins conduisant ä 
Taxdirt et ä Taourirt, oü, apres un dernier arret prolonge (2), 
la colonne se fractionne en trois elements : 

A gauche, sous le commandement superieur du general Tovar, 
(qu'accompagne le colonel Jordana, chef d'etat-major du corps 
expeditionnaire), l*escadron de cavalerie d'Alphonse XII, les 
quatre bataillons et les deux batteries de montagne de la bri- 
gade Morales, qui recoit pour objectif une ligne de hauteurs, dis- 



(1) Bataillons de chasseurs des Arapiles, Figueras, Barbastro et Las Navas. 

(2) Cette marche avait ete si lente qu'ä 11 heures du matin la brigade d'avant-garde 
(Morales) n'avait pas encore depasse Dar el Hadj Bizan, — ■ ä moins de 5 k'!om§tres 
de la ligne des forts. 



OPERATIONS MILITAIRES <)5 

Lante de \ kilometres environ, dont le ceutre est le gros village 
de Taxdirt, oü la pr^sence de l'ennemi es! signälee; 

\ droite, la brigade Allan (4 bataillons, 1 escadron de Lusi- 
tania i^t 1 batterie de montagne), ä qui mission est donnee de 
pousser au aord, par Taoürirt et Taferart, pour gagnor im poinl 
de la ligne de partage des eaux de la presqu'ile d'oü il soit pos- 
sible d'etablir des Communications entre la baie de Los Char- 
ranes (cöte ouest) et celle de Sabanilla (cöte est), oü peuyent 
aborder los canonnieres qui suivent l'operation (1). 

En arriere des deux brigades et formanl repli, le detachement 
du general del Real, scinde lui-meme en deux echelons : un ba- 
taillon (du regiment de Melilla) et la brigade diseiplinaire, avec la 
hat t erie de 75, sur le mamelon cote 150 qui commande les affluents 
de la rive gauche du Rio de Oro et un autre bataillon, avec le gene- 
ral, ä Dar el Hadj Bizaii, — chaeun des deux groupes düment 
retranche. 

Disons de suite, pour ne pas avoir a y revenir, que les indi- 
genes dos fractions des Beni Sicar traverseesparlacolonne Alfau 
ae tenterent aueune resistance et se presenterent, assez nom- 
breux, demandant Yaman, qui leur fut aecorde sous conditions 
el <{ue le detachement du general del Real, qui ne fut, non plus, 
inquiete d'aucune facon, n'eut ä prendre part que par quelques 
salves de sa batterie de 75 mm au combat livre par la brigade 
Morales aux defenseurs de Taxdirt. 

Disons enfin, que, durant ce temps, le general Sotomayor, 
dont le groupe d'artillerie, encadrant le fort de Gabrerizas Altas, 
avait pris sa part - -<>z moderement (2) — du tir de prepara- 
tion execute par les canons des ouvrages, avait porte la bri- 



(1) Le gene>al en chef, ayant suivi la colonne Alfau, reussit ä atteindre le col 
d'Abdar Augarag, situe entre l'anse de Los Gharranes et celle de Pajares (cöte 
uuest), oü il descendit, escortö par une compagnie, pour conferer avec un officier de 
la canonniere Pinzon. II revint ensuite ä Dar el Hadj Bizan, d'oü il suivit la fin du 
combat de Taxdirt et oü il passa la nuit. 

Les bätiments de la division navale espagnole qui suivirent les Operations 
du 20 et du 22 septembre furent les croiseurs Charles-Quint et Estramadure, — au 
large, — les canonnieres Martin Pinzon et General Concha et le contre-torpillmir 
Üsado, qui mouillerent, successivement, dans les petites baies des deux cötes. 

(2) Le general Sotomayor, ancien officier d'artillerie et technicien emerite, parait 
avoir essaye de reagir contre Tabus des tirs de bombardement et c'est tres sobre- 
naent que Tartillerie de sa division a toujours fait usage de son feu, meme contre 
les attaques violentes qu'ont parfois subies ses campements. 



(j6 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

gade du general Ayala, pres de Rostrogordo, sur le terrain de ras- 
semblement initial de la division Tovar, ä la disposition de qui 
cette brigade etait mise comme reserve speciale : la brigade 
Brualla demeurait, avec le groupe d'artillerie monte, en reserve 
generale, sur le front Rostrogordo — Gabrerizas Altas. 

Cependant, le general Morales, trouvant devant lui, peu apres 
avoir depasse Dar el Hadj Bizan, les Marocains etablis, sur un 
front etendu, en avant de Taxdirt et paraissant assez nom- 
breux pour qu'il ait pu evaluer leur effectif ä plusieurs milliers 
d'hommes(l), avait pris ses dispositions de combat, en deployant 
en premiere ligne les deux bataillons de chasseurs de Gataluna 
et de Tarifa, suivis, en echelon refuse ä droite, par celui de 
Ghiclana et couverts, ä gauche, par une compagnie du batail- 
lon de Talavera (2), dont les trois autres compagnies, marchant 
en ligne de colonnes, formaient reserve de brigade. 

Dans cet ordre, tres rationnel, mais avec une lenteur extreme, 
car Finfanterie espagnole ne progresse que pas ä pas et seule- 
ment quand le feu de l'artillerie et des mitrailleuses a, presque 
entierement, debarrasse le terrain devant eile, la guerilla, che- 
minant de couvert en couvert, met plusieurs heures pour exe- 
cuter sa marche d'approche vers Taxdirt, dont les abords, en 
glacis, sont, ä la verite, couverts d'une serie de murs en pierres, 
etages, oü les Marocains s'abritent et dont ils ont fait autant 
d'embuscades. 

Au cours de cette penible marche, le bataillon de Tarifa, en- 
gage depuis la premiere heure du matin comme tete d'avant- 
garde de la colonne et dejä fatigue, eprouve, coup sur coup, 
quelques pertes sensibles et voit, notamment, tomber son vail- 
lant chef (3), demeureseul, ä cheval, au milieu de la ligne; lcba- 



(1) II y a grande apparence qu'il n'y eüt reellement, ä Taxdirt, le matin du 
20 septembre, que l'avant-garde marocaine dont il a ete parle plus haut, qui ne de- 
passait certainement pas quelques centaines d'hommes et que ce nombre se soit 
renforce, peu ä peu, de combattants venant du Gourougou ou de la cöte ouest, par 
la vallee superieure du Rio de Oro, au point d'avoir atteint, dans l'apres-midi, un 
effectif approchant de celui que le general Morales estima avoir combattu. 

(2) fitablie d'abord en grand'garde fixe, jusqu'ä ce que la brigade ait franchi le 
ravin de la Fontaine. 

(3) Le lieutenant-colonel Moreira Espinoza de los Monteros; cet officier superieur, 
gravement bless6, a ete, depuis, promu colonel, ä titre de recompense, avec la men- 
tion la plus honorable sur sa conduite dans le combat du 20 septembre. 



OPERATIONS MILITAIRKS ()7 

taillon subit, par suite, un certain ralentissement dans sa pro- 
gression. Ordre est, aussitöt, dormo au bataillon de Chiclana, 
jusqu'alors en seconde ligne, de le relever. Ge bataillon 
s'avance rapidement, traverse, sans tirer, la ligne de feu et, se 
beurtant bientöt ä un retour offensif des Marocains, — appa- 
remment dirige contre le bataillon de Tarifa, dont ils avaient 
peut-etre percu l'hesitation, — les aborde vigoureusement et 
les rejette sur le village, apres un court corps ä corps. 

L'eseadron du regiment d'Alphonse XII, de son cöte, apres 
avoir, au debut, assure, en avant de la brigade, le Service de 
sürete rapprochee, oblige de demasquer le front en entrant dans 
la zone du feu efficace de la defense, avait appuye ä droite et 
s'efforcait de se maintenir ä hauteur de l'attaque, qu'il couvrait 
de ce cöte. G'est alors que se place un episode qui fait honneur 
ä la cavalerie espagnole et qui merite, ä ce titre, une mention 
particuliere. 

Au moment du choc entre la ligne d'attaque, renforcee du ba- 
taillon de Chiclana et les Marocains, qui fut un des moments dif- 
ficiles de la journee (1) et qui motiva, de la part du general Tovar, 
comme on le verra plus loin, un appel ä la reserve speciale, le 
general avait envoye son premier officier d'ordonnance, le lieu- 
tenant-colonel Gavalcanti (2), porter l'ordre ä Tescadron d'Al- 
phonse XII de faire effort pour s'elever sur la crete, de facon ä 
deborder la defense. Quand cet oflicier superieur rejoignit l'es- 
cadron, qui venait d'atteindre la hauteur (oü, par une circons- 



(1) II est ä noter, comme caracteristique de l'entrain de l'artillerie au combat qu'ä 
piu pres au moment de l'entree en ligne de ce renfort, une bitterie d'accompagne- 
ment (batterie de montagne) vint s'etablir, sur la ligne meme de l'infanterie, ä 
400 mdtres ä peine de l'ennemi poste et s'y maintint, tirant ä mitraille, jusqu'ä l'as- 
saut qui decida la retraite des Marocains. 

Vers le mem3 moment, deux correspondants de journaux anglais, qui suivaient 
l'attaque de la brigade Morales et qui, en attendant la decision, avaient mis pied 
ä terre pr^s d'un groupe de masures, derriöre lequel ils avaient abrite leurs che- 
vaux, furent si inopin^ment assaillis par un assez fort groupe de Marocains qu'ils 
purent ä grand'peine leur echapper, en laissant leurs montures entre leurs mains. 
Ces correspondants, vieux soldats, — bien que Tun füt jeune, — et ayant une expe- 
rience personnelle de la guerre, disaient, le lendemain, en toute simplicite, qu'ils 
n'avaient jamais eu si peur. 

(2) Le lieutenant-colonel Cavalcanti y Albuquerque, ancien attache militaire en 
Italie, appartient ä l'arme de la cavalerie; il a 6te, depuis, promu colonel, ä titre de 
recompense speciale, avec les considerants les plus elo^ieux.' 

LES E'PAGNOLS AU yAlOC 1 



98 LES ESPAGXOLS AU MAROC 

tance exceptionnellement heureuse, il rencontrait, au milieu 
d'une serie de plateaux ravines et rocheux, une large clairiere 
gazonnee), il apercut un gros de fantassins marocains qui se 
hätaient pour venir renforcer la defense, sinon meme pour 
prendre en flanc l'attaque, plus ou moins decouverte par Fen- 
tree en ligne du bataillon de Ghiclana. 

L'instant etait, ä la fois, critique et favorable. Le lieutenant- 
colonel n'hesita pas ä comprendre que la Situation justifiait toute 
initiative et, interpretant, avec une grande sürete de coup d'ceil, 
Tordre recu, ordonna l'attaque immediate, dont il s'attribua, 
personnellement, le commandement. L'escadron, reduit pour 
diverses causes, ne comptait, au total, que soixante-dix-huit 
sabres — et combien jeunes, pour la plupart ! Se rendant 
compte que le hotte d hotte etait, ici, essentiellement de circons- 
tanee, le lieutenant-colonel Cavalcanti forma aussitöt l'escadron 
en bataille et, ä trois reprises consecutives, chargea en ligne, — 
dans le tas. Apres la troisieme attaque, il n'avait plus avec lui 
que vingt-huit officiers ou cavaliers valides ; mais le succes avait 
couronne sa hardiesse et Telan de la contre-attaque marocaine 
avait ete si bien rompu que Tescadron put recueillir et ramener 
ses hommes demontes et quatorze, sur dix-huit, de ses morts et 
de ses blesses (1). 

Le combat continuait, cependant, assez lent et assez dur 
pour que le general Tovar crüt utile, ä toute eventualite, 
de s'assurer un soutien et fit appel, ä cet effet, ä la 2 e divi- 
sion demeuree, comme on sait, sur la ligne des forts avances. 
Au recu de cette demande (qui parvint ä la reserve un peu 
apres 3 heures), le general Ayala se porta en avant, de sa 
personne, avec les deux bataillons du regiment de Guipuscoa, 
passa (ä 4 h 20) devant Dar-cl-Hadj-Bizan, oü venait d'arriver 
le general Marina, revenant du nord, dont il prit les ordres 
et poursuivit vers Taxdirt, par le ravin de la Fontaine, au 
delä de laquelle ses bataillons furent rassembles, sur la berge 
du nord.- 

Le succes de l'assaut dirige contre Taxdirt rendit, du reste, 



(1) Les quatre cavaliers disparus furent retrouves par une patrouille, le lendemain, 
derriöre Taxdirt, morts et mutiles, cela va sans dire. 



OPERATIONS M1LITAIRES (J9 

inutile rintervention du regiment de Guipuscoa, qui n'eut 
guere i|ii';i concourir ä l'occupation et ä l'organisation defen- 
sive des ])oiiits d'appui enleves ä Tennemi. Un gros de cava- 
lerie indigene, qui survint, alors, sur le plateau et dont Fesca- 
dron du regiment d'Alphonse XII ne se crut pas, avec raison, 
en etat de subir le choe, n'osa plus, en effet, s'engager et, ce- 
dant devant le feu de l'artillerie, se rejeta rapidement vers 
l'ouest, se bornant ä couvrir la retraite des defenseurs de Tax- 
dirt. La nuit qui suivit fut relativement tres calme, la plu- 
part des indigenes ayant mis promptement la vallee du rio de 
Oro et meine le Barranco de Ferkhana entre eux et leurs adver- 
saires« 

Ce qui a ete dit, dans la premiere partie de cette etude, de 
rinsuflisance, reellement flagrante ä ce moment de la campagne, 
de Torganisation medicale du corps expeditionnaire permet de 
ne pas insister sur la facon tres sommaire dont furent, apres le 
combat, soignes les blesses, au nombre de 100 ä 110, dont 
11 officiers (1), — non compris 23 ou 24 tues et quelques dis- 
parus. Les blesses, ä la disposition de qui le Service de sante ne 
trouva ä mettre que les faibles ressources des postes de secours 
regimentaires, durent attendre jusqu'au lendemain, assez avant 
dans la matinee, pour etre ramenes, partie sur cacolets, partie 
sur brancards et par d'afTreux chemins, ä l'ambulance de Rostro- 
gordo (8 ä 9 kilometres), d'oü, apres avoir ete plus serieusement 
panses, ils furent, dans la journee, evacues sur Thöpital. C'est 
le regiment de Guipuscoa qui, rejoignant sa division, assura 
vice de brancardiers, ä raison de 10 hommes par brancard. 
Quant aux transports entre Rostrogordo et les divers höpitaux 
de la place (quartier Saint- Jacques, theätre, eglise, höpital mi- 
litaire, etc.), ils furent, vite et convenablement, assures par les 
voii ures automobiles recemment envoyees par le Roi et par quel- 
ques voitures d'ambulance regimentaires. 

Ces soins remplirent toute la journee du 21 septembre, avec 
le travail de l'organisation defensive des bivouacs et avec 



(1) De ce nombre etait le capitaine Tovar, fils du general commandant la division 
de chasseurs, employe, aupres de son pere, comme ofTicier d'ordonnance. 



100 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

l'eternelle corvee du ravitaillement en munitions et en vivres. 
Seule, la 2 e division, qui etait rentree, le 20 au soir, dans ses 
camps et cantonnements, apres qu'eut ete confirme le succes 
de l'operation du jour, reprit, le 21 au matin, sa position de 
surveillance sur le front Rostrogordo — Cabrerizas Altas, pre- 
caution qui peut etre jugee excessive, — comme plusieurs autres 
dejä signalees. 

Quoi qu'il en soit, le 22 septembre au matin, la division So- 
tomayor se trouvait, encore une fois, etablie sur les memes posi- 
tions, quand, ä 8 heures, les canons de 15 cm du fort de Gamellos 
reprirent leur tir de l'avant-veille, contre les hauteurs de Mari- 
guari. Bientöt apres, la division, rompant en colonne de route 
(avec avant-garde, gros et arriere-garde), descendait dans la 
vallee du rio de Oro par les ravins affluents qui encadrent le 
fort de Regina- Regente et s'engageait sur la piste qui conduit 
au Souk-el-Had (marche du dimanche) des Beni-Sicar, par le 
groupe de villages des Ferkhana; eile etait couverte, ä 2 ki- 
lometres environ, par les deux escadrons du regiment d'Al- 
phonse XIII, charges d'assurer, simultanement, dans les deux 
vallees laterales et sur le front, le Service de sürete rappro- 
chee de la colonne et qui parurent s'en acquitter correctement 
et bien. 

Le mouvement de la division fut, neanmoins, lent et coupe 
d'arrets, que la difficulte d'etablir les liaisons avec la division 
Tovar, avec qui etait combinee la manceuvre du jour et avec le 
general commandant en chef, qui avait bivouaque ä Dar-el-Hadj- 
Bizan, ne suffit pas ä justifier. Gette lenteur, en tous cas, servit 
surtout Tennemi, que Ton vit bientöt affluer, en groupes relati- 
vement nombreux, descendant les pentes nord du Gourougou, 
contre lesquelles le fort de Gamellos reprit aussitöt ses tirs, en 
apparence assez peu efficaces. 

Cependant, les troupes bivouaquees autour de Taxdirt, sous le 
commandement du general Tovar, avaient, de leur cöte, pris les 
armes, ä 10 heures du matin et s'etaient etablies, en rassemble- 
ment, face au sud-est, au nord de Taxdirt, couvertes par Tes- 
cadron du regiment de Lusitania, par les bataillons de chasseurs 
de Las Navas et des Arapiles et par la 3 e batterie de mon- 



OPKIIATIONS MILITAIRKS löl 



> . preleves sur la brigade du general Alfau (1) et formant 
avant-garde. A ll h 10, eommenca le mouvement de cette avant- 
garde, e*claire* par la cavalerie et prepare par le feu de la batte- 
rio de montagne, le gros restant, d'abord, immobile; l'objectif 
6tai1 une large colline ronde, situee au sud, oü quelques Maro- 
cains etaient apparus. 

La marche ainsi engagee se continua, lentement, selon l'usage 
et, ä midi 40, la brigade Morales se trouvait encore arretee, en 
formation de combat, sur deux lignes, face au sud, dans la cuvette 
au sud de Taxdirt; eile y etait couverte par la batterie de mon- 
tagne et par un des bataillons de l'avant-garde, engages, dans un 
combat de feux moyennement vif, contre une ligne peu dense 
de tireurs marocains, tandis que l'autre bataillon se maintenait, 
ä droite, en echelon refuse et que la cavalerie couvrait, ä gauche, 
l'ensemble du dispositif (2). 

A midi 45, ordre est donne de poursuivre la marche, en 
laissant l'avant-garde face au sud et en faisant executer ä la 
brigade Morales un demi-ä -gauche, qui l'oriente dans la di- 
rection de Hidoun; mais le mouvement est arrete de nouveau, 
ä 1 heure, sur l'avis recu de la cavalerie que la 2 e division, 
ralentie dans sa marche contre le Souk-el-Had, n'est pas encore 
en vue. 

Bientöt, cependant (ä l h 15), le tir de l'artillerie de la division 
Sotomayor (3), qui s'est peniblement hissee sur la crete des Fer- 
khana, ä l'ouest des villages, d'oü eile bat le plateau de la cote 
160, marque les progres de cette colonne. La brigade Morales 
reprend aussitöt (l h 30) sa marche au sud-est, atteint la 
crete dite de Tejar (au sud de la hauteur cotee 180), que 
les deux batteries de montagne du gros couronnent, avec en- 
train, par une marche en bataille executee au pas gymnas- 



(1) Le general Alfau, reste ä Jalet, au nord de Taferart, avec les deux autres ba- 
taillons de sa brigade (Figueras et Barbastro), occupe ä reconnaitre le terrain vers 
le cap des Trois-Fourches et ä recueillir quelques soumissions, devait recevoir, le 25, 
l'ordre de rallier Melilla, le jour meme, avec le bataillon de Figueras, pour participer 
ä la marche contre Selouan. 

(2) Cette couverture, un peu insafTisante, facilita un retour offensif exöcute" par 
un groupe de Marocains, qu'une ou deux compagnies de chasseurs de la seconde ligne 
arretärent, du reste, assez vite. 

(3) GrouDe de trois batteries de 75 n,m , du Creusot. 



102 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

tique et au trot. Alors se produit, par l'entree en jeu de la 
batterie de 75 du detachement del Real (restee sur le mame- 
lon 150, au sud de Dar-el-Hadj-Bizan) et par l'action com- 
binee de F artillerie des deux divisions, contre le plateau decou- 
vert du Souk-el-Had, une concentration de feux qui a tot fait 
de le purger d'ennemis. 

L'action est, des lors, virtuellement terminee, malgre une 
courte reprise du feu, par la batterie d'avant-garde de la division 
de chasseurs, laquelle, postee sur une Croupe au sud, poursuit 
dans leur retraite les contingents marocains qui se replient par 
la haute vallee du rio de Oro. Les troupes s'installent aussitöt : 

La l re brigade (general Ayala) de la division Sotomayor, sur 
le plateau ovale, qui est, proprement, le Souk-el-Had; 

La 2 e brigade (general Brualla), avec Fetat-major de la divi- 
sion, sur un autre plateau, ä 2 kilometres en arriere, dit Hayara 
Manu, ayant un bataillon en reserve, ä la sortie ouest des villages ; 

La division de chasseurs, ä Hidoun meme, oü s'etablit le 
quartier general de la division et sur la ligne de cretes, au sud 
et au sud -ouest, qui bordent le rio de Oro. Tous ces bivouacs 
se retranchent immediatement. 

Les pertes sont legeres : Celles de la division Tovar se bornent 
ä 2 tues et 7 blesses; Celles de la division Sotomayor sont nulles 
-ou presque nulles. Cette division, du reste, a bien manceuvre, 
notamment en etablissant son artillerie, ä portee efficace, de 
facon ä maitriser le plateau du Souk-el-Had, avant de le faire 
aborder par l'infanterie de Tavant-garde, qui, seule, a donne; 
peut-etre meme cette artillerie eüt-elle pu demeurer simplement 
en surveillance, Fennemi etant reste ä peu pres invisible. Mais 
ce sont la methodes nouvelles, que tout le monde n'a pas encore 
adoptees, meme en France, et auxquelles nos voisins n'arriveront 
que plus tard. 

Des Tinstallation au bivouac, les liaisons optiques avaient 
ete etablies entre les deux divisions, stationnees, en face Fune de 
Tautre, sur les berges opposees du rio de Oro; les detachements 
envoyes ä la recherche de l'eau dans le ravin de cette riviere, 
(oü eile fut trouvee abondante), les etablirent bientot effective- 
ment et, des le soir meme, quelques isoles purent rallier Melilla 
en suivant la vallee, qu'ils trouverent entierement vide d'indi- 



OPERATIONS M1LITAIIIES 103 

^. Le general commandanl en chef, <[ui avait plus particuüe- 
remenl suivi, le 22, la marche de la division Sotomayor, rentra 
egalement, avant la nuit, ä Melilla, d'oü il etait absent dcpuis 
le 20 au matin. 

Los interossants resultats obtenus, au nord de Melilla, du 20 
au 22 septembre, dans les conditions qui viennent d'etre indi- 
quees avaient certainement ete facilites par l'action que la 
l re division (general Orozco) avait, en meme temps, exercee, 
au sud de la Mar-Chica, en vue d'y retenir tout ou partie des 
contingents du groupe de Nador. II faut, maintenant, revenir 
aux mouvements de cette division, — momentanement passes 
HMts silence pour simplifier le recit, — et la suivre jusqu'ä la 
prise de Nador, qui fut exclusivement son ceuvre, pour aborder 
ensuite l'etude de l'action combinee contre Selouan. 

Le 20 septembre au matin, — tandis que la garnison de Melilla 
se rassemblait pour aller couper de leurs Communications et, 
par suite, reduire ä merci les habitants du nord de la presqu'ile, 
— la brigade San Martin quittait inopinement son camp de Ras- 
Quiniane, marchant dans la direction de Selouan, mais ayant 
comme objectif reel le groupe de puits d'Aograz, au bord de la 
Mar-Ghica. Cette Operation, d'ailleurs simple, parce qu'elle de- 
vait s'executer dans une large plaine, oü les mouvements, — 
ceux de Tartillerie de campagne, en particulier, — etaient fa- 
cües, ne rencontra d'autre Opposition que l'intervention dun 
gros de cavalerie indigene, peu mordante, qu'on reussit, facile- 
ment, ä maintenir ä distance. 

La colonne comprenait, en outre des regimeni.s de Savoie et 
de Wad Ras (chacun ä 2 bataillons), qui constituent normalement 
la brigade, 1 escadron du regiment de cavalerie de Marie-Chris- 
tine, 3 escadrons de hussards de la Princesse et 2 batteries montees 
de 75 mu \ Le general Orozco et son etat-major marchaient avec eile. 

La marche de Tavant-garde, formee de l'escadron de Marie- 
Christine, d'un bataillon du regiment de Savoie, d'une batterie, 
et que precedait un petit groupe de police indigene montee, 
s'executa, dans une absolue tranquillite, pendant une heure et 
demieenviron; alors apparut le goum ennemi, d'environ 150 che- 



104 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

vaux, contre lequel la batterie d'avant-garde, bientöt rejointe 
par celle du gros, ouvrit le feu ä 2.400 metres et qui n'attendit 
pas 1 'Intervention du regiment de hussards pour disparaitre, par- 
tie dans la direction de Kalb-el-Tor et de Selouan, partie vers 
Nador. L'avant-garde, obliquant ä droite, prit alors pour point 
de direction le mont Youksen. 

Le gros de la colonne suivait, ä distance normale, ayant le 
convoi ä droite, entre eile et la lagune et flanquee elle-meme, 
ä gauche, par la cavalerie. La marche se poursuivit ainsi, sans 
encombre, mais coupee de frequents arrets ayant, semble-t-il, 
pour principal objet de permettre d'echanger des Communica- 
tions heliographiques avec la Restinga, d'ou le ballon captif, 
d'autre part, surveillait attentivement la marche de la colonne. 
Gelle-ci atteignit ainsi, ä 11 heures du matin, l'emplacement 
designe pour le camp, sur le parallele meme de Selouan. L'eau y 
fut trouvee beaucoup moins bonne qu'ä Ras-Qumiane et trop 
peu abondante pour suffire aux besoins; d'oü, la necessite d'as- 
surer le ravitaillement, en eau, comme en vivres (1). Un petit 
appontement, aussitöt etabli par le genie sur la lagune, permit, 
presque immediatement, d'etablir, par eau, les relations avec la 
Restinga, precaution d'autant plus necessaire, d'autre part, au 
point de vue militaire, que la ligne de Communications par la 
rive de la Mar-Chica ne devait, bientöt, etre gardee que par un 
faible poste enferme dans le reduit de Souk-el-Arba et n'oft'rirait 
pas une securite süffisante pour qu'on put y laisser circuler les 
convois, sans une escorte, qu'on n'etait pas assure de pouvoir 
leur donner süffisante. 

Le camp d'Aogras, — en realite, simple bivouac, car on sait 
que l'armee espagnole n'a pas la tente-abri et que les officiers ne 
sont autorises qu'exceptionnellement ä transporter des tentes 
legeres de campement, — fut etabli sur une petite terrasse, de 
quelques metres de relief, ayant son front de bandiere (qu'occu- 
pait l'artillerie encadree d'infanterie), Oriente, comme une me- 
nace, face ä Selouan. La cavalerie fut installee sur un palier 



(1) Le premier convoi, venant de la Restinga, debarque au camp d'Aogras, 
comprenait un equipage de 200 tonnelets. 



OPERATIONS MILITAIRES IOÖ 

inlV'i ieur, en bordure de la lagune et non loin des puits. La bri- 
gade y passa quatre jours, tres tranquillement, rcnnemi (evi- 
demment attire et retenu, au nord, par les evenements dont les 
deux rives du rio de Oro etaient le theätre) ne s'etant mani- 
feste* que le 24 au matin, par l'apparition d'un faible goum, que 
la sortie d'un seul escadron, — faisant le combat a picd, — suffit 
pour diVider ä la retraite. 

Le meme jour, 24 septembre, la brigade Aguilera, au complet, 
(car la compagnie laissee ä la garde du depöt de Souk-el-Arba 
fut fournie par le regiment de Melilla), rejoignait, ä Aograz, 
la brigade San Martin. Aucun ineident militaire n'avait signale 
rette simple marche de 18 kilometres, faite en quatre heures. 
Le 24 septembre, egalement, le colonel Jordana, chef d'etat- 
major du corps expeditionnaire, rejoignait Aograz, par la Res- 
tinga, apportant, selon toute apparence, les ordres et Instruc- 
tions du general commandant en chef pour la journee du len- 
demain. 

La mission dont l'execution etait, en effet, confiee au general 
commandant la l re division, pour la journee du 25 septembre, 
consistait ä occuper le piton de Taouima et ä reconnaitre en- 
suite, sur leur front sud, les defenses de Nador, en vue d'une 
attaque qui serait, selon les circonstances, soit executee par sa 
division seule, soit conduite, ulterieurement, en liaison avec la 
d\\ ision de chasseurs (division Tovar), venant du nord de la 
presqu'ile par le col de l'Atalayoun. 

Cette täche pouvait paraitre ardue, pour la double raison qu'il 
s'agissait d'executer, au prealable, une sorte de marche de flanc 
en face d'un ennemi aguerri, apparemment nombreux, maitre de 
Selouan, du massif des Beni-bou-Ifrour et des defiles qui en des- 
cendent et, dans ces conditions, — c'est-ä-dire, sous la menace 
de cet ennemi, en queue et sur son flanc, — d'attaquer, avec un 
effectif relativement faible (7.500 ä 8.000 hommes), la position, 
d'apparence tres menacante, de Nador. 

Si, en effet, le village de ce nom n'a qu'une assez faible valeur 
militaire, — quoique la double ligne de vergers etendus qui en 
couvrent les abords, du cote du sud, soit susceptible d'ofTrir 
de bons points d'appui de defense, — le massif ä trois sommets, 



I06 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

denommes les Mamelles de Nador et le mont Arbos, oü s'appuie le 
village et qui commande, ä la fois, Tentree de la vallee de Toued 
Youksen et le debouche sud du defile du Gourougou, constitue 
une sorte de forteresse naturelle, dont une Organisation de- 
fensive un peu soigneuse eüt pu rendre l'abord fort difficile. II 
n'en etait, heureusement rien, comme on le verra, ce qui per- 
mit au general Orozco de poursuivre, d'un seul elan, Toperation 
confiee ä son experience. II n'en fallait pas moins user de pre- 
cautions et, — ce ä quoi s'employa, avec succes, le general 
commandant la division, — s'efforcer de laisser, le plus long- 
temps possible, les Marocains dans le doute sur Tobjectif reel de 
Toperation. 

Les mesures d'execution ordonnees en vue de ce double objet 
furent les suivantes : 

Formation de la division, par brigades accolees : 

A droite, la brigade San Martin (commandee par interim par 
le colonel Aranda [1]) comprenant un escadron du regiment de 
Marie-Christine, les regiments de Savoie et de Wad Ras et deux 
batteries de campagne (de 75 mm ); 

A gauche, la brigade Aguilera, composee du deuxieme esca- 
dron de Marie-Christine, des regiments de Leon et du Roi, de la 
troisieme batterie du groupe monte et de la batterie de mon- 
tagne. 

Les trois escadrons des hussards de la Princesse demeuraient, 
provisoirement, aux ordres directs du general de division. 

A 7 heures du matin, les deux brigades, ne laissant aucun poste 
ä Aograz, rompent simultanement, face ä Touest, gardant entre 
elles un intervalle de 500 ä 600 metres, puis, bientot, tout en 
conservant comme point de direction commun la Casbah de 
Selouan, s'echelonnent, la colonne de gauche en avant. Les chas- 
seurs de Marie-Christine couvrent le front et le flanc gauche ; les 
hussards suivent le mouvement, ä droite, encadrant les trains, 
entre eux et la division. La formation de l'infanterie est celle de 
marche d'approche : les bataillons, sur deux lignes, conservant 
entre eux de larges intervalles et les compagnies restant groupees, 



(1) Le general San Martin, promu general de division, avait quitte sa brigade, 
immediatement, pour rentrer en Espagne. 



OPERATIONS militaikks 107 

mais avec des distances et des intervalles variables; aucun tir 
n"a precäde* la mise en marche. Quelques petits groupes de ca- 
valiors tndigenes sont, au surplus, seuls en vue dans la plaine, 
galopant vers les colonnes et, — sans tirer, ou en tirant de fort 
loin, — retournant vers Selouan oü parait se faire la concentra- 
tioo des contingents. 

Entre 8 h 45 et 9 heures, cependant, un goum, assez compact, 
apparait en avant du front. L'artillerie de l'avant-garde le prend 
aussitöt a partie et un escadron de hussards se detache pour Tat- 
taquer; l'ennemi recule promptement et disparait dans un ravin 
qui descend ä la Mar-Chica, entre Aograz et Selouan. 

Peu apres, d'assez nombreux cavaliers marocains reparaissent, 
inopinement, en queue des colonnes, essayant de se glisser sur 
leur droite, comme pour en couper les convois. Les hussards 
se retournent, suivis des chasseurs de Marie- Christine et, appuyes 
de quelques salves d'artillerie, se portent ä leur rencontre; Ten- 
nemi n'attend pas le choc et se replie, faiblement poursuivi (1). 

En ce moment — 9 h 15 — les avant-gardes sont arrivees 
ä 5 kilometres environ de Selouan. Les ordres sont alors donnes 
pour un changement de front des deux colonnes, qui s'execute 
ä 75° ou 80° et les place, face au nord-nord-ouest, vis-a-vis du 
grand tumulus de Taouima (haut d'environ 25 metres et cou- 
ronne d'un azib), qui s'eleve seul, en plaine, entre la montagne 
et la lagune. Profitant du desordre apparent cree par cette evo- 
lution, les cavaliers marocains se rapprochent, manifestant des 
intentions offensives; la cavalerie espagnole, apres les avoir 
laisses approcher, les refoule, assez loin, dans la direction de 
Selouan, sans, cependant, reussir ä les joindre. 

En meme temps que les deux brigades ont fait leur change- 
ment de direction, Tartillerie de campagne, deboitant des co- 
lonnes, est venue s'intercaler entre elles, en colonne serree; la 
cavalerie, quand eile rejoint la division, se reforme, en colonne de 
pelotons, sur le flanc gauche. La marche, qui se poursuit ainsi, 
reguliere et sans arrets, ayant rapproche les troupes de l'oued 



(1) C'est en vertu d'ordres du commandement, qui craignait pour eux les embus- 
cades, que les cavaliers espagnols se sont peu engag^s, en gene>al, contre les cavaliers 
marocains, lesquels, de leur cöte\ se sont rarement montres mordants, par crainte 
du canon. 



108 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

Selouan, un gros de cavaliers marocains fait mine de vouloir 
leur en disputer le passage; il est refoule par quelques coups de 
canon, qu'appuie une attaque de cavalerie, bientöt arretee, du 
reste, Fennemi ayant promptement disparu. 

L'oued est franchi sans autre Opposition et les colonnes 
entrent, alors, ä proprement parier, dans la plaine d'El-Areg. 
L'ennemi commence, cependant, ä faire refluer vers le nord 
d'assez nombreux contingents, ä pied et ä cheval, contre les- 
quels rartillerie et une ou deux compagnies de flanc-garde di- 
rigent des feux de poursuite, ä grande portee. Ges feux sont 
suivis d'une accalmie, qui se prolonge jusque vers 10 heures du 
matin. 

Les colonnes ne sont pas, alors, ä beaucoup plus de 2 kilome- 
tres de Taouima, oü la presence de l'ennemi a ete signalee et 
que l'artillerie prend pour objectif. Les Marocains cedent promp- 
tement devant ce feu et ne tentent pas de resister serieusement 
ä l'attaque qu'executent contre le mamelon deux pelotons 
ä pied de cavalerie (1), suivis d'un bataillon du regiment de 
Leon (2), qui y penetre, ä 10 h 50, avec le general Aguilera. 

Le regiment du Roi, immediatement designe pour tenir garni- 
son ä Taouima, avec la batterie de montagne, organise aussitöt 
sa defense, tandis que s'installe, au sommet du mont, une Station 
heliographique, qui annonce ä la Restinga le succes obtenu 
et informe le general commandant en chef de la resolution du 
general Orozco de se porter immediatement contre Nador. 

La division reprend, en effet, bientöt, sa marche, en appuyant 
franchement au nord, ce qui semble avoir, enfin, revele aux Ma- 
rocains son objectif reel. De grands feux s'allument alors sur 
les sommets du mont de Nador, du njont Afra et des chaines 
voisines, representant, evidemment, des demandes de renforts; 
en meme temps, des fantassins embusques sur les dernieres 
pentes des monts des Beni-bou-Ifrour ouvrent, contre les co- 
lonnes, une fusillade peu efficace, mais qui devient bientöt tres 
vive. Groyant y voir, peut-etre, le debut d'une attaque et vou- 
lant etre en etat d'y mieux faire face, le general commandant 



(1) Du regiment de Marie-Christine, qui y perdit quelques chevaux. 

(2) Ce bataillon eut, dans l'attaque, deux hommes blessös. 



OPERATIONS MILITAIRES IO(J 

la l re division fail opörer entre les deux brigades une sorte de 
chasse^croise, qui fail passer ä gaucho la brigade Aranda, de- 
meuräe complete, tandis que la brigade Aguilera, reduite ä deux 
bataillons par le dätachement de Taouima, appuie ä droite, vers 
la lagune. 

Apres avoir, dans ce nouvel ordre, sous la protection de la 
eavalerie et appuyees par quelques salves d'artillerie, franchi 
les berges, faiblement encaissees et non defendues, du rio del 
Cavallo (oued Youksen), les colonnes abordent, la droite en 
avant, la premiere ligne des jardins, que quelques Marocains, qui 
avaient d'abord paru disposes ä faire tete, abandonnent prompte- 
ment sous la menace d'un double mouvement debordant. Lors- 
que, dans leur retraite vers la seconde ligne, les Marocains quit- 
tent ces couverts, — oü les Espagnols ne les suivent qu'avec 
precaution, par crainte des embuscades, — les canons de Si- 
Ahmed-el-Hadj et de TAtalaycun ouvrent contre eux un feu vif, 
bien que probablement peu efficace, ä cause de la distance 
(4.500 ä 5.000 metres), qu'ils reportent ensuite contre le village 
de Nador, oü s'allument quelques incendies. II est, alors, environ 
3 h 30 de Tapres-midi. Les hussards se portent, en meme temps, 
en avant, le long de la lagune, pour etablir la liaison avec la 
flottille, qui longe la cöte, dirigee et precedee par la petite canon- 
niere Cartagenera. 

Peu apres, sur l'ordre du general Orozco, les batteries etablies 
sur la rive du rio del Cavallo ouvrent le feu contre le mont de 
Nador, dont elles battent la crete, en tir percutant, puis en tir 
fusant. Les colonnes debouchent alors, — vers 4 heures, — en 
formation de combat, dans la plaine, unie et decouverte, qui pre- 
cede le village et, tandis que les deux bataillons du general Agui- 
lera manceuvrent pour deborder, ä droite, la seconde ligne des 
jardins, la brigade Aranda marche, par regiments accoles, droit 
au mont, oü Ton apercoit encore quelques defenseurs. 

Gette marche s'execute avec beaucoup d'entrain, le regiment 
de Wad Ras, ä droite, celui de Savoie, ä gauche. Le village est 
promptement traverse et l'assaut des pentes donne si vivement 
que l'artillerie doit bientöt cesser de tirer, de peur d'atteindre les 
siens. Quand, — peu apres 5 heures du soir, — les guerillas attei- 
gnent la crete, elles s'expliquent la mollesse de la defense en 



I 10 



LES ESPAGNOLS AU MAROC 



constatant que tous les travaux sont exclusivement Orientes, 
face au Gourougou et au defile de l'Atalayoun; aucune disposi- 
tion defensive n'avait ete prevue du cöte du sud. 

L'action, des lors, est virtuellement terminee et les derniers 
coups de canon sont tires, — ä 5 h 20, — contre les contingents qui 
se replient vers le mont Afra et vers Selouan. Ges derniers, tou- 
tefois, tentent, dans leur retraite, un vigoureux retour offensif 
contre Taouima, que la garnison, heureusement laissee assez forte, 
repousse victorieusement, quoique non sans efforts et sans pertes, 
La cavalerie marocaine pousse meme une pointe vers Aograz, oü 
eile donne dans le vide. 

Le general Marina, venu, par terre, de Melilla ä la Restinga, 
s'y etait embarque, vers 12 h 30, sur un canot ä vapeur et s'etait 
rapproche de la cöte ouest de la Mar-Chica, pour mieux suivre 
les Operations. Trouvant leur marche satisfaisante et ne dou- 
tant plus du succes, apres Penlevement des premiers jardins, il 
etait revenu, vers 4 heures, ä la Restinga, pour donner ses 
ordres generaux en vue de la suite des Operations et pour häter 
Tenvoi ä Nador d'un convoi de vivres (comprenant 200 ton- 
nelets d'eau), qui put etre transporte et distribue le soir meme. 
L'eau etait, en fait, inutile, ä Nador, oü quelques puits furent 
trouves, au pied du mont et dans les jardins (oü on rencontra 
meme plusieurs norias) ; les tonnelets servirent beaucoup, au 
contraire, pour Taouima, oü toutes les recherches pour trouver 
l'eau furent et devaient demeurer inutiles. On fit egalement, dans 
le village de Nador et dans les maisons des jardins, inutilement 
et fächeusement brüles, la decouverte d'abondantes reserves 
de paille et de cereales, ainsi que de beaucoup de fruits et de le- 
gumes. 

Pendant le ralliement des troupes et le retablissement de 
Tordre, la cavalerie s'etait utilement employee ä couvrir les direc- 
tions dangereuses : le regiment de hussards de la Princesse, face 
ä la route de Selouan; les chasseurs de Marie-Christine, äl'entree 
de la vallee du rio del Cavallo. Bientöt apres, l'ennemi ayant 
disparu entierement, le stationnement put etre regle comme il 
suit : 

La brigade Aguilera, en plaine, sur un petit promontoire domi- 
nant la lagune de quelques metres, — camp defensif, etabli pour 



OPERATIONS MILITAIKIS III 

proteger Ies Communications, par eau, sur la Restinga et pour 
assmvr la s^curite de la route de teire, vers l'Atalayoun et vers 

Taouima; 

La brigade Aranda, gardant la position des Mamelles et du 
niont Arbos, ä raison d'un bataillon sur chaque sommet organise 
deiensivement ; le 4 e bataillon, avec les quartiers generaux de 
la <li vision et de la brigade, l'artillerie et les Services, sur une 
large seile, en pente douce, orientee ä l'ouest, qui relie la crete 
a la plaine; 

La cavalerie, dans les jardins, ä proximite de l'eau et assurant, 
par des patrouilles et des postes, la sürete des abords, particu- 
lierement vers l'ouest et le sud. 

Pendant que ces dispositions s'executaient, le colonel chef 
<lY'tat-major du corps expeditionnaireralliait,äsontour, par eau, 
la Restinga, oü il retrouvait le commandant en chef. Ajoutons 
que, pour repondre ä des demandes pressantes de munitions, 
apparemment apportees par lui et qui visaient moins un besoin 
actuel que la prochaine Operation contre Selouan et la possibilite 
d'une action importante, le capitaine commandant en second le 
parc mobile d'artillerie quitta la Restinga, avec un convoi de 
mulets, la nuit meme, ä 2 heures du matin, sans escorte et arriva 
ä Nador, le lendemain, 26 septembre, ä 1 heure du soir, ayant 
parcouru, en onze heures, cette route, peu süre, de plus de 
40 kilometres, — sans y avoir rencontre, heureusement, per- 
sonne. 

L'operation proprement dite n'avait coüte ä la l re division que 
5 blesses : 2 ä l'attaque de Taouima, 3 ä celle des jardins et du 
mont de Xador. On sut, cependant ; un peu plus tard, qu'il y 
fallait aj outer 8 autres blesses, de l'attaque dirigee par les Maro- 
eains contre Taouima, consecutivement ä l'occupation de Nador. 
Le total des pertes pour cette journee s'elevait donc ä 13 blesses, 
< hifTre qui paraitra encore tres faible, en comparaison des resul- 
tats obtenus. Gar on ne saurait nier, — meme si on pense qu'un 
Bucces plus dispute et, par suite, plus onereux, eüt ete de plus 
de consequence, — que ce resultat füt ? effectivement et mora- 
lement, considerable : parce qu'il assurait, aux moindres frais, 
ce debouche de Melilla, si infructueusement poursuivi ä tant de 
reprises et parce qu'il consacrait l'impuissance des Marocains 



1 1 2 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

ä soutenir, en dehors de leurs defiles, la lutte contre des forces 
europeennes, disciplinees, pourvues d'engins modernes et con- 
duites avec ordre, methode et energie. C'est, du reste, ä n'en pas 
douter, ce sentiment d'impuissance, nettement eprouve par eux 
pour la premiere fois, qui devait^ le surlendemain, les decider, 
contre toute attente et tout espoir, ä refuser le fer, sur la route 
de Selouan, et qui eüt sans doute amene, tot apres, la detente, 
si des circonstances, aussi fächeuses qu'inattendues, n'etaient, 
alors, venues relever le moral des indigenes et tout remettre en 
question. 

Quoi qu'il en soit, des sa rentree ä la Restinga, le 25 dans l'apres- 
midi, le general en chef avait confirme les mesures prevues pour la 
suite des Operations et envoye l'ordre que la division de chasseurs 
se mit en route, des le 26 au matin, pour rallier, ä Nador, les 
troupes de la l re division. La division Tovar, apres le combat du 
22 septembre et apres l'etablissement de la division Sotomayor ä 
Souk-el-Had, qui assurait la soumission des Beni Sicar et la secu- 
rite du front nord de Melilla, avait regu l'ordre de rentrer dans la 
place, oü la brigade Morales etait, en effet, revenue, le 24 au matin, 
ramenant avec eile les deux bataillons empruntes, pour la journee 
du 22 septembre (1), ä la brigade du general Alfau. Get officier 
general lui-meme, rappele, ä son tour, le 25 au matin, etait rentre 
ä Melilla, le soir meme, avec le bataillon de Figueras, ayant seule- 
ment laisse le bataillon de Barbastro pour tenir le nord de la 
presqu'ile (sans parier du bataillon de la brigade permanente qui 
restait etabli, comme liaison et repli eventuel, autour de Taou- 
rirt). 

Le general Tovar put, en consequence, le 26 septembre, comme 
il en avait recu l'ordre, se mettre en route, des 4 h 30 du matin (2), 
pour gagner Nador, par le col de l'Atalayoun, non pas, il est vrai, 



(1) Les bataillons de chasseurs des Arapiles et de Las Navas. 

(2) La fixation de cette heure, singulierement matinale pour des troupes espagnoles, 
chez qui le coucher et le lever sont toujours tardifs, semble confirmer 1'intention 
qui a ete" pretee au general Marina d'executer, le jour meme, dans l'apres-midi, la 
marche contre Selouan. Ge projet, qui ne fut pas realise, correspondait ä une idee 
militaire juste et n'eüt pas impose aux troupes de fatigues anormales, la distance 
de Melilla ä Selouan, par l'Atalayoun et Nador, ne depassant guöre 25 kilometres. 



OPERATIONS MIL1TAIKKS Il3 

aver sa division entiere, dönt une partie se voyait immobilisee 
pour dos besognes sedentaires, mais avec huit bataillons surdouze, 
disl( catioD quise justiiio difficilement si onsonge que la garde de 
Mt lilla et de sa banlieue immobilisait ainsi vingt-trois bataillons 
t\ demi (1) et que la division de chasseurs, condamnee, comme 
on le verra, ä laisser encore du monde ä Nador, allait se pre- 
Benter devant Selouan, — oü nul ne pouvait prevoir ä quel 
efYeetif on aurait ä faire, — reduite de pres de la moitie de ses 
uuites. 

En franchissant, le 26 septembre, ä 5 heures du matin, les 
liinites de la possession espagnole, le general Tovar, imparfai- 
tement fixe sur les resultats effectifs de Theureuse manceuvre 
de la veille et qui se considerait, non sans apparence de raison, 
comme susceptible d'avoir ä faire face ä quelque attaque, fit 
prendre ä sa brigade de tete une formation d'approche, en lui 
donnant pour point de direction de droite le poste de Sidi-Ali (au 
sud-ouest de Si-Ahmed-el-Hadj). La marche, quoiqu'elle n'ait 
ete contrariee d'aucune fagon, s'en trouva ralentie, au delä, 
semble-t-il, du necessaire et il etait pres de midi quand les 
elements avances de la division atteignirent Nador, — ce qui 
sufilt ä expliquer pourquoi la suite de l'operation contre Selouan 
se trouva remise au lendemain. 

Les deux brigades de chasseurs bivouaquerent, au sud du rio 
de Xador, entre le lit de cetteriviere et les jardins, couvertes, ou 
ä peu pres, par la cavalerie, qui bordait les lisieres sud et ouest 
des memes jardins. Pour ce motif, sans doute, le service de 
sürete fut reduit ä une simple ligne de sentinelles autour des 
bivouacs, simplification difficilement defendable en soi, bien 
qu'elle ait ete sans inconvenients, l'ennemi n'ayant signale sa 
presence que par une inoffensive mousqueterie, dont il n'est 
meme pas certain qu'il ait eu l'initiative. 

Au cours de cette soiree, qui fut moins calme et oü les hommes 



(1) Savoir : brigade permanente de Melilla, 6 bataillons et demi; 3 e brigade de 
chasseurs (general Imaz), 6 bataillons; prelev6"s sur les l re et 2 e brigades de chas- 
seurs (general Tovar), 3 bataillons; 2 e division (general Sotomayor)," 8 bataillons; 
au total, 23 bataillons et demi (moins quelques compagnies detachees ä la Res- 
tinga, Souk-el-Arba, etc.). 

LES ESPAGNOLS AU MAROC 8 



il4 LES ESPAGiNOLS AU MAROC 

prirent, par suite, moins de repos qu'on eüt pu le desirer, eut 
lieu, autour du general Marina, — qui avait tenu a honneur de 
bivouaquer comme la troupe, — une Conference des officiers 
generaux et chefs de corps, oü furent commentes les ordres pour 
la journee du lendemain. Ges ordres peuvent, ou ä peu pres, se 
resumer comme il suit : 

Deux bataillons, preleves sur la division de chasseurs, as- 
sureront, avec trois sections d'artillerie de montagne, la garde 
du mont de Nador et celle de Taouima, que quitteront, au 
passage des colonnes, les bataillons du regiment du Roi; un 
bataillon du regiment de Savoie (l re division) tiendra, d'autre 
part, la redoute ebauchee, entre la route de Selouan et la lagune, 
par les bataillons de la brigade du general Aguilera. Au reveil, 
toutes les autres troupes (1) se rassembleront, couvertes par 
la cavalerie, en avant des jardins (et meme, par un escadron 
d'avant-garde, au delä du Rio del Cavallo), en deux groupes de 
division, disposes face ä Taouima, la division Tovar tenant la 
droite. 

Les deux divisions marcheront echelonnees, la droite en avant. 
La division de chasseurs prendra pour axe de marche celle des 
pistes conduisant ä Selouan qui passe ä Fouest et au pied du 
mamelon de Taouima, laissant ä environ 2 kilometres ä sa droite 
les derniers contreforts du Djebel Afra et des monts des Beni-bou- 
Ifrour. La division Orozco, en echelon refuse, ä gauche, suivra 
approximativement son itineraire du 25 septembre, par Test de 
Taouima, jusqu'aux abords de l'oued Selouan. En prevision de 
Fattaque d'une cavalerie superieure, les impedimenta de cette 
division marcheront reunis ä ceux de la division de chasseurs et 
sous sa garde. Le general commandant en chef, apres avoir 
accompagne l'echelon de gauche jusqu'ä Taouima, s'y arretera, 
— demeurant lui-meme relie ä Melilla par les stations helio- 
graphiques de la Restinga et de l'Atalayoun, — pour surveiller 
l'ensemble de l'operation et ralliera ensuite les derniers elements 
de la division Tovar, avec lesquels, sauf evenement, il gagnera 
Selouan. 



(1) Reduites ainsi ä 13 bataillons d'infanterie, avec 7 escadrons et 6 batterie? 
et demi, dont 4 batteries de campagne ä tir rapide de 75 mm . 



OPER vtio.NS mii.it VIRES l I ,) 

Sur ces baseSj la division de chasseurs sc forma, le '11 septembre, 
a partir de 7*30 du mal in. par brigades accoläes, la brigade 
Allan ä droite. Cette brigade devaii gagner du terrain, pour 
s'6chelonner elle-meme, d6s que le mouvement < <>mmencerait; 
son avant-garde (bataillon de Figueras) serait, d'autre part, 
dirigäe de facon ä se maintenir ä la limite de portee efficace du 
feu des Marocains, supposes devoir border le pied des hauteurs. 
La seeonde brigade (general Morales) suivrait le mouvement, 
cn Echelon refuse et l'artillerie de la division (batteries de mon- 
tagne, renforcees d'une batterie de campagne de 75 mm ), prendrait 
place entre les deux brigades, en se maintenant ä demi-distance. 

Ce dispositif ne s'etablit pas sans diflicultes, les troupes etant 
encombrees par les trains regimentaires, relativement tres nom- 
breux, comme on sait, dans l'armee espagnole et ne fut entiere- 
ment pris qu'ä 8 h 30. La marche commenc^a, alors, couverte 
par un escadron de la cavalerie divisionnaire. Quelques minutes 
apres (8 h 40), les tetes de colonne traversaient sans incident 
le Rio del Cavallo, dont la vallee, envahie par un assez fort 
brouillard, restait peu visible (1), et la marche se poursuivait 
tranquillement jusqu'au passage de l'oued Afra (9 h 25), malgre 
la presence, vers l'ouest, de groupes de cavaliers marocains, qui 
restaient, d'ailleurs, hors de portee. 

A 9 h 35, cependant, leur nombre paraissant s'augmenter, le 
general de division fait sonner la « Halte » (2) et, le dispositif divi- 
sionnaire s'arretant tout entier, la batterie de 75 vient, au trot, 
s'etablir en avant du front des colonnes, ayant pour soutien le 
second escadron divisionnaire. Les elements du tir sont donnes 



(1) La vallee du rio del Cavallo (oued Youksen) est la veritable voie de pen£tra- 
tion dans le massif central de la presqu'ile, celle par laquelle devait s'executer le 
mouvement decisif du 26 novembre, sur Alslatten. Le fait que ce large, facile et 
tres important debouche qui, jusqu'alors, n'etait connu que d'un ou deux ing£nieurs 
des compagnies minieres, ait echappe presque entierement, le 27 septembre, ä l'at- 
tention, est d'un certain inte>et militaire, parce qu'il peut seul expliquer qu'on 
n'ait pas songe a l'utiliser, au moins par un detachement, pour l'operation du 30 sep- 
tembre. 

(2) Les Espagnols, comme on l'a dejä pu voir, fönt un large usage des tvolutions , 
qu'ils ex^cutent, d'ailleurs, en g6ne>al, avec aisance et sans formalisme, — ordinai- 
remeut, par brigades (ä 4 bataillons). Ces groupements ne pouvant etre Commander ä 
la voix, des que doivent etre pris les intervalles et les distances de combat, les 
generanx fönt usage de sonneries; chaque officier general etait, ä cet eflet, accom- 
pagne, pendant la campagne, d'un clairon monte. 



I 1 Ü LES ESPAGNOLS AU MAROC 

et le feu va etre ouvert, quand arrive l'ordre (du general en chef, 
a-t-on dit) de reprendre la marche, sans tirer, ce qui s'execute 
aussitöt, sur une autre sonnerie. 

Du cöte de Techelon de gauche (division Orozco), la marche, 
commencee des 7 h 30 du matin, egalement sur deui colonnes de 
brigade, s'execute aussi ; sans incidents, mais cotpee de plus 
frequents arrets, qui la ralentissent au point que pour eviter 
que les distances ne s'accroissent demesurement entre les deux 
divisions, le general Tovar doit, ä son tour, ralentir son mou- 
vement. 

Cependant, ä 10 h 20, le bataillon de Figueras, avant-garde et 
flanc-garde de la brigade Alfau, recevant des coups de feu plus 
nombreux, s'engage, par echelons successifs de compagnie, en 
pitonnant et sans arret de la marche, sur une suite de mamelons 
qui courent, en ligne parallele ä la direction, jusqu'ä 3 kilome- 
tres environ de la Casbah, oü la tete fait halte. A ce moment, 
le gros de cavaliers qui a fait le jeu, depuis le matin, vis-a-vis de 
l'echelon de droite ; a disparu derriere la Casbah; mais d'autres 
cavaliers, survenant par petits groupes, menacent Tarriere- 
garde de la brigade Alfau, dont Tartillerie (batterie de mon- 
tagne) les ecarte ä coups de canon. Le terrain 'de cette marche 
est, d'ailleurs, une pente couverte de blocs affleurant le sol 
et de gros cailloux roules, difficile pour les hommes et ä peine 
praticable aux chevaux. 

L'arret de la brigade Alf au est utilise pour faire executer ä la 
division de chasseurs un leger changement de front ä droite, de 
facon ä bien Tetablir, — preoccupation louable, — face ä la 
Casbah, objectif eventuel d'attaque; en meme temps, la bat- 
terie de campagne ouvre, contre cet objectif, un tir non re- 
gle, qui n'est heureusement pas prolonge. La marche reprend, 
alors, mais pour etre arretee de nouveau, ä ll h 45, ahn de per- 
mettre ä la batterie (qui a suivi le mouvement, sans rompre en 
colonne), d'executer contre la Casbah, distante, alors, de 1.800 
ä 2.000 metres et oü aucun indice ne revele la presence de defen- 
seurs, cinq salves successives, que le general Tovar arrete, enfin, 
lui-meme. 

Aussitöt apres (ll h 48) le mouvement de la division reprend, 
sur une sonnerie generale, dans les memes conditions que pre- 



OPERATIONS MILITAimS I J 7 

cädemment, oouverte par une marche directe, au galop, poussrc 
sur la Casbah par 1» - deux oscadrons divisionnaires, dont le 
lieutenant-colonel Cavaleanti a pris le commandement et qui 
trouvent les entrees libres et les cours vides. Les vivats de la 
cavalerie <t tnoncent la nouvelle ä la division, dont les deux 
bataillons d avant-garde (1), rivalisant d'ardeur, pressent l'allure, 
pour abord r les premiers la Casbah, oü ils arrivent ä peu pres 
ensemble. 

Apres une rapide reconnaissance faite par le genie (2), le 
general Tovar penetre, ä 12 ft 25, par une large breche, qu'ont 
öuverte les Rifains, apres l'exode du Rogui, dans Finterieur de 
la Casbah; puis, ä 1 heure du soir, — le general Marina tardant 
ä rejoindre, — le general commandant la division de chasseurs 
fait hisser sur Fune des tours le drapeau national, devant les 
premiers bataillons arrives, qui rendent les honneurs, au milieu 
de chaleureuses acclamations. 

Cependant, la division Orozco, qu'accompagnait le colonel 
Jordana (3), laissant Taouima ä sa droite, avait pousse droit sur 
l'oued Selouan, qui, — contrairement ä Fattente du commande- 
ment, — ne fut pas defendu. Les avant-gardes s'arreterent, 
neanmoins, sur la berge, pour canonner le marche du mardi 
(Souk-el-Tleta) des Ouled Settout, sur lequel la division se porta 
ensuite, mais oü eile ne trouva egalement rien, — qu'une 
vingtaine de tombes fraiches. De ce point, une evolution correcte 
ayant fait converser, ä droite, les deux brigades, celles-ci se por- 
terent vers la ligne de cretes oü est bätie la Casbah, couron- 
nant leur elegante manceuvre par un mouvement debordant, qui 
eüt, sans doute, ete decisif, — si les Ouled Settout et les Beni- 
bou-Yahi, qui campaient, depuis tant de jours, sur les berges de 
Foued Selouan, Favaient attendu. 

Vers 2 heures, le general commandant en chef etant arrive ä 
Selouan avec les arriere-gardes et tous les mouvements etant 
ä peu pres acheves, les ordres ci-apres furent donnes pour le 
stationnement : division de chasseurs, au nord (rive gauche), 



(1) Bataillons de Figueras et de Chiclana. 

(2) Ssction legere de sapeurs (du 3 e regimsnt) nous les ordres du commandant 
Navarro, ayant suivi l'avant-garde de la brigade Morales. 

(3) Chef d'etat-major du corps expeditionnaire. 



I 1 8 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

l re division, au sud (rive droite) de l'oued Selouan, chacune 
d'elles assurant le Service de sürete de son secteur; la Casbah, 
■ — entierement ruinee et devastee, — reservee aux quartiers 
generaux, etat-majors et Services; dans une tour d'angle, la plus 
elevee (au sud-est), la Station heliographique, correspondante aux 
stations de la Restinga (par oü fut transmise Tannonce de Toc- 
cupation de Selouan), de Taouima et de l'Atalayoun, — celle de 
Nador etant masquee par le mont Afra. 

L'operation n'avait coüte aux Espagnols que des pertes insi- 
gnifiantes (3 soldats blesses) et les Marocains paraissaient pro- 
fondement decourages, ä en juger par l'absence presque complete 
de resistance. Les hameaux, entoures de jardins, qui bordent, ä 
Fouest, au sud et ä Test, le plateau oü campaient (jusque 
vers la fin de 1908), les mahallas du Pretendant, avaient ete 
trouves entierement evacues; mais cet abandon etait evidem- 
ment recent ; car on y rencontra des legumes et des fruits en 
abondance et d'assez nombreux silos remplis de grains (1). 

Vers la fin de la marche du 27 septembre le general Tovar 
avait marque lintention de faire occuper par la troupe de flanc- 
garde de sa division les plus meridionaux des ballons (mamelons 
arrondis) qui forment, dans la plaine de Selouan, les avant- 
monts du massif des Beni-bou-Ifrour; mais les ordres, tardi- 
vement regus, n'avaient pu etre executes. L'occupation de ces 
sommets, denommes hauteurs des Ouled Hamou, celle aussi 
d'une eminence isolee, d'un plus fort relief, qui commande la 
partie sud-est du massif et qui est connue sous le nom de Kalb- 
el-Tor (tete du Taureau), furent ordonnees, le 27 au soir; les 
bataillons de Figueras et de Ghiclana s'y etablirent, le 28 au 
matin, couvrant ainsi ; efficacement, les abords de la Casbah, 
dont les murailles delabrees etaient vraiement peu defendables 
et les campements, dont les defenses etaient encore ä peine 
ebauchees. Au sud et ä Test, vis-ä-vis du desert de Graret et 
du Djebel-Zai'o, un bataillon de la l re division devait remplir 



(1) Ainsi qu'on l'avait prevu, l'eau etait courante et abondante, dans l'oued, 
mais trouble et d'un goüt mediocre; 100 filtres demandes au depöt de la Res- 
tinga et envoyes, des le 28, y parerent, promptement et assez efficacement. 



OPERATIONS MILITAIRES 119 

la m§me mission, servanl surtoul dt> repli k la cavalerie, qui 
proc^derait par de Fr^quentes sorties. 

La nuit du 27 au 28 septembre fut absolument tranquille, 
autour de Selouan. Dans la matinee du 28, un convoi parti, le 
matin meme, dt' la Secunda Gaseta et qui avait atteint, sans 
diflicultes, le camp de Nador, y trouva cinq escadrons envoyes 
de Selouan, qui l'amenerent, le jour meme, ä destination, sans 
que l'ennemi eüt rien tente contre lui. Un second convoi parti 
de la Secunda Caseta, dans l'apres-midi du 28, vint coucher, le 
inline soir, sous la protection de la redoute de Nador et rejoignit, 
<u issi heureusement, Selouan, le 29 au matin, avec la cavalerie 
»mvoyee ä sa rencontre. 

Le general Marina, arrive, comme on sait, le 27, dans Tapres- 
midi. a Selouan, avait laisse percer Fespoir que l'effet produit 
sur les partisans de la resistance par ses heureuses Operations, 
depuis le 20 septembre, se traduisit bientöt, en ouvertures de 
paix plus ou moins categoriques. Les journees du 28 et du 
2!* septembre se passerent, cependant, sans que rien se produisit 
qu'une attaque, ä la verite, peu grave et facilement repoussee 
par les chasseurs de Figueras, dirigee, dans la nuit du 28 au 29, 
< "ntre le poste des Ouled Hamou. 

On ne fut donc pas fort surpris de voir le general en chef se 
decider, brusquement, le soir du 29, ä se porter, avec son etat- 
major, sous Tescorte d'un escadron, au Kalb-el-Tor, pour y faire 
un tour d'horizon. En s'y rendant, le general avait prescrit de 
faire suivre la batterie de 75 mm rattachee (1) ä la division Tovar 
<*t l'utilisa, seance tenante, pour faire executer, contre le mar- 
chl du vendredi (Souk-el-Khemis) des Beni-bou-Ifrour, quel- 
ques salves ayant le caractere de tirs de reperage. L'etat- 
oiajor rentra ensuite ä Selouan, accompagne par la batterie et 
suivi par le bataillon de Ghiclana, que remplagait, le soir meme, 
sur Li position, celui de Cataluna. G'etait le prelude de l'ope- 
ration du 30 septembre, dont l'importance relative exige qu'on 



(1) II 8'agit de la batterie de campagne (du Creusot) de la brigade permanente de 
Melilla. 



120 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

en parle avec details, mais seulement, — pour respecter la Chro- 
nologie et pour en rendre les circonstances plus intelligibles, — 
apres avoir resume divers incidents de quelque importance, poli- 
tique ou militaire, qui s'etaient produits, les 28 et 29 septembre, 
au voisinage immediat de Melilla. 

Dans Fapres-midi du 26 septembre, le commandant d'armes 
du camp de la Secunda Gaseta avait fait connaitre que quel- 
ques maraudeurs de sa garnison s'etant risques, ce meme jour 
(dimanche), ä la recherche de fruits, — ou de femmes (1) — sur 
les pentes du ravin de Sidi-Moussa, les avaient trouvees entiere- 
ment vides d'indigenes et que deux ou trois d'entre eux avaient 
pu ainsi s'elever, sans etre inquietes, jusqu'ä Fun des sommets 
du Gourougou. La meme Observation fut renouvelee le 27, — 
les occupants de ce secteur ayant evidemment, depuis le 25, 
reflue vers Nador et Selouan, — et un officier envoye en recon- 
naissance ajouta qu'il avait pu constater la presence, dans les 
ravins, de nombreux cadavres espagnols, evidemment aban- 
donnes lä depuis les grands combats des dernieres semaines de 
juillet, apres lesquels tant d'hommes et meme d'officiers avaient 
manque ä Pappel. 

Saisi de ce rapport, le general de division Arison, gouverneur 
de la place, n'hesite pas ä organiser, pour recueillir ces restes, une 
petite expedition. Des Taube du 28, accompagne d'un peloton 
de l'escadron de cavalerie de Melilla et de trois compagnies du 
bataillon de chasseurs de Las Navas, cet officier general gagne 
le Barranco del Lobo, deploie son escorte sur la rive droite de 
la trop celebre gorge et constate, par lui-meme, Fexactitude du 
compte rendu. Les cadavres, il est äpeine besoin de le faire obser- 
ver, sont odieusement mutiles, en particulier, ceux qu'on ren- 
contre en se rapprochant de la Mozquita; ces lamentables victimes 
de la ferocite des Marocains sont au nombre de 108, dont 2 com- 
mandants, 4 capitaines, 3 lieutenants, etc. Recueillis avec res- 
pect, les cadavres sont, immediatement, transportes par des 



(1) II s'est produit, dans cet ordre d'idees, autour des positions avancees, durant 
leur longue et enervante occupation, des attaques nombreuses et ayant eu, presque 
toujours, une terminaison fatale, contre des hommes que des prostituees marocaines, 
trop souvent accompagnees de bandits armes, attiraient dans les jardins. 



OPERATIONS MILITAIKES 12 1 

fourgons au cimetiere de la ville et inhumes, avec les honneurs 
militaires. 

Dans la soiree precedente, d'autre part, etait arrivee, ä Melilla 
et dans los camps, la nouvelle de l'occupation deSelouan, quele 
l:« neral Sotomayor s'empressa de porter, le jour meme, par 
une vihrante allocution (1), ä la connaissance des troupes de la 
2° di vision. 

On eüt pu croire, dans ces circonstances et par analogie avec 
ce qui se passait dans le defile meme du Gourougou, que les 
chefs de la resistance etant, soit decourages, soit retenus au sud 
du massif central par les Operations contre Selouan, les occu- 
pants du Souk-el-Had pussent compter sur une tranquillite au 
moins egale ä celle dont ils n'avaient pas cesse de jouir depuis 
qu'ils s'y etaient installes, le 22 septembre. L'evenement de- 
vait dementir ces previsions et, ä cette occasion, se pose le 
Probleme, assez interessant, de savoir si, en s'attaquant, dans 
la nuit meme qui suivit l'occupation de Selouan, ä l'element le 
plus important du groupe espagnol du Nord, les indigenes aient 
voulu parer ä une action combinee de cette force avec les divisions 
du groupe sud, — ce qui les montrerait toujours preoccupes 
d'operations, comme en juillet, — ou s'il s'agissait simplement 
d'une attaque non concertee, indiquant manque d'entente entre 
les deux principaux groupes de contingents : est et sud; ouest 
et nord. 

Au Souk-el-Had, comme sur presque toutes les positions occu- 
3 autour de Melilla, les Espagnols, suivant une tradition vieillie, 
qui dejä fut, ä bon droit, critiquee pendant la campagne de 
1859-1860, avaient perdu de vue Tun des principes essentiels 
• In service de sürete en Station, tel du moins que nous le pra- 
tiquons, en negligeant d'organiser la Surveillance, pour ne s'oc- 
cnper serieusement que de la Resistance. C'est ainsi, pour ce qui 
concerne la 2 e division, que, tenant, par six ou sept camps 



(1) II ne parait pas que les chefs de l'arm^e espagnole usent aussicouramment que 
n«»us. des ordres du jour, pour les Communications ä leurs troupes. Ils y substituent 
volontiere des allocutions, — dont la celebre harangue du gene>al Prim reste un 
interessant modele, — qui ötablissent une communication plus directe entre eux 
et leurs soldats, mais qui ont, par contre, les defauts des improvisations, celui, 
entre autres, de preter aux exagerations. 



122 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

defensifs ou redoutes, le plateau allonge qui court entre les 
ravins du rio de Oro et du Barranco de iFerkhana, — oü 
ils semblaient, ä la verite, assez peu exposes aux surprises, — 
ils avaient neglige de pousser aucun poste avance sur les berges 
exterieures de ces ravins, tant au sud, vis-a-vis du Gou- 
rougou, que sur la rive nord, laissee presque entierement decou- 
verte, depuis le 24 septembre, par le depart de la division Tovar. 
Le fait n'avait pas du echapper ä l'observation aigue des indi- 
genes, car c'est exactement sur les deux points oü les postes en 
question eüssent du etre etablis que se manifesta Tattaque (1). 

La longue arete, orientee 0. 10° N, oü la 2 e division etait sta- 
tionnee (ä peu pres dans son ordre de marche), depuis Tope- 
ration du 22 septembre, se divise, en venant de l'ouest, oü 
eile plonge, presque ä pic, sur un elargissement de la vallee, 
en trois secteurs distincts, savoir : le plateau ovale, de 150 ä 
160 metres d'altitude, qui est proprement le Souk-el-Had, oü 
s'arreta la brigade d'avant-garde (general Ayala), repartie en 
deux camps defensifs completes par deux postes de flanque- 
ment et par im poste de liaison; puis, ä environ 2 kilometres 
plus ä Test et separe du premier plateau par une longue Ondula- 
tion, le mamelon arrondi, denomme Hayara Manu, oü s'etait 
etabli le gros de la colonne (quartiers generaux de la division et 
de la 2 e brigade, infanterie, cavalerie, Services, etc.) ; enfin, une 
petite Croupe intermediaire entre ce ramp et les villages des 
Ferkhana, connue sous le nom de N'ala, qu'avait occupee le 
bataillon d'arriere-garde. Quant ä l'artillerie, eile etait repartie 
entre les divers ouvrages. 

L'action commenga, dans la nuit du 27 au 28 septembre, 
vers l h 30 du matin, par une fusillade ayant pour point de 
depart les berges exterieures des deux ravins, ä hauteur des 
camps de la brigade Ayala. D'abord plus active, au nord, eile 
s'etendit et se renforca, peu ä peu, sur les deux bords, au point 
de devenir, partout, tres intense, vers 2 h 30 du matin. 



(1) Nos voisins auraient pu, cependant, tirer un utile enseignement d'un des re- 
cents incidents de notre campagne du Haut-Guir et se rappeler de quelle importance 
avait ete, pour la sauvegarde de Bou-Denib, — dont la garnison, investie par des forces 
superieures, attendaitla delivrance que lui apportait la colonne du colonelAlix, — 
Finstallation d'un poste detache, sur la rive de Toued opposee au Ksar, et son heroif- 
que defense. 



OPERATIONS MIL1TAIRES 1^3 

Des qu'elles avaienl 6te* r6veill6es par la fusillade, les troupes 
avaienl pris leurs postes »l< i combat, sans tirer; mais les Maro- 
cains, donl 1«> feu etait dinge* contre les camps, assez visibles 
dansla nuit claire, ayanl fail parmi les soldats quelques victimes, 
il devinl presque impossible d'empßcher ceux-ci deräpondre. Pour 
discipliner l» v feu, on employa de preference le tir par salves, sans 
pouvoir se faire beaucoup d'illusions sur les resultats d'un tir 
ä grando portee (1.000 ä 1.200 tnetres), dirige sur des lueurs 
biellement fugitives et mobiles. 

Ce combat de feux, qui coüta promptement aux Espagnols 
3 morts et 5 ou 6 blesses, durait depuis deux heures environ et 
l'approehe du jour permettait d'en esperer bientöt la fin, quand, 
un peu avant l'aurore, des assaillants, assez nombreux, descendus 
jusqu'au fond du ravin par les anfractuosites de la falaise, entre- 
prirent de gravir les berges opposees et y reussirent. Atteignant 
les sommets, ils bousculent quelques sentinelles (ou petites pa- 
trouilles fixes) qui bordent la crete militaire et ; se glissant 7 avec 
une rare audace, entre les campements, essaient d'y penetrer de 
vive force. 

Une circonstance qui n'a pas du, non plus, echapper aux 
Marocains et qui explique leur tentative, les favorise. Ne trou- 
vant pas, sur ce plateau, les cailloux roules dont ils construisent 
ordinairement leurs parapets et leurs traverses, les Espagnols 
se sont bornes, — tant ils se croient en securite — ä elever de 
pelits retranchements en tuf, d'un relief peu accuse, couverts 
par de simples reseaux de fil de fer. A cette circonstance parti- 
culiere et ä ce moment, si emotionnant, de l'action correspond 
un episode. hautement honorable, pour l'armee espagnole, qui 
rappelle, en quelque mesure, le glorieux sacrifice du Chevalier 
d'Assas et dont un rapport officiel a resume, comme il suit, les 
circonstances. 

Le caporal Luis Noval Terros, du regiment d'infanterie du 
Prince, etant de ronde, en dehors des ouvrages, sur la droite des 
campements, dans la nuit du 27 au 28 septembre, voit les senti- 
nelles exterieures attaquees, inopinement, par des Marocains 
beaucoup plus nombreux et rejetees vers les retranchemenN. 
Lui-meme recule, tout en se defendant, vers un reseau de fil de 
ferel s'y lu-urte, dans l'obscurite, ä un autre groupe d'indigenes, 



124 



LES ESPAGNOLS AU MAROC 



qui, se disant Espagnols, reclament l'arret du feu. Noval n'he- 
site pas ä se decouvrir, en les dementant ä haute voix et en 
encourageant ses compatriotes ä tirer, — ce qu'ils fönt aussi- 
töt. Au jour, le corps de ce genereux soldat fut trouve perce 
de balles, ä cöte des cadavres de deux indigenes; il tenait, 
serre sur sa poitrine, son fusil, dont le couteau-ba'ionnette 
etait ensanglante. Ajoutons que, par application des dispo- 
sitions de la loi du 18 mai 1862, S. M. le Roi a confere, 
par decret special et ä titre posthume, au caporal Noval la 
croix de saint Ferdinand, qui n'est attribuee qu'en recompense 
d'actes düment etablis d'heroiisme militaire, avec jouissance, 
pour ses parents, de la pension viagere de 400 pesetas (environ 
360 francs) attribuee aux detenteurs de cette exceptionnelle 
distinction. 

L'aurore vint, enfm, arreter cette lutte sauvage, qui s'etait 
etendue ä d'autres parties du plateau, notamment ä Touvrage 
intermediaire de N'ala (arriere-garde), oü plusieurs Marocains 
se firent tuer sur les retranchements. Les assaillants disparu- 
rent, alors, selon l'usage, comme par enchantement, degrin- 
golant les pentes avec une agilite prodigieuse, mais pour revenir 
ä leurs emplacements primitifs, sur les berges opposees, d'oü 
ils ne purent etre deloges que par Partillerie, entree en scene, 
avec le jour. 

G'eüt ete la fin de l'affaire, si un ordre, malencontreux, quoi- 
que peut-etre justifiable en theorie, n'avait inutilement jete, ä 
ce moment, sous les balles des derniers assaillants, demeures 
embusques ä la crete des ravins, un petit detachement de 
decouverte, qui subit, en un instant, des pertes relativement 
tres sensibles; l'officier superieur qui le commandait (1), un 
sergent et deux soldats y furent tues, en effet, et une quin- 
zaine d'hommes y furent blesses. Au total, cette affaire, dou- 
blement inopinee, avait coüte ä la 2 e division : un comman- 
dant, 1 sergent et 10 soldats tues, 1 capitaine, 2 sergents et 
22 soldats blesses. Les auteurs de Tagression, d'apres les ren- 
seignements, assez vraisemblables, fournis par les confidents, 
auraient ete 200 ou 300 Rifains, de la tribu des Beni-Uria- 



(1) Ls commandant Alvaro Gonzales, du regimsnt du Prince. 



OPERATIONS MILITAIHES I2Ö 

guel (1) (ceux taemes qu'on a vus s'attaquer, avcc succes, le 
23 juilletj ä la petite eolonne du eolonel Gabrera) et quelques 
centaines d indigenes des Beni-Said et de refractaires des Beni- 
Sicar. 



Cependant, le calme absohi dans lequel s'etaient faites, le 
28 septembre, la recherche et la translation des restes des dispa- 
rus du 23 et du 27 juillet, sans doute aussi ce qu'on avait appris 
de l'ascension si facilement faite, le 26, par quelques soldats, 
but los cretes voisines du camp de la Secunda Gaseta, avait 
donne ä penser ä l'etat-major du gouvernement militaire de 
Melilla que la circonstance pourrait etre exceptionnellement 
favorable pour mener ä bien une occupation brusquee du Gou- 
rougou. 

Depuis deux mois et demi environ qu'il avait servi, sans inter- 
ruption, de point d'appui ä la resistance invaincue des Maro- 
eains, le celebre massif avait acquis dans Topinion une sorte de 
personnalite, hostile ä TEspagne et il semblait qu'il füt directe- 
ment en cause dans le long duel engage entre le corps expedi- 
tionnaire et ses occupants indigenes. Saisir Toccasion qui semblait 
s'ofYrir de le gravir et de s'y installer ä demeure devait paraitre 
d'autant plus tentant qu'on pouvait croire, si on reussissait, 
finir, dun seul coup, la campagne, en eteignant definitivement 
ce redoutable foyer d'incendie. Ce sont, evidemment, ces consi- 
derations, d'une psychologie ä peine consciente doublee d'une 
erreur topographique qui faisait prendre le Gourougou pour 
une sorte de pain de sucre ä une ou deux tetes (2), qu'on tien- 
drait tout entier, quand on en aurait couronne le sommet, qui 
deciderent le general Arison ä tenter Taventure, en l'absence, 
sinon sans l'avis, du general Marina. 

Les ordres furent, ä cet eilet, donnes le 28 au soir et, — preuve 
de confiance assez caracteristique et d'ailleurs, justifiee, — 
furent communiques implicitement aux indigenes amis, qu'on 
desirait associer ä l'entreprise; ceux-ci, en eiTet, furent reunis 
au fort de Camellos, oü on leur distribua d'anciens fusils (Re- 



(1) Tribu du Rif central, voisine d'Alhucemas. 

(2) Les pics de Besbel et de Kolla, qui encadrent la gorge du Loup. 



120 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

mington), avec cinquante cartouches par arme' et conduits ä 
l'Hippodrome, oü se fit, le 29 septembre, des 3 heures du matin, 
le rassemblement preliminaire ä Poperation. Les detachements 
appeles ä marcher ä cette occasion appartenaient aux bataillons 
de chasseurs de Las Navas (l re brigade), Tarifa (2 e brigade), 
Alba de Tormes et Barcelone (3 e brigade) et aux corps de toutes 
armes de la brigade permanente de Melilla. 

Trois colonnes mobiles et une reserve generale etaient cons* 
tituees, savoir : le lieutenant-colonel Aizpuru (1) commanderait 
la colonne de droite, qu'accompagneraient le general gouverneur 
et son etat-major; la colonne du centre marcherait sous les ordres 
du colonel Primo di Rivera (2) ; celle de gauche serait sous le com- 
mandement du colonel Axo (3); enfin, le general del Real com- 
manderait, ä titre de reserve generale, Pensemble des troupes dis- 
ponibles dans la place, representees, au Zocco, par le bataillon 
de chasseurs de Tarifa et pourvoirait aux circonstances. 

La composition donnee ä ces colonnes et les itineraires assignes 
ä chacune d'elles furent, d'autre part, les suivants : 

La colonne de gauche (colonel Axo), forte d'un peloton de cava- 
lerie et de quatre compagnies du regiment d'Afrique, s'eleverait 
par la droite de la gorge de Sidi-Moussa, ayant pour objectif le 
pic de Kolla (altitude approximative 900 metres); 

La colonne du centre (colonel Primo di Rivera), comprenant 
cinq ou six compagnies du regiment de Melilla et un groupe de 
mitrailleuses, aborderait directement, en passant par le Lava- 
dero et par le glacis qui fut le theätre principal du com- 
bat du 27 juillet, la crete couronnee par le hameau (au sud 
de la cote 280) vulgairement connu sous le nom de Casino parce 
qu'il avait servi souvent de lieu de reunion et de poste d 'Observa- 
tion pour les chefs de la resistance; 

La colonne de droite, enfm (general Arison, assiste du lieute- 
nant-colonel Aizpuru), se composant du groupe des auxiliaires in- 
digenes, de la brigade disciplinaire, du bataillon de Las Navas et 
d'une section d'artillerie de montagne, passerait par la Mozquita, 



(1 ) De la brigade disciplinaire. 

(2) Du regiment de Melilla. 

(3) Du regiment d'Afrique. 



OPERATIONS MILITAIRES I 27 

d'oti certains de ses elömeiits feraienl l'ascension du pic de 
Besbel (cote approximative 950 m&tresj. 

Le mouvement, commence* ä \ heures du matin, ne rencontra, 
dans t out t^ sa premiere partie, auoune Opposition. La colonne de 
droit» 1 , malgre de grandes diflicultes de terrain ä partir de la 
Mozquita, atteignit, vers 7 h 30 du matin, par son avant-garde, 
eomposee du goum, de la brigade disciplinaire et d'une compa- 
gnie de Las Navas, son objectif de Besbel, — en face duquel se 
detachait nettement, au sud, la Koubba, souvent nommee, mais 
raremenl vue, de Si-Ahmed-el-Hadj, — ayant laisse deux autres 
compagnies, avec la section de montagne, en surveillance sur 
im palier inferieur et la derniere compagnie du bataillon, en 
repli, a la Mozquita. 

Peu apres, la colonne Axo couronnait de meme le pic de Kolla, 
tandis que la colonne intermediaire du colonel Primo di Rivera 
s'&ablissait, en reserve, sur la crete d'Ait-Aixa, en se gardant 
solidement, sur Farete du Gorro Frigio, par laquelle cette crete 
communique avec le pic de Kolla. 

En execution d'ordres evidemment donnes d'avance, le dra- 
peau espagnol fut hisse, presque simultanement, sur les deux 
pics, pendant que les tambours et clairons des detachements bat- 
taient et sonnaient aux champs et au milieu des acclamations de 
la troupe. 

L'apparition du drapeau national sur les plus hauts som- 
mets de la montagne, distinguee facilement de la ville, provo- 
qua, dans Melilla, une grande manifestation de joie populaire, 
ä laquelle les autorites locales s'associerent, en ordonnant aus- 
sitöt que des salves fussent tirees par les navires en rade et par 
les forts, que les postes et piquets rendissent les honneurs et en 
faisant de cette journee meme un jour de fete nationale. 

L'enthousiasme ne fut guere moins vif, dans les postes avances 
et dans les camps, oü la nouvelle avait ete telegraphier aussitöt, 
ainsi qu'en Espagne, oü eile fut, de meme, chaleureusement 
accueillie. 

En fait, Loperation, bien preparee et executee avec une promp- 
litude et une decision assez rares, avait ete heureuse et les Espa- 
gnols etaient en droit de la considerer comme un succes. Cepen- 
dant, le fait d'avoir (sans y rencontrer d 'Opposition) hisse le 



128 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

drapeau, ä 900 ou 1.000 metres d'altitude, dans le Gourougou, 
ne representait, ni la prise effective de possession du massif, ni, 
par suite, la fin de la resistance des indigenes. 

Lorsque, en effet, on avait atteint les deux pics precites, apres 
des efforts exceptionnels, on s'etait trouve sur de tres etroites 
plates-formes rocheuses, ä peine assez larges pour planter une 
ou deux tentes ä cöte de la hampe du drapeau, battues ä tous les 
vents, sans eau et sans bois et, en realite, aussi inhabitables 
qu'indefendables. Mais, surtout, on avait constate que la mon- 
tagne, au lieu d'etre le cöne unique que certains avaient reve, 
etait formee d'une serie de plissements, paralleles ä la crete Orien- 
tale, que Ton tenait seule, que ces plissements portaient eux- 
memes d'autres pics, d'un relief comparable au Besbel et au 
4Colla (on en compta au moins six) et que, de ces derniers som- 
mets, — si hauts qu'ils fussent, — on n'apercevait, ni la cöte ouest 
de la presqu'ile, ni meme la mer, preuve evidente que la crete 
Orientale en etait separee par tout un massif et que Foccupa- 
tion permanente des pics visites, — si tant est qu'elle füt 
materiellement possible, — ne representerait, militairement, 
que des difficultes enormes, sans aucun avantage correspondant. 

Avec une justesse de jugement et une decision qui lui fönt 
honneur, le general gouverneur n'hesita pas, au risque de de- 
plaire en heurtant le prejuge populaire, ä decider qu'il ne serait 
laisse sur les deux pics, ni drapeau, ni garde et qu'on se bornerait 
ä occuper solidement la crete d'Ait-Aixa, intermediaire entre les 
barrancos d'El-Lobo et de Sidi-Moussa. L'execution suivit imme- 
diatement et, seance tenante, fut entreprise sur cette crete, par 
la compagnie locale du genie, sous la direction intelligente et 
energique du commandant du regiment de Melilla, — designe 
pour en exercer le commandement provisoire, — la construction 
d'une grande redoute et celle de deux postes defensifs detaches, 
pour Parmement desquels furent, tout d'abord, mis ä sa dispo- 
sition, la section d'artillerie de montagne et le groupe de mitrail- 
leuses. 

L'execution de ce qui precede avait occupe la plus grande 
partie de la matinee, jusque-lä parfaitement tranquille. Vers 
10 h 30 du matin, cependant, un feu etait apparu sur une hau- 
teur voisine du pic de Besbel, feu de signal, evidemment, car, 



OPERATIONS MILITAIUKS 129 

ane demi-heure apres environ, un groupe nömbreux <I< i monta- 
gnards des Beni-Uriaguel et des Beni-Sicar, — c'est-ä-dire ceux 
memes qui avaientj la nuil pr6c6dente, livre aux troupes de la 
2° division le rüde assaut raconte plus haut, — couronnaient les 
s et ouvraient le feu contre l'avant-garde de la colonne de 
droit e, encore engagee sur les sentiers de chevre conduisant au 
Besbel. 

On sait que cette avant-garde se composait, avec deux com- 
pagnies de la brigade disciplinaire et de chasseurs de Las Navas, 
du peloton des auxiliaires indigenes. En reponse ä l'attaque de 
leurs compatriotes, ceux-ci n'hesiterent pas ä s'engager contre 
eux dans un combat de feux tres vif, dont les compagnies euro- 
peennes eurent quelque peine ä les degager, lorsque arriva l'ordre 
de rompre cct cngagement, devenu sans objet, par le fait de l'aban- 
don decide des deux pics. La retraite se fit ensuite, en assez bon 
ordre, sur la Mozquita, d'oü les indigenes regagnerent leur cam- 
pement, au voisinage de Sidi-Auriach. Cette afTaire, — qui repre- 
sentait pour eux im debut, — leur avait coüte trois morts et deux 
blesses; les morts, abandonnes sur le terrain, au cours de la re- 
traite, furent releves, le lendemain, — sans mutilation. Les com- 
pagnies des disciplinaires et de Las Navas avaient eu, d'autre 
part, quatre ou cinq blesses. 

Le general Arison et le colonel Axo, qui s'etaient reunis, sur la 
crete d'Ait-Aixa, au colonel Primo di Rivera, voyant bientöt 
le calme retabli, rallierent l'Hippodrome et la ville. 

Le resultat definitif de Texpedition, reduit ä l'occupationde la 
crete d'Ait-Aixa, — ä l'exclusion de celle de la Mozquita, qu'il eüt 
ete, cependant, aussi facile et aussi bon de conserver egalement, 
— n'avait, evidemment, ni l'ampleur historique, ni l'importance 
effective que devait y attribuer Popinion de TEspagne et celle 
inline du corps expeditionnaire. Apres comme avant, le Gou- 
rougou restait, en effet, ä peu pres aussi difficile ä penetrer et 
-luire; mais les indigenes cessaient, du moins, de pouvoir en 
flthoucher ä leur guise dans la plaine des Beni-Ensar et les Espa- 
gnols se voyaient, par suite, liberes de la preoccupation qui 
i! avait cesse, de ce chef, de peser sur eux, depuis le mois de 
juillet. C'etait, en realite — et obtenu presque sans pertes — un 
ävantage incontestable, qui s'ajoutait aux succes presque inin- 

LES ESPAONOLS ALT MAROC Q 



l3o LES ESPAGNOLS AU MAROC 

terrompus des jours precedents et un nouveau pas dans la voie 
de la pacification, que tout faisait pressentir, desormais, inevi- 
table et prochaine. 

C'est ä Selouan, oü il etait arrive, avec les troupes, dans 
Tapres-midi du 27 septembre, que le general Marina apprit, 
le 29, par voie heliographique (1), « Toccupation du Gourougou ». 
On ne saurait guere douter, d'apres ce qu'on sait de la portee 
excessive attribuee, partout, aux premiers jours, ä cette trop 
vague formule, que Tevenement ait ete considere, au quartier 
general espagnol, non pas seulement comme un interessant et 
heureux episode de la campagne, mais comme un succes mili- 
taire decisif, — qu'il n'etait pas. 

Dispose, comme il Tetait dejä, non sans raison, ä croire les 
ehefs de la harka tellement discredites par leurs echecs des 20 
et 22 septembre, sur les deux rives du rio de Oro et par leur 
impuissance ä rien tenter de serieux, les 25 et 27 septembre, 
pour empecher l'occupation de Nador et de Selouan, que la 
continuation de la lutte leur füt devenue fort difficile, le general 
dut, certainement, penser que ses adversaires venaient de perdre 
leur derniere chance, en perdant la forteresse naturelle qui fai- 
sait, depuis deux mois et demi, la veritable force de leur resis- 
tance et tombaient, en quelque sorte, ä sa merci. 

Si, dans ces circonstances, les indigenes, — qu'on savait 
s'etre replies, assez nombreux, avec familles et troupeaux, dans 
le massif des Beni-bou-Ifrour, oü les ressources devaient se 
faire rares, — tardaient ä manifester publiquement les inten- 
tions pacifiques dont on avait Heu de croire la plupart d'entre 
eux animes, ce ne pouvait etre que sous Tinfluence d'une sorte 
de respect humain, d'un sentiment d'hesitation, d'ailleurs legi- 
time, ä s'avouer vaincus sans avoir suffisamment combattu. 
Pour les decider ä accepter l'inevitable, il suffirait, sans doute, 
d'exercer sur eux une pression, qui serait d'autant plus efficace 
qu'elle se produirait plus prompte et avec un appareil militaire 
plus complet. 



(1) Ce n'est que plus tard (5 octobre) que la Casbah de Selouan fut reliee par le 
telegraphe sans fil ä la place et ä la rade de Melilla. 



OPERATIONS MILI l'AIKES I 6 l 

Bien que basee sur une hypothese douteuse, — celle de 
TefTet produit sur les Marocains par l'ascension, en quelque 
sorte accidentelle, de deux des pics du Gourougou, — Tidee 
qu'il fallüt, sans tarder, peser sur les Marocains pour achever 
de briser leur faculte de resistance, toujours limitee et qu'on 
sentait faiblir, s'inspirait d'une saine doctrine militaire et ne 
peut qu'etre louee. Mais, lä s'arrete l'approbation, car on verra 
bientöt que le resultat de l'operation, combinee, de facon ou 
d'autre, en vue de häter la soumission des indigenes, fut, au 
contraire, de ranimer leur ardeur et de reveiller leurs esperances 
et il faudra bien reconnaitre que la faute en revient aux condi- 
tions dans lesquelles eile fut executee. 

Gette derniere Observation ne pouvant etre utilement eom- 
mentee que quand eile aura ete eclairee de la lumiere des faits, 
on se contentera d'avoir, pour le moment, pose le probleme et 
on passera, sans autre preambule, au recit du combat du 30 sep- 
tembre. Toutefois, en vue d'eviter un deplacement, meme appa- 
rent, des responsabilites, on croit devoir, immediatement, ajou- 
ter qu'en parlant d'execution fautive, on n'entend pas mettre 
en cause le commandement subordonne, ni surtout les troupes, 
— qui semblent bien avoir fait, ici, tout leur devoir — et que 
cette critique vise specialement l'interpretation donnee par Tau- 
torite superieure ä ses propres intentions et les ordres par les- 
quels eile les a traduites. 

On sait dejä que le general Marina avait prelude ä Taction du 
30 septembre en se decidant, inopinement, dans Tapres-midi du 
29, — peu apres la reception de la nouvelle de l'occupation du 
Gourougou, — ä aller etudier, du sommet du Kalb-el-Tor (ou 
Bou-Guen-Zein), occupe par le bataillon de Ghiclana, le terrain 
de son Operation eventuelle. On sait aussi qu'il avait profite de 
cette sortie pour faire reperer par la batterie de 75 mm , ä tir ra- 
pide, de la division de chasseurs (1), quelques-uns des points 
militaires interessants du panorama, fort confus, qui s'y deploya 



(1) II s'agit de la batterie de campagne (du Creusot), rattachöe ä la brigade per- 
manente de Melilla pour les combats des 20 et 22 septembre, qui avait 6t6, au derart 
de Melilla, le 26, mise ä la disposition du general Tovar, pour la marche sur Nador et 
.es Operations autour de Selouan. 



l32 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

devant lui. C'est au cours de cette reconnaissance, prolongee 
jusqu'ä la chute du jour et oü Faccompagnaient le general 
Tovar et ses principaux chefs de Service, que le general Marina 
annonca Finten tion d'agir, immediatement, contre les Maro- 
cains, etablis defensivement (ä ce qu'on croyait savoir) dans 
le massif des Beni-bou-Ifrour; et c'est immediatement apres le 
retour au camp que furent elabores et notifies les ordres de 
mouvement. 

Quelqu'ait ete le but reellement poursuivi par le general com- 
mandant en chef, dans cette Operation, — qu'on a qualifiee, 
depuis, de Reconnaissance Offensive, comme il arrive pour toute 
action de guerre mal definie, dont les resultats ont ete douteux, 
sinon mauvais, — eile tendait, necessairement, ä inciter les Ma- 
rocains ä sortir de la passivite oü ils se renfermaient depuis le 
combat du 20 septembre, ä montrer leurs forces et ä permettre 
de juger de leurs intentions et de leurs dispositions. Quant aux 
mesures d'execution prescrites, elles peuvent, ä peu pres, se re- 
sumer comme il suit : 

Zone d'operations : le secteur compris entre les deux pistes 
conduisant de Selouan ä Nador ; par la plaine, et de Selouan ä 
Youksen, par le Souk-el-Khemis des Beni-bou-Ifrour (distant de 
7 ä 8 kilometres). 

Execution : assuree par tous les elements disponibles de la 
division de chasseurs [6 bataillons (1), 3 escadrons (2), 4 batte- 
ries de montagne, 1 batterie de campagne de 75 mm (3), 2 compa- 
gnies du genie (4) et les Services divisionnaires], sous le comman- 
dement du general de division Tovar, appuyes par un detache- 
ment de la l re division, fort de 3 bataillons (5), 1 batterie de 
campagne de 75 mm (6) et 2 escadrons (7); au total : 9 bataillons, 






(1) Les bataillons de chasseurs de Madrid, de Figueras et de Llerena (de la l re bri- 
gade), et ceux de Cataluna, Ciudad Rodrigo et Chiclana (de la 2 e ). 

(2) Les deux escadrons d'Alphonse XII et de Lusitania, avec un escadron du 
regiment de Hussards de la Princesse. 

(3) La batterie ä tir rapide (du Creusot), de la brigade permanente de Melilla. 

(4) Une compagnie de sapeurs et une compagnie de telegraphistes du 3 e regiment. 

(5) Un bataillon du regiment de Leon et deux bataillons du regiment de Wad Ras. 

(6) Une batterie ä tir rapide (du Creusot), du groupe monte de la l re division. 

(7) Les deux escadrons divisionnaires.de la l re division (du regiment de Marie- 
Christine). 



OPERATIONS MILITAIllKS I 33 

jcadrons, 6 batteries, 2 compagniea du genie et les Services 
oorrespondants. 

A ces ordres, il aurait ete ajoute, — ce qu'on croirait diffici- 
lement, si l'assertion ne venait de bonne söurce, — ■ que le mou- 
vement ne devrait pas depasser le Souk-el-Khemis (qui ne 
serait meme occupe que si Tordre en etait expressement donne) 
et quo. de toute facon, la retraite commencerait ä 2 heures du 
soir. 

II est, en tous cas, notoire (ce qui confirme, dans une certaine 
mesure, les dispositions dont il vient d'etre parle), que 1' ordre fut 
explicitement donne de ne faire empörter par la troupe qu'un 
repas froid (1), — le repas du soir devant etre pris, au camp, au 
retour de Toperation, — ce dont les chefs de corps s'autoriserent 
pour y laisser, outre les cuisiniers, les ordonnances et autres 
employes et ce qui eut pour effet immediat d'abaisser les effec- 
tifs ä 115 ou 120 hommes ; au maximum, par compagnie d'infan- 
terie et ä 80 sabres environ, par escadron (2). 

Les mesures d'execution comportaient, d'autre part, pour le 
corps principal, Tordre de se trouver rassemble, le 30, ä 7 h 30 
du matin, en avant des fronts ouest et nord de la casbah, re- 
parti en trois echelons, savoir : 

Avant- garde, sous les ordres du colonel Arraiz (3), comprenant 
les 2 escadrons d'Alphonse XII et de Lusitania, les 2 bataillons 
de chasseurs de Madrid et de Figueras (4), 1 batterie de mon- 
tagne et la compagnie divisionnaire du genie; 

Gros, ayant pour chef immediat le general Morales : 2 batail- 
lons de chasseurs, 2 batteries de montagne, 1 batterie de cam- 



(1) Les troupes partirent, ayant pris seulement le cafe, et la plupart de Celles qui 
furent engagäes rentrörent, ä la tomb^e du jour, sans avoir rien mange de plus. 

(2) Ce qui revient ä dire que l'effectif des troupes ayant pris part ä l'operation 
n'atteignit pas 6.000 hommes. 

(3) Le colonel d'infanterie Arraiz de Condareno, ancien chef du secretariat parti- 
culier du general Linares, ministre de la guerre, appele ä Commander le regiment 
de Savoie, etait debarque ä Melilla, le 28 septembre et avait pris officiellement 
son commandement, le matin du 29. 

(4) Le bataillon de Figueras, qui stationnait, depuis le 28, sur les trois mamelons 
qui constituent la position des Ouled-Hamou — entre les deux pistes qui conduisent 
de Selouan ä Youksen et ä Nador — futreleve,le 30 au matin, parle 1 er bataillon du 
regiment de Leon f l r '' division) et suivit le mouvement du bataillon de chasseurs de 
Madrid, qui tenait la tete d'avant-garde. 



l3/| LES ESPAGNOLS AU MARCMJ 

pagne de 75 mm , la compagnie de sapeurs telegraphistes du 
genie (1) et les divers Services de la division; 

Arriere-garde, commandee par le general Alfau : 1 escadron 
de Hussards de la Princesse, 2 bataillons de chasseurs et 1 bat- 
terie de montagne. 

Quant au detachement, qui avait mission d'appuyer, even- 
tuellement, la colonne et d'assurer sa liaison avec la casbah, — 
dont la garde restait confiee au general de division Orozco, avec 
4 bataillons d'infanterie, restes seuls disponibles, — il etait place 
sous les ordres du general Diez-Vicarios (2), successeur du ge- 
neral San Martin dans le commandement de la 2 e brigade de 
la l re division. Etabli, ä Fheure oü se rassemblerait le corps 
principal, sur une petite eminence situee ä 1 kilometre environ. 
dans Fouest, il couvrirait, d'abord, le rassemblement et la rup- 
ture des echelons successifs de la colonne contre toute surprise 
se produisant sur ce flanc et demeurerait, ensuite, ä la disposition 
du commandement. 

L/action du 30 septembre, fort confuse et que les recits, peu 
nombreux, qui en ont ete donnes n'ont guere contribue ä eclaircir, 
se divise en deux phases principales, separees par un temps 
d'arret prolonge : la marche en avant, relativement facile, ra- 
pide et peu onereuse, jusqu'aux abords du Souk-el-Khemis; la 
retraite sur Selouan, lente, longue, penible et ayant entraine 
des pertes tres importantes, eu egard ä 1'efTectif engage et aux 
resultats. 

C'est ä 8 heures du matin que s'ouvre proprement la pre- 
miere phase, par le signal de la marche, que donne le clairon 
du general de division. L'avant-garde, couverte par la cava- 
lerie divisionnaire et precedant le gros d'environ 500 metres, 
s'engage immediatement, — le bataillon des chasseurs de Ma- 
drid en tete, — sur le chemin conduisant de Selouan ä Youksen, 
par le Souk-el-Khemis. Cette piste, qui laisse ä gauche le Kalb- 



(1) Cette compagnie, fractionnee en consequence, assura egalement, au Kalb- 
el-Tor, les Communications du general Marina avec le general Tovar et avec Selouan. 

(2) Le general Diez-Vicarios, qui devait etre tue glorieusement au cours de cette 
journee, debarque ä Melilla, le 28 septembre et parti, le jour meme, pour Selouan, 
y avait pris, le 29 au matin, dans les formes reglementaires, le commandement de sa 
brigade. 



OPERATIONS MILITAIKES I 35 

el-Tor, — adopte par le general Marina comme poste personnel 
d'observation, — et qui passe au pied de la position des Ouled- 
Ilainou (Tun et l'autre occupes par un bataillon et par l'une 
des deux batteries ä tir rapide restees disponibles) (1), remonte, 
en pente douce, une gorge, d'abord peu profonde et assez large, 
que bordent une serie de petites agglomerations, uniformement 
entourees de fortes haies de figuiers epineux. 

La cavalerie, qui assure, avec son excellente methode et sa 
eorrection ordinaires, le service de sürete rapprochee, les fouille 
soigneusement, sans y trouver personne. Neanmoins, certains 
indices avant, parait-il, fait pressentir la prochaine rencontre 
de l'ennemi, la batterie (de 75 mm ) des Ouled-Hamou ouvre, en 
avant du front de marche, un feu, par salves espacees, sous la 
protection duquel se deploie le bataillon tete d'avant-garde, 
tandis que la cavalerie s'eleve sur les flancs, cherchant rennemi, 
encore invisible. 

Bien qu'il ne rencontre pas d'opposition, le mouvement en 
avant se poursuit, lentement, selon Tusage, par bonds successifs 
des guerillas, jusque vers 9 h 30 du matin, oü commence, sur le 
flanc gauche, une fusillade qui devient, bientöt, assez active. Pen- 
dant que la tete d'avant-garde s'arrete pour y repondre, la bat- 
terie ä tir rapide du Kalb-el-Tor ouvre le feu, ä son tour, flan- 
quant, d'abord, par ses projectiles, la gauche de la colonne, puis, 
allongeant son tir, canonne la lisiere de diverses constructions 
groupees en avant du Souk-el-Khemis et qu'on a lieu de croire 
occupees. 

L'ennemi, neanmoins, continue de se renforcer, en avant et 
sur les flancs, tout en demeurant plus nombreux ä gauche. Afin 
de mieux le contrebattre et pour gagner un emplacement de tir 
plus favorable, la batterie de montagne de Tavant-garde s'eleve 
sur les pentes ä Test de la ligne de marche, oü eile est suivie par 
la batterie de campagne (de 75 mm ) du gros, qui surmonte bril- 
lamment les difTicultes de la montagne. En raison, peut-etre, de 
cette circonstance, le combat augmente d'intensite, de ce cöte, 



(1) Les quatre batteries de campagne de 75 mm (du Creusot). du corps mobile, se 
trouverent ainsi engagees, ainsi que quatre des batteries de montagne amenöes ä 
S'luuan, ce qui, pour l'operation du 30 septembre, donne une proportion d'artillerie 
^•gale ou meme superieure ä cinq piöces par 1.000 hommes. 



1 36 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

oü les Marocains affluent, maintenant, assez actifs et assez nom- 
breux pour donner ä penser qu'ils manoeuvrent en vue de debor- 
der la premiere ligne. 

Le general Tovar, ä qui cette menace n'echappe pas, fait 
ralentir le mouvement des bataillons de l'avant-garde, envoie 
l'ordre ä la cavalerie de demasquer le front pour se maintenir 
en arriere, ä sa disposition et fait avancer vers la droite un ba- 
taillon du gros, suivi bientöt d'un autre bataillon. 

De ce cöte, la crete secondaire qu'occupe la droite de la ligne 
d'attaque est dominee, ä petite portee de fusil, par un double 
sommet rocheux, qu'il parait impossible de laisser en la possession 
de l'ennemi. Le bataillon de Ghiclana recoit la mission de s'en 
emparer et s'y porte avec entrain; pourtant, l'attaque dirigee 
contre la hauteur la plus proche reussit seule, Fennemi demeu- 
rant maitre de la plus eloignee. 

Au centre et ä gauche, la progression a, cependant, continue, 
bien que lentement. A 11 heures, la ligne d'attaque forme un 
arc de cercle, d'un developpement relativement considerable, 
dont le mil'eu n'est pas eloigne de plus d'un kilometre du 
Souk-el-Khemis, oü l'ennemi se montre, assez nombreux. Dans 
une action normale, s'emparer de ce point d'appui, — ce qui 
ne saurait etre fort difficile, avec la superiorite que donne ä la 
colonne sa nombreuse artillerie et ce qui parait avoir ete, alors 7 
envisage par le general de division, — semblerait d'autant plus 
opportun qu'on degagerait les flancs du corps principal, en 
s'etablissant ainsi sur les Communications des Marocains. 

Sentant le besoin d'agir, mais ne se croyant pas, sans doute, 
autorise ä ordonner cette attaque, qui peut coüter du monde, le 
general Tovar adopte la mediocre Solution de pousser en avant 
sa cavalerie, prealablement rassemblee en seconde ligne. Sous le 
commandement du lieutenant-colonel Cavalcanti, les escadrons 
se portent rapidement vers le Marche; mais ils se heurtent, sur 
les lisieres, ä un feu violent qui les arrete et ne reussissent, ni 
ä penetrer dans l'interieur de l'agglomeration, ni ä la deborder. 
Du moins peuvent-ils se replier, dans un ordre relatif et en ra- 
menant leurs blesses. 

L'action, des lors, se nble paralysee et se borne ä un intermi-* 
nable combat de feux, probablement peu efFicace, en tout cas, 



OPERATIONS MlMTAlllES' i.'>7 

peu meurtrier pour les Espagnols, puisque, Vers 1 heure du soir, 
apres deux heures de cette fusillade, consecutive elle-meme ä la 
marche en avant, le total des blesses du corps cspagnol ne de- 
passe pas 20. Mais les choses vont changer, et, malheureusement, 
pas ä Tavantage du corps expeditionnaire. 

Soit en execution d'ordres donnes par le general Marina (1), 
qui voit, du haut du Kalb-el-Tor, affluer, de divers cötes, de 
Dombreux renforts ä Tennemi, soit, ainsi que Tont indique 
les eomptes rendus, parce qu'il juge avoir « suflisamment re- 
connu la force et les positions de Tennemi », le general Tovar 
donne alors (entre l h 30 et 2 heures), Tordre de commencer la 
retraite, sous la protection de Tarriere-garde (general Alfau), qui 
a pris position ä cet effet. Mais les bataillons de Tavant-garde 
et du gros sont tellement engages et sur un front si etendu, et 
Tennemi se fait bientöt si pressant qu'il ne tarde pas ä paraitre 
indispensable de faire intervenir le detachement, pour permettre 
aux chasseurs et ä Tartillerie de se degager. 

Le general Vicarios, mis ; en consequence, sous les ordres du 
general Tovar, laisse en repli ses escadrons et un bataillon et 
porte en avant, avec sa batterie de montagne, ses deux autres 
bataillons (de Wad Ras et de Leon), qu'il etablit d'abord, en 
crochet defensif, ä gauche de Tarriere-garde. Cette intervention, 
fort opportune, — car les forces marocaines grossissent ä vue 
d'ceil, par Tentree en ligne de forts contingents (en partie mon- 
tes) des Beni-bou-Yahi et des Beni-Sidel et, surtout, parTarrivee 
d'une forte colonne de fantassins des Beni-bou-Gafar et des Beni- 
Uriaguel, — permet, enfin, de commencer, ä peu pres reguliere- 
ment, le mouvement retrograde, par echelons, qu'a ordonne le 
general de division. 

Les Marocains, qui semblent, en defendant leurs montagnes, 
avoir retrouve tout Telan des chaudes journees du mois de juillet, 
se ruent ä Tattaque avec une ardeur qui n'exclut pas leur pru- 
dente tactique ordinaire, utilisant tous les couverts pour yenir 
füsilier leurs adversaires ä courte distance, faisant, quand le 



(1) Durant toute la journee, le general Marina ne cessa pas d'etre en liaison avec 
le general Tovar, par des messages heliographiques, regulierement transmis par les 
sapeurs telegraphistes, dont, ä cette occasion (comrae en toute autre de la campagne), 
les Services ont 6te fort appröcies. 



1 38 LES ESPAGNOLS AU MAKOC 

terrain s'y prete, rouler sur eux pierres et rochers et ne reculant 
pas, ä l'occasion, devant le corps-ä-corps (1). On remarque, 
d'autre part, leur surprenante discipline de combat (2), leur obeis- 
sance ä certains ordres generaux et leur aptitude aux mouve- 
ments d'ensemble. Mais ils n'ont plus affaire aux jeunes troupes, 
mobilisees de la veille, de la premiere periode de guerre et les 
excellents bataillons de chasseurs (de Madrid, Figueras, Chiclana, 
Llerena, etc.) rivalisent de sang-froid avec l'artillerie, toujours si 
vigoureuse au combat, pour opposer aux attaques des indigenes 
l'attitude la plus resolue. 

Ayant, durant ces longues semaines d'ete, appris la guerre 
pratiquement, les troupes espagnoles ont, en particulier, com- 
pris le devoir de solidarite militaire qui interdit de laisser, ni 
prisonniers, ni trophees, aux mains de l'ennemi arabe, s'em- 
ploient, maintenant, avec energie et presque toujours avec suc- 
ces (3), ä relever leurs blesses et leurs morts et s'attachent 
meme, dans certains cas, ä ramasser les armes et les munitions 
abandonnees sur le terrain. Les artilleurs ne se laissent pas da- 
vantage intimider par l'audace et racharnement de leurs adver- 
saires et on cite plusieurs batteries comme s'etant, en quelque 
sorte, cramponnees au terrain, tirant ä outrance, pour permettre 
la retraite de Tinfanterie et vis-ä-vis de qui il fallut user d'ordres 
repetes pour les -aire se replier, quand Tennemi les menacait 
elles-memes de tres pres. 

Cette lutte sauvage se prolongea longtemps, la rupture de 
certains echelons exigeant qu'elle füt preparee ou appuyee par 
de veritables retours offensifs et le mouvement de certains au- 
tres etant l'occasion de corps-ä-corps acharnes, surtout lorsqu'il 
s'agissait d'enlever ou de degager les corps de chefs ou de cama- 



(1) Comme une preuve, interessante, de l'ardeur de certains de ces corps-ä-corps, 
on cite le cas de deux adversaires, — soldat espagnol et combattant indigöne, — 
trouves morts, dans une etreinte si etroite qu'on n'arriva ä les separer qu'ä l'am- 
bulance et en recourant ä la force, sinon meme ä une amputation. 

(2) Lorsque la colonne de fantassins venue du nord-ouest et qui marchait, au 
dire de tous les temoins oculaires, avec une regularite et une vitesse extremes, entra 
dans la zone des feux de Fartillerie, eile se deploya, presque instantanement, en une 
foule de petits groupes qui continuerent le mouvement en avant, avec un ordre et 
une promptitude que depasserait difficilement la meilleure infanterie europeenne. 

(3) On vorra plus loin que le nombre des disparus du combat du 30 ne fut que de 9. 



OPERATIONS MILITAIIIES 1 3g 

radeSj tu6s ou blosses. Elle durait, sans faiblir, depuis plus de 
trois heures, quand, — vers 5 h 15 du soir, — le general Vicarios. 
reste, de sa personne, avec Techelon le plus avance, pour s'occu- 
per d'organiser la retraite du bataillon de Wad Ras, fut atteint. 
mortellement, d'une balle dans la poitrine (1). Le general Alfau, 
qui venait de traverser sa ligne, en se repliant lui-meme et se 
trouvait ä portee n'hesita pas ä assumer aussitöt le commande- 
ment des deux troupes, et c'est ainsi qu'il lui appartint de con- 
duire jusqu'au bout, dans des conditions qui lui fönt honneur, 
cette laborieuse retraite (2). 

Sans nier le röle important qu'y jouerent les bataillons de chas- 
seurs (3) et ceux des regiments de Wad Ras et de Leon, — ce 
dernier demeure en extreme arriere-garde jusqu'au dernier mo- 
ment et qui ne fut lui-meme degage que par Intervention de 
l'autre bataillon du meme regiment, stationne aux Ouled-Hamou 
et mis, spontanement, en mouvement par le general Aguilera, — 
on doit reconnaitre que c'est, en somme, Tartillerie qui coupa 
court ä la Prolongation de la poursuite, en empechant les Maro- 
cains de deboucher en plaine. La rentree des troupes dans leurs 
camps put s'operer, par suite, avec plus d'ordre que ne sem- 
blaient le comporter les circonstances de la retraite et s'executa 
meme avec un certain apparat militaire et au chant d'hymnes 
patriotiques. 

La journee n'en avait pas moins ete rüde et les pertes relative- 
ment lourdes. Elles s'elevaient, en effet, ä 4 officiers (1 general, 
2 capitaines, 1 lieutenant) et 38 hommes de troupe tues, 1 officier 



(1) Le general Vicarios, malgrö 1'imminence du pöril, ötait demeure ä cheval, et 
c'est ä cheval qu'il fut Trappt — comme tant d'autres officiers espagnols, de haut 
grade, tues ou blesses pendant la campagne. Tout en pensant qu'il ait pu y avoir, 
chez eux, quelque exageration de point d'honneur ä s'offrir ainsi pour cible ä Fennemi, 
il faut estimer hautement leur sacrifice — peut-etre, d'ailleurs, rendu necessaire, 
surtout dans les premiers combats, par l'obligation de precher d'exemple. 

(2) Le Roi vient de recompenser la belle conduite, au combat du 30 septembre, 
des generaux Tovar, Morales et Alfau, en conferant ä chacun d'eux la grand'croix 
de l'ordre militaire de Marie-Christine, — dejä precedemment obtenue par le general 
Marina. 

(3) Parmi les recompenses, relativement nombreuses, accordees ä l'occasion du 
combat du 30 septembre, figure la promotion au grade de colonel, ä titre de recom 
pense speciale, des lieutenants-colonels Alvarez del Manzano (commandant du ba- 
taillon de Chiclana) et Burguete Lana (commandant du bataillon de Figueras), tous 
deux fort peu anciens de grade et, le second, tres jeune d'äge. 



l4o LES ESPAGNOLS AU MAROC 

superieur, 15 officiers subalternes et 233 hommes de troupe 
blesses (1), plus, 1 officier et 8 hommes de troupe disparus (2), soit 
exactement 300 officiers et soldats mis hors de combat. Tous les 
corps en avaient leur part; les pertes les plus sensibles portaient, 
cependant, plus particulierement, sur certains bataillons de chas- 
seurs (Figueras, 80; Cataluna, 50; Llerena et Chiclana, chacun 
25 ä 30), sur les bataillons du regiment de Wad Ras et sur Tar- 
tillerie (18). 

II n'a pas ete possible, — le champ de bataille etant reste aux 
mains des Marocains, — de faire le decompte, meme approxi- 
mativ de leurs pertes. On doit, cependant, penser (tout en reje- 
tant les exagerations qui ont ordinairement cours en ces ma- 
tieres), qu'elles furent sensibles, parce que, au moins au debut 
de Faction, Fartillerie espagnole eut, ä diverses reprises, Focca- 
sion de tirer, ä portee efFicace, sur des groupements indigenes 
relativement serres et ä cause des circonstances du combat qui 
comporta, pour les assaillants, durant une grande partie de 
Fapres-midi, une progression prolongee, ä decouvert, sous le feu 
des batteries. 

Quelles qu'elles aient pu etre, elles furent loin, cependant, des 
effets d'ecrasement qui semblent pouvoir etre attendus d'un 
emploi plus efFicace du canon ä tir rapide et n'empecherent pas 
que le fait, pour les Marocains, d'avoir vu s'arreter et reculer de- 
vant eux des forces europeennes relativement aussi nombreuses 
et aussi puissamment armees dut etre, et fut ? en effet, considere 



(1) Bien que quelques efTorts eussent ete faits pour ameliorer le fonctionnement du 
service medical, Selouan vit se reproduire, et sur une plus grande echelle, le 30 sep- 
tembre au soir et le lendemain matin, ce qui s'etait passe, le 20 septembre, ä Taxdirt. 
Le personnel et le materiel sanitaire etant absolument insuflisants, on se borna ä 
donner des soins tres sommaires aux blesses juges transportables, au nombre de 
180, qui furent, le l er octobre, ramenes ä Melilla, par les procedes primitifs qui ont 
ete dejä indiquös. Trois compagnies des bataillons des chasseurs de Madrid, Llerena 
et Cataluna assur&rent le transport, avec une escorte de trois escadrons, jusqu'ä la 
Secunda Caseta, oü les blesses (et une trentaine de morts, dont le general Vicarios), 
furent charges, en vrac, dans les wagons et sur les trucs de la compagnie Nord-Afri- 
caine qui les amenerent ä la place, dans la nuit du 1 er au 2 octobre, entre 10 heures et 
minuit. 

(2) L'officier disparu etait le capitaine Ripoll, du bataillon de Figueras, dont le 
corps fut retrouve, le 15 novembre, avec ceux de quatre soldats du bataillon de 
Llerena. 



OPERATIONS MILITAIRES 1^1 

par eux comme un considerable succ&8. Ce fut, au moins, pour 
tiefs de la rösistance, l'occasion de feliciter les ardents, 
d'encourager les timides, de gourmander et de menacer les 
ttädes, de reveiller chez tous, a döfaul de sentiment patriotique, 
joül passionne d'independance qui caracterise les popula- 
tions ImtIhmvs. de rejeter, enfin. toute velleite de soumission, 
devenue presque sans cause et qui eüt ete, pour le moment, sans 
excuse. 

\ Melilla. comme ä Madrid, oü les esprits etaient encore tout 
ä la joie des succes obtenus, coup sur coup, entre le 20 et le 29 sep- 
t eii ihre et oü les plus calmes se livraient volontiers ä Tespoir 
flatteur de nouveaux et plus importants triomphes, Teffet pro- 
duit fut celui d'une amere desillusion. Ce fut, dans ces conditions, 
une circonstance relativement heureuse, que la flagrante exage- 
ration des mauvaises nouvelles et des previsions pessimistes, 
qui se produisirent aussitöt, ait donne matiere ä des dementis 
et ä des rectifications topiques, qui calmerent l'opinion, bientöt 
rasserenee, d'autre part, par le sang-froid dont le gouvernement 
du Roi sut ne pas se departir et par Tespoir du succes final qu'il 
ne cessa d'affirmer. 

Dans le corps expeditionnaire, si on manifesta peu, comme il 
convient ä des soldats, le mecontentement fut, neanmoins, 
reel et profond; on y accepta plus dimcilement, en efTet, les me- 
diocres raisons invoquees pour justifier, non pas Toperation elle- 
m.'me, dont presque tous comprenaient l'opportunite, mais les 
conditions anormales de son execution et la confiance dans le 
commandement en demeura ebranlee. Par contre, et comme par 
une sorte de legitime compensation, les troupes sortirent, forti- 
fiees, dans une certaine mesure, de cette epreuve, ayant pris 
conscience de leurs propres progres comme de la superiorite de 
leurs moyens materiels et bien convaincues qu'il suffirait d'une 
direction competente et decidee pour les conduire, sürement, au 
succes final. 

Mais la consequence la plus fächeuse, sans contredit, fut l'im- 

jsion ressentie parle commandant en chef lui-meme, impres- 

sion d'autant plus regrettable que le general Marina venait ä 

peine, apres les dures epreuves, dignement supportees, du 



l42 LES ESPAÜNOLS AU MAROG 

debut de la campagne, de reprendre confiance en l'instrument 
dont il disposait, comme en lui-meme et qu'il sembla, des lors, 
renoncer ä l'espoir, sinon meme au desir, d'obtenir, par les armes, 
la seule revanche qui convint aux interets de TEspagne et ä 
l'honneur de l'armee. 

Rien, cependant, malgre Felevation des pertes subies, — un 
vingtieme environ de l'effectif du corps mobile — n'etait perdu 
ni meme compromis, le 30 septembre au soir et tout donne ä 
croire qu'un retour offensif, vigoureux et soudain, — comme 
Thistoire de nos guerres d'Afrique et celle meme de la campagne 
de la Ghaouia en donnent d'encourageants exemples, — eüt 
promptement transforme ce demi-echec en un succes eclatant. 
Si le general Marina ne s'y decida pas, comme il dut le projeter, 
ainsi que le bruit en courut un instant, c'est, peut-etre, pour les 
raisons morales indiquees plus haut, mais c'est, aussi et surtout, 
parce qu*il se heurtait ä des difficultes materielles dont la res- 
ponsabilite principale lui incombait et auxquelles il ne se sentait 
pas pret ä parer, aussi radicalement et aussi promptement qu'il 
eüt ete necessaire. 

La plus grosse, certainement, de ces difficultes, avec Tinsuf- 
fisance des moyens de transport et l'imparfaite Organisation 
de certains Services (qu'il n'avait pas entierement dependu de 
lui d'ameliorer plus vite), etait la faiblesse relative de ses effec- 
tifs : non pas, certes, qu'il ne düt largement suffire des 38.000 
ä 40.000 hommes reunis sous Melilla, pour triompher de la resis- 
tance des Guelaya et de leurs adherents, mais parce que, im- 
puissant ä resister ä la pression d'une opinion publique affolee 
et ä ses propres tendances, le commandant en chef s'etait laisse 
aller ä disloquer de teile facon les forces du corps expedition- 
naire qu'il n'avait guere pu en grouper que le tiers, — avec, 
ä la verite, une artillerie puissante, — pour les Operations en- 
treprises autour de Selouan et que les deux autres tiers etaient 
restes, durant ces Operations, si importantes, au point de vue 
du resultat final, immobilises ä Melilla et dans sa banlieue im- 
mediate. 

Sans rechercher, pour Tinstant, si,— ce qui semble impossible 
ä admettre, — la Situation etait, le 1 er octobre, sans autre issue 



OPERATIONS MILITAIRES 1^3 

quo la passivite et si im chef sachant vouloir et imposer sa 
volonte n'aurait pu, les distances etant si faibles, prelever sur 
1<> ^roupe nord et amener, en quarante-huit heures, a Nador, 
un fort detacheinent mixte susceptible de reprendre, le 2, ou, 
au plus tard, le 3 octobre, en combinaison avec les divisions 
Orozco et Tovar, l'operation avortee du 30 septembre, il faut 
eonstater que c'est ä des mesures de beaucoup moindre portee 
que s'arreta le general Marina, avant de quitter Selouan, le 
4 octobre dans Tapres-midi, pour rentrer ä Melilla, en automo- 
bile. 

La premiere de ces mesures avait ete, sur le bruit, d'ailleurs 
controuve, d'un mouvement d'ensemble de la harka descendant 
en plaine pour couper les Communications entre Selouan et 
Nador, la formation d'une colonne mobile dont le commande- 
ment fut donne, pour commencer (le 3 octobre), au general 
Aguilera (1). Cette colonne, forte de 4 bataillons (2), 2 escadrons 
et 2 batteries (dont 1 de campagne ä tir rapide), fut ä peine 
insultee, en se portant de Selouan sur Nador, par des fantass'ns 
marocains qui se maintinrent prudemment dans la montagne 
et n'apercut meme pas d'ennemis, au retour. 

L'ennemi ne s'etant pas montre beaucoup plus mordant, les 
jours suivants, on arriva, assez vite, ä reduire TefTectif des troupes 
employees ä ce Service; la colonne mobile subsista longtemps 
neanmoins et comptait encore, moyennement, vers la mi-octobre, 
un effectif de 2 ou 3 bataillons, 1 batterie et 3 ou 4 escadrons, 
soit une force variant de 1.500 ä 2.000 hommes. Des lors, il 
est vrai, la charge etait partagee entre les troupes stationnees 
ä Selouan et la garnison du camp de Nador, qui se relayaient 
ä Taouima. 

Une seconde mesure fut la dislocation du corps mobile, com- 
pose des divisions Orozco et Tovar, reunies pour la marche contre 



(1) On n'a pas oubliö que cet oflicier general, reste" ä Selouan, le 30 septembre, ä la 
disposition du general Orozco, s'etablit aux Ouled-Hamou, avec le bataillon du regi- 
ment de Leon qui en assurait la garde et dont il fit un utile emploi pour d^gager 
l'extreme arri£re-ga:*de du Corps principal. II est ä noter egalement que le ge'ne'ral 
Aguilera passa sur cette position la nuit qui suivit et ne rejoignit son campement, 
sur la rive droite de l'oued Selouan, que dans la journee du 1 er octobre. 

(2) Deux bataillons du regiment du Roi et les bataillons de chasseurs de Madrid 
et de Catalum. 



1 44 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

Selouan et Tenvoi de la premiere ä Nador. Gette decision recut 
son execution, le 5 octobre (1); eile eut pour corollaire la releve 
des detachements que la division de chasseurs avait laisses, le 
27 septembre, ä la garde du mont de Nador et de Taouima, qui 
rejoignirent Selouan, le 6. Le bataillon de chasseurs de Talavera 
etait egalement arrive, le 5 octobre, ä Selouan, venant remplacer 
le bataillon de Figueras, qui allait prendre, ä Melilla, un repos 
bien gagne. 

Comme consequence de cette importante reduction des troupes 
stationnees ä Selouan, les bivouacs de la division Tovar, desor- 
mais reduite ä sept bataillons (2), furent resserres et ramenes 
sous la protection immediate des murs de la casbah, dont on 
poussait activement la mise en etat de defense. 

Le principe de ce resserrement fut d'abriter, ä Tinterieur de 
la vieille place d' armes du Rogui, — prealablement assainie et 
qui allait etre dotee d'eau courante, par la remise en etat d'une 
ancienne derivation de l'oued Selouan, — tout le materiel, 
notamment les approvisionnements de l'artillerie et de Tadmi- 
nistration (3), Tambulance, les quartiers generaux (4), le mate- 
riel de Tartillerie de campagne et de montagne (non utilise 
dans les ouvrages), le parc du genie, le projecteur (5), les stations 
radio-telegraphique et heliographique et tous les chevaux. 

Les troupes furent, d'autre part ; installees ; exterieurement 
aux murailles et ä leur pied (dans les courtines), sous la protec- 



(1) La marche de la division Orozco, de Selouan sur Nador, s'executa avec une in- 
teressante correction, en formation d'approche, sur deux lignes (distantes de 300 ä 
400 metres) de bataillons, en ordre serre, conservant entre eux des intervalles variant 
de 150 ä 250 metres, qu'utilisaient, en premiere ligne, l'artillerie et, en seconde ligne, 
les trains. Chaque bataillon marchait lui-meme en ligne de compagnies en colonne 
par 4, ä six pas (columnas por lineas de ä cuatro), formation imitee d'un dispositif 
employe par les Russes en Mandchourie et qui ne parait pas ä recommander, pour 
les marches d'ete, ä cause de la poussiere et de la chaleur. L'ensemble de la forma- 
tion etait eclaire, en avant et ä droite (vers la Mar-Chica), par un des escadrons 
divisionnaires et, ä gauche (flanc menace, vers la montagne), par Fautre escadron 
marchant en colonne de pelotons ä grande distance, lui-meme appuye par une ou 
deux compagnies d'infanterie, en file indienne. 

(2) Avec trois batteries et demie de montagne, une batterie de campagne et cinq 
escadrons. 

(3) Sous des tentes-baraques. 

(4) De la division et des l re et 2 e brigades de chasseurs. 

(5) Projecteur de 40°, regu ä Selouan, le 9 octobre, en merae temps qu'une batterie 
de Saint-Chamond. 



OPERATIONS MIL1TAIRES \ f\7) 

bion de parapets de modales variäs, couv r erts eux-memes de 
mx de fil de fer. A l'interieur des angles nord-est et sud- 
ouest du bätiment furenl eleves deux grands cavaliers, d'un 
relief de 7 ä 8 mtees, armes d'artillerie. Les memes angles et 
l' angle sud-est furent, en outre, exterieurement doubles de 
redoutes (caponnieres) de flanquement, de dimensions calculees 
pour etre occupees et defendues, chacune, par deux compagnies. 
Lnint. le Systeme des positions avancees des Ouled-Hamou et 
du Kalb-el-Tor, organisees defensivement depuis le 28 septembre 
et dont on connait le röle dans la journee du 30, fut renforce, 
k Becond de ces postes, occupe, maintenant, par une grande re- 
dnute construite pour un bataillon, prenant, desormais, le nom 
de ßou-Guen-Zein (2). 

II y a d'assez serieuses raisons de penser, actuellement, que 
le general commandant en chef, lorsqu'il prit le parti d'etablir 
ses forces mobiles en deux groupes de division, Tun (division 
Tovar), ä Selouan, vis-ä-vis du debouche de la route conduisant 
ä Youksen par le Souk-el-Khemis, Tautre (division Orozco), ä 
Xador, face ä la vallee du rio del Gavallo (oued Youksen), 
obeissait surtout ä des preoccupations defensives. La chose, 
cependant, n'etait pas tellement evidente que Topinion ne put 
s'y tromper. L'offensive paraissait meme tellement indiquee, dans 
la circonstance, que, lorsqu'on sut que le general Marina avait 
convoque, pour le 5 octobre, lendemain de son retour ä Melilla, 
une Conference des generaux, coi'ncidant avec une reunion du 
conseil de defense de la place, eile n'hesita pas ä lui preter, au 
contraire, l'intention d'agir, simultanement, contre la Harka. 
l»;tr les deux directions susindiquees. Les chefs de la resistance 
durent le croire egalement, car on ne tarda pas ä apprendre 
qu'ils opposaient ä leurs adversaires eventuels une disposition 
analogue, en repartissant aussi leurs forces en deux groupes prin- 
cipaux, Tun, ä El-Axara, a mi-distance entre Selouan et Alslat- 
ten, l'autre, ä Segangan (ou Zranran), non loin du confluent de 



(1) L'organisation defensive du poste de Bou-Guen-Zein a etö donnce, sans details, 
mais avec un bon croquis, dans un article interessant sur le röle du genie ä Melilla 
que publia, dans son numiiro d'octobre 1909, le Memorial de Ingenieros del Ejerclio 
et auquel on ne peut que renvoyer le lecteur curieux d'etudes techniques. 

LK> BSPACKCLS AU MAUOC 10 



l4ß LES ESPAGNOLS AU MAROG 

l'oued Youksen (rio del Cavallo) avec plusieurs vallees affluentes 
qui ouvrent le passage de la plaine de Nador dans la vallee de 
l'oued Kert et vers la cöte ouest de la presqu'ile. 

L/evenement ne devait pas tarder ä dementir ces hypotheses 
ou, du moins, ä prouver que si, en reponse ä des invitations ä une 
action plus energique, qu'on disait lui etre adressees de Madrid, 
le general commandant en chef affirmait des intentions offen- 
sives, c'etait en subordonnant leur execution ä Tarrivee prea- 
lable de nouveaux renforts. II parait bien, en effet, resulter des 
decisions prises, ä ce sujet, le 2 octobre, par le ministere, que le 
general Marina ait, aussitöt apres Taffaire du 30 septembre, 
soumis au gouvernement du Roi, — mais en les traduisant, sans 
doute, dautre facon, — des observations analogues ä Celles qui ont 
ete developpees plus haut, sur rinsuffisance de ses forces mobiles 
et sur Timpossibilite oü il se serait trouve de donner, faute de 
moyens, ä son Operation du 30 septembre une ampleur süffisante 
pour la rendre efficace. 

Dejä, sur des demandes evidemment anterieures, qui devaient 
correspondre ä d'autres visees, le gouvernement avait decide 
d'ajouter aux onze escadrons de cavalerie envoyes precedem- 
ment ä Melilla, les deux regiments des hussards de Pavie et 
des lanciers de la Reine, Fun et Tautre ä trois escadrons. Le 
premier de ces deux regiments formant, avec celui des hussards 
de la Princesse, qui Tavait precede en Afrique, la brigade nor- 
malement commandee par Tlnfant don Carlos, le Prince, sur 
sa demande, avait ete autorise ä aller exercer son commande- 
ment devant rennemi(l). En meme temps, en vue, peut-etre, de 
la formation eventuelle d'une colonne legere, oü la cavalerie entre- 
rait en proportion considerable, le general Huerta y Urrutia, 
commandant de la division de cavalerie de Madrid, avait ete 
designe pour accompagner les deux regiments, ä Melilla, oü dix- 
sept escadrons allaient se trouver reunis, relevant, plus ou moins 
effectivement, de sa direction (2). 



(1) L'Infant don Carlos avait dejä fait partie, en 1893-1894, du corps expedition- 
naire forme ä Melilla, sous les ordres du general Martinez Campo, en qualite d'officier 
d'artillerie. 

(2) Les regiments de hussards de Pavie et de lanciers de la Reins, partis de Madrid 
les 2 et 3 octobre, debarquerent ä Melilla, les 5 et 6 octobre, les hussards avec l'Infant 



OPERATIONS MILITAIRES l/»7 

Le d orel du 2 octobre, sana rien modifier aux dispositions 
concernanl la cavalerie, - - qui. justement, commencerent a s'exe- 
cuter ce meme jour, - prescrivait l'envoi immediat ä Melilla 
de la l ro brigade d'une 3 e division d'infanterie, deja mobilisee ä 
tollte e*ventualite, ä laquelle ne seraient toutefois attribues que 
partiellement les Clements constitutifs des brigades mixteset qui 
n'aurait. en particulier, ni cavalerie, ni artillerie. Gette brigade, 
dite brigade de Galice, dont le chef fut le general Carbo Diaz, 
• miposait, essentiellement, des deux regiments de Cerinola 
et de San Fernando (ä deux bataillons), dont Feffectif, lors de leur 
debarquement, en Afrique, les 8 et 9 octobre, s'elevait au total 
de 107 ofliciers de tous grades, et 3.234 hommes de troupe (1). 

L/arrivee de ces renforts, qui couvraient largement, comme on 
voit, si on y ajoute surtout la cavalerie, les pertes que le corps 
exjM'ditionnaire avait subies, par le feu et par la maladie, depuis 
le debut de la campagne, retablissait, ou ä peu pres, Feffectif 
initial, indique, quelques jours apres, par le ministre de la 
guerre (2), comme s'etant eleve ä 43.000 hommes. Mais on put 
bientöt se rendre compte que Fentree en ligne de ces nouveaux 
Clements ne devait pas suffire pour faire envisager avec plus 
de confiance, au general commandant en chef, Feventualite 
d'une veritable action offensive dont il aurait ä prendre Fini- 
tiative et ä subir la responsabilite (3). 



don Carlos, les lanciers avec le general Huerta. Apres une courte periode d'acclima- 
tement, ä Melilla, les deux regiments furent diriges, les hussards sur Selouan, oü 
don Carlos arriva avec eux, le 15 octobre, les lanciers sur Nador, oü ils releverent,le 
meme jour, les hussards de la Princesse, precedemment mis ä la disposition du general 
Orozco et rappeles ä Melilla pour prendre quelque repos. 

(1) Avec 69 chevaux, 112 mulets de bat des trains regimentaires, 24 mulets attelant 
8 Caissons de munitions et 4 voitures ä bagages, dites voitures catalanes. 

(2) Discours du g6ne>al Linares aux Cortös (20 octobre 1909). 

(3) Le general Marina ne cachait pas, dös lors, qu'il songeat moins ä imprimer aux 
e>enements militaires une direction determinee et visant un but defini, qu'ä les 
surveiller et ä essayer de profiter de ceux qui s'offriraient favorables. Cela ressort 
d'assez nombreuses Communications faites par lui, durant la periode consecutive au 
combat du 30 septembre, ä des journalistes et voyageurs, Espagnols ou ötrangers, 
et, en particulier, d'une interview accord^e ä un publiciste espagnol connu — le 
D r Ruiz Albeniz — oü Ton trouve les döclarations, assez surprenantes, qui suivent. 

• enant sur une conversation tenue devant lui, ä Selouan, avec un correspondant 
militaire anglais, qui lui demandait (le 28 septembre) s'il ne croyait pas la campagne 
virtuellement terminee, le general rappelait avoir repondu qu'il lui semblait impos- 
sible de rien caleuler exactement, avec un semblable ennemi, et il ajoutait : « quoi- 



I 48 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

En fait, le general, dont la diplomatie, adroite et active, n'a- 
vait cesse d'agir sur les dissidents, par Tintermediaire de cer- 
tains confidents, paraissait en attendre, desormais, plus d'effet 
que de l'action militaire proprement dite. II escomptait, aussi, le 
manque de ressources dont ne pouvaient manquer de souffrir, 
dans la montagne, les familles indigenes chassees de leurs vil- 
lages, Tapproche de la Päque musulmane, qui devrait rappeler 
dans leurs tribus beaucoup des auxiliaires fournis par les popu- 
lations de Tinterieur et, aussi, la necessite oü allaient se trouver 
les Marocains, sous peine d'etre exposes ä mourir de faim au 
printemps, de faire leurs labours et de vaquer ä leurs semailles (1). 
Enfm, — ce qu'ignorait encore le grand public, — il attendait 
probablement aussi que le grand mouvement de soumissions 
prevu apres le 29 septembre et dont il continuait ä ne pas deses- 
perer füt determine par Tarrivee de commissaires cherifiens, que 
preparaient d'actives negociations engagees entre Fez, Tanger, 
MelillaetMadrid(2). 

Jusqu'ä ce que ces differents facteurs eussent agi, le general 
Marina, peut-on dire, pelotait en attendant partie, continuant ä 
faire preuve d'activite personnelle et de zele administratif, intel- 
ligent et eclaire, mais se bornant, au point de vue militaire, ä 
parer, au jour le jour, aux difficultes, — consequence logique de 
son inactivite, — qui se presentaient plus frequentes et relati- 
vement plus serieuses. 

Les indigenes, apres avoir, evidemment, attendu avec quelque 
inquietude le retour offensif dont eux-memes jugeaient qu'allait 
etre punie leur vigoureuse resistance du 30 septembre, s'etaient, 



« qu'il füt logique, vous Favez vu, de croire alors les Marocains deeourag^s et prets 
« ä se soumettre, nous les avons trouves, le 30 septembre, renforces, resolus et com- 
« battant aussi brillamment qu'aux premiers jours... J'ai demande quelques renforts 
« en cavalerie et infanterie; avec eux, nous attendrons que se presenle une circonstance 
« oü l'ennemi accepte la bataille, — bataille qui sera necessairement, pour nous, un 
« sueces. Eux aussi le croient, et c'est pourquoi ils s'y derobent... Et si Toccasion 
« ne se presente pas, nous les investirons..., » etc. {La Epoca, numero du 8 octobre 
1909.) 

(l)On ne devait pas tarder ä apprendre, en efTet, que le contingent des Beni 
Uriaguel venait de quitter la Harka pour rejoindre leur tribu (au voisinage d'Al- 
hucemas), mais, presque aussitöt, qu'il yavait 6te remplace par un nombre equiva- 
lent de Beni-bou-Yahi et de Mtalza. 

(2) La visite que fit,ä Melilla, entre le 8 et le 10 octobre, un membre qualifie de la 
legation espagnole ä Tanger semble avoir eu trait ä cette negociation. 



OPERATIONS MIL1TAIRES 1^9 

en effet, sentis raffermis par l'impunite' dont ils continuaient ä 
jouir et la liste ^rossissait des attaques partielles, des guets-apens, 
des embuscades, qui faisaient dans les detachements de trop 
üombreuses victimes. 

C'est. le 10 octobre, devant Selouan, im combat de feux assez 
vif. dirige contre les vedettes du service de sürete de cavalerie, 
qui doivent se replier sous les ouvrages, pendant que l'artillerie 
poursuit de ses feux leurs assaillants; c'est, le 11 octobre, au pied 
• 1«' Si-Ahmed-el-Hadj, une embuscade oü tombe tout un detache- 
ment de ii hommes armes, allant ä l'eau, dont 8 sont tues et les 
3 autres blesses; ce sont, encore sous Selouan, le 12 octobre, une 
escarmouche oü un officier de cavalerie est blesse, le 13, une 
demonstration plus nombreuse, qui exige de nouveau l'emploi de 
1'artillerie, le 14, une sorte d'attaque reguliere, ä laquelle on se 
voit oblige d'opposer le bataillon de chasseurs de Ciudad Rodrigo; 
c'est enfin, — en laissant momentanement de cöte, pour rester 
sur le meine terrain, le ccmbat du 17 octobre, sous Nador, auquel 
on reviendra, tout ä l'heure, — la surprise tentee, le 18 octobre, 
contre la garnison de Selouan, dont on parlera aussi plus loin, 
qui provoqua la sortie d'un fort detachement mixte, commande 
]»ar don Carlos en personne et qui ne fut pas repoussee sans 
pertes. 

C'est par une sorte d'exception que Faffaire du 17 octobre, dont 
le theätre fut la partie inferieure de la vallee du rio del Cavallo 
(oued Youksen), au lieu d'avoir ete imposee aux Espagnols par 
leurs adversaires, fut voulue par eux ou, du moins, fut la conse- 
quence d'une Operation ä tendances offensives dont l'initiative 
leur appartint. Quoique peu grave en elle-meme, cette action 
merite, pour ce motif, d'etre brievement racontee. 

A force de passef et de repasser, depuis le 27 septembre, de- 
vant le debouche du rio del Cavallo et de l'observer, du haut des 
Mamelles de Nador, les generaux et officiers les plus qualifies 
du cor, s «-xpeditionnaire avaient fini par se rallier, en majori! . 
ä l'idee que cette vallee, largement ouverte dans sa partie basse, 
lee de pentes en apparence peu ardues et oü on discernait, 
/. clairement, une serie de villages facilement abordables, qui 
I fournir ä une offensive methodique, appuy^e <l'une ar- 



Ii)0 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

tillerie de campagne ä tir rapide, une succession d'utiles points 
d'appui, ouvrait reellement le chemin relativement le plus aise, 
le plus direct et le plus sür pour atteindre l'oued Kert. 

Tout en organisant, dans un but d'abord purement defensif, 
les trois sommets du mont de Nador, en y preparant meme Teta- 
blissement de quelques pieces de 15 cm (pour le passage desquelles 
fut ouverte, sur les pentes occidentales du mont, une veritable 
voie carrossable), on avait fouille le terrain, ä la lunette, repere 
la distance des premiers points d'appui, qui ne semblaient pas 
etre hors de la portee de l'artillerie des ouvrages et cherche ä se 
documenter, de toutes manieres, sur les conditions d'un mouve- 
ment en avant, par cette voie. (Test alors, qu'ayant ete ecartee, — 
on ne sait pourquoi, — l'idee naturelle d'en charger (avec quelques 
canons et mitrailleuses et un solide soutien d'infanterie) la belle 
cavalerie dont on disposait, on songea ä faire reconnaitre la 
vallee, par la section aerostatique, qui avait rendu de bons 
Services, d'abord, sous Melilla, puis ; ä la Restinga et dans la 
plaine d'Arkemann et qui fut ramenee, ä cet effet, ä Nador, 
par le nord de la Mar-Chica, la Secunda Gaseta et le col de 
TAtalayoun. 

Pour appuyer le ballon, dans cette reconnaissance, il avait ete 
forme, sous le commandement du general Aguilera (1), une co- 
lonne mixte, forte de 2 bataillons d'infanterie (2), 2 escadrons 
et demi de cavalerie (3) et 1 batterie de campagne de 75 mm (du 
Greusot). 

Le 17 octobre, vers 8 heures du matin, cette troupe quitte 
Nador, se dirigeant sur Barakas, couverte par les pelotons de 
Marie-Christine, qui assurent le Service de sürete. A 9 heures, 
Tavant-garde (deux compagnies) a atteint une crete en bordure 
de Toued Barakas, oü eile se deploie; peu apres, une troisieme 
compagnie (du gros) vient prolonger la ligne, ä gauche, tandis 



(1) Seul general de brigade present ä la l re division, jusqu'ä l'arrivee du general 
Lopez Herrero, nomme, le 5 octobre, pour remplacer le general D. Vicarios dansle 
commandement de la 2 e brigade. 

(2) Deux bataillons du regiment de Leon, appuyes ensuite par un bataillon du 
rögiment du Roi, etabli en repli, au pied du mont de Nador, pour soutenir la 
retraite. 

(3) Deux pelotons du regiment de Marie-Christine et deux escadrons du regiment 
des lanQJers de la Reine (arrives depuis quarante-huit heures). 



OPERATIONS MlUT.VlUKs IOI 

que la section aerostatique (1), suivie elle-m§me, ä quelque dh- 
tance, par l« 1 reste de la colonne, s'avance en ])laine; l'ensemble 
du dispositif est flanqu£, ä gauche, par les escadrons de ianciers. 
L/ennemi, qui . bientot, mais sans marquer d'abord d'inten- 
tions de resistance, a couronne les cretes opposees, tant sur les 
contreforts sud-est du Gourougou que sur les pentes nord du 
massif des Boni-bou-Ifrour, commence ä en descendre, lorsque, 
pour appuyer la progression du ballon, labatterie de 75 mm ouvre 
Le feu contre los villages. Tandis que les uns, restes sur place, 
commencent ä tirer, ä grande distance, contre l'avant-garde, les 
autres s'efYorcent visiblement de gagner de vastes vergers qui 
barrent presque entierement la vallee, d'un flanc ä l'autre. Leur 
nombre est assez considerable pour que les canons de Si- Ahmed- 
el- Hadj et de Taouima (2) et ceux des batteries du mont de 
Nador (3) ouvrent, simultanement, contre eux un feu probable- 
ment peu eflicace, ä cause de la distance, mais qui parut suffire 
pour maintenir les Marocains ä distance. En fait, jusqu'ä 10 h 30 
du matin, — heure oü le ballon signale qu'il a termine ses ob- 
servations, — la colonne n'a encore subi aucune perte; mais la 
difliulte, comme toujours, va commencer avec la retraite, d^nt 
Tordre est alors donne. 

Pour faciliter le repliement des compagnies d'avant-garde et 
permettre, en meme temps, ä Tartillerie de se reporter sur une 
position en arriere, distante d'environ 800 metres, les escadrons 
de Ianciers s'avancent, au trot; mais Tennemi n'a pas perdu de 
temps pour contre-attaquer, des qu'il a vu amorcer le mouvement 
de retraite et un gros de fantassins marocains, venant de Souk- 
el-Khemis, par le ravin de Toued Nesra et par les pentes du 
mont Afra, s'avance vivement pour deborder le flanc gauche. 
Prise en tete et en flanc, la cavalerie se replie, n'ayant eu, d'ail- 
leurs, que deux chevaux blesses et son role dans l'action parait, 
des lors, ä peu pres termine. 

L'infanterie, d'autre part, poursuit posement sa marche retro- 



(1) La section possedait deux ballons : Tun, spherique « Urano •>, l'autre, cylin- 
drique, dit ballon-comete, « Reina Victoria » ; c'est ce dernier qui fut employe pour la 
reconnaissance du 17 octobre. 

(2) Ces deux postes distants de 5.000 ä 5.500 metres. 

(3) Distante.; de 3.500 ä 4.000 metres. 



l52 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

grade, par echelons, activement soutenue par la batterie de 75 mm , 
qui tire ä mitraille contre les vergers, que les Marocains ont fini 
par atteindre et dont ils bordent les lisiares, mais dont le feu de 
l'artillerie les empeche de deboucher. C'est au cours de ce combat 
de feux que le commandant Perinat, du regiment de Leon, qui 
dirige, — ä chevaL — la retraite des compagnies d'arriere-garde, 
est tue d'une balle en plein corps. II est environ 1 heure du soir 
lorsque ce vaillant officier superieur tombe, au cri de : « Vive 
l'Espagne ! » 

Le mouvement se poursuite neanmoins, avec beaucoup d'ordre 
relatif et de calme, — Tennemi ayant renonce ä poursuivre, 
ä decouvert, — et il n'est guere plus de 2 heures du soir quand 
les troupes regagnent leurs bivouacs respectifs. L'operation avait 
coüte aux Espagnols 3 tues (dont le commandant Perinat) et 
16 blesses (dont 1 medecin et 1 lieutenant) (1). 

Les Marocains furent plus prompts ä la riposte que ne l'avaient 
ete leurs adversaires apres le combat du 30 septembre, car c'est 
dans la nuit du 18 au 19 octobre, que, profitant d'une forte 
pluie et de Tobscurite pour sortir des couverts oü les avait rete- 
nus, le 17, la crainte du canon, ils vinrent s'attaquer ä la re- 
doute meme de Nador. Apres un combat de feux, commence un 
peu avant minuit et longtemps prolonge, ils dirigerent contre 



(1) On a connu quelques-uns des resultats acquis au cours de la reconnaissance 
du 17 octobre, par la publication qu'a faite le Memorial de Ingenieros (loco citalo) 
de deux des vues perspectives, prises du ballon, durant cette matinöe. Toutes deux 
6taient interessantes : l'une, parce qu'elle apportait une assez claire vue d'ensemble 
du mont Gourougou, avec sa profonde coupure interieure et les six (meme sept) som- 
mets dejä reconnus au cours de l'operation du 29 septembre; l'autre, parce qu'elle 
donnait une certaine confirmation aux hypoth^ses formees sur l'importance militaire 
du passage d'Alslatten pour franchir la ligne de partage et gagner roued Kert et sur 
les facilites qu'offrirait, probablement, le plateau de Tazoudja, pour Tetablissement 
d'une place d'armes centrale. 

Mais, ni Tun ni l'autre, — comme on le rappellera, avec un peu plus de details, 
quand on essaiera de deduire quelques-unes des legons de la guerre — n'apportait 
de precisions comparables ä Celles que se flattent d'obtenir, de pareilles reconnais- 
sances, certains partisans passionnes de l'aeronautique militaire et telles qu'il en 
eut fallu, sans doute, pour fixer les resolutions du general Marina. II ne fut donne, 
en effet, aucune suite immediate au projet d'une Operation d'ensemble contre Alslat- 
ten et il y a meme quelque lieu de penser que l'examen de l'un des panoramas en 
question ait contribue ä en eloigner, au contraire, le general en chef, en lui inspirant 
une crainte exageree des diffir.ultes qu'offrirait une attaque eventuelle du plateau 
de Tazoudja. 



OPK11ATIONS MILITAIRES 



53 



plusieurs points de l'enceinte des tontatives d'assaut menees 
z vigoureusement pour provoquer im comnipncpinent de pa- 
nique (1). — bientöt calmt-e, du reste, par la ferme attitude du 
gi iu' i ral Orozco et de ses ofliciers, — et qu'ils renouvelerent, a 
diflförentes reprises, jusqu'au lever de l'aurore, oü ils disparu- 
rent, II en avait coüte aux Espagnols 5 nouveaux blesses. 

II parait de quelque interet de noter, ici, que l'engagement du 
17 octobre fournit ä la garnison de Selouan, — qu'on avait evi- 
demment omis d'aviser, — l'occasion de montrer le louable es- 
prit de solidarite dont les troupes espagnoles n'ont cesse de faire 
preuve, durant toute la campagne. Mis en eveil par la canonnade 
prolongee entendue vers Nador, le general Tovar n'hesita pas ä 
former, vers midi, une colonne de secours, forte de 5 escadrons (2), 
3 bataillons (3) et 2 batteries (4), dont il donna le commandement 
ä l'Infant don Carlos. Le Prince, partant aussitöt en avant-garde 
a\ ec la cavalerie et faisant suivre le gros, sous les ordres du 
colonel Arraiz, ne s'arreta qu'ä Taouima (11 kilometres), oü il 
apprit la fin de Foperation. Renoncant, naturellerrent, ä pour- 
suivre, il s'y arreta dans l'espoir (qui ne se realisa pas) de ra- 
masser quelque %oum revenant de Nador et rentra ä Selouan, ä 
la fin de la journee, avec sa colonne reunie. 

C'est le lendemain (18 octobre), comme s'ils avaient cherche 
une revanche de leur demi-echec de la veille, que les Marocains, 
tenterent, devant Selouan, la surprise, dejä signalee, qui fut assez 
serieuse pour qu'il fallüt leur opposer des troupes de toutes 
armes. 

L'attaque se produit, cette fois, au milieu du jour (1 heure du 
soir), mais assez loin de la casbah (1.500 metres) et dans le ter- 



(1) Cette emotion se manifesta, en particulier, chez quelques mercantis europeens 
autoris^s ä habiter la redoute, qui se precipitörent vers la plage, s'embarquerent 
dans quelques chalands et ne reparurent que longtemps apres le jour. 

(2) 3 escadrons de hussards de Pavie, 1 escadron d'Alphonse XII et 1 escadron 
de Lusitania. 

(3) Bataillons de chasseurs de Segorbe, Llerena et Ciudad Rodrigo. 

(4) Dont une de campagne (du Creusot) et une de montagne. 



1 54 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

rain, bas et coupe, qui entoure la Koubba, oü les Marocains es- 
perent, sans doute, echapper aux vues et aux coups de Fartil- 
lerie. Leur objectif immediat semble avoir ete de s'emparer des 
chevaux d'unites rentrees, peu auparavant, du convoi et qu'on 
mene ä Fabreuvoir. Les pelotons du Service permanent de sürete 
s'engagent vivement contre eux, mais doivent bientot rendre 
compte qu'ils sont debordes. 

Sur le premier compte rendu qui lui en a ete fait (1), le gene- 
ral Tovar a fait sortir, d'apres le plan d' alerte, trois escadrons, 
que commande le colonel de La Fuente, des hussards de Pavie; 
deux de ces escadrons (du regiment de hussards) attaquent de 
front, pendant que le troisieme (d'Alphonse XII) essaie de 
tourner Fennemi, ä gauche. Celui-ci tenant bon et faisant un 
feu tres vif, quelques pelotons mettent pied ä terre pour y re- 
pondre. Cependant, le combat se prolonge et, bien qu'appuyee 
encore par Fescadron de Lusitania, qui, revenu du convoi le 
dernier, a marche spontanement et resolument au feu, la cava- 
lerie espagnole n'arrive pas ä prendre le dessus. 

Le general Tovar envoie, alors, aux escadrons Fordre de rom- 
pre le combat et de se replier, sous la protection du bataillon de 
Segorbe et d'une batlerie de campagne, qui sortent de la casbah, 
sous la conduite du general Alfau. Bientot apres, survient egale- 
ment FInfant don Carlos, qui prend le commandement superieur, 
en vertu de son rang d'anciennete et sur Fordre de qui se deploie 
le bataillon, appuye par la batterie. 

Le combat, d'ailleurs, se prolonge peu, car il a sufFi que Fartil- 
lerie, marchant aux allures vives, ait couronne une crete domi- 
nante et ouvert le feu contre les Marocains, pour que ceux-ci 
renoncent, presque immediatement, ä la lutte et disparaissent 
bientot dans les nombreux ravins, affluents de Foued Selouan, 
oü ils ne sont poursuivis que par quelques salves. Avant 6 heures, 
les troupes sont rentrees dans leurs campements, ayant fait 
preuve de vigueur et d'entrain et applaudissant leurs generaux. 
Les pertes sont : 1 sous-ofFicier (2), des hussards de Pavie, tue; 



(1) Par le commandant Montoya, des hussards, qui fut lui-memegrieveraentblesse, 
au cours du combat. 

(2) Le marechal des logis trompette. 



OPERATIONS MILITAIRES I 55 

1 officier supe>ieur (l* 1 commandanl Montoya) et LO cavaliers du 
ni§me regiment, blessäs (1). 

Les (Mit os »Mi chevaux sont, d'autre part : 4 chevaux tues et 
6 blosses, dos hussards ; 4 chevaux blesses, de l'escadron d'Al- 
phonse XI] et 2 chevaux, egalement blesses, de Fescadron de 
Lusitania. 

On a un peu insiste sur les circonstances des combats des 17 
et 18 octobre, moins en raison de leur importance propre, qui 
a ete minime, que parce que ces petites rencontres, entre Espa- 
gnols et Marocains, ont ete, depuis le combat du 30 septembre 
jusqu'ä l'operation du 26 novembre qui a marque la clöture 
ofilcielle des hostilites, les seules qui puissent, ä la rigueur, rentrer 
dans la categorie des Operations militaires actives qu'on avait 
fiitrepris de raconter. 

Durant ces deux mois, en effet, ainsi qu'il a dejä ete indique 
pour les premieres semaines du mois d'octobre, la vie des troupes 
du corps expeditionnaire, quand eile n'a pas ete absorbee par la 
lutte contre les intemperies, — dont la serie a commence le soir 
du 18 octobre, et qui ont ete, en 1909, plus frequentes et plus 
dures qu'ä i'ordinaire, — s'est depensee en travaux obscurs ou en 
corvees plus ingrates encore, bien que les uns et les autres aient 
entraine leur part de peines et de souffrances, courageusement 
supportees et n'a guere ete variee que par les exasperants inci- 
dents d'une veritable guerre de sauvages soutenue contre un 
adversaire, sans pitie comme sans foi, devenu d'autant plus 
audacieux qu'on semblait le menager davantage. Le recit en 
serait aussi fastidieux ä ecrire que penible ä lire et on ne s'y 
essaiera pas (2). 



(1) Comme apres le combat du 30 septembre et en raison de la meme insuffisance 
de ressources sanitaires locales, les blesse\s du 18 octobre furent, le lendemain 19, 
övacues sur Nador, puis, par la Mar-Chica et par le chemin de fer de la Bocana, diriges 
sur les höpitaux de Melilla. 

(2) On en jugera, facilement, par la lecture de quelques extraits, qui suivent, d'un 
releve journalier des faits militaires de la seconde quinzaine d'octobre. 

15 octobre. — Convoi journalier Selouan — Nador, escorte par 3 bataillons et 
3 escadrons, sous les ordres du colonel Arraiz. 

Meme jour. — Autre convoi (de chameaux) mis en route de Nador sur Selouan, 
•scorte par un escadron des lanciers de la Reine. 



I JO LES ESPAGNOLS AU MAROG 

Par contre, bien qu'il s'agisse, lä, davantage, de politique que 
des affaires proprement militaires auxquelles on aurait aime 
ä se borner, il faut, ä cause du lien etroit qui les unit, aborder, 
maintenant, la question qui a rempli, en realite, — au moins 
pour le commandement, — la fin de cette languissante periode, 
c'est-ä-dire, celle des negociations conduites, concurremment 
avec une commission cherifienne et, en partie au moins, par son 
intermediaire, en vue de la pacification. 

Ce fut, pour ceux des membres du corps expeditionnaire qui 
voyaient au delä des preoccupations de Theure presente et pour 
les amis de TEspagne qui, du dehors, suivaient, avec interet et 
Sympathie, la lutte bravement soutenue par son armee contre la 
barbarie et Tanarchie rifaines, une surprise doublee d'un veritable 



16 octobre. — La brigade Carbo (debarquee les 8 et 9 octobre) est passee en revue 
par le general Marina sur Tesplanade de Rostrogordo. 

17 octobre. — Le croiseur Carlos Quinto et le contre-torpilleur Osado bombardent 
les villages maritimes avoisinant le cap Punta Negri, dont les habitants ontfusille la 
canonniere Pinzai, qui y avait mouille. 

18 octobre. — Dans la nuit du 18 au 19, les indigenes, ä la faveur d'une pluie tor- 
rentielle, attaquent le camp de Nador. Cette attaque par le feu, entrecoupee de 
tentatives d'assaut, dure jusqu'au jour et coüte aux defenseurs 5 blesses. 

Meme jour. — Convoi journ alier Selouan — Nador, escorte par 2 bataillons et 
demi et 4 escadrons, sous les ordres du colonel Garrido, de Tartillerie. Legeres 
hostilit^s ä l'aller; calme au retour. 

19 octobre. — Le mauvais temps, qui a defonce les pistes et grossi les cours d'eau, 
rend tres difficile l'evacuation des blesses de Selouan, du 18, sur Melilla, par Nador 
et la Mar-Ghica. 

20 octobre. — La pluie, qui n'a guere cesse depuis le 18 au soir et qui dure encore, 
a produit sur la troupe les effets les plus deprimants; dans la seule division Orozco, 
campee ä Nador, 400 malades sont ä evacuer. 

Meme jour. — Convoi journalier Selouan — Nador, escorte par 5 escadrons de cava- 
lerie, sans incidents. 

Meme jour. — Devant Selouan, un soldat" (du bataillon de Las Navas), blesse, 
dans le camp, par une balle (Mauser) tiree par un maraudeur. 

21 octobre. — Nuit troublee, ä Selouan, par le tir frequent de rödeurs marocains. 
Meme jour. — Convoi Selouan — Nador escorte par 3 escadrons: eprouve les plus 

grandes peines ä franchir le rio del Cavallo. 

Meme jour. — Deplacement du camp inferieur de Nador, inonde;le nouveau camp 
est etabli en bordure du village (detruit) et entoure d'une enceinte, avec batterie. 

Meme jour. — Durant la nuit du 20 au 21 octobre, des tentatives sont faites, ä 
la faveur du mauvais temps, pour surprendre certains des ouvrages du Souk-el Had 
(2 e division). L'ennemi aborde les parapets et coupe, en certains points, les reseaux 
de fil de fer. Le combat, qui dure environ une heure, a coüte 1 officier blesse et 5 sol- 
dats egalement blesses (des regiments de Burgos et du Prince). 

25 octobre. — La brigade Aguilera (regiments de Leon et du Prince) est relevee, ä 



OPERATIONS MILITAIRES I 57 

de^enchantement d'apprendre, inopine'ment, i'embarquement, a 
Tanger, 1»' 21 octobre, sur un bätiment de guerre espägnol, d'une 
mission enyoye'e ä Melilla par le sultan Mouley Hafid, dans le 
but de s'employer ä mettre fin au conflit hispano-marocain. 
Mais, si etonnant qu'il parüt que le gouvernement du Roi 
oonsentlt ä laisser, ou ä faire intervenir le makhzen dans le 
reglement d'une afYaire qu'il avait tenu ä honneur d'engager. 
Beul ei sans ad mettre personne ä discuter ses griefs, il etait 
plus surprenant encore qu'il crüt possible de traiter serieusement 
de la paix, sur la base de succes militaires encore aussi incom- 
plets. 



Nador, par la brigade Carbo (regiments de Cerinola et de San Fernando) et rentre 
a Melilla. 

Mime jour. — Convoi journalier Selouan — Nador, escorte par 4 escadrons. 

Meine jour. — Convoi periodique Melilla — Taurit, escorte par un bataillon de 
chasseurs (Figueras). 

Mime jour. — Continuation des travaux d'installation et de defense, ä Selouan et 
ä Nador. 

27 octobre. — Etablissement sur le mont de Nador d'une seconde batterie (de 
(Saint-Chamond). 

Meme jour. — L'infanterie n'escortera plus, desormais, les convois qu'entre 
Selouan et Taouima ; la cavalerie assurera seule les escortes entre Taouima et 
Nador. 

Mime jour. — Le bataillon de chasseurs de Barbastro est envoye de Melilla ä 
Selouan. 

Meme jour. — La garnison du camp de Souk-el-Had est reduite aux quatre ba- 
taillons de la brigade Ayala, avec deux batteries et deux escadrons. La brigade 
Brualla rentre ä Melilla. 

Mime jour. — Grande pluie : tempete. 

28 octobre. — Le bataillon de chasseurs de Figueras est envoye de Melilla ä Selouan, 
par permutation avec le bataillon de Llerena. 

Mime jour. — Le general Munoz Cobos, qui remplace le general Orozco (nomme 
sous-secretaire d'fitat), prend le commandement de la l re division. 

20 octobre. — A la faveur du mauvais temps, les Marocains insultent, ä diverses 
reprises, pendant la nuit du 28 au 29, les camps de Selouan et de Nador. 

30 octobre. — Deux batteries (de Saint-Chamond) sont dirigees, sous l'escorte d'un 
escadron, de Melilla sur Nador et Selouan. 

Mime jour. — Le regiment de lanciers de la Reine rentre de Selouan ä Melilla. 

31 octobre. — Le regiment des hussards de Pavie et le regiment d'infanterie de 
W t't Ras rentrent de Nador ä Melilla, avec deux batteries de 75 mm de la l re division, 
la troisieme batterie reste affectee ä l'armement du camp inferieur de Nador. 

Mime jour. — Installation d'une ambulance de garnison — sous tente-baraque 
— aupres de l'appontement de Nador. 

Meme jour. — Canonnade assez vive, devant Selouan, par les batteries du Kalb 
el-Tor (Saint-Chamond) et par Celles des Ouled-Hamou (Creusot), cöntre de nombreux 
Marocains paraissant animes d'intentions offensives, que le feu de l'artillerie decide 
a la retraite. 

Mime jour. — Convoi Selouan — Nador suspendu, ä cause de l'etat de la piste... 



1 58 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

Sans doute, gräce ä un deploiement de forces considerable et 
ä d'habiles combinaisons de mouvements, le corps expedition- 
naire, — apres de laborieux debuts, — avait fini, sans qu'il lui 
en coütät trop eher, par sortir de Timpasse de Melilla, dont il 
tenait, desormais, — ä Nador, — le debouche meridional, de meme 
qu'il avait reussi ä oecuper, ä peu pres sans Opposition, au nord, 
le petit district du Djebel Ouark (1) et, au sud, la casbah de Se- 
louan; de sorte qu'en y ajoutant la marge littorale comprise 
entre la Bocana et Cap de FEau, acquise, diplomatiquement, 
avant la campagne, on pouvait faire etat, pour le public, de con- 
quetes representant, peut-etre, une centaine de kilometres de 
cötes. 

Mais il etait trop evident, qu'en realite, TEspagne ne possedait 
encore, en dehors du canton nord, borde par la mer sur trois 
cötes et couvert, face au sud, par le profond fosse du rio de 
Oro, qu'un long et etroit defile, protege par une ligne de postes 
defensifs astreints ä se maintenir constamment sur le qui vive, 
plus, une large plaine, non limitee au sud, oü les convois ne 
pouvaient circuler que sous la protection de fortes escortes; 
que, d'autre part, si ses adversaires avaient, quelquefois, paru las 
de la lutte et peut-etre decourages, on ne pouvait se flatter de 
les avoir jamais serieusement battus; que, des lors, la position 
de ses troupes africaines, s'il leur fallait demeurer indefmiment 
etablies en bordure de la montagne, — toujours inconnue et 
invaineue, — ä seule fin d'assurer la liberte relative du passage, 
ne serait, ni facile, ni peut-etre meine possible; qu'enfin, il serait 
presque sans objet d'aeeepter cette Situation, aussi onereuse que 
penible et humiliee, car eile irait ä Tencontre d'un des princi- 
paux buts poursuivis, aueun courant commercial serieux et re- 
munerateur ne pouvant s'etablir sur une ligne oü la securite 
resterait, dans ces conditions, necessairement incomplete et pre- 
caire. 

Vouloir traiter, sur de pareilles bases, avec des Berberes, 
c'est-ä-dire, avec des gens qui ne connaissent, ni les victoires 
pacifiques, ni. la conquete par persuasion et dont la loi fonda- 



(1) Partie septentrionale de la presqu'ile, oecupee par une partie de la tribu des 
Beni-Sicar. 



OPERATIONS MILITAIRES I 5g 

mentale, — surtoul vis-a-vis d' in/ideles, — est de ne d^sarmer 
qu'apros avoir subi la loi du sabre, (Mail im r£ve decevant, qui 
pourrait, peut-etre, eonduire ä une tr§ve, jamais a une paix se*- 
rieuse. etablie sur des hases acceptables et ofYrant de süffisantes 
garanties de duree. 

C'etait bien, cependant, quoique, peut-etre, avec quelques 
restrictions mentales chez les promoteurs de 1'afTaire, ä quoi 
tendait ['Intervention inattendue, — en plein theätre dela guerre 
et au cours meine d'operations qu'on se declarait deeide ä pour- 
suivre, — des membres de la commission cherifienne; et, bien 
que les choses aient pris, ulterieurement, pour Favantage et 
Thonneur de l'Espagne, un cours moins artificiel, il demeure de 
quelque interet d'y insister, ne füt-ce que pour donner la clef 
des singulieres manceuvres dont la banlieue de Melilla allait 
etre le theätre et pour en prendre occasion d'en faire ressortir 
l'erreur. 

Des la premiere heure, cette surprenante combinaison politico- 
militaire avait ete indiquee dans la communication de presse, 
incontestablement officieuse, oü fut annonce le depart, de Tanger 
pour Melilla, de la mission marocaine et oü Ton definissait le röle 
des representants du makhzen en disant qu'ils s'emploieraient ä 
faire admettre aux Rifains l'occupation temporaire, par l'Espa- 
gne, des points actuellement tenus par ses troupes, ä la condition 
que ceües-ci navancenl plus et n'oecupent aueune nouvelle Posi- 
tion. 

La meme idee, — ce qui ne saurait surprendre, car eile fait 
le fond meme du compromis virtuellement aeeepte, — se retrouve 
exprimee, en ces termes, par un organe egalement officieux, au 
lendemain meme de Toperation, toute paeifique d'ailleurs, du 
7 novembre, dont on va parier, qui a etendu de 1 ou 2 kilo- 
metres vers l'ouest les antiques limites de la possession espa- 
gnole : « Avec Theureuse Operation d'hier, sur les hauteurs du 
Gourougou, la periode active des Operations est terminee. L'action 
espagnole, au Maroc et sur le theätre des Operations, entre dans 
une phase nouvelle... et, sauf le cas, improbable, oü la Harka 
attaquerait, les troupes vont, surtout, avoir a s'oecuper de tra- 
vaux de fortification, de routes, etc. » 



l6o LES ESPAGNOLS AU MAROC 

Enfin, — et il s'agit ici, non plus de Communications de presse, 
qu'on peut toujours desavouer, mais d'un texte semi-officiel, 
qui traduit, ä n'en pas douter, les vues de commandement, 
voici comment la notice sur Le Genie ä Melüla, publiee dans le 
Memorial de Ingenieros del Ejercito (numero d'octobre) traite, ex 
projesso, la meme question : 

« ... L'Espagne s'est vue forcee de remplacer le sultan du Maroc, 
dont l'autorite sur les tribus du Rif etait impuissante ä nous faire 
respecter. Cela nous a conduits, apres de rüdes combats, jus- 
qu'aux positions que l'armee occupe ä present. Ges positions 
nous devons les garder, puisque les causes qui nous ont pousses 
ä les prendre subsistent et qu'il faut, autant que possible, tenir les 
Maures eloignes de Melüla. 

« Les nouvelles positions embrassent une partie du territoire des 
Guelaya... Leur choix, de meme que leur Organisation, doivent 
avoir une valeur militaire, ä la fois defensive et offensive : valeur 
defensive, pour eviter, le plus possible, dans un pays aussi acci- 
dente et avec des habitants comme les Rifains, toute espece 
d'incursion...; valeur offensive, dans un double but : d'abord, 
pour menacer de nos feux tout ce qui peut interesser Thabitant 
et etre detruit, de nos positions memes, — en somme, une espece " 
d' offensive passive, — puis, pour continuer Faction militaire et se 
servir de ces positions comme d'une base pour une offensive ulte- 
rieure, dans le cas oü eile serait necessaire... 

« Au sujet de Torganisation defensive, sans pretendre construire 
une espece de muraille de la Chine, ilsera convenable de limiter, 
le plus possible, les passages dangereux et de bien les surveil- 
ler... Le Zocco des Beni-Sicar (Souk-el-Had) et Hidoun, ou un 
point voisin de la rive gauche du rio de Oro, d'oü Ton decouvre 
la Mediterranee, les Trois-Fourches, Melilla et la Mar-Chica, sont 
des positions qui battent les flancs du Gourougou.... Avec cela, 
le cap, oü Ton a eleve un phare et peut-etre quelque autre posi- 
tion intermediaire, cette partie du territoire des Beni-Sicar est 
assureo... 

« La domination de la cöte sud-est de la Mar-Chica et Yentreede 
la plaine de Selouan et du territoire des Kebdana peut s'obtenir, 
par la Restinga, qui est tout proche de Souk-el-Arba et de 
Nador, etc.. Surtout, ce qui est necessaire, ce sont des chemins. 



OPERATIONS MILITAIRES I 6 I 

beaucoup de chemins, pour conduire aux positions, bien couverts 
et bien difites, d'autres, pour relier ces positions entre elles, etc. » 
El ces developpemeuts, — oü il est curieux de retrouver, 
presque mot pour mot, les considerations sur lesquelles sc ba- 
laient, en 1842, au Parlement fran$ais et jusque dans 1'armee 
d'Afrique, les promoteurs de cette Occupation restreinte, contre 
laquelle la haute autorite du general Bugeaud suflisait ä peine a 
lutter (1), douze ans apres la prise d'Alger, — se traduisent, aus- 
wtöt, en faits. Et c'est leur mise en ceuvre, si contraire aux vrais 
principes d'action militaire et si peu adequate aux circonstances, 
qui devient le but des Operations dont on va maintenant parier, oü 
le commandement se plait ä voir le couronnement de son ceuvre! 

C'est, en efTet, ce que prepare le general commandant en chef 
lorsque, aux derniers jours du mois d'octobre, il remanie, sur des 
bases nouvelles, — d'oü l'idee d'offensive s'efface de plus en 
plus, — la repartition de ses forces, sur le theätre des Operations. 
Le nouveau groupement succedant ä celui qui a recu son execu- 
tion le 5 octobre s'opere entre le 1 er et le 4 novembre. Les deux 
groupes nord et sud y subsistent; mais, tandis que le groupe 
d'occupation du secteur sud, — celui oü Ton aurait quelques 
chances, en le cherchant, de rencontrer Tennemi et d'obtenir 
des resultats proprement militaires, — ne se compose plus que 
de 8 bataillons d'infanterie, 4 escadrons de cavalerie et 2 batte- 
ries de montagne, avec 6 batteries de position et les Services 
correspondants (2), soit, au total, 6.500 ä 7.000 hommes, en 



(1) « L'auteur de cette conception, dit M. Camille Rousset, elait un v6te>an de 
« l'Empire, le general Rogniat. C'ötait bien, de son propre aveu, la muraille de la 
« Chine qu'il proposait d'opposer, autour de la Mitidja, aux depredations des Arabes. 
f Un oftlcier du genie,commelui,le general de Berthois, aide de camp du Roi et membre 
« de la Chambre des deputös, s'^tait Charge d'appliquer ses principes,.... Seulement, il 
« les avait restreints dans les limites d'un triangle qui, ayant la mer pour base, allait 
« de Kotea ä Blida et de Blida ä l'embouchure de l'Harrach. Cette ligne, d'un deve- 
i loppement de 7 lieues ä l'ouest, de 12 ä l'est (75 kilometres), devait etre tracöe par un 
« fosse continu , infranchissable, appuye de cent soixante blockhaus » {Conqucte de V AI- 
gerie, 1 er vol., p. 122). 

(4 bataillons de la l re brigade de chasseurs (Madrid, 
Barbastro, Figueras et Las-Navas ; 
1 escadron du regiment de Lusüama ; 
(sous les ordres du general de batterie de mon tagne; 

nngaae Airau) i 2 batteries de posäion (de Saint-Chamond); 

' Infirmerie et Services. 



I ES ESPAGNOLS AC MAHOC 



IÖ2 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

quelque sorte, immobilises par destination, le groupe nord com- 
prend, outre 14 bataillons de chasseurs (sur 18), les l re et 2 e di- 
visions tout entieres, la brigade permanente de Melilla et 13 es- 
eadrons de cavalerie, soit 28.000 ä 30.000 hommes, reunis, — le 
Souk-el-Had en plus, — sur le terrain meme qu'occupait, le soir 
du 9 juillet, la faible garnison de Melilla. 



Quoi qu'il en soit de ce rapprochement et des commentaires 
qu'il pourrait suggerer, la moitie environ des troupes du groupe 
nord, sur des ordres donnes inopinement dans la nuit du 5 au 
6 novembre, se trouvent, le 6 au matin, rassemblees sur le 
champ de tir (en decä des forts de Cabrerizas Altas et de Ros- 
trogordo), formees en quatre colonnes, disposees elles-memes en 
echelons, dans Tordre suivant : 

Premier groupe, en avant et ä droite, sous le com man dement 
de Tlnfant don Garlos, 3 bataillons de chasseurs (Cataluna, 
Chiclana, les Arapiles), 2 escadrons de cavalerie (des Hussards de 
Pavie), 1 batterie de montagne, 1 compagnie du genie, 1 section 
d'ambulance et les Services; 

Deuxieme groupe, sous les ordres directs du general Morales, 
avec qui marche le general de division Tovar, 3 bataillons de 
chasseurs (Talavera, Segorbe et Llerena), 2 escadrons de cava- 
lerie (des Hussards de Pavie et du regiment d'Alphonse XII), 
1 batterie de montagne, le genie, Tambulance et les Services. 

Le general Marina, qui a garde ä sa disposition 2 escadrons 
des Lanciers de la Reine et qu'accompagnent les generaux Huerta 
et del Real, se rattache, pour la marche en avant, au deuxieme 
groupe; 

Troisieme groupe, commande par le general Lopez Herrero, 



A Nador 

ommandei 

neral de brigade Carbo) 



4 bataillons (des regiments de Cerinola et de San 

Fernando ; 

i 3 escadrons du regiment des Hussards de Pavie ; 
(sous le commandementduge-< fa de mont 

3 batteries de posinon (de Saint-Chamond); 
Infirmerie et Services. 
A Taouima : 1 

(poste de liaison, recemment f 2 compagnies d'infanterie (detachees de Nador); 
reorganise, avec chemin cou-[l batterie de posilion (de Saint-Chamond). 
vert, batterie et reduit) ) 



OPERATIONS MtUTAIRRS l63 

avec (jui marche le general de division Munoz Cobo, \ batail- 
lons (des rögiments du Wad-Ras et de Savoie), 2 escadrons de 
öAvalerie (du rögiment de Marie-Christine), 3 batteries de mon- 
tagne, le genie, l'amhulanoe et les Services; 

Quatricmc groupe, sous les ordres du general Imaz, 4 batail- 
lons (dont le bataillon de chasseurs d'Alba de Tormes, 2 batail- 
lons du regiment de Leon ei l bataillon du regimcnt de Melilla), 
2 escadrons de cavalerie (des regiments des Lanciers de la Reine 
et de Trevino), 2 batteries de 75 mm de campagne (du Greusot [1]), 
le genie, l'ambulance et les Services. 

En outre de ces quatre groupes mobiles, la 2 e brigade de la 
division Sotomayor stationnee sous les forts du front nord de la 
place (2) est tenue prete ä agir, comme troupe disponible, avec 
la batterie de 75 mm (du Creusot) qui y est rattachee; ce sont donc, 
au total, 18 bataillons, 10 escadrons et 8 batteries (dont 3 de 
campagne, ä tir rapide), qui ont ete mis sur pied pour la circon- 
stance, sans parier du reste des troupes de la 2 e division (3), res- 
tees etablies au Souk-el-Had et qui vont constituer, en quelque 
sorte, le pivot de la manceuvre. 

Les ordres d'execution donnes pour cette Operation, ou se 
trouve, comme on voit, mis en ceuvre un effectif au moins double 
de celui dont le general Tovar a dispose, le 30 septembre, au com- 
bat du Souk-el-Khemis, fönt, aussi, la part un peu plus large 
ä Timprevu de la guerre. Outre que la tenue comporte le port de 
la tunique de drap (les hommes n'ayant encore, cependant, que 
le pantalon de toile et les espadrilles), ordre est donne de leur 
faire prendre le chargement reglementaire de campagne, avec 
deux jours de vivres, plus un repas froid (pour le premier repas 
du jour). On peut remarquer, egalement, la plus complete Orga- 
nisation des Services, — celle des ambulances, en particulier, — 
qui prouve que la pratique de la vie de campagne a fait son 
ceuvre inevitable et a appris aux etats-majors, encore un peu 



(1) Du groupe de la l re division. 

(2) La brigade Brualla (4 bataillons), de la 2 Q division, ramenee sous Melilla, le 
29 octobre. 

(8) La brigade Ayala (4 bataillons) avec les deux escadrons divisionnaires (du regi- 
ment d'Alphonse XIII) et les deux autres batteries de campagne de la division Soto- 
mayor. 



1 64 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

inexperimentes du debut, Fimportance considerable qui s'attache 
ä ces details. 

Le mouvement commence, vers 8 heures, par la mise en marche 
de la premiere colonne (colonne de droite, commandee par FInfant 
don Garlos), ä qui il appartiendra de s'elever au nord-ouest pour 
deborder Fobjectif, — qui n'est autre que Hidoun et les hauteurs 
au sud-ouest des anciens campements du general Tovar, — en 
passant par le chemin de Taourirt et en contournant le mont 
Ibidoun. 

Cet echelon est suivi, presque immediatement, par la colonne 
Moralf* s, jusqu'ä hauteur de Dar-el-Hadj-Bizan, oü eile deboitera 
de la route, pour prendre le chemin de Taxdirt, descendredans 
leravin de la Fontaine, puis, s'elever sur le plateau ravine qui 
s'etend au. nord du Rio de Oro, et se porter, ensuite, droit au 
sud, sur Hidoun. 

La troisieme colonne (generaux Munoz Gobo et Lopez Herrero), 
puis, la quatrieme (general Imaz), s'engagent successivement, 
enfm, sur la meme route ; la premiere, avec Tordre de gagner Tax- 
dirt, puis Hidoun, par les itineraires que le general Tovar a 
suivis, les 20 et 22 septembre, la seconde, pour s'arreter ä la ferme 
de Dar-el-Hadj-Bizan, oü eile devra, comme on sait, demeurer 
en reserve. La section aerostatique, etablie sur le glacis du fort 
de Rostrogordo, fait, entre temps, de frequentesascensions, pour 
fouiller les barrancos et surveiller la marche generale de Tope- 
ration. 

Dans aucune des trois premieres colonnes, les avant-gardes, 
qui ont pris, au depart, une formation d'approche, n'ont ä 
pousser jusqu'au deploiement, Tennemi ne s'etant rencontre 
nulle part; quant aux gros, ils executent une simple marche, en 
formation de route. Les distances ayant ete, d'ailleurs, exacte- 
ment calculees et les departs regles en tenant un compte süffi- 
sant des difficultes du terrain, la concentration s'opere, correc- 
tement et sans retard. 

La position que les colonnes viennent d'investir et que le 
commandement a tenu ä reoccuper, pour mettre le district du 
nord (soumis, des le 20 septembre) ä Fabri des entreprises des 
Marocains, — supposes devoir rester maitres du massif central 
et des pentes occidentales du Gourougou, — borde la rive gauche 



OPERATIONS MILITAIRES I 65 

du rio de Uro. vis-ä-vis du plateau du Souk-el-Had, avec qui 
alle forme une ligne ä peu pres perpendiculaire ä Taxe de la 
presqu'ile. Elle se compose essentiellement de trois hautes collines 
arrondies, dont la plus occidentale a vue et commandement sur 
une plage de la cöte ouest ; peu eloignee, au sud, de la baie de 
Los Charranes. 

Le general commandant eu chef, qui a suivi le mouvement des 
colonnes, donne, aussitöt, les ordres relatifs ä l'occupation, qui est 
reglee comme il suit : sur la colline ouest, le bataillon de chasseurs 
de Talavera, avec la batterie de montagne de la colonne Mo- 
ral »s; au centre et ä Test, la brigade Lopez Herrero (regiments de 
Wad Ras et de Savoie), avec une des batteries de montagne de 
la troisieme colonne; en echelon avance, vers le nord, le bataillon 
de rhasseurs de Llerena. Soit, au total, 6 bataillons et 2 batte- 
ries de montagne, auxquels s'ajoutent, sous le commandement 
Buperieur du general de division Munoz Cobo, les 2 escadrons 
de cavalerie divisionnaire (1), une 1/2 compagnie du genie et 
Tambulance de la troisieme colonne, avec 1 section heliogra- 
phique et les Services. 

Les points occupes de la position, — qui isole du reste de la 
qu'ile le massif du djebel Ouark et la pointe des Trois-Four- 
ches, — sont mis, immediatement, en etat de defense, par les 
procedes usuels. Un convoi de mulets et de chameaux portant 
un important materiel de campement, qui a suivi a distance, 
arrive assez tot pour que les 4.000 ou 4.500 occupants de la 
position, puissent, le soir meme, coucher sous la tente. Toutcs 
les autres forces sont, apres la grand'halte, remises en route sur 
Melilla. 

Le general commandant en chef, qui a rejoint Dar-el-Hadj- 
:i, so replie, avec la reserve (general Imaz), parle chemin de 
Ros1 -uordo. Le general Tovar, l'Infant don Carlos et les trou- 
pes non employees des trois premieres colonnes rentrent, de 
meme, dans la place, par une piste qui longe le cours du rio 
de Oro. A 5 h 30 du soir, cette simple marche militaire, executee 
- combat ni incident digne d'etre note (et qu'a appuye, le 
long de la cöte, le croiseur Estramadure), est entierement ter- 



i 1 1 ' • _ -:i ' •!•■ Marie-Christio». 



1 66 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

minee et toutes les tronpes ont regagne leurs casernements, 
cantonnements ou campements. 



Gette Operation ne remplissait, toutefois, qu'une partie des 
intentions du general Marina. II fallait encore, pour qu'on put 
considerer la banlieue immediate de Melilla comme suffisam- 
ment ä l'abri des incursions des occupants indigenes du Gou- 
rougou, reparer Ferreur commise le 29 septembre et reoccuper 
la position de la Mozquita (M on de Chadly), abandonnee par la 
colonne du lieutenant-colonel Aizpuru, quelques heures apres 
que celle-ci s'y etait etablie, le matin du meme jour. 

Mis en goüt, peut-etre, par Textreme facilite de la marche sur 
Hidoun, en tous cas ; avec une rapidite d'execution peu conforme 
aux habitudes, le general commandant en chef decida de pro- 
ceder, des le lendemain, 7 novembre, ä Toccupation de cette 
importante avancee du Gourougou. Et, comme ce jour etait 
un dimanche, il combina Toperation militaire proprement dite 
(qui n'exigerait, probablement, qu'un assez faible deploie- 
ment de forces) avec la ceremonie dominicale de la messe 
de campagne, ä laquelle la disposition du terrain, en amphi- 
theätre, permettrait d'associer presque toutes les troupes de la 
garnison et meme une partie de la population civile de Melilla. 
Gette Operation, que le general considerait, selon toute appa- 
rence, comme le dernier acte militaire important de la cam 
pagne, en recevrait une sorte de consecration religieuse faite 
pour toucher les ämes pieuses de la majorite des assistants, 
tout en pretant, d'autre part ; ä une mise en scene qui est, — 
sans acception de croyances, — dans les traditions et dans les 
goüts de la nation. 

Les mesures prescrites en vue de cette Operation se resument 
comme il suit : 

Reunion generale des forces, pour 6 h 30 du matin, en trois 
groapes, savoir : 

Premier groupe, sous les ordres du general de division Arison, 
gouverneur de la place (1), comprenant les deux brigades Imaz 



(1) Qui, dejä, avait dirige, le 29 septembre, l'ascension du Pic de Besbel. 



OPERATIONS MILITAIRES I 67 

el de! Real, ayant pour objectifs respectifs, los erstes d'Ait- 
Aixa et de la Mozquita e1 im palier rocheux en arriere de cette 
derniere. 

Rassemblement : a gauche, aupres de Fouvrage du Lavadero, 
de la brigade Imaz, forte de 5 bataillons (2 bataillons du regi- 
ment de CuencR et les 3 bataillons de chasseurs de Merida, 
Gataluna et Alba de Tormes), avec 3 escadrons (des regiments 
des Lanciers de la Reine, de Pavie et de Trevino), 1 batterie 
de montagne, 1 eompagnie de sapeurs, Tambulance et les ser- 
vices; ä droite, autour du fort d'Alphonse XIII, de la brigade 
del Real, forte egalement de 5 bataillons (2 bataillons du regi- 
ment de Guipuscoa, 1 bataillon de Melilla, 1 bataillon du regi- 
ment d'Afrique et le bataillon de chasseurs des Arapiles), avec 
adrons (des regiments des Lanciers de la Reine, de Pavie et de 
Melilla), 1 batterie de montagne, 1 eompagnie d'auxiliaires indi- 
genes, Tambulance et les Services; 

Deuxieme groupe, sous les ordres du general de division Tovar, 
autour du fort de Camellos, comprenant 5 bataillons (2 bataillons 
du regiment de Leon et les 3 bataillons de chasseurs de Chiclana, 
Segorbe et Ciudad Rodrigo), avec 2 escadrons (des regiments 
d'Alphonse XII et de Lusitania), 2 batteries de montagne, 1 bat- 
terie de campagne (ä tir rapide), 1 eompagnie du genie, l'ambu- 
lance, etc. ; 

Troisikme groupe, sous le commandement du general de divi- 
sion Sotomayor, autour du marabout de Sidi Auriach, com- 
prenant les 4 bataillons d'infanterie de la brigade Brualla 
(des regiments de Burgos et du Prince), avec les 2 bataillons 
demeures disponibles de la division Munoz Cobos (du regi- 
ment du Roi) et les deux escadrons divisionnaires de la 2 e di- 
vision (du regiment d'Alphonse XIII); plus, la reserve speciale 
de eavalerie, aux ordres de Tlnfant don Carlos, forte des 2 der- 
niers escadrons des Hussards de Pavie et des Lanciers de la 
Reine. 

Le general Marina, qui dirige rensemble de Toperation, assiste 
du general Huerta et de l'Infant don Carlos, est egalement pre- 
sent, ä Sidi Auriach. Le croiseur Estramadure est en rade, sous 
pression, pret ä tonte eventualite. 

Aussitöt qu'est donne le signal du commencement de l'opera- 



1 68 LES ESPAGiNOLS AU MAROC 

tion ; la brigade Imaz, traversant le glacis du Lavadero (1), fran- 
chit le Barranco del Lobo, s'eleve sur les pentes que couronne le 
postc d'Ait Aixa et gagne le Gorro Frigio, oü eile reste en posi- 
tion d'attente. En meme temps, la brigade del Real, apres avoir 
directement gagne le sommet de la Mozquita, le depasse et aborde 
par les deux flancs, la crete rocheuse, inabordable de front, qui 
s'eleve immediatement en arriere et qui lui a ete assignee comme 
objectif. 

Pas plus que la veille, — ce qui permet d'y voir un resultat 
politique, autant que militaire, — les Marocains ne se sont 
montres et c'est au seul bruit des fanfares que la brigade del 
Real couronne la crete, oü les troupes, disposees immediatement 
en formation de revue, sont bientöt, — 9 heures du matin, — 
inspectees par le general commandant en chef. 

Cette revue est suivie d'une courte grand'halte, suivie elle- 
meme — ä 10 heures — de la messe de campagne, celebree par 
Faumönier en chef du corps expeditionnaire, sur la haute espla- 
nade de Camellos. Toutes les troupes, ainsi qu'il a dejä ete dit, 
y assistent, sous les armes, formant un arc de cercle qui s'etend 
sur pres de 6 kilometres de longueur, de Textremite occidentale 
du Souk-el-Had ä Tauberge du Cabo Moreno, en passant par 
Touest de la Mozquita. 

La solennite de cette ceremonie celebree en face du Ravin 
du Loup, temoin des hecatombes du mois de juillet, avec, pour 
fond de tableau, les deux pics occupes le 29 septembre, parait 
avoir beaucoup frappe les assistants. La presse espagnole, en 
traduisant cette Impression, dans la forme enthousiaste qui lui 
est famiiiere, insista egalement sur la valeur militaire de la 
nouvelle position, sorte de plateau triangulaire, ä bords en 
falaise sur la Mozquita, qu'il domine immediatement et qui 
commande, ä portee de canon, la rade, le camp exterieur de 
Melilla et les hautes berges du rio de Oro. Elle-meme est, il 
est vrai, dominee, ä son tour, par les pentes du pic de Besbel 
et par ses contreforts immediats; mais c'est ä une distance 
qui ne parait guere inferieure ä la portee efficace du fusil et on 
concoit qu'elle ait pu etre consideree comme un süffisant point 



(1) Thöätre du combat du 27 juilM 



OPERATIONS MILITAIRES I C><) 

d'appui, pour la nouvelle ligne de defense qu'on entondait eriger, 
(Mi face du Gourougou, laisse aux indigenos. 

En descendant d'Apii-cl-Neslab, — le Heu de la paix, nom 
donne, aussitöt, ä la noavelle position, — le general comman- 
dant en chef passe encore, surl'esplanade de Camellos, la revue du 
groupe du general Tovar et s'y installe lui-meme, pour la soiree, 
pendant quo le ballon captif fait une serie d'ascensions, qui ne 
elent la presence dans Ja montagne d'aucuns groupements 
indigenes, et n'v constatent pas de mouvements interessante. 

La garnison d'Agui-el-Neslab a ete aussitöt constituee, sous 
le commandement du colonel (depuis general) Axo, de 2 batail- 
löns de chasseurs, avec 1 batterie de montagne et 1 section de 
mitrailleuses. L'organisation defensive de la position, ä laquelle 
ees troupes, assistees par la compagnie locale du genie, proce- 
dat immediatement, comporte une grande redoute, pour im 
bataillon, une batterie et un poste avance (blockhaus), pour 
une compagnie. Soixante tentes de campagne (ä 25 hommes) 
sont envoyees, seance tenante, pour assurer le logement de la 
garnison. 

Des que cette installation est suffisamment ebauchee pour 
que la defense eventuelle en soit possible, la dislocation est 
ordonnee et, ä 4 h 30 du soir, toutes les troupes non maintenues 
sur la position ont regagne leur point ordinaire de stationne- 
ment (1). 

Par une coincidence curieuse, c'est le jour meme, — 21 octobre, 
— ou le cabinet Maura avait succombe, devant les Cortes, sous 
une sorte de lock out parlementaire, que s'etaient, comme on Ta 
«l'j;i dit, embarques, ä Tanger, pourMelilla, les commissairesche- 



(1) Comme une sorte de couronnement des Operations des 6 et 7 novembre et si- 
multanement ä l'envoi de temoignages officiels de satisfaction du gouvernement, plu- 
sieurs promotions, datees des 9 et JO du meme mois, furent faites parmi les officiers de 
haut rang du corps expeditionnaire. II convient de citer, parmi les recompenses ainsi 
accordöes, les nominations au grade de general de division du gönöral Imaz, ä qui 
avait incombe la täche ingrate et tres honorablement remplie de Commander, durant 
plus de trois mois (depuis le 20 juillet), les positions dites avancees et celle, au meme 
grade, de l'Infant don Carlos, dont on aura remarqu£ la brillante et me>itoire activite, 
depuis son debarquement ä Melilla. L'un et l'autre, rappeles en Espagne, furent 
aussitöt remplaces, le general Imaz, par le colonel (depuis g6n£ral) Aranda, dans le 
commandement de la 3 e brigade de chasseurs, don Carlos, par le g£ne>al Milans deJ 
Bosch, dans celui de la brigade de cavalerie. 



I7O LES ESPAGNOLS AU MAROG 

rifiens; c'est-ä-dire que les hommes politiques qui, apres avoir 
hardiment engage leur pays dans un conflit arme avec les Gue- 
laya, avaient ensuite admis que TEspagne püt sortir, par un 
compromis discutable, des difficultes qui en etaient resultees, 
disparaissaient de la scene, au moment pr'ecis oü allait se jouer 
la comedie politico-militaire dont ils avaient assume la respon- 
sabilite. 

II ne saurait, dans ces conditions, paraitre surprenant que les 
nouveaux conseillers du Roi, tout soucieux qu'ils fussent d'as- 
surer la continuite de l'action politique exterieure de la rao- 
narchie, aient entendu reserver leur opinion sur les modalites de 
cette politique et n'accepter que sous benefice d'inventaire le 
troublant heritage qui leur etait laisse. 

C'est pendant que les membres du nouveau cabinet espagnol 
se livraient, avec zele et scrupule, ä l'etude de ces difficiles pro- 
blemes^ attendant d'etre bien fixes eux-memes pour ratifier ou 
pour modifier les directions et autorisations donnees par leurs 
predecesseurs, que le commandement local, suivant, semble-t-il, 
sa propre inclination, avait Oriente ses Operations dans le sens 
qui vient d'etre indique et ostensiblement prepare, ainsi, Tappli- 
cation des mesures evidemment adoptees par Tancien gouver- 
nernent. 

Teile etait la Situation, quand, apres la reoccupation (1) de 
Hidoun et de la Mozquita (6 et 7 novembre), — dont le Presi- 
dent du Gonseil et le ministre de la guerre eurent encore la bonne 
gräce de feliciter, ofnciellement, le general Marina et ses trou- 
pes (2), — se posa definitivement la question de Forganisation 
militaire ä donner pour base ä une pacification, au moins tem- 
poraire, que rendait ine vi table la lassitude evidente des deux 
partis. 

Alors se dessina plus clairement la difference des points de vue ; 
qu'on avait dejä pu pressentir lorsque l'ordre avait ete envoye, 



(1) Hidoun avait ete occupee par le general Tovar, du 22 au 24 septembre et la 
Mozquita (tr£s voisine d'Agui-el-Neslab) le fut, comme on sait, durant quelques heures, 
dans la matinee du 29 septembre, par le general Arison. C'est spontanement que le 
commandement avait fait evacuer l'une et l'autre. 

(2) Telegrammes officiels, mis ä l'ordre du corps expeditionnaire, le 9 no- 
vembre. 



OPERATIONS MILITAIRES 1 7 I 

1«' 24 octobre, par le gouvernement du K o i ^ au general comman- 
dant (Mi chef, de refuser la Suspension d'armes demandee par los 
agents du makhzen ä leur arrivee, et de reserver expressement 
s;i propre libeite d'action. On entendait, maintenant, ä Madrid, 
qu'apres ces deux ou trois semaines depensees, sinon perdues, 
an aegociations dilatoires, le commandement usat de la liberte 
revendiquee par lui autrement que pour conduire des evolutions 
plus semblables ä des exercices d'instruction qu'ä de veritables 
manoeuvres de guerre et y fit succeder une mani festat ion, plus 
ierme et plus evidente, de la volonte de FEspagne d'imposer sa loi 
aux tribus. 

L'operation que le ministere avait en vue n'etait autre que 
foccupation immediate et, au besoin, l'enlevement par la force 
des passages (tres frequentes, bien qu'ä peine connus, encore, 
des Europeens), qui conduisent de la plaine d'El Areg, par les 
vallees superieures du rio del Cavallo (oued Youksen) et de ses 
affluents de gauche, dans le bassin de l'oued Kert, et dont per- 
sonne ne doutait plus guere que la clef füt Aislatten. II etait 
devenu, eneffet, d'une evidence difficilement niable que tel etait 
Fobjectif qu'il fallait atteindre, pour arriver ä tenir effective- 
ment, — sans avoir ä s'y attaquer de nouveau, — le massif du 
Gourougou, dont les principales Communications avec le Maroc 
seraient ainsi commandees d'une cöte ä Tautre, et dont l'occu- 
pation, surtout, si un heureux sort voulait qu'il düt en coüter 
quelque efTort militaire et si on savait l'exploiter habilement, 
- — mettrail hors deconteste la domination militaire de l'Espagne 
sur l'ensemble de la presqu'ile. 

Le general commandant en chef n'y contredisait pas absolu- 
ment. Mais, imbu, semble-t-il, de theories vi eillies sur les diffi- 
cultes de l'offensive et enclin, d'autre part (depuis la reconnais- 
sance, par ballon, du 17 octobre), ä s'exagerer le relief du plateau 
de Tazoudja et sa puissance de commandement sur les passages 
en question, il discutait, confondant un objectif avec l'autre 
et justifiant ses atermoiements par la crainte de l'emotion que 
de nouvelles hecatombes soul^veraienl en Espagne, desorn ais 
tmit acquise aux esperances de paix. 

Instamment ]>resse ; neanmoins, le general Marina finissait par 
se declarer prel ä agir; mais, invoquant la reduction de ses efTec- 



I72 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

tifs, il subordonnait la reprise des hostilites effectives qu'on lui 
imposait ä Tenvoi de nouveaux renforts, dont le chiffre (d'apre$ 
des renseignements dignes de foi), aurait ete evalue par lui ä 
20.000 hommes. Et on ne devra pas s'etonner de Texageration, 
aujourd'hui manifeste, d'une pareille demande, si on observe 
que cette idee avait trouve quelque echo dans le corps expedi- 
tionnaire et qu'elle fut, notamment, soutenue dans la presse (1) 
par im correspondant militaire, exceptionnellement serieux et 
competent, qui demandait, non seulement, que les pertes subies 
par les troupes (environ 4.000 hommes) fussent comblees imme- 
diatement, mais encore que les troisiemes bataillons (demeures en 
Espagne) des dix regiments d'infanterie du corps expeditionnaire 
fussent mis sur pied de guerre et diriges sur Melilla, soit, au total, 
Tenvoi au Maroc d'au moins 12.000 hommes. 

II faut apprecier comme un vrai merite, dans les circonstances 
delicates oü il etait place, la fermete avec laquelle le cabinet 
Moret sut resister ä ces sollicitations et imposer sa volonte, n'he- 
sitant pas, en dernier ressort, ä faire entrevoir comme possible, 
dans des Communications rendues publiques, Tenvoi sur le 
theätre de la guerre du ministre de la guerre lui-meme, even- 
tualite qui parait avoir leve toutes les hesitations et triomphe 
des dernieres resistances. 

Quoi qu'il puisse etre de Tinteret de ces details (dont on 
doit se dire que les circonstances de cet ordre ont toujours des 
origines secretes qu'il est difficile de penetrer entierement), il 
faut reconnaitre que le general commandant en chef, une fois 
rallie, de facon ou d'autre, au programme du gouvernement, sut 
s'employer, avec son activite personnelle ordinaire, sa conscien- 
cieuse methode et son louable souci des details, ä en preparer la 
bonne execution. 

Des le 14 novembre, sa presence est signalee ä Nador, d'oü, 
accompagne d'un groupe important d'officiers, il se porte sur le 
sommet du mont Arbos, afm de proceder ä une etude attentive 
du theatre de ses futures Operations. Quelques mouvements de 



(1) II s'agit d'articles de la Correspondencia müitar, dont on a dejä appreci^ favo- 
rablement la plupart des jugements sur les choses de cette guerre. 



OPERATIONS mi in ums i"j3 

fcroupes suivenl cette reconnaissance, en particulier, l'envoi k 
Nador (le 15 novembre) du rägiment des Lanciers de la Reine 
pemplacant celui des Hussards de la Princesse, le rappel äMelilla 
(le 16 Qovembre) des deux bataillons de chasseurs laisses, le 6, 
ä Hidoun, puis (le 19 novembre) celui des quatre bataillons des 
pegiments de Wad Ras et de Savoie, venant egalement de Hidoun, 
enfiu (le 24 novembre) l'envoi ä Nador de la section aerosta- 
tique. 

Du ccte de l'ennemi, probablement avise de la menace qui pese 
sur lui, regne egalement une certaine activite. Dans la nuit du 
21 au 22 novembre, des feux nombreux allumes sur les princi- 
paux sommets du Gourougou meridional, du massif des Beni bou 
Ifrour et meme des monts des Kebdana avaient donne le signal 
d'une reunion des chefs de la resistance et des personnalites indi- 
genes les plus influentes, qui eut lieu, d'apres les informations 
du service des renseignements, sur le plateau de Tazoudja, 
dans la journee du 22 novembre. Les resultats de cette Confe- 
rence, bien qu'en apparence contradictoires, furent importants. 
S'il y fut, en efTet, decide, — contrairement ä ce qu'avaient 
cru pouvoir faire esperer les commissaires cherifiens, — qu'au- 
cun representant des tribus ne se rendrait ä Melilla, ni meme ä 
Nador (oü ils etaient attendus), pour faire acte de soumission 
ä l'Espagne, il y fut, en meine temps, reconnu que la resis- 
tance cessait d'etre possible pour la Harka, privec d'une partie 
de ses chefs (1) et dont les effectifs fondaient ä vue d'ceil. De- 
vant la resolution hautement afftrmee des contingents du Rif, 
desormais rassures pour eux-memes et qui entendaient retour- 
ner ä leurs travaux agricoles, l'assemblee n'avait pu que re- 
connaitre aux Guelaya, vis-ä-vis d'une offensive espagnole se 
produisant en forces, rentiere liberte d'agir au mieux de leurs 
interets du moment. 

Ges decisions ne demeurerent probablement pas secretes et il 
y a lieu de penser, d'apres certains details, qu'elles etaient, des 
le 23 novembre, plus ou moins connues ä Melilla. Elles n'empe- 
cherent pas, du reste, — bien au contraire, — le commandement 



(1) On sait que Chadly etait, des iors, döjä parti pour Fez, oü il est probablement 
mort, dans des circonstances deraeurees mal connues. 



174 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

de donner un caractere imposant ä la manifestation militaire 
qu'il avait en vue et c'est, comme on va le voir, sur des bases 
relativement considerables que fut etabli le programme de Tope- 
ration contre Aislatten. 



C'est dans la journee du 24 novembre que fut annoncee Tou- 
verture, tres prochaine, d'une Operation, ä grande envergure, 
sur Nador, et ä6 heures du soir, ce meme jour, que furent lances 
les ordres d'operations, dont Texecution etait prevue pour le len- 
demain matin. Le general commandant en chef, entoure de son 
etat-major (oü figurait le cherif El Nassiri, ancien vizir du Rogui), 
s'etait etabli, le 25, au lever du jour, ä hauteur du Lavadero, 
pour assister au defile des troupes, par la route unique dont elles 
pussent encore disposer pour gagner Nador et on remarqua, — 
le bruit ayant precedemment couru de quelques divergences de 
vues entre lui et le colonel Jordana, au sujet des Operations, — 
que le general Marina saisit cette occasion pour adresser publi- 
quement au chef d'etat-major du corps expeditionnaire les eloges 
que semblent, en effet, avoir justement merites ä cet officier su- 
perieur, la clarte, la methode et le soin apportes ä la preparation 
des ordres (1). 

Le premier echelon qui se presenta fut une division de marche, 
formant une sorte d'avant-garde generale, sous les ordres du 
general Tovar et composee des brigades Morales (2) et Brualla (3). 
La premiere de ces brigades, dont le mouvement commenca ä 
7 heures du matin, comprenait 2 escadronsde cavalerie (4), 5 ba- 
taillons de chasseurs (5), 2 batteries de montagne, 1 compagnie de 
sapeurs du genie, 1 section de sapeurs telegraphistes, 1 section 
d'ambulance et les Services correspondants. La deuxieme, dont 



(1) Le colonel Gomez y Jordana, dont on a eu occasion de signaler, ä diverses re- 
prises, le röle agissant, pendant les Operations militaires du debut de la periode active, 
vient, ä titre de recompense pour Services de guerre, d'etre promu general de brigade, 
en meme temps que le colonel Garrido, de rartillerie. 

(2) Le general Morales commandait la 2 e brigade de chasseurs (Andalousie). 

(3) Le general Brualla etait commandant de la 2 e brigade de la 2 e division (Soto- 
mayor). 

(4) Du regiment des lanciers de la Reine. 

(5) Les bataillons de Cataluna, Tarifa, Segorbe, Ghiclana et Talavera, ä l'effectif 
moyen de 650 ä 675 hommes par bataillon. 



OPI uv I IONS MI LIT ums I -') 

la tete parat ä 8 heures, ötait forte de \ bataillons (3), I esca- 
dron de cavalerie, 3 batteries, donl 2 de campagne, ä tir ia- 
pide "iis de sapeurs, 1 section de belägraphistes et les 

- 

Dans l'une et l'autre de ces brigades, ['ordre de marche adopted 
dtait la formation d'approche, sur deux lignes de bataillons. en 
ordre serre, avec intervalles et distances variables. Un batail- 
lon (4), detache de Selouan, qui rejoindrait la division ä Nador, 
la porterait au chiffre de 10 bataillons, avec 3 eseadrons et 
5 batteries (dont 3 de montagne). ofYrant un effectif total ap- 
proximatif de 7.500 hommes et 1.600 animaux. 

Le second echelon, que commandait le general de division 
Munoz Cobo et dont la tete deboucha ä 9 h 15 du matin, com- 
tait les brigades Lopez Herrero (5) et Mbdesto Navarro (6), 
composees elles-memes : 

La brigade L. Herrero, de 3 bataillons d'infanterie (7), 2 esea- 
drons de cavalerie (8). 3 batteries (dont 2 de campagne, ä tir 
rapide). 2 sections de sapeurs du genie, 1 section de telegraphistes, 
Tambulance et les Services; 

La brigade M. Navarro. qui se presenta ä 10 h 15, de 4 ba- 
taillons d'infanterie (9), 1 escadron de cavalerie (10), 2 batte- 
ries de montagne. 1 compagnie de sapeurs, 1 section de telegra- 
phistes, 1 section d'ambulance et les Services; soit, au total, 
pour la division, 7 bataillons d'infanterie, avec 3 eseadrons de 
cavalerie et 5 batteries (dont 2 de campagne, ä tir rapide), 
ayant un effectif approchant 6.000 hommes et 1.500 chevaux 
et mulets. 



(1) Le bataillon de chasseurs de Barbastro, un bataillon du regiment du Prince 
et deux bataillons du regiment de Burgos. 

(2) Le bataillon de Llerena. 

(3) Le general Lopez Herrero avait remplace le general Vicarios dans le com- 
manderaent de la 2 e brigade de la l re division (division Munoz Cobos). 

(6) Le general Modesto Navarro avait remplace le general Aguilera dans le 
eommandement de la l re brigade de la l re division. 

(7) Deux bataillons du regiment de Wad Ras et un bataillon du regiment de Savoie. 

(8) Deux eseadrons du regiment de Marie-Christine. 

(9) Les bataillons de chasseurs de Barcelone et de Merida. et deux bataillons du 
regiment du Roi. 

(10) Un escadron du regiment de Trevino. 



176 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

Le troisieme et dernier echelon, sous le commandement du 
general Huerta, qui debouche ä ll h 15, est compose de la bri- 
gade Carbo, d'infanterie et de la brigade Milans del Bosch, de 
cavalerie. La premiere comprend 1 bataillon de marche forme 
de. 4 compagnies des regiments de Melilla et d'Afrique, 2 batail- 
lons du regiment de San Fernando (stationnes ä Nador et qui 
y rallieront la colonne), la batterie de campagne ä tir rapide 
de la brigade permanente de Melilla, une compagnie du genie 
et les Services; la seconde est composee des deux regiments (ä 
3 escadrons) des hussards de Pavie et de la Princesse. L'effectif 
de cet echelon, — destine ä servir de reserve aux deux autres, — 
est d'environ 3.500 hommes et 1.100 animaux. 

Ce sont, au total, — sans parier des troupes occupant les 
points d'appui fixes de la manoeuvre, — 19 bataillons, 12 esca- 
drons et 11 batteries (dont 5 de campagne, ä tir rapide), avec 
les Services correspondants et dont Feffectif total depasse 17.000 
hommes (avec 2.100 chevaux et 2.200 mulets), qui vont avoir 
ä realiser le programme gouvernemental, en s'assurant la pos- 
session du groupe de passages qui maitrisent, d'une cöte a 
Fautre, la presqu'ile des Guelaya. On sait dejä qu'ils le feront, 
sans depense d'efforts, ni de sang, aucune resistance ne devant 
leur etre opposee. On sait aussi qu'il n'a pas manque de gens, 
— il n'en manque meme pas encore, apres qu'on a pu y re- 
flechir, — pour en feliciter le corps expeditionnaire et pour 
gloriner son chef du resultat humanitaire de sa longue tempo- 
risation. 

Sans nier que, dans Fetat de Topinion en Espagne et dans 
la Situation oü se trouvait le corps expeditionnaire, ä Fentree de 
Fhiver et apres quatre mois et demi de cette dure campagne, 
Feffondrement de la resistance des Guelaya et des Rifains devant 
la demonstration du 26 novembre ait ete un evenement heu- 
reux, on a observe seulement que, s'il en eüt, sans cloute, coüte 
davantage d'executer, deux mois plus tot, Foperation dont le 
recit va suivre, il est loin d'etre certain que cette action eüt 
ete, en realite, plus onereuse, — si, surtout, on Feüt faite avant 
la fächeuse reconnaissance du 30 septembre et ä sa place, — ä 
cause de la considerable economie de peines et de pertes realisee 
sur ces deux interminables mois d'automne. Le resultat obtenu, 



OPERATIONS MILITAIRES 177 

en boute hypoth^se, eüt et6, ä coup sür, plus solide et probable- 
ment plus durable. 

II n'en faut pas moins constater que la marche du 25 novembre, 
bien reglee, comme on l'a dit, et couverte par un large Service de 
sürete de cavalerie, se fit correctement et sans ä-coups et que, 
longtemps avant la nuit (1), les difTerents groupes occupaient 
(soit campes, soit au bivouac), les points de stationnement qui 
leur avaient ete assignes autour de Nador, savoir : 

Les doux brigades de la division d'avant-garde (Tovar) te- 
nant l'entree de la vallee du Rio del Cavallo, l'une (brigade 
Morales) ä droite, entre le massif de Nador et le marabout de 
Sidi Selim, l'autre (brigade Brualla), ä gauche, au nord-est du 
mont Afra; 

La division Munoz Cobo, au centre, en avant des jardins de 
Nador, face ä Barakas; 

En arriere d'elle, la division Huerta (reserve), non loin de la 
Mar-Chica. 

La vallee oü allait se derouler l'operation, large, ä Tentree, de 
plus de 6 kilometres, s'enfonce en forme de coin vers le col d'Als- 
latten, dans une direction generale de Test ä l'ouest, marquee par 
le cours du Rio del Cavallo (oued Youksen); eile est barree, ä 
l'ouest de Barakas, par le contrefort de Segangan (ou Zranran), 
lui-meme couvert, vers Test, par un piton conique, — le Djebel 
Sebt, — d'un relief assez accuse. 

Le versant nord de la vallee est forme par les pentes sud- 
ln mont Gourougou; le versant sud, par les pentes nord du 
massif des Beni bou Ifrour. Les premiers aflluents serieux du Rio 
del Cavallo, en remontant son cours, sont : sur la rive gauche, 
Toued Barakas, qui coule au sud-est, venant des sommets du Gou- 
rougou; sur la rive droite, Toued Nesra, qui descend, au nord- 
est, des hauteurs voisines du pic d'Youksen. 

La distance qui separe Nador d'Alslatten est d'environ 10 kilo- 
rui'tres. Un peu plus au nord, est le plateau ou table (meseta) de 



(1) Vers '»'' 15 du soir, une delegation d'indigenes (de Nador) se presenta au ge- 
neral commandant en chef, annongant les intentions pacifiques des habilants de la 
fallle. 



LES ESPAGNOLS AU MAROC 



178 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

Tazoudja. Ce plateau marque le point de Separation des terri- 
toires des trois tribus des Mazouza, des Beni Sicar et des Beni 
bou Ifrour. Le terrain en est tourmente, — moins, cependant, 
que celui du massif des Beni bou Ifrour, — mais cultive et 
assez habite. En plaine sont de belies cultures; Segangan, en 
particulier, est entoure d'une triple ceinture de jardins et de 
vergers. 

Les ordres d'operations pour la journee du 26 novembre assi- 
gnaient pour zones respectives de marche, ä la brigade Morales 
(de la division Tovar) les pentes inferieures du Gourougou et ä 
la brigade Brualla (de la meme division) le pied des collines des 
Beni bou Ifrour. La division Munoz Gobo devait suivre leur mou- 
vement, en plaine, ayant pour premier objectif la hauteur du 
Sebt. Le general Huerta devait, d'autre part, demeurer en posi- 
tion d'attente, en avant des vergers, tandis que les ouvrages du 
mont Arbos et des Mamelles, armes de batteries de position et 
occupes par les deux bataillons du regiment de Gerinola et la re- 
doute de Nador, oü avaient ete maintenus le bataillon de chas- 
seurs de Llerena et un escadron de lanciers, constitueraient, en 
arriere, un reduit tres sol : de. 

La troupe avait l'equipement et le chargement de campagne 
et, — nouveau progres, — portait quatre jours de vivres. 
A 7 heures, toutes les dispositions preliminaires etaient prises 
et, aussitöt apres une premiere ascension du ballon Urano, qui 
ne signala rien d'anormal, le mouvement commen9a, salue, de 
la part de Tennemi, par 3 ou 4 coups de fusil, qui represente- 
rent presque toute la resistance des Marocains pendant cette 
journee. 

Les brigades Morales et Brualla, qui commencent le mouve- 
ment, marchent, chacune, sur deux lignes de deux bataillons en 
formation de combat (la premiere, ayant, en outre, en troisieme 
ligne, le bataillon de Cataluna). Les brigades Lopez Herrero et 
Modesto Navarro, qui forment, au centre, une seconde ligne, 
echelonnee, sont en formation d'approche. Chacun de ces groupes 
est precede par les escadrons qui lui sont attaches et qui assu- 
rent la sürete rapproehee des colonnes. Le general commandant 
en chef marche entre la division Munoz Cobo et la brigade Mo- 
rales, au nord du Rio dol Gavallo. 



OPERATIONS MIL1TA1KES I 79 

Le premier point occupe, sans Opposition d'ailleurs, est le Seht, 
d'oü une batterie de campagne (du Creusot), aussitöt amenee, 
ouvre le feu contre Segangan, objeetif de la brigade Brualla, qui 
y penetre peu apres. De tous cötes, on voit fuir de nombreux 
groupes d'indigenes, tandis que d'autres s'avancent vers les 
troupes en manifestant les intentions les plus pacifiques et que 
d'autres encore arborent sur leurs maisons de nombreux dra- 
peaux blancs. 

La progression generale se poursuit ainsi, methodique et lente, 
inais sans interruption, jusqu'ä midi, oü est ordonne un arret 
general du mouvement, sauf pour la brigade Morales, dont l'ob- 
jeetif est Aislatten, qu'elle atteint seulement vers 1 heure; le 
bataillon de chasseurs de Talavera, qui la flanque ä droite, vers le 
Gourougou, est alors salue de quelques coups de fusil/qui ne fönt 
pas de victimes et qui, du reste, cessent bientöt. I/operation 
est, des lors, virtuellem ent terminee et les ordres sont donn6s 
aussitöt, tant pour Toccupation et l'organisation immediate des 
points ä garder que pour le retour en arriere des troupes non 
maintenues sur les positions. 

Les points designes comme devant etre tenus sont : le Sebt 
(ou mont Axis), oü s'etablit un bataillon du regiment de Wad- 
Ras, avec une batterie de montagne; une autre position voisine, 
denommee Dar Mohammed ben Tahar, qu'occuperont trois 
compagnies du bataillon de Barbastro, la 4 e compagnie du men.e 
bataillon tenant une position intermediaire entre eile et le pla- 
teau de Tazoudja (que n'ont pas atteint les troupes) (1); enfin, le 
village et le col d'Alslatten, position principale, distante de 8 ä 
9 kilometres seulement, ä vol d'oiseau, de Tembouchure de Toued 
Kert et oü resteront, avec le general Morales, 3 bataillons de 
chasseurs, 1 batterie de montagne, 1 compagnie de sapeurs et 
1 section d'ambulance. 

La disposition, — assez surprenante pour donner ä croire a 
qu.lque aecord prealable garantissant les troupes d'oecupation 
'•untre toute eventualite de retour offensif des indigenes, — en 
vertu de laquelle a ete ordonne le repliement general, immediat, 



(1) Tazoudja, dont 1'importance ne fut reconnue que plus tard, ne sembl^ paa 
aroir ete 1 encore occupe d'une fagon permanente. 



l80 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

de toutes les autres troupes sur Nador, s'execute ä partir de 
2 heures du soir. Aucun incident ne s'etant produit durant cette 
retraite, les dernieres troupes sont de retour, avant 7 heures, 
dans leurs camps et bivouacs respectifs. 

Sur les positions, oü les travaux de mise en etat de defense 
ont ete entrepris, seance tenante, un fort convoi a amene, dans 
le courant de rapres-midi, un abondant materiel de campement, 
avec Tapprovisionnement necessaire en vivres et en munitions. 
Les troupes y campent, en consequence, dans d'excellentes condi- 
tions relatives et y passent une nuit que rien ne vient troubler. 

Divers emissaires marocains etant venus, des Tinstallation des 
bivouacs, affirmer les intentions, decidement pacifiques, destribus 
et annoncer, pour le lendemain, la venue de delegations envoyees 
pour faire acte de soumission, le general commandant en chef, 
avant de retourner passer la nuit ä Nador, avait decide que ces 
soumissions seraient recues ä Alslatten, et avait donne des 
ordres pour qu'elles fissent Tobjet d'une ceremonie, qu'il avait 
marque Tintention de presider en personne. 

Le 27 novembre, en effet, le general Marina quittait Nador, ä 
9 heures du matin, sous l'escorte de trois escadrons, pour se rendre 
ä Aislatten, oü les representants des tribus arriverent, plus lente- 
ment qu'on ne les avait attendus, ce qui fit retarder la ceremonie 
jusqu'ä 2 heures du soir et obligea ä la renouveler ä 4 heures. La 
forme de ces demonstrations ne laissa, dureste, rien ä desirer. Les 
delegues, apres as^oir, suivant Tusage local, sacrifie un jeunetau- 
reau et arrose le sol de son sang, se repandirent en assurances de 
regrets, de soumission et d'attachement et conclurent en offrant 
de s'armer, tout aussitot, pour combattre les ennemis de l'Es- 
pagne ! 

Le general y repondit en affirmant, avec les intentions magna- 
nimes du Roi et de son gouvernement, sa volonte propre d'user 
d'indulgence envers les egares et sa resolution d'etre sans pitie 
pour ceux qui persevereraient dans leur hostilite. II ne semble 
pas qu'alors, — ni depuis, — il ait ete question d'un desarme- 
ment effectif des indigenes et tout donne ä croire qu'on s'est 
contente, sur ce point infmiment delicat, de satisfactioas de pure 
forme, comme Tinterdiction du port des armes dans les mar- 



OPERATIONS MILITAIKES l8l 

ches. qui ne tire guere ä consequence en vue de Favenir. Pas da- 
vantage ne fut-il question, semble-t-il, du ])aiement de serieuses 
contributions de guerre, non ])lus que du mode d'administration 
ültärieur des tribus. L'entente, dans ces conditions, devenait 
relativement facile et il est de fait, comme on le verra plus loin, 
quo rien de serieux n'est, jusqu'ici, venu la troubler. 

Des le matin du 27 novenibre, Fordre av r ait ete donne de ren- 
voyer, de Nador ä Melilla, — comme si la population de cette ville 
etait toujours sous le coup des alarmes du debut de la guerre, 
— les deux bataillons du regiment du Prince et trois ou quatre 
compagnies empruntees aux regiments de la brigade perma- 
nente. Toutes les autres troupes avaient ete, dans Fattente des 
soumissions, maintenues sous Nador, jusqu'ä nouvel ordre. 

Des lors, cependant, on s'etait senti tout ä fait en confiance, ä 
Madrid, oü, le 27 au soir, avait ete decide, en conseil des ministres : 
le renvoi immediat dans la Peninsule des reservistes du corps 
expeditionnaire, le rapatriement, aussi prompt que possible, des 
3 e et l re brigades de chasseurs (Gatalogne et Castille) arrivees 
les premieres sur le theätre de la guerre, enfin, Penvoi ä Melilla 
d'une commission technique chargee d'elaborer, de concert avec 
le comniandement local, le plan d'organisation militaire des nou- 
veaux territoires d'occupation. 

Le 28 au matin, le general commandant en chef, ne doutant 
plus des intentions pacifiques des tribus, avait donne, avant 
de partir pour Selouan, oü il allait passer une rapide inspec- 
tion, Pordre de diriger immediatement sur Melilla, d'une part, 
la division de marche du general Munoz Cobo (1) et, d'autre part, 
la brigade Brualla (2) et une compagnie du genie. 

Le lendemain, 29 novembre, ce mouvement etait suivi par les 
2 bataillons du regiment de Wad Ras, 5 escadrons (des lanciers 
de la Reine et des chasseurs de Marie-Christine), 5 batteries (3 de 
campagne, 2 de montagne) et une autre compagnie du genie. 

Le 29, enfin, etait arretee une nouvelle repartition des forces, 
(la troisieme, depuis le 1 er octobre), qui correspondait au nouvel 

(1)7 bataillons, avec 3 escadrons et 5 batteries. 
(2) 4 bataillons, 1 escadron, 3 batteries. 



182 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

etat de choses et qui, dans ses Ifgnes generales, se resume comme 
il suit : 

8 bataillons de la division Munoz Cobo (l re di- 
vision); 

3 bataillons de la brigade Brualla (2 e divi- 
A Melilla : ] sion); 

(place et forts, le Souk- < 6 bataillons et demi de la brigade perma- 
el-Had compris) j nente (moins ses detachements); 

10 escadrons de cavaierie; 
6 batteries de campagne ä tir rapide; 
2 batteries de montagne; 

A Taourirt ....... 1 bataillon de la 2 e division; 

Dans les positions dites !--.;.„ ■, . 

avancees : « ba ai ons de chasseurs ; 

(de l'Atalayoun ä la Moz- * ^ f Uons de la 2« d.vis.on; 



quita) 



4 batteries de montagne. 



A Selouan : 
'avec ses avancees) 



A Nador 
>ris le mo 
et Taouima' 



5 bataillons de chasseurs; 
1 escadron de cavaierie; 

1 batterie de montagne. 

4 bataillons de la brigade Carbo (l re brigade 
de la 3 e division); 

2 bataillons de chasseurs; 
(y compris le mont Arbos | fi escadrons de Ia brigade de hussards; 

3 batteries de montagne; 
1 batterie de campagne (1). 

A Alslatten : 1 5 bataillons de chasseurs de la brigade Mo- 

avec le Dar Mohammed j rales); 
ben-Tahar et le Sebt) ( 2 batteries de montagne. 



La force relative des groupements nord et sud ; — celui-ci place 
de nouveau sous un commandement unique, confie au general 
Tovar, installe ä Nador, — se trouvait ainsi heureusement mo- 
difiee, le premier, reduit ä 28 bataillons, 10 escadrons et 12 bat- 
teries (dont 6 de campagne, ä tir rapide), le second, fort main- 
tenant de 16 bataillons, 6 escadrons et 7 batteries (dont 5 de 
montagne), repartition beaucoup plus rationnelle que la pre- 
cedente et ofTrant les moyens de faire face, immediatement, ä 
toute eventualite. 



(1) Sans compter, ici comme ä Selouan et dans les postes de la vallee du Rio del 
Cavallo, plusieurs batteries de Saint-Chamond. non mobiles, faute d'attelages, et das* 
s^es comme batteries de position. 



OPKKATIONS MILITAIRES 1 83 

Celle d'une reprise sörieuse des hostilites ne semblait guere, 
(Tailleurs, a redouter, — a moins que les Espagnols ne la provo- 
quent eux-memes — en raison des circonstances dans lesquelles 
venait de se clore le conflit ouvert par Tattentat du 9 juillet. 
L'ennemi, evidemment extenue, divise, denue deressources, tout 
au moins, oblige de se refaire et de penser ä ses labours, ne de- 
manderait, sans doute, qu'ä voir durer 1'accalmie consecutive ä 
l'effort militaire, que venait, — bien que tardivement, — de 
s'imposer le corps expeditionnaire et tout donnait ä penser que 
latäche de celui-ci se bornerait ä organiser militairement la zone 
occupee, tout en conduisant les Operations de police necessaires 
pour assurer la irise en train du nouveau regime. 

C'est ce qui se produisit, en effet, meme dans des corditions 
plus attenuees encore qu'on ne l'avait pense et sans qu'il en 
ait coüte aux troupes d'occupation aucuns nouveaux sacrifices. 



1 84 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

TROISIEME PERIODE 
PACIFICATION 



Bien que la derniere periode des Operations, — celle qui a 
trait ä la pacification, — ait effectivement commence des le 
moment oü fut defmitivement consacree Fimpuissance des Gue- 
laya ä poursuivre, meme en montagne, la lutte contre Farmee 
espagnole, c'est-ä-dire, en fait, le 26 novembre, il semble plus 
rationnel de la faire dater du 1 er decembre, jour oü se trouva rea- 
lisee la nouvelle repartition de forces correspondante ä la Situa- 
tion creee par Fheureuse occupation d'Alslatten. 

On a dejä vu qu'ä cette date, le corps expeditionnaire avait 
maintenu, mais en modifiant Fequilibre de ses forces, sa prece- 
dente formation en deux gioupements principaux, nord et sud : 
le premier, concentre autour de Melilla, sous la direction itnme- 
diate du general commandant en chef, comptant les deux tiers 
environ de l'inianterie et de la cavalerie, avec la plus grande 
partie de Tartillerie de campagne; le second, tenant le triangle 
Selouan — Alslatten — Nador, sous le commandement du general 
Tovar, etabli ä Nador, comprenant le dernier tiers des bataillons 
et escadrons, avec presque toutes les batteries de montagne du 
corps expeditionnaire. 

Des lors, si la possession effective de la presqu'ile entiere, 
depuis Fembouchure de Foued Kert jusqu'ä celle de la Mou- 
louya, n'etait pas encore effectivement obtenue, eile etait, du 
moins, virtuellement acquise, les indigenes de cette region ayant 
renonce ä combattre davantage pour leur independance et il ne 
dependait plus que du commandement d'atteindre cet objectif, 
naturel et necessaire, de la campagne, ä la condition d'y employer 
les moyens appropries. 

Tel parut bien etre, en effet, le but poursuivi par le general 
Marina, qui imposa ä ses troupes, des les premiers jours qui sui- 
virent la cessation declaree des hostilites, une activite aussi 
meritoire que devenue peu habituelle au corps expeditionnaire 



OPERATIONS MILITAIRES I 85 

et poussa, dans la plupart dos directions interessantes, des co- 
kmnes, oonduites avec tacl et prudence, qui remplirent leur mis- 
sion saus heurter les indigenes et furent, partout, correctenmut 
accueillies. 

Pour oonsolider les resultats obtenus gräce a ces adroites 
Operations, il semblait devoir desormais sufTire d'organiser, sans 
taider, — en deux ou trois points militaires bien choisis — ce 
qu'on a appele ailleurs des grands postes, d'oü rayonneraient 
incessamment, jusqu'ä nouvel ordre, des colonnes, equipees ä 
la legere mais dotees de moyens puissants et tres mobiles, qui 
ne laisseraient echapper ä leur surveillance aucune partie de la 
zone d'occupation et n'y tolereraient, non seulement aucun acte 
bostile, mais meme aucune apparence de mauvais vouloir envers 
l'Espagne. Et ceci encore parut rentrer dans les intentions du 
commandement, ä en juger par la solide Constitution donnee au 
groupe sud, parfaitement place pour remplir une semblable mis- 
sion et qui devait, sous la direction d'un chef experimente et 
vigoureux comme le general Tovar, pouvoir suflire ä ces obliga- 
tions. 

Sans doute, ce röle n'irait pas sans peines et meme sans quel- 
ques risques et c'est ce qu'on avait en vue en disant, dans le 
preambule de ce chapitre, que la campagne de pacification 
<( pourrait reserver quelques surprises ». Mais on pensait, aussi, 
que ce ne serait pas payer trop eher, de quelques aventures de 
petite guerre, ce solide etablissement de l'autorite espagnole 
sur toute la presqu'ile des Guelaya, evidemment appelee ä etre 
oecupee sans limite precise de duree, destinee peut-etre ä servir 
de base pour des Operations ulterieures contre le Rif, en tous 
cas, faite pour devenir un centre actif d'attraction, ä Tegard 
des populations du Maroc septentrional. 

II n'en fut ])as entierement ainsi, cependant, et on s'etonne 
de voir, sous diverses influences oü parait dominer une certaine 
la>-itude de Taction, associee ä un evident souci d'eviter Tocca- 
rion de nouvelles pertes, succeder aux brillants debuts de pacifi- 
cation, qu'on va resumer, une languissante periode, presque com- 
parable ä celle qui suivit le combat du 30 septembre. 

Le corps expeditionnaire, ä qui se sont imposees, d'autic part, 



l86 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

d'inevitables reductions, revient, des lors, instinctivement, en 
quelque sorte, aux idees preconisees dans le memoire precite 
sur Le Genie ä Melüla (1). La preference parait rendue ä la de- 
fensive, qui coüte moins d'efforts et engage moins les responsa- 
bilites; cette « manie de Feparpillement et de rimmobilisation 
des forces » contre laquelle le marechal Bugeaud a si longtemps 
combattu saus toujours en triompher, reprend le dessus et, pour 
la troisieme fois, en moins d'un an, on voit les troupes espa- 
gnoles tendre ä reprendre leur indolente et monotone faction, 
ä Fabri d'ouvrages devenus seulement plus nombreux et plus 
puissants. 

Ce relächement dans Faction militaire ne serait pas, evid em- 
inent, sans danger, si on ne devait reagir, car il s'ensuivrait une 
Situation de fait difficile ä ameliorer par la suite et qui ne man- 
querait pas d'etre imputee ä faiblesse, par les indigenes, ä leurs 
nouveaux maitres. C'est surtout ä ce titre qu'on a cru ne pas 
devoir passer sous silence une circonstance qui n'est pas, du 
reste, sans offrir un certain interet historique et sur laquelle on 
reviendra, plus loin, au point de vue didactique. 

C'est presque, comme on Fa dit, du lendemain de la clöture 
des Operations actives, — proprement, du 30 novembre, — 
que date IS premier des mouvements executes en vue de recon- 
naitre les parties demeurees inconnues de la presqu'ile et d'en 
confirmer la prise ce possession. II s'executa sous la direction 
personnelle du chef d'etat-major du corps expeditionnaire et 
consista ä remonter, sur 6 ä 7 kilometres, la rive gauche du Rio 
de Oro, en partant du Souk el Had, pour atteindre le mont Tiza, 
sommet corüque, souvent observe, avec curiosite, des camps 
espagnols, parce qiFon y voyait un point d'appui eventuel, pour 
le cas oü on aurait tente d'aller, par le versant occidental du Gou- 
rougou, donner la main aux troupes du groupe sud. II sufFit au 
colonel Jordana de Fescorte d'un escadron de lanciers de la 
Reine et de deux compagnies duregiment duPrincepourremplir 
sa mission en toute tranquillite, bien que le tour d'horizon fait 



(1) Article publie par le Memorial de Ingenieros del Ejercüo, d'octobre 1909 (Voir 
p. 160 ci-dessus). 



OPERATIONS MI LIT AI RES I 87 

par lui. du sommel du mont Tiza, lui ait permis de reconnaitre 
la presence, a courte distance, d'un ou deux campements de 
dissidents. 

La meme Operation fut reprise, le jour suivant, 1 er decernbre, 
par le general Marina lui-möme, qui, parti de Melilla, avec les 
gene>aux Hnerta et Munoz Cobo, sous l'escorte de deux esca- 
drons et ayant renforce cette escorte de neuf compagnies d'infan- 
terie (1), ä son passage au Souk el Had, gagna de meme le mont 
Tiza, en passant par les ruines de Cazaza [ancien chateau-fort 
des ducs de Medina Sidonia] (2). La Station faite en ce point 
permit de reconnaitre la possibilite de rejoindre, par la vallee 
superieure du Rio de Oro, le plateau de Tazoudja, parfaitement 
visible et dont la distance fut appreciee ä 13 ou 14 kilometres. 
Le retour se fit egalement sans incidents autres que la presen- 
tation d'emissaires de fractions insoumises des Beni Sicar, habi- 
tant le Gourougou Occidental et venus pour demander Yaman. 
Le general Marina ayant, ä cet effet, convoque les chefs de ces 
fractions, au Souk el Had, les y recut, le lendemain, 2 decernbre, 
en ceremonie, ainsi qu'il l'avait fait, ä Alstatten, pour les Beni 
bou Gafar et les Beni bou Ifrour. 

Le 3 decernbre, c'etait le tour du colonel commandant le genie 
du corps expeditionnaire, qui procedait a la reconnaissance de 
la vallee du Rio del Gavallo, en vue de la construction d'une voie 
carrossable devant conduire de Nador au col d'Alslatten. Une 
petite colonne, commandee par le general M. Navarro et forte de 
deux bataillons de chasseurs (3), avec deux escadrons de hus- 
sards, protegea la reconnaissance, qui permit de determiner un 
trace facile, d'abord, sur la rive droite du Rio del Cavallo, le long 
des pentes nord du massif des Beni bou Ifrour, puis, (avec un pont 
sur l'oued), par la rive gauche. L'aller comme le retour de la 
reconnaissance ne susciterent aucun incident. Partout, les popula- 



(1)1 escadron de lanciers et 1 escadron d'Alphonse XII; 2 bataillons du regiment 
de Guipuscoa et 1 compagnie du regiment de Leon 

(2) Les conquerants de Melilla (en 1496). 

(3) Bataillons de Las Navas et de Tarifa. 



1 88 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

tionsse montrerent deferentes et calmes, les homm.es, cependant, 
continuant, en general, de porter leurs armes, comme s'ils etaient, 
non des vaincus, mais, — comme ils affectaient de le dire, — des 
auxiliaires de TEspagne. 

Deux jours apres, 5 decembre, eut lieu une Operation plus 
importante, combinee entre les garnisons de Selouan (general 
Alfau) et de Nador, cette derniere ayant forme deux colonnes 
respectivement commandees par les generaux Garbo et Modesto 
Navarro. Le groupe de Selouan, fort de deux bataillons de 
chasseurs (1), avec un escadron de cavalerie (2) et une batterie de 
montagne et celui du general Navarro, comp ose de trois batail- 
lons de chasseurs (3) avec un escadron de hussards et une batterie 
de montagne, recurent comme objectif commun le Souk el Khe- 
mis des Beni bou Ifrour (4). La colonne du general Garbo, forte 
de deux autres bataillons (5), d'un escadron de hussards et d'une 
batterie de montagne et formant reserve dut s'etablir, en position 
d'attente, ä l'entree de la vallee de l'oued Nesra. Le general de 
division Tovar dirigeait Toperation, du sommet du mont Sebt, 
situe au nord de Templacement de la reserve. 

La colonne Alfau, partie de Selouan, a 7 heures du matin, par 
Titineraire suivi le 30 septembre, atteignit, sans difficulte, vers 
9 heures, Templacement du marche; la colonne Navarro, partie 
de Nador, egalement ä 7 heures (en formation de combat), en 
remontant la vallee et en s'elevant, ä partir de Marven, par la 
ligne des cretes orientales du massif, la rejoignit vers 9 h 30. Apres 
une grand nalte prolongee, durant laquelle les indigenes de la 
fraction du Souk el Khemis se presenterent, assez nombreux, 
en attitude fort pacifique, les colonnes rejoignirent, par les meines 
itineraires et sans incidents, leurs points de stationnement 
respectifs. 

Entre temps, vingt-cinq chefs et notables des Beni bou Ifrour 






(1) Les bataillons de chasseurs de Figueras et de Madrid. 

(2) Du regiment d'Alphonse XII. 

(3) Les bataillons de Barcelone, Merida et Tarifa. 

(4) Celui de la reconnaissance du 30 septembre. 

(5) Le bataillon de chasseurs de Las Navas et 1 bataillon du regiment de San Fer- 
nando. 






OPERATIONS MILITAIRES 189 

etaient venus demander Vornan au general Tovar, qui les 
admit ä faire lern* acte de soumission, seance tenante, dans la 
forme accoutum^e, en prösence des troupes de la reserve. 

A cette Operation, assez interessante, parce qu'elle avait pour 
tlnVdiv le champ de bataille du 30 septembre et pour temoins 
heaueoup, sans doute, de ses acteurs, en succeda, le 9 decembre, 
une seconde, plus importante, qui devait conduire les troupes, 
ä l'ouest de la ligne principale de partage, chez les Beni Sidel, 
oü jamais les Espagnols n'avaient encore penetre. Le general 
de division Tovar, ä qui les ordres furent apportes, ä cet effet, 
au soir, par im ofticier d'etat-major et qui en recevait le 
commandement, disposait, pour son execution, detroiscolonnes, 
formees ä Xador, dont deux, jumelees, commandees par les ge- 
neraux Milans del Bosch et Modeste Navarro, fortes chacune de 
deux bataillons de chasseurs, avec une section d'artillerie de 
montagne, appuyees, la premiere, de trois escadrons de hussards, 
la seconde, d'un seul escadron. La troisieme colonne, aux ordres 
du general Morales et formant reserve, avait la meme composi- 
tion que la seconde. L'heure fixee pour le depart etait 7 heures 
du matin. 

L'objectif commun assigne aux colonnes jumelles etait Als- 
latten; mais, tandis que la premiere, plus forte en cavalerie, 
devait suivre la vallee jusqu'au col, la seconde progresserait par 
les pentes basses du Gourougou pour gagner im plateau arrondi 
qui domine le col, au nord-est. Ges deux objectifs, tres voisins 
Tun de Tautre, furent atteints, sans difiiculte, peu apres 10 heures 
du matin, les avant-gardes seules ayant ete deployees et aucun 
coup de fusil n'ayant ete tire. Apres une courte halte, durant 
laquelle Tinfanterie des deux colonnes fut relevee par les batail- 
- stationnes a Alslatten et aux environs, la marche fut reprise 
et poussee, pour la colonne Milans del Bosch, jusqu'au village 
(«tue en ]»laine) de Berrugal, distant du col d'environ 7 kilome- 
. pour la colonne Xavarro, (demeuree sur la hauteur), jusqu'en 
un poinl denomme Kedra, d'oü les deux cötes etaient, ä la fois, 
visibles et d'oü l'on voyait, aussi, rembouchure de l'oued Kert. 
I. ve, duranl ce temps, ötail demeuree eu dr<;i\ de Segan- 

gan, en position d'aücnte. 



190 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

Le retour au col, oü les bataillons d'infanterie venus de Nador, 
le matin, reprirent leur place dans les colonnes, eut Heu vers 
2 heures et toutes les troupes eurent, avant la nuit, regagne leurs 
campements. 

Durant cette Operation et dans une eertaine mesure proteges 
par eile, quelques agents de la compagnie espagnole des mines du 
Rif, accompagnes d'indigenes rallies, avaient reconnu Fitineraire 
de leur future voie ferree, ä partir de Nador et pousse une pointe 
dans la haute vallee de Toued Youksen, jusqu'aux abords de 
la mine de fer, sans soulever aucune manifestation hostile (1). 

Le lendemain, 10 decembre, c'est dans le secteur nord qu'ope- 
rent les troupes, sous le commandement du general Sotomayor, 
ä la disposition de qui le general commandant en chef a mis, 
des la veille, le regiment de Cuenca (2). 

Suivant une tradition devenue presque invariable et qui parait 
rationnelle, quoiqu'on en ait un peu abuse, deux colonnes actives 
et une colonne de reserve furent formees, savoir : 

La premiere, commandee par le general Ayala (avec qui mar- 
chait le general de division), forte de 3 bataillons, 1 escadron et 
1 batterie de montagne (3) ; 

La seconde, sous les ordres du general Lopez Herrero, qui com- 
prenait 2 bataillons, 1 escadron et 1 batterie de montagne (4) ; 

La reserve, enfin, qui sortit de Melilla, le 10 au matin, sous le 
commandement du general Brualla, ä peu pres composee comme 
la premiere (5), passa par Hidoun et s'arreta, en position d'at- 
tente, au mont Tiza (7 kilometres de Hidoun). 



(1) A la suite de cette visite, un chantier de deux cents ouvriers marocains charges 
d'ouvrir une piste carrossable entre Nador et le mont Youksen put etre e"tabli et a 
rempli sa täche, sans Opposition. 

(2) De la l re brigade de la 2 e division, stationnöe sous les forts. A cet effet, un convoi 
de deux cents tentes avait 6te envoye, le 9, ä Hidoun, oü les deux bataillons devaient 
coucher, avant et apr&s Fopfration du 10. 

(3) 2 bataillons du regiment de Cuenca, 1 bataillon du regiment de Guipuscoa,l esca- 
dron du regiment d'Alphonse XIII, 1 batterie de montagne et 1 section d'ambulance. 

(4) 2 bataillons du regiment de Savoie, 1 escadron de Marie- Christine, 1 batterie 
de montagne, 1 compagnie du genie, 1 section de mitrailleuses, 1 section de telegra- 
phistes, et 1 section d'ambulance. 

(5) 1 bataillon du regiment de Guipuscoa, 1 bataillon du regiment de Wad Ras et 
1 bataillon du regiment de Burgos, 1 escadron du regiment d'Alphonse XIII, 1 bat- 
terie de montagne, 1 ambulance et les Services de la division. 



OPERATIONS MI LIT AIRES I fj I 

Le general comniandant on chef et son chef d'Ötat-majOP, 6ga- 
lemenl partis de Melilla, sous l'escorte d'un escadron de lanciers, 
suivirent le mouvement des colonnes actives, mais seulement 
apres avoir ete reconnaitre, ä environ 3 kilometres ä l'ouest de 
Hidoun, im emplacement, voisin d'une belle source, juge favo- 
rable a l'emplacement d'un poste et oü furent laisses, immediate- 
ment, avec la compagnie d'infanterie qui y tiendrait garnison, 
une compagnie du genie chargee d'aider celle-ci a en organiser 
immediatement la defense (1). 

Plusieurs des navires de la division navale (2) avaient, en 
mome temps, appareille pour gagner la cöte ouest de la presqu'ile, 
afin d'appuyer eventuellement Foperation, en tous cas, pour 
augmenter reffet que la demonstration devait produire sur les 
indigenes. Cet effet fut, d'ailleurs, efficace, car une nombreuse 
delegation des Beni-bou-Gafar se presenta bientöt au general 
Sotomayor, qui admit les representants de cette tribu ä faire 
immediatement leur acte de soumission, dans la forme accou- 
tumee et, au cours de la journee. plusieurs demarches sembla- 
bles, faites vis-a-vis des generaux Ayala et Lopez Herrero, vinrent 
con firmer le desir de paix des habitants de ce secteur. 

La colonne de droite (general Ayala), apres im court arret, sur 
les bords de la baie de Cazaza, atteignit Tasamen (ä 12 kilome- 
tres environ de Hidoun), oü eile fit sa grand 'halte, bientöt re- 
jointe par la colonne de gauche (general L. Herrero) qui etait 
passee par le mont Tiza. Le retour se fit, dans une parfaite tran- 
quillite, en une seule colonne, qui rejoignit Hidoun, un peu avant 
la nuit. Le general Brualla (reserve), se conformant au mouvement 
du corps principal, rallia de son cöte, par la meme route, Melilla, 
oü il rentia, vers 7 heures, en meme temps que le general Marina. 

Le meme jour (10 decembre) la commission mixte des fortifi- 
cations (3) avait procede ä une reconnaissance de la partie meri- 
dionale du Ravin du Loup, — la celebre coupure centrale du 



(1) Ce nouveau poste, ä la verite, plus voisin de la cöte ouest et de Communi- 
cations plus faciles avec le Souk el Had, mais dont la cröation augmentait l'inter- 
minable serie des positions ä garder, fut denomme Ismara-Az-Ifran. 

(2) Croiseur Estramadure, garde-cote cuirasse Numancia, transports Amiral-Lobo 
et Rio-de-la- Pinta. 

(3) Composee des commissaires techniques envoyea de Madrid et d'une partie des 
membres du conseil (Junta) de defense de la place. 



I92 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

Gourougou, — sous la protection de trois petites colonnes, 
fortes chacune d'un bataillon et d'une batterie de montagne (1) 
et commandees par le colonel Primo di Rivera (2). Cet officier 
superieur, passant, avec le bataillon de Wad Ras, par le poste d'Aiit 
Aixa et par le pic de Kolla, pendant que le bataillon de Figueras 
gagnait, par la Mozquita, celui de Besbel et que le bataillon de 
Melilla remontait le ravin, par les pentes sud, opera heureuse- 
ment la concentration de ses colonnes, sur la ligne mcme de Separa- 
tion des eaux du Barranco del Lobo et d'un affluent du Rio del 
Cavallo (qu'on reconnut, depuis, etre le Barranco de Barakas). 
De ce point, qui forme un large col, egalement accessible par le 
Barranco de Sidi-Moussa et qu'on verra bientöt choisi pour 
Tetablissement d'un nouvel ouvrage de defense, la vue s'etend 
largement sur le bassin de Toued Youksen, et il parait bien qu'il 
ouvre le passage le plus court pour aller, (en trois heures environ), 
de Melilla ä Alslatten. Ainsi s'expliquent la mobilite des indi- 
genes, pendant les combats du mois de juillet, et la redoutable 
facilite de concentration qui a rendu, plus d'une fois, la lutte, 
dans la montagne, si inegale et si difficile pour les Espagnols. 

Gette reconnaissance permit aussi de constater que le pic de 
Kolla est le point haut d'un long contrefort qui se termine, au 
sud-ouest, par le plateau de Tazoudja, au pied sud duquel est 
le col d'Alslatten et qui commande, immediatement, au nord, la 
tete des eaux du Rio de Oro. 

La meme commission, assistee, cette fois, du general de divi- 
sion Arison (3), gouverneur militaire de Melilla et du general 
Larrea, son ancien chef d'etat-major (4), reprit, le 15 decembre, 
dans des conditions analogues, la reconnaissance du Gourougou, 



(1 ) Bataillon de chasseurs de Figueras et bataillons des regiments de Wad Ras et de 
Melilla. 

(2) Commandant du regiment de Wad Ras (apres avoir commande, prec^demment, 
celui de Melilla). 

(3) Bien que les circonstances l'aient tenu ordinairement eloigne du theätre des 
actions de guerre, le general Arison a rendu, comme gouverneur de Melilla, — depuis 
le 26 juillet 1909, — des Services distingues, que le Roi a reconnus en lui conferant, 
successivement, lagrand'croixde l'ordre du Merite militaire etcelle de Marie- Christine. 

(4) Le general Larrea, promu general de brigade au cours de la campagne, a ete 
maintenu ä Melilla, en qualite d'inspecteur (d'organisateur, pourrait-on dirc) des 
troupes indigenes. 



OPERATIONS MILITAIRES I 98 

mais en s'attachanl particulierement, cette l'ois, ä la partie du 
massif situe*e entre le Barranoo del Lobo et la valleo du rio de 
Oro (secteur de la Mozquita et du pic de Besbel). 

L<>s troupes mises en mouvement pour proteger cetle recon- 
naissance, sous le connnandement du colonel Agulla (1), com- 
prenaient : la brigade disciplinaire, 1 bataillon du regiment d'A- 
frique, le bataillon de chasseurs de Figueras et 1 bataillon du 
regiment du Roi, avec 1 section d'artillerie de campagne et le 
peloton de police indigene des Mazuza. 

Aucun incident ne troubla les travaux de la commission, ni les 
mouvements des troupes d'escorte, qui redescendirent, par le 
Barranco del Lobo et rentrerent dans la place, au tomber du jour. 

Par nne consequence naturelle de l'activite montree par les 
troupes, le mouvement des soumissions qui s'etait, des les pre- 
miers jours, dessine chez les populations du nord et du nord- 
ouest, s'etait etendu assez rapidement pour que, desle 12 decem- 
bre 7 une requete füt adressee par les Beni-bou-Gafar au general 
Marina (qui ne crut pas devoir, des lors, deferer au desir expri- 
me) (2), pour lui demander Fetablissement, sur Toued Kert, d'un 
poste destine ä les proteger. Le meme jour ou le lendemain, les 
Ouled Settout manifestaient, de leur cöte, — mais par une lettre 
adressee ä la commission cherifienne, — leurs intentions pacifi- 
ques ä Tegard des Espagnols. 

Ges intentions repondaient, d'ailleurs, au vceu du gouverne- 
ment de Madrid, qui se montrait presse d'executer les resolutions 
prises, le 27 novembre, en vue d'une reduction progressive du 
corps expeditionnaire et qui, non content d'avoir accorde ä l'opi- 
nion comme cadeau debienvenue le rapatriement des reservistes 
(environ 4.000 hommes), voulait häter le retour dans la penin- 
sule de la 3 e brigade de chasseurs (de Gatalogne). On sait que 
cette brigade, arrivee la premiere ä Melilla, s'etait trouvöe melee 
aux rüdes combats de la seconde quinzaine de juillet. Elle quitta 



(1) Ancien ofllcier d'ordonnance du Roi, commandant le rögiment du Roi. 

(2) C'est seulement au commencement du mois de juin 1910 que le göne>al 
Marina crut pouvoir £tablir, successivement, deux postes dötaches, — deux petits 
postes, — au voisinage de la mine du mont Youksen et sur l'oued Kert sup6rieur. 
On renvoie le lecteur desireux d'apprecier ces mesures aux observations de la 
page 224 ci-apres. 

KSPAG>OLS AU MAI« C l3 



IO,4 ,E S ESPAGNOLS AU MARCC 

en effet Melilla, les 18 et 19 decembre, ä Teffectif de 202 officiers 
de tous grades, 3.787 hommes de troupe (1), 507 chevaux et 
458 mulets. 

A cette meme date, les troupes maintenues a Melilla repre- 
sentaient encore une force totale d'environ 37.000 hommes, avec 
6.584 animaux. 

Le jour meme (19 decembre) oü les derniers bataillons cata- 
lans de chasseurs quittaient la terre d'Afrique, avait lieu la 
reconnaissance, par la commission mixte des fortifications, du 
secteur d'occupation du groupe sud. Cette etude ne devant pas 
s'etendre au delä de la zone effectivement occupee, il suffit, 
pour la protection de la commission, d'escortes peu considera- 
bles, fournies par les garnisons des postes et se relayant, de centre 
en centre. 

La journee du 19 fut, ainsi, consacree ä la visite de Nador, des 
defenses des Mamelles et du mont Arbos, de Selouan et du Bou- 
Guen-Zein, avec retour et coucher ä Nador. Le 20, eut lieu celle 
du mont Sebt, du Dar-Mohammed-ben-Tahar et du camp d'Als- 
latten. Le 20, au soir, la commission rentrait ä Melilla, ayant 
ajourne la reconnaissance du plateau de Tazoudja, non encore 
occupe et au sujet duquel l'opinion se montrait divisee. 

Cette Operation eut lieu. enfin, le 27 decembre. Le colonel 
Jordan a, chef d'etat-major du corps expeditionnaire, la diri- 
geait, accompagne de nombreux officiers des diverses armes. 
La reconnaissance fut protegee par une colonne, venue de la 
place par le ravin du Loup, qui comprenait 2 bataillons, 1 pelo- 
ton de cavalerie et 1 section d'artillerie de montagne et par une 
seconde colonne, sortie de Nador, sous le commandement du 
general Milans del Bosch (avec qui marchait le general Tovar), 
qui se composait d'un escadron de hussards et d'un bataillon 
de chasseurs, plus, un second bataillon laisse, en repli, au Dar- 
Mohammend-ben-Tahar. 

La concentration des colonnes s'opera, ä 12 h 30, au col voisin 
des sources du rio Barakas et du Barranco de Lobo, oü eut 






(1) C'est-ä-dire ayant ete reduite, par le feu ou par la maladie, d'environ 
1.200 hommes, soit du quart environ de son effectif. 



OPERATIONS MII IT.UKES !(),) 

lieu la grand'halte. Par une decision assez hardie, qu'explique 
le grand nombre d'ofliciers qui s'etaient adjoints ala commission 
et que l'evenement a justifiee, les troupes, qui avaient repris les 
armes ä 2 heures, furent renvoyees par les routes d'aller, la com- 
mission et ses compagnons volontaires ayant decide de rentrer, 
seuls, dans la place (avec un peloton de cavalerie), par la vall6e 
du rio de Oro et par le Souk-el-Had. 

La commission, d'apres ce qui en a ete raconte, aurait trouve 
que le plateau de Tazoudja, qu'elle traversa d'est en ouest, selon 
son axe principal, a une pente generale accentuee vers l'ouest, 
que les abords en sont tres difficiles, le terrain ingrat malgre 
Tabondance des eaux et aurait conclu contre Tidee qu'une place 
d'armes centrale, — comparable ä notre Fort- National, — put 
y etre etablie. L'avenir permettra, peut-etre ; d'en appeler de 
cette conclusion, d'ailleurs non definitive et qui n'a, en fait, 
d'interet pratique que pour les Espagnols. On peut observer, 
cependant, que les Romains, ordinairement connaisseurs en 
la matiere, n'en avaient pas juge de meme et le fait qu'ils y aient 
construit un etablissement relativement important, dont subsis- 
tent des vestiges (1) visites par la commission, donne ä penser 
que la position, bonne ä tenir de leur temps, pourrait Tetre 
encore, du nötre. 

Le 27 decembre, egalement, une delegation de la commission 
des fortifications, sous Tescorte de 2 bataillons, 1 escadron et 
1 batterie de montagne, visitait, sans incidents, chez les Beni- 
Sicar (au nord de la place), les postes de Dar-el-Hadj-Bisan, 
Taourirt et Taxdirt. 

Le 29 decembre, ce sont les troupes (2 compagnies) de la gar- 
nison de Cap-de-1'Eau, qui fönt une marche manceuvre, avec 
bivouac ä Talfraut et retour, le 30 decembre, ä leur point de de- 
part. 

Le 30 encore, c'est une autre reconnaissance, purement tech- 
nique, du plateau de Tazoudja, faite par la brigade topogra- 
phique, sous la protection de trois petites colonnes, fortes 



(1) Le ; restf-; les plus visiblessont les bases de deux tours et une longue courtine ; 
une recherche methodique ferait sans doute trouver autre chose encore. 



I96 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

chacune d'un bataillon et d'un peloton de cavalerie, venues 
simultanement de Melilla, de Nador et d'Alslatten, sur laquelle 
on ne sait rien, sinon que Feffet produit par ce deploiement 
d'activite continue d'etre favorable ä la pacification. On voit, 
en effet, le 30 decembre, se presenter, ä Selouan, au general 
Alfau, qui la dirige sur Melilla, une delegation des Beni-bou- 
Yahi ; qui se declarent resolus ä vivre en bons voisins et en amis 
avec les Espagnols. Ainsi se termine, sous de favorables auspices, 
l'annee 1909. 

Le debut de Tannee nouvelle est marque par une modification 
dans la composition des troupes du groupe sud. Les l re et 2 e bri- 
gades de chasseurs (de Gastille et d'Andalousie), qui ont cons- 
titue la force principale de ce groupe, depuis le 1 er decembre, 
sont rappelees ä Melilla, avec les generaux Tovar et Alf au, en 
vue du rapatriement, qui parait prochain, de la premiere de ces 
brigades et sont remplacees par la division dite renforcee (l re divi- 
sion), que commande, depuis le depart du general Orozco, le 
general Munoz Cobo (1). Ce changement, qui s'execute, les 4 et 
5 jan vi er, a pour effet de reduire de 16 ä 12 bataillons l'infan- 
terie du groupe sud, le groupe nord devant, d'autre part, perdre 
aussi deux bataillons, par la rentree en Espagne d'une des bri- 
gades de chasseurs (2). 

La repartition des unites d'infanterie du groupe sud devient, 
des lors, la suivante : 

Selouan (quartier general \ 

de la 1« brigade de la bataillons (2 de Cerinola , iu de San Fer . 

3 e drvis., general Carbo), > , 

a\ec la redoute du Bou- ^ 

Guen-Zein 

Taouima et camp de Na- 
dor (quartier general de | 1 bataillon (2 e de San Fernando), 
la l re division et de la / 4 bataillons (des regiments de Leon et du 
2e brigade, general Lo- \ Roi, l re brigade). 



pez Herrero) 



(1) Avec les göneraux de brigade Lopez Herrero et Modesto Navarro. 

(2) La l re brigade (genial Alfau) fut, en effet, rapatrtee, les 18 et 19 janvier, et 
prit part ä la rentr6e solennelle ä Madrid des troupes d'Afrique, avec les Hussards de 
Pavie, les Lanciers de la Reine, le groupe d'Artillerie et les Services de la division de 
chasseurs. 



OPERATIONS MILITAIRKS 19-7 

Bfonf Arbos, el Sohl. Dar | , . 

j )rn Tajjjj 2 bataillona (du regiment de Savoie). 

Aislatten [quartier gene- ) 

ral de la l re brigade, > 2 bataillons (du regiment de Wad Ras). 
general Nfavarro) . . . ) 



C'esl a ce moment que se place le voyage fait ä Melilla, du 6 au 
12 jan vier, par un inembre du cabinet Moret, M. Gasset, ministre 
du Fomento (Progres), qu'il convient de mentionner specialement, 
non seulement parcc que cette visite officielle d'une haute per- 
sonnalite politique, ainsi faite, quand la paix est ä peine assise, en 
compagnie de conseillers techniques reputes, prouve l'ardente 
volonte de l'Espagne de developper, aussi promptement que 
possible, la nouvelle zone d'occupation et parce que la visite du 
ministre ä Alslatten donna lieu, le 10 janvier, ä une petite Ope- 
ration, dont il sera parle plus loin. 

Le 7 janvier, c'est une autre commission, celle des eaux, — 
constituee en vue de parer ä Talimentation insuftlsante et defec- 
tueuse, en eau, de la place et de sa banlieue, — qui remonte le 
Barranco del Lobo, jusqu'ä sa source et pousse meme jusqu'ä 
celle de Toued Barakas. La reconnaissance est couverte par 
deux bataillons de chasseurs et un peloton de hussards et s'exe- 
cute, sans incident. 

Le 8 janvier, la meme commission reconnait, egalement, sur 
tout son cours, la vallee du rio de Oro, sous l'escorte de deux 
bataillons de chasseurs et d'un escadron; Taller et le retour, entre 
la place et le pied nord du plateau de Tazoudja, ne suscitent ni 
incidents, ni difficultes. 

A l'occasion, le 10 janvier, de la visite, ä Alslatten, du ministre 
du Fomento, deux petitescolonnes, dirigees par le general Munoz 
Cobo, avaient ete foimees, sous le commandement des colonels 
Agulla et Santa Coloma, composees chacune de 1 bataillon d'in- 
fanterie, 1 escadron de cavalerie et 1 section de montagne (1). Ces 



(1) l' e colonne. — 1 bataillon du regiment du Roi, 1 escadron des Hussards de Pavie. 
2« colonne. — t bataillon du regiment de Leon, 1 escadron du regiment de Marie- 
Christine. 



198 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

doux colonnes, parties ensemble de Nador, se separerent ä Segan- 
gan et poursuivirent, Fune, par la vallee de l'oued Youksen et de 
son dernier affluent de gauche jusqu'ä la vallee de Talet, affluent 
de l'oued Kert, dont la source est voisine du col d'Alslatten, 
Tautre, par ce col meme et par la vallee de T'latz, jusqu'ä El- 
Nizan. 

Non seulement le voyage du ministre se fit, dans ces condi- 
tions, sans difncultes d'aucune sorte, mais un grand nombre d'in- 
digenes (800 dit-on), parmi lesquels d'assez nombreux notables, 
vinrent le saluer au camp et temoignerent de sentiments de 
loyalisme espagnol si ardents qu'on pourrait s'en etonner, si 
on ne savait, qu'en ces circonstances, l'enflure est de rigueur, — 
en pays arabe. 

II ne paraitra peut-etre pas sans interet d'aj outer que M. Gasset 
trouva la garnison d'Alslatten installee dans un vaste ouvrage 
irregulier, solidement arme de deux batteries de Saint-Chamond 
et d'une batterie de canons Krupp de 15 cm (1). 

Le 19 janvier, — apres Tembarquement des derniers ele- 
ments de la 2 e brigade de chasseurs, — c'est le general Marina 
lui-meme, qui, assiste des generaux del Real, Larrea, Milans 
del Bosch et de son chef d'etat-major, execute, dans le Gou- 
rougou, avec la commission des fortifications, une reconnais- 
sance poussee jusqu'ä la ligne principale de partage des eaux. 

L/objectif est le large col, dit Teniet Hardou, d'oü sortent, au 
nord et au sud, les barrancos du Loup et de Barakas, par oü 
passera, sans doute, la route directe de Melilla ä Alslatten et 
oü Ton propose d'eriger un important ouvrage. 6 compagnies 
du regiment de Melilla et d'Afrique, avec 1 peloton de cavalerie 
ont suffi ä couvrir la reconnaissance, qui se termine, sans inci- 
dents, au coucher du soleil. 

Gette sortie marquait la clöture des Operations de la commis- 
sion mixte des fortifications, qui ne fit plus guere, ensuite, que 
rediger le memoire relatif ä ses propositions, remis au general 



(1) Ceux mrmes qu'on voulait. etablir au mont Arbos, alors qu'on comptait y ap- 
puyer la nouvelle frontiere militaire, lorsque trouvait faveur le principe de l'oecu- 
pation restreinte. 



OPKRATIONS M1LITAIRES 1 99 

commandant en chef, aux derniers jours de janvier. On cohnalt 
dejä, par le rpsume* qui pröcede, quelques-unes de ses proposi- 
tions et on aura remarque sa tendance, — commune, en tous 
pays, aux commissions techniques, — ä fermer tous les pas- 
sages, comme ä occuper tous les sommets. Dans ses propositions 
pour la dätermination de l'effectif de defense necessaire, la com- 
mission indiquait, d'autre part, que le chiffre total ne saurait 
Itre inferieur ä 20.000 hommes. < 

En signalant, ä sa date (9 janvier), la releve des 12 bataillons 
de chasseurs du groupe sud par les 8 bataillons de la division 
Munoz Cobo, on avait fait observer que, si le groupe sud subis- 
sait de ce chef une reduction de quatre bataillons, le groupe 
nord, toujours si jalousement maintenu ä un gros effectif, 
perdrait, de son cöte, deux bataillons, lorsque s'embarque- 
rait pour l'Espagne la l re brigade de chasseurs. II est ä noter 
que cette prevision ne se realisa pas, le vide cree, sous Melilla, 
par l'embarquement de la brigade Alfau ayant ete comble, tout 
aussitöt, par un prelevement correspondant sur les bataillons du 
groupe sud. Des le 19 janvier, en effet, les troupes de couverture 
commandees par le general Munoz Cobo, dans le triangle Nador 
— Alslatten — Selouan, ne comptaient plus que 10 bataillons et la 
garnison meme de Selouan, reduite ä 2 bataillons d'infanterie, 
1 escadron de cavalerie et 1 batterie (de Saint-Chamond), nc 
jouissait plus, comme on voit, que d'une faculte de mouvement 
assez reduite. 

Le 27 janvier, pour Fescorte de la brigade topographique, qui 
se preoccupe de Tetablissement de Stations, sur les pentes occi- 
dentales du Gourougou, deux petites colonnes, fortes chacune 
(Tun bataillon et d un peloton de cavalerie (1), partent, l'une du 
Souk-el-Had, Tautre de Hidoun, remontant le rio de Oro, sur 
ses deux rives. Ges colonnes poussent jusqu'ä Tasamen et Te- 
man !ir et en reviennent, le soir meme, sans incidents. 



(1) l rc colonne. — 1 bataillon du retjiment de Bur^os et 1 peloton du re^iment de 
cavalerie d'Alphonse XIII. 

2 e colonne. — Bataillon de chasseurs de Tarif? et 1 peloton du r£giraent d'Alphonse 
XIII. 



200 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

La meme brigade topographique reconnait, le 31 janvier, la 
sierra de Falclan, au nord-ouest d'Alslatten, sous la protection 
de 6 compagnies d'infanterie (soutenues, en arriere, par 1 ba- 
taillon), de 1 escadron de cavalerie et de 1 batterie de mon- 
tagne (1). Du point atteint, ä environ 10 kilometres du col, sur 
la hauteur, la vue s'etend sur le cours inferieur de l'oued Kert, 
jusqu'ä son embouchure. La brigade rentre, sous Tescorte de la 
cavalerie, le meme soir, ä Nador, oü eile couche. 

Le 4 fevrier, une Operation numeriquement plus importante, 
— ä laquelle s'associe encore la brigade topographique, — est 
poursuivie par deux colonnes parties, Tune d'Alslatten, l'autre de 
Hidoun, marchant au-devant Tune de l'autre et ayant pour 
objectif commun le plateau d'Axdir, situe sur le flanc ouest du 
Gourougou. La premiere colonne, sous les ordres du geperal 
Lopez Herrero, est forte de 2 bataillons (2), 1 escadron de cava- 
lerie et 1 batterie de montagne; la seconde, que dirige le colonel 
Jordana, chef d'etat-major, se compose des 2 bataillons (3) et des 
2 escadrons (4), qui ont escorte cet officier superieur de Melilla 
ä Hidoun. Une troisieme colonne ; partant du Souk-el-Had pour 
venir s'etablir, en reserve ; au mont Tiza, compte 2 bataillons de 
chasseurs, 1 escadron et 1 batterie de montagne. 

La premiere colonne pousse jusqu'ä la vallee de T'latz (ou 
Tklet) (26 kilometres de la place), sans avoir trouve la possibi- 
lite d'etablir de liaison optique entre le plateau du Souk-el-Had 
et Aislatten, ou tout autre poste etabli sur le versant sud du 
Gourougou. Renoncant ä pousser plus loin ses recherches de 
points intermediaires, eile retrograde sur Melilla, oü eile rentre, 
ä la nuit noire, avec les escadrons de Marie-Christine, qui ont 
prouve leur endurance en parcourant dans la journee, de 50 ä 
60 kilometres, en terrain difficile. 

Le 10 fevrier, sur les instigations de Fautorite militaire, devait 



(1 ) 6 compagnies du regiment de Wad Ras, avec, en repli, 1 bataillon du regiment 
du Roi, ötabli sur le flanc gauche du col d'Alslatten. 

(2) Des regi.Tients de Wad Ras et du Roi, le second restant en repli ä Tamarat. 
•'3) Du regiment de Cuenca. 

(4) Du regiment de Marie-Christine. 



OPERATIOiNS MlLI'l AIRES 201 

avoir lieu la röouverture du marche* du Souk-el-Khemis des 
Beni-bou-Ifrour; le general de division Munoz Cobo, responsable 
de l'ordre »laus son secteur, entendit surveiller cette reunion et 
in§me y assister en personne. Tandis que, par son ordre, des postes 
de repli eventuel sont etablis, au Bou-Guen-Zein, ä l'cmbou- 
chure de l'oued Nesra et au mont Youksen (mine de fer), 
occupäs par de petits detaehements respectivoment partis de la 
Casbah de Selouan, du Sebt et d'Alslatten (1), lui-meme quitte 
Nador, avec 2 bataillons (2), 1 escadron de hussards et 1 batterie 
de montagne et gagne le Souk-el-Khemis, par la vallee de ce nom. 
Apres im arret prolonge, au cours duquel le general est l'objet 
de grandes demonstrations de deference de la part de nom- 
breux indigenes, — auxquels il doit, cependant, adresser des 
observations pour s'etre presentes, en armes, sur le marche — 
il rentre ä Xador, sans incidents, par le chemin des cretes. 

Par une coincidence oü il est permis de voir l'heureux resultat 
produit par les mouvements des jours precedents, plusieurs 
delegations des Ouled Settout, des Beni-bou-Yahi et des Beni- 
bou-Ifrour dissidents se presentent, ä Selouan et ä Nador, le 
lendemain, pour faire acte d'allegeance envers Fautorite espa- 
gnole. Par contre, les attentats contre les personnes, qui avaient 
ä peu pres cesse depuis Toperation du 26 novembre, recom- 
mencent, dans la plaine d'El-Areg et on en compte, depuis les 
derniers jours de janvier, toute une serie, qui reveillent les 
inquietudes de Topinion publique. 

G'est, evidemment, en vue de lui donner satisfaction que, le 
12 fevrier, le general Milans del Bosch, venu, la veille, de Nador, 
avec 3 escadrons de hussards, part de Selouan, au jour, pour 
faire une large randonnee, vers Test et le nord de la plaine. La 
colonne rentre, ä 12 h 30, le meme jour, ä la Casbah, sans autres 
incidents que la presentation de quelques notables, ä qui le 
general a reproche de ne pas s'opposer aux actes de bandi- 
tisme, trop frequents dans la region, et qu'il a menacea d» 1 



(1) De Selouan, 2 compa^nies du regiment de Cerinola ; du Sebt. 2 compignies du 
rSgiment de Savoie; d'Alslatten, 2 autres compagnies du meme regiment. 

(2) 1 bataillon du regiment du Roi et 1 bataillon du rögiment de L^on. 



202 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

sanctions ayant pour base le principe de la responsabilite col- 
lective. 

Un des premiers travaux entrepris, apres la cessation des hos- 
tilites, dans la banlieue de Melilla, par des ouvriers civils euro- 
peens, — les troupes espagnoles n'etant pas habituees ä occuper, 
comme les nötres, les loisirs de la guerre en travaux d'utilite 
publique, — avait ete Fouverture d'une route, praticable aux 
lourds charrois, conduisant, par le poste de Tari Manin et les 
pentes interieures du Gourougou, au col de Hardou, dont on 
a dejä parle (1) comme designe pour servir ä Fetablissement 
d'une sorte de fort d'arret. L'inauguration de cette route, ä 
peine terminee, fut faite, le 11 fevrier, par une petite colonne 
de 7 compagnies, venant de Melilla (dont 4 resterent en repli ä 
hauteur de la Mozquita), qui s'eleverent jusqu'au Taguigrat 
(grand pic da Gourougou) et redescendirent, sans incidents, par 
les pentes meridionales du Besbel et la rive gauche du Barranco 
del Lobo. 

Les 14, 16 et 18 fevrier ce sont les travaux de la brigade topo- 
graphique qui mettent de nouveau en mouvement quelques 
troupes : 

Le 14 ; pour continuer la recherche de stations topographiques 
sur la cöte ouest, deux colonnes partent, Fune de Melilla, par 
le Rio de Oro, forte de 2 bataillons et de 2 escadrons, Fautre 
cFAlslatten, comprenant 6 compagnies d'infanterie, 1 esca- 
clron de hussards et une section d'artillerie de montagne, se 
portant ä la rencontre Fune de Fautre, par la vallee de Talet 
et le Souk-el-Arba des Beni-Sidel. L'aller et le retour des deux 
colonnes, qui ont lieu par les memes itineraires, s'execatent sans 
ineident. 

Le 16 fevrier, Fobjectif est le sommet du mont Axara et celui 
du mont Youksen; Fescorte est forte de deux compagnies du 
regiment de Wad Ras, stationne ä Aislatten. Aucun ineident ne 
signale cette marche, qui se termine par le retour au camp, des 
le milieu de Fapres-midi. 



(1) Ce col, d'une altitude de 550 m<Ures, correspondrait aux sources opposöes du 
rio Barak «"«5 pt du Barranco del T.oho. 



OPERATIONS MILlf VIRES 2o3 

Le 18, la brigade topographique monte de Melilla au Tagui- 
grat, soua l'escorte d'une seule corapagnie d'infanteiie et de 
deux pelotons de cavalerie et en redescend, avant la nuit, en 
toute tranquillite. 

Entin, le 22 fevrier, la reouverture du marche de Snouan, 
frequente, d'oi dinaire, par les Ouled-Settout et les Beni-bou-Yahi, 
qui s'y presentent, en eilet, assez nombreux, y attire le colonel 
du regiment de Savoie, qui vient du Sebt, avec deux compagnies 
de son regiment, par la vallee du Souk-el-Khemis et qui regagne 
son camp, sans ineident, par lepied des pentes orientales du massif 
des Beni-bou-Ifrour (plaine d'El-Areg). 

La lecture de l'enumeration detaillee qui precede et qui, poui 
une periode d'un peu plus de deux mois et demi, porte sur 
environ vingt-cinq petites Operations, de caractere et d'impor- 
tance variables, a confirme ce qui avait ete dit, au debut du 
present chapitre, de Fardeur de mouvement marquee par le 
commandement, au debut de lapaeificationet de la decroissance 
progressive de cette activite, se traduisant par le fait qu'il ne 
s'agit plus, vers la fin, que de deplacements, peu nombreux, tres 
courts et ne depassant plus le polygone d'oecupation effective, 
marque par des postes. 

Ce ralentissement devient tout ä fait sensible, ä dater de la 
seconde quinzaine de fevrier, epoque ä partir de laquelle les mou- 
vements de troupes, sauf ceux de releve des detachements, sont 
presque entierement arretes; et il est difficile de ne pas etablir 
un lien entre cette circonstance et le fait que la reduetion des 
efTectifs n'a cesse, depuis lors, de peser, presque exclusivement, 
sur le groupe sud, ä qui ne restent guere que les effectifs neces- 
saires pour garder ses nombreuses positions, sans qu'il lui reste 
de quoi pourvoir aux obligations actives qui devraient constituer 
s;i principale mission. 

A la dato du 13 fevrier, en effet, ce ne sont plus 12 bataillons 
(l'iufanterie, comme le 5 janvier, ni meine 10 bataillons, comme 
le 19, qui constituent Tinfanterie du secteur sud, mais 8 batail- 
lons seulement, repartis en trois groupes : Nador, Alslatten, 
Selouan, eux-memes subdivises comme on sait. De meme, ce 



204 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

ne sont plus les deux bataillons laisses ä Selouan, le 19 janvier, 
mais seulement six compagnies qui assurent la garde de la Gasbah 
et de ses annexes. Gette persistance ä reduire la couverture, 
c'est-ä-dire, enl'espece, la force agissante, au benefice d'un corps 
principal dont la täche est, deslors, äpeu presachevee, explique, 
sans le justifier, ce retour offensif de rinertie contre Taction, 
avec ses inevitables consequences. 

Depuis Tepoque visee dans ces observations, une nouvelle 
repartition des forces a ete encore arretee (le 9 avril), sans qu'il 
en soit resulte de modifications sensibles dans leur equilibre, le 
groupe sud ayant continue, en effet, ä ne compter que 8 batail- 
lons. Cette Organisation avait, du reste, un caractere essentielle- 
ment provisoire, des decisions gouvernementales posterieures 
ayant regle sur des bases nouvelles la future Organisation du 
corps expeditionnaire, devenu corps d'occupation (1). 

Gette Organisation, — qu'on croit devoir, pour finir, resumer 
encore — comporte le maintien, a titre permanent, dans la pos- 
session agrandie de Melilla, d'une division d'infanterie, d'un 
regiment de cavalerie, tous deux exceptionnellement renforces, 
avec une artillerie et des Services relativement tres considera- 
bles (avec, aussi, des auxiliaires indigenes, dont l'effectif parait, 
pour debuter, fixe ä 3 compagnies). 

La division d'infanterie (2) se composera de Tancienne brigade 
permanente de Melilla (3) et de la l re brigade de la 3 e division (4), 



(1) Aux termes du decret organique du 1 er juin 1910, qui a cree la Region 
militaire de Melilla, comprenant « Melilla, les Chaffarines, Alhucemas, le Penon 
de Velez et les parties du terriloire du Rif actuellement occupees par les troupes espa- 
gnoles », le commandement y sera exerce par un capitaine-general, ou lieutenant- 
general, ayant, outre les attributions militaires des capitaines-generaux de la me- 
tropole, les pouvoirs politiques et administratifs de gouverneur. 

Un decret postörieur (publie ä YOfficiel du 8 juin) a investi de ce commandement 
le lieutenant-g6ne>al don Jose' Marina, ayant pour adjoint (subinspector) le general 
de division don Salvador Arizon et pour chef d'etat-major le general de brigade 
don Francisco Gomez y Jordana. 

(2) Actuellement commandee par le general de division del Real (nouvellement 
promu). 

(3) Composee des regiments d'Afrique et de Melilla et de la brigade disciplinaire. 

(4) Composee des regiments de Cerinola et de San Fernando. 



OPERATIONS HILITAJRB8 20l) 

l'une et l'autre a 6 bataillons de 6 compagnies, soit, pour Ten- 
semblo des 12 bataillons de la division, 72 compagnies, devant 
atteindre, a 1'efTectif du pied de guerre, un total d'au moins 
12.000 hommes. En outre, une demi-brigade de 3 bataillons de 
chasseurs, 6galement organises ä 6 compagnies par bataillon, 
constituera une sorte de reserve, — non endivisionnee, — de 
2.000 a 2.500 hommes, ä la disposition du commandement. 

Le regiment de cavalerie, — qui devait, d'abord, etre le regi- 
ment de Marie-Christine, — sera un regiment de nouvelle for- 
mation, ä 6 escadrons de 150 sabres, ayant (avec le petit etat- 
inajor) un effectif voisin de 1.000 hommes; ce regiment, qui 
portera le n° 29 ; vient de recevoir le nom de regiment de Taxdirt. 

L'artillerie, enfin, comprendra : 

[Un groupe de 3 batteries de cam- 

T , A .„ . ,. . . . 1 pagne, ä tir rapide; 

L artillene divisionnaire ( TT , , . , 

JÜn groupe de 3 batteries de mon- 

( tagne ; 
et un Commandement (Direction) d'artillerie, ayant (outre la dis- 
position d'une quatrieme batterie de montagne) le personnel ä 
pied necessaire pour assurer entierement le service de Tartillerie 
du corps de place, des forts permanents et de tous les ouvrages 
de la region (1). 

Si on y ajoute deux sections de mitrailleuses, un regiment 
mixte du genie, unecompagnie du genie de place, une compagnie 
d'infirmiers et tous les Services correspondants, on ne sera pas 
surpris que le total general doive atteindre TefYectif budgetaire 
de 20.500 hommes, indique par la presse comme ayant ete adopte 
par le gouvernement du Roi. 

Comment le commandement usera-t-il de ces forces, — qui 
peuvent paraitre beaucoup ou peu, selon l'usage qu'il en saura 
faire? 

On peut trouver, en effet, que 20.000 hommes representent un 
Chiffre eleve, si on pense que le territoire sur lequel l'Espagne 
vienl d'Stendre son action est, par un tr6s appräciable avantage, 



(1) Une communication, d'allure oflicieuse, ayisl la a£cessitl d'organiser 32 bat- 
teries ä pied, pour assurer ce service. 



20Ö LES ESPAGNOLS AU MAROG 

borne, de trois cötes, par la mer et represente une superficie de 
moins de 1.800 kilometres carres, — c'est-ä-dire, beaucoup moins 
de la centieme partie du domaine algero-tunisien, que nous tenons, 
avec un peu plus de 60.000 hommes. Mais on peut aussi, et avec 
raison, juger que c'est peu, si, — comme le chiffre considerable 
des ouvrages, construits ou en construction, peut le donner ä 
craindre, — Tautorite militaire croit devoir et pouvoir garder 
tous les passages reputes dangereux, toutes les positions jugees 
utiles ä tenir. Dans cette hypothese, ce chiffre, si meme il etait 
double, pourrait encore sembler insuffisant ! 

Le marechal Bugeaud, qui a su, le premier, degager un Sys- 
teme de guerre d'Afrique des tätonnements dans lesquels s'etaient 
perdus ses predecesseurs, — qui tous etaient, pourtant, des 
generaux de haute experience et de valeur eprouvee, — a 
formule dans les deux courtes phrases qui suivent toute la theo- 
rie de Toccupation de territoires africains : 

« Avant d'administrer, de coloniser, il faut que les popula- 
tions aient subi notre loi; et mille exemples prouvent qu'elles 
ne Tacceptent que par la force, celle-ci meme etant impuissante, 
si eile n'atteint les personnes et les interets. 

« L'offensive, le plus souvent possible, ou, du moins, la force 
souvent montree au hin, voilä les conditions indispensables de 
notre puissance. » 

II parait impossible d'adresser ä nos voisins un meilleur vceu 
et qui soit plus favorable ä Texecution de leurs genereuses ambi- 
tions, que celui de savoir apprecier la portee de ce double ensei- 
gnement du veritable conquerant de TAlgerie et d'en inspirer, 
desormais, leur politique et leur tactique marocaines. 



TROISIEME PARTIE 
LES LE^ONS DE LA QUERRE 



A) Operations. 

B) Tactique. 

C) Divers. 



A) OPERATIONS 

II ne saurait, evidemment, etre question d'ouvrir, ici, sur cha- 
cune des Operations de la campagne hispano-marocaine, une dis- 
cussion detaillee, que ne justifierait pas la faible importance de 
la plupart d'entre elles. II semble, cependant, pouvoir etre de 
quelque interet, — toute guerre et meme toute action de guerre, 
si peu considerable qu'elle ait pu etre, etant feconde en enseigne- 
ments, — d'en soumettre les faits principaux ä un examen cri- 
tique qui permette d'en deduire quelques legons. 

Tel sera l'objet de la presente etude, oü Ton appreciera les 
faits et leurs consequences au point de vue purement doctrinal, 
en faisant, dans toute la mesure du possible, abstraction des per- 
sonnes et qui portera, particulierement, sur les evenements mili- 
litaires enumeres ci-apres : 

Ouvertüre des hostilites (9 juillet); 

Combats des 23 et 27 juillet; 

Operations des 20, 22, 25 et 27 sep- 
tembre ; 

Reconnaissance du 30 septembre; 

Manceuvres des 6 et 7 novembre; 

Operation du 26 novembre: 

Pacification; 



et dispositions consecu- 
tives ä chacun de ces 
Moments. 



On a vu que l'attentat du 9 juillet, qui determina Tintervention 
immediate d'une importante fraction de la garnison permanente 



208 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

de Melilla et qui entraina le combat du meme jour ne fut une reelle 
surprise, ni pour le commandement local, qui avait obtenurecem- 
ment, en vue de complications attendues, le renforcement de 
ses effectifs (eleves au chiffre d'environ 6.000 hommes), ni pour 
l'Espagne officielle, qui avait prepare, pour le meme objet, une 
mobilisation partielle (portant sur ä peu pres 16.000 hommes). 
L/evenement n'en devanca pas moins, suffisamment, Tattente 
des pouvoirs publics pour que les Espagnols, — mal servis, en 
outre, par les elements, — se soient trouves, tout d'abord, dans 
un etat de preparation insuffisante et meme d'inferiorite nume- 
rique, qui ne fut pas sans danger. Une certaine imprevision 
parait, de ce chef, imputable ä l'administration responsable. 

II faut, d'autre part, admettre que le gouverneur n'ait pas 
eu, au debut de la erise, une pleine conscience de la gravite 
qu'elle allait subitement prendre, non plus que des difficultes 
qu'elle lui preparait, pour comprendre qu'apres avoir rejete vail- 
lamment Pennemi sur le col de FAtalayoun, il n'ait pas craint de 
s'y maintenir, en le depassant meme quelque peu et d'etablir 
une bonne moitie de ses forces disponibles (10 compagnies et 
2 sections d'artillerie de montagne), sur la ligne, si longue, si 
decousue et si peu defensive, qui s'etend de la Mar-Chica ä 
Sidi-Moussa, en passant par Si-Ahmed-el-Hadj. 

Le general divisait ainsi, en effet, les 4.500 ou 5.000 combat- 
tants qui devaient constituer sa seule ressource pendant huit 
longs jours, en deux groupes trop eloignes pour pouvoir s'appuyer 
mutuellement et aggr avait le danger de ce fractionnement, en 
negligeant, — ce qu'il eüt du faire immediatement, quelle que 
fut sa decision ä propos de Si-Ahmed-el-Hadj 7 — de couvrir la 
communication de Melilla avec le pic de TAtalayoun (conserve, 
en toute hypothese) par Toccupation des contreforts avances 
du Gourougou que couronnent les points, desormais historiques, 
d'Ait-Aixa et de la Mozquita. 

Gette double erreur etait, toutefois, excusable, parce qu'elle 
correspondait au legitime desir de poursuivre le mouvement en 
avant, si les circonstances s'y pretaient, et venielle, vis-a-vis 
d'un adversaire dont on ne soupconnait encore, ni la force, ni 
les facultes manoeuvrieres. Elle etait, de plus, facilement repa- 
rable, soit qu'on se decidät ä reculer, ce qui resta effectivement 



LES LE$ONS DE LA GUERRE 209 

facüe et moralemenl possible, durant plusieurs jours, soit, — 
ce qui eüt peut-etre räussi, quoique audaeieux, — qu'on sc tut 
porte* sur Nador, aussitöt apres av r oir pourvu le detachement 
d'im süffisant convoi et apres lui avoir assure un repli eventuel, 
en organisant la defense et le ravitaillement, par eau, de l'Ata- 
layoun. 

Le mal fut que le gouverneur, — qui avait eu, si on peut dire, 
le tort de se decentrer, en s'isolant aux avant-postes, — ne sut 
pas opter entre les deux resolutions et crut, sans doute, avoir 
pare aux dangers de la Situation, en s'immobilisant, ce qui est 
rarement bon, ä la guerre, et ce qui fut, dans la circonstance, 
certainement fächeux. C'est, en effet, au parti pris de maintenir 
des dispositions adoptees sous Texcitation d'un combat heureux 
et dont un examen plus reflechi devait faire ressortir qu'elles 
cessaient d'etre opportunes, qu'ont ete dues la plupart des diffi- 
cultes de la prem.iere periode de la guerre et beaucoup des pertes 
qu'elle allait entrainer. 

Des lecons diverses qui se degagent des precedentes observa- 
tions et sur plusieurs desquelles Toccasion se presentera de 
revenir, ce qui dispense d'y insister actuellement, la plus haute 
est, certainement, l'obligation qui s'impose au chef supreme 
d'eviter de se laisser entrainer ä intervenir activement dans les 
affaires de detail, au moins, de ne pas s'y attarder si un hasard 
Py a engage et de s'en tenir, en regle generale, assez eloigne 
pour pouvoir toujours conserver la claire vision de Tensemble. 
De meme faut-il qu'il laisse chacun exercer sa part legitime de 
commandement et ne puisse etre soupconne de poursuivre, en 
se substituant ä ses lieutenants, un succes personnel. 

Les evenements militaires qui suivirent le 9 juillet et dont 
les plus saillants correspondent aux dates des 18 et 20 du meme 
mois n'appellent pas de co.namentaires. Gondamnes, par les 
circonstances dont on vient de signaler les inconvenients et les 
perils, ä se maintenir strictement sur la defensive, dans des con- 
ditions singulierement troublantes pour de jeunes troupes, les 
Espagnols, sous le commandement direct du gouverneur (dont 
les qualites de soldat sont, on le sait, au-dessus de tout eloge), 
sauvereat la Situation par la fermete de leur attitude. Aucune 

Lf:s BVAGKOL.S \i; HAHOG l\ 



2 I O LES ESPAGNOLS AU MAROG 

lecon particuliere n'en decoule, en dehors de celle, — superieure 
ä tout enseignement, — que le sentiment du devoir et le devoue- 
ment au drapeau sont la meilleure sauvegarde du combattant, 
dans les plus grands perils. 

Le 22 juillet au soir, la Situation change, lorsque, revenu ä 
Melilla et mieux eclaire sur la Situation, le gouverneur, informe 
qu'une attaque nouvelle se prepare, vraisemblablement dirigee, 
cette fois, contre les avancees immediates de la place, decide de 
mettre ä pro fit cette circonstance pour contre-attaquer les Maro- 
cains. Rien n'est plus conforme ä la doctrine, ni plus prudent, 
malgre les apparences, que ce passage de la defensive ä l'offen- 
sive et il faut, pour comprendre que le succes n'ait pas couronne 
cette energique et judicieuse resolution, en chercher la cause dans 
Texecution. 

Plusieurs circonstances peuvent, en realite, etre invoquees 
pour expliquer le demi-echec du combat du 23 juillet; mais la 
cause principale, ä n'en pas douter, fut Tinsuffisance des moyens, 
— des moyens mis en ceuvre, s'entend. Car, — et c'est ici qu'in- 
tervient la principale lecon de l'affaire, — la Situation s'etait, des 
lors, suffisamment amelioree, par le debarquement complet de 
la 3 e brigade mixte de chasseurs, pour qu'on ne puisse approuver 
qu'on ait seulement engage 12 compagnies sur 50 (3 bataillons, 
sur 12 et demi), qui etaient rassembles, des lors ; autour de Me- 
lilla), dans une affaire qu'on savait devoir etre importante et 
qui pouvait etre decisive. 

II est bien vrai que la garde des positions avancees, si fächeuse- 
ment conservees comme on l'a dit, exigeait (en y comprenant 
la reserve etablie ä la Secunda Gaseta et les petites garnisons des 
postes exterieurs), de 16 ä 18 compagnies : mais cela ne donne 
encore qu'un total d'une trentaine de compagnies et on est en 
droit de se demander ä quel besoin reel repondait Timmobilisation 
de 18 ä 20 compagnies maintenues, dans la place meme ou sur 
les glacis des forts, ä petite portee de canon desquels allait se 
livrer la partie la plus importante du combat. 

Combien cette conception etroite des necessites de l'action 
offensive est eloignee de celle du marechal Bugeaud, lequel, au 
debut de fe>rier 1846, ayant forme 17 colonnes pour poursuivre 



i.is LE£OUS de i.a ei i:mu: 211 

Abd-el- Kader, <l^s lors sur ses lins ei vouianl disposer d'uae dix- 
huit ienu\ pour fermer entdevemeitt La cercle, — naaifl im cercle 

mobile, — formt 1 aiitour de KEinir, n'hrsitail pas ä prendre les 
dtMix seuls bataillons qui restässent, en i'ait de tnmpes regulieivs, 
pour assurer la garde d' Alger et, pendant vingt-deux jours (du 
2 au 24 fevrier), ne craignit pas de laisser la capitale de TAlgerie 
exchishrement gardee par quelques condamnes militaires armes 
pour la ciivonstance et par deux bataillons de milice, formes de 
la Teilte; Encc-re avait-il ordonne que si Tennemi semblait me- 
naeer le Metidja 7 ces bataillons et les condalnnes militaires fussent 
p ort es immediatement sur Douera, Kolea et meine Blida, ä 20, 
30 et 50 kilometres d'Alger. « G'est la force morale, ecrivait le 
marecbal, qui nous garde le mieux »; et le fait devait prouver que 
« sa sagacite militaire elevee jusqu'au genie », comme l'a ecrit son 
meilleur historiographe ([), jugeait plus sainement les choses de 
la guerre que la raison vulgaire du general gouverneur d'Alger, 
qui, essayant de discuter la mesure avant son execution, ecrivait 
que « sa simple annonee avait dejä produit plus d'alarmes que 
Tinsurrection ». 

Une autre particularite des ordres donnes pour Toperation du 23 
prete ä une critique presque aussi grave : c'est, alors que l'effectif 
mis en jeu etait si faible qu ll laissät ä peine entrevoir la possibi- 
lite d'un succes, qu'on I'ait divise en deux groupes independants, 
forts, chacun, de 6 compagnies, dont les objectifs designes etaient, 
a la verite, convergents, mais qui devaient operer, sans liaison pos- 
nbfe-, separes par des obstacles infranchissables et ne pouvaient 
s'appuyer mutuellement qu'apres avoir reussi ä mener ä bien 
la jjremiere partie de leur difiicile mission. En realite, Tun des 
groupes (celui qui operait sous les ordres du colonel Cabrera, 
par le barranco de Sidi-Moussa) ayant ete neutralise, des les 
pK-mieres heures du jour, sans que l'autre groupe, dont le sec- 
teur s'etendait du barranco del-Lobo ä la Mozquita, ait ä peine 
|tu ]»• soii|ironner, tout Teffort des Mai'ocains devait se porter et 
Be porta, en effet, sur celui-ci, qui ne reussit que tres peniblement 
ä se degager, faillit y perdre son artillerie et laissa sur le terrain 
un trop grand nombre de victimes. 



(1) M. Camille Rousset, La Conquete de l'Algerie. 



2 12 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

Gette dure lecon etait claire et il fut facile de voir qu'elle avait 
ete comprise, — quoiqu'on püt y trouver encore quelque chose 
ä redire, — quand furent arretees les dispositions en vue de l'ac- 
tion qui devait etre le combat du 27 juillet. II s'agissait, cette 
fois, de faire passer, coüte que coüte, un convoi de vivres et d'eau 
dont les garnisons des positions avancees avaient un imperieux 
besoin, en meme temps que de venger une nouvelle insulte des 
Marocains, qui venaient, presque sous le feu de la place, de couper 
la voie ferree employee ä ces ravitaillements. Le debarquement, 
acheve de la veille, de la l re brigade mixte de chasseurs permet- 
tait un effort autrement serieux et qu'on pouvait esperer autre- 
ment efficace que le precedent et c'est bien ainsi que le comprit 
le gouverneur (devenu, entre temps, commandant en chef), en 
donnant, sur le terrain meme, les ordres d'execution. 

Par le fait, 7 ou 8 bataillons, avec une artillerie assez nombreuse 
allaient y etre employes, repartis en deux groupes relativement 
importants et assez bien relies : Tun, d'escorte du convoi, fort de 
8 ä 10 compagnies, ayant pour objectif la Secunda Gaseta et 
appele ä se diviser lui-meme, reglementairement, en « garde des 
voitures » et « troupe de protection »; Tautre, comprenant toute 
la l re brigade de chasseurs, ä qui il appartiendrait de reprendre 
(avec une legere Variante dans la direction), Tattaque avortee 
du 23, en vue de balayer, aussi haut qu'on le pourrait, le versant 
oriental du Gourougou et de s'y maintenir. 

La fortune devait, cependant, se refuser encore ä recompenser 
Fesprit d'offensive que le commandement avait le merite de 
continuer ä montrer malgre les epreuves precedemment subies; 
mais la faute ne lui en revient pas en propre, car, bien qu'on puisse 
regretter qu'il n'ait pas constitue plus solidement encore le groupe 
de manceuvre et d'attaque, on doit reconnaitre que Techec de 
cette partie de Foperation fut, surtout, imputable ä de lourdes 
fautes tactiques dont le general commandant les troupes, — qui 
les paya bravement de sa vie, — conserve la responsabilite imme- 
diate. 

Les conditions dans lesquelles fut engagee et semble avoir ete 
conduite Taction de la l re brigade de chasseurs sont, essentielle- 
ment, du ressort de la tactique et ce n'est pas ici qu'il convient 
de les discuter. Neanmoins, si on se rememore, au point de vue 



LES LE£ONS DE LA GUERRE 2l3 

«los Operations, les circonstances du combat, on doit reconnaitre 
qu'une pari de responsabilite* incombe aussi au commandement 
superieur, parce que, quoique present sur le terrain et fort pres, 
— presque trop pres, — de la zone de feu, le general comman- 
danl en chef n'a, duranl trop longtemps, ni exerce en personne, 
ni delegue* le commandement de l'ensemble de Toperation. De 
ee t'ait. aucune reserve generale n'ayant ete constituee — en 
dehors de la garnison, insuflfisamment mobile, du camp de l'Hip- 
podrome, — aucune troupe nc se trouva disponible pour com- 
bler promptement le vide qui s'etait bientöt forme entre les 
deux groupes principaux et aucun element ne put, non plus, 
intervenir immediatement pour appuyer la troupe d'attaque et 
pour lui servir de repli, lorsqu'elle vint ä faiblir. Pour les memes 
causes, les batteries, reparties un peu au hasard, agirent isole- 
ment. tont le jour, sans orientation, ni direction d'ensemble. 
Enfin, le commandant de la l re brigade de chasseurs, exercant, 
sans contröle, le commandement tactique de sa troupe, put 
librement commettre la faute de Tengager dans une sorte d'acte 
decisif qu'aucun combat d'usure n'avait precede et qui n'avait 
eu d'autre preparation qu'un de ces tirs de bombardement, contre 
un ennemi masque et presque invisible, dont il semblait que les 
experiences de la guerre du Transvaal et Celles du debut de la 
campagne de Mandchourie eussent du faire defmitivement justice. 

Quelle que doive etre, quand les faits pourront etre analyses 
plus ä fond, la part attribuee ä chacun, dans ce regrettable 
övenement, TefTet en fut desastreux, moins encore ä cause de 
l'elevation des pertes subies que par la depression morale que 
revenement laissa peser sur le corps expeditionnaire et parce 
que, — par une coi'ncidence qui ne saurait paraitre fortuite, — 
on vit immediatement succede? a la louable, bien qu'un peu 
»ncoherente, e.ctivite du debut de la campagne, une passivite qui 
devait demeurer entiere, durant de longues semaines. 

On a beaucoup dit, a Melilla, pour Fexpliquer, qu'ä la suite des 

combats des 23 et 27 juillet, le commandant en chef aurait recu, 

d 'une haute personnalite politique, le conseil, juge äquivalent ä 

dre, d^eviter, coüte que coüte, le retour de semblables heca- 

to:r.bes. On ne lui refuserait. aurait-on ajoute, ni les efYectifs, 



2l4 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

ni les moyens materiels dont il croirait avoir besoin et on lui 
ferait un large credit de temps et d'argent; mais c'etait ä la 
condition expresse qu'il n'en düt coüter, desormais, qu'un mini- 
mura de pertes. 

Bien qu'il ne soit possible d'apprecier que par hypothese l'exac- 
titude d'un pareil fait, on doit dire qu'il ne parait pas invraisem- 
blable, car il ne faudrait guere moins qu'une circonstance de cet 
ordre pour expliquer qu'un soldat, personnellement vigoureux et 
toujours pret ä l'action comme Je general commandant en chef, 
ait, aussitöt et sans varier durant pres de deux mois, coupe 
court ä toute nouvelle entreprise; pour qu'il ait, en particulier, 
accepte de donner ä ses troupes, — vis-a-vis de qui le prestige 
de l'ennemi devait s'en trouver singulierement grandi, — le 
spectacle demoralisant des convois impunement insultes, tous 
les jours, par les Marocains, pour qui, — la chose est notoire, 
— c'etait devenu un veritable sport d'y faire, journellement, le 
plus de victimes possible. 

Le fait, s'il devait se confirmer, serait ä retenir, comme une 
preuve du tort considerable que peuvent faire aux interets memes 
qu'elles veulent servir des interventions de cette nature, quelque 
bonnes et legitimes que paraissent les intentions qui les dictent. 
Ge serait, en effet, ä celle dont on a parle qu'on devrait imputer 
les consequences de l'injustifiable immobilisation de troupes 
belles et fieres, — en dernier ressort, trois ou quatre fois supe- 
rieures en nombre ä l'ennemi, — c'est-ä-dire, la conservation 
indefinie des positions avancees, dont la garde et le ravitaille- 
ment fmirent par coüter au corps expeditionnaire autant et 
plus de sacrifices qu'une offensive heureuse, la suppression de 
toute reconnaissance, l'interdiction d'aucune contre-attaque, 
toutes mesures faites pour compliquer les termes d'un probleme, 
en realite, elementaire et pour aggraver ses difficultes, "sans en 
rapprocher d'une ligne la Solution (1). 

De meme, il faudrait retenir qu'aucun chef investi, ä la guerre, 



(1) Cette Observation peut etre rapprochee de la pensee suivante, extraite du 
Journal de route d'un officier d'etat-major pendant la guerre russo % -japonaise, du g6- 
ne>al sir Jan Hamilton : « L'homme d'Etat, dont la mission est d'eviter la guerre 
ou de la declarer, ne sait que provoquer le desastre, s'il sort de ses attributions pour 
la diriger. » (Edition frangaise du lieutenant Verdet, 1909. 2 volumes in-8. Berger- 
Levrault et C ie , editeurs.) 



LDS LE£ONS DE LA GUERRE 210 

d'uii commandemenl indöpendanl ne saurait, sans une abdica- 
tion condamnable, accepter, de qui que ce soit, de mise en de- 
meure qui limite ainsi sa liberte* d'action. 

Lui seul, en effetj a qualitä pour juger, devani sa conscience 
et sous sa responsabilite* historique, — la seule qui puisse etre 
invoquee dans l'espece, — la necessite et l'opportunite des elTorts 
qu'exige raccomplissement de sa haute mission. Autant il serait 
coupable de se decider a la legere et de sacrifier, inutilement, la 
vie d'un seul de ses soldats, autant il deviendrait criminel, vis- 
a-vis de son pays, si, par crainte de l'opinion ou par souci d'liu- 
manite, — ä plus forte raison, par deference pour un calcul 
d'ordre politique, — il hesitait ä agir ä l'heure qu'il eüt jugee 
niilitairement la plus opportune, ou reculait devant les sacrifices 
qu'il aurait estimes necessaires pour atteindre son but. 

Tout a une fin, cependant, meine Tinterminable delai de pre- 
paration impose aux troupes du corps expeditionnaire et l'heure 
allait sonner, — vers la mi-septembre, — d'unereprise d'activite 
que presque tous appelaient de leurs vceux. Pour difYerentes rai- 
sons, dont la principale parait avoir ete l'insufTisance des res- 
sources en eau (devenue toujours plus rare, ä mesure qu'avan- 
gait Tete), le projet d'abord forme de transporter presque tous 
les elements mobiles, par Test de la Mar-Chica, dans la plaine 
d'El-Areg, pour conduire, par Selouan et par la vallee inferieure 
de l'oued Kert, une veritable marche d'investissement autour du 
Gourougou, dut etre modifie, au dernier moment. Le plan reduit 
qu'on lui substitua, mieux approprie, du reste, aux moyens, — 
trop restreints pour une guerre de mouvements, — dont dispo- 
saient les troupes et les Services, ne lui etait pas inferieur; et, 
s'il laut apporter d'assez notables restrictions aux eloges qu'il 
jiLt'iite, c'est seulement au point de vue de son execution, trop 
methodique et trop lente et, surtout, parce qu'on ne sut ou ne 
voulut le poursuivre, resolument, jusqu'au bout. 

G'est le 20 septembre que s'ouvrit, comme on sait, la periode 
active, — non pas de grand matin, car le mouvement ])roprement 
dit ne commenca qu'ä 8 heures, — ni inopinement, la nouvelle 
en ayant ete connue de la veille et la mise en route des troupes 



210 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

ayant ete annoncee par une de ces canonnades dont on dira seu- 
lement qu'on s'etonne, en presence de leur inefficacite non dou- 
teuse, de voir y survivre le respect des indigenes pour le canon. 

Si on ajoute que, dans leur ignorance du pays au delä de la 
portee de la vue, les Espagnols procederent, immediatement, par 
eche'ons et par prises de position successives, toujours preparees 
(sans meme que la presence de Tennemi füt signalee), par un tir 
d'artillerie plus ou moins prolonge, on comprendra l'extreme len- 
teur de leur progression et combien une plus grande rapidite d'exe- 
cution eüt mieux correspondu au but qu'on devait poinsuivre. 

Les Marocains, on en est maintenant assure, avaient fait du 
Gourougou leur principale, pour ne pas dire leur unique place 
d'armes et les deux groupes principaux qu'ils y entretenaient, 
relies par la coupure interieure du ravin du Loup, etaient seu- 
lement couverts, au dehors, par deux faibles avant-gardes eta- 
blies chez les Beni-Sicar et dans le massif des Beni-bou-Ifrour. 
Si, au lieu de faire un laborieux rassemblement initial, suivi d'un 
depart tardif, ä grand orchestre, puis, de marcner avec une re- 
cherche de precautions que les Souvenirs meines des combats du 
mois de juillet n'empechent pas de juger excessive, les troupes 
espagnoles avaient rompu silencieusement, des Taube, le 20 sep- 
tembre et pousse resolument en avant, — dans l'ordre de marche, 
d'ailleurs rationnel, adopte par le commandement, — il est fort 
ä presumer qiTelles eussent donne dans le vide, ou ä peu pres, 
comme Ta fait, en realite, la colonne de droite (brigade Alfau). 
La crete de Taxdirt, sinon meme les hauteurs de Hidoun, — dont 
Teloignement de la limite nord de la possession n'excede pas 8 ä 
9 kilometres, — eussent, par suite, ete occupees, presque sans 
coup ferir, le meme jour, probablement avant midi. 

Et si, d'autre part, la division Sotomayor, prudemment eta- 
blie, d'abord, sur le glacis du fort de Cabrerizas-Altas, mais oü sa 
presence avait cesse d'etre utile des que la reserve du corps mobile 
(fraction de la brigade del Real) fut en position autour de la 
ferme de Dar-el-Hadj-Bisan, si, disons-nous, cette division avait, 
alors, — deux ou trois heures apres l'ouverture de la marche, — 
rec^i i'ordre de se porter, aussitöt, par Ferkhana, sur le plateau 
du Souk-el-Had, — oü auraient, ä la verite, afilue les occupants du 
Gourougou, mais qui eüt ete balaye, d'echarpe, par les canons de 



LES LE£ONS DE L.V GUERRE 217 

la division de chasseurs, — la doublt 1 Operation qui occupa les 
trois journäes des 20, 21 et 22 septembre eüt <'t»'\ a peine, l'af- 
faire d'un jour, eüt eoüte* probablement moins de monde et eüt 
6U\ par contre, sensiblement plus feconde en resultats. 

Rien, en effet, n'eül du empecher, le lendemain, la 2 e brigade 
de chasseurs, maitresse de Hidoun et ayant en echelon refuse, 
derriere sa droite, une partie de la l re brigade, de remonter 
l>ar la rive gauche du rio de Oro pour gagner le mont Tiza et, 
peut-etre, Cazaza, gräce ä l'appui, au moins mediat, de la divi- 
sion Sotomayor, dont la presence sur le Souk-el Had, menacante 
pour le Gourougou lui-meme, y eüt evidemment retenu une impor- 
tante partie des defenseurs. En quarante-huit heures, par conse- 
quent, l'investissement du Gourougou par le nord eüt pu etre 
realise et la piste des Beni-Said eüt ete, des lors, reconnue, sinon 
ouverte, ce qu'elle ne fut pas, meme apres la manceuvre du 6 no- 
vembre et ce qui ne fut juge possible que consecutivement ä 
l'occupation d'Alslatten (26 novembre). 

L'affäire, neanmoins, il faut le repeter, constituait un succes, 
puiscrue se trouvait atteint le but, ä la fois defensif et offensif, 
poursuivi par le commandement, qui consistait ä couvrir Me- 
lilla, face au nord, pendant les Operations qui allaient eloigner 
de la place le gros des forces mobiles dirigees contre Nador et 
Selouan et ä fixer dans le Gourougou une partie au moins des 
contingents indigenes, menaces par la division etablie au Souk- 
el-Had, — sans parier de la possibilite d'en faire deboucher les 
forces qui iraient ulterieurement, donner la main, vers l'oued 
Kert, aux troupes appelees maintenant $ operer au sud du massif. 

En fait, par une disposition qu'on peut egalement louer, — 
bien qu'elle impliquät une divergence d'efforts susceptible 
d'etre dangereuse, ailleurs qu'en plaine et vis-a-vis d'indigenes, 
— les Operations au sud de la Mar-Chica s'etaient ouvertes en 
meme temps que Celles qui viennent d'etre resumees et, depuis le 
20 septembre, le general Orozco occupait, avec une brigade de la 
l re division, les puits d'Aograz, sur le parallele et ä une douzaine 
de kilometres ä Test de Selouan; il jouait, ainsi, vis-a-vis des 
occupants indigenes du secteur sud, un röle analogue ä celui que 
remplissait, au nord, la division Sotomayor. Ainsi rapproche de 



2l8 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

ses objectifs et rejoint, le 24 septembre, par sa seconde brigade, 
le general Orozco allait executer, des le 25, Foperation contre 
Taouima et, eventuellement, contre Nador. 

Les details dejä donnes sur cette Operation, oü Fennemi fut 
entierement trompe sur l'objectif du mouvement et qui fut me- 
nee ä bien, presque sans pertes, dans la seule journee du 25, 
alors que le commandement admettait qu'il püt falloir, pour en- 
lever Nador et les Tetas, attendre Fintervention de la division 
de chasseurs qui ne devait quitter Melilla que le 26, dispensent 
d'y revenir longuement. On dira seulement qu'on y doit voir la 
confirmation immediate des considerations presentees plus haut, 
sur les avantages de la surprise et de la rapidite dans Fexecution, 

— « Activite, Vitesse », selon le precepte napoleonien, — et qu'on 
peut regretter, dans le meme ordre d'idees, que la division de 
chasseurs n'ait pas, au moins rallie Nador, d'assez bonne heure 
le 26 septembre, pour que la marche combinee contre Selouan püt 
etre poursuivie, tout d'une haieine. 

Si cette action immediate avait pu se produire, il parait pos- 
sible que les Marocains, encore imparfaitement renseignes sur 
Favantage que la puissance de Fartillerie ä tir rapide, serieuse- 
ment entree en jeu, pour la premiere fois, les 20 et 22 septem- 
bre (1), assurait, en plaine, ä leur ennemi, ne se füssent pas 
derobes, comme ils le firent, le 27, ä Faction generale qu'es- 
comptait le commandant enchef et dont la premiere parole qu'il 
prononca en penetrant dans la casbah de Selouan, occupee 
sans resistance, fut pour exprimer le regret qu'elle lui eüt ete 
refusee. 

Faudrait-il donc penser que ce füt pour obtenir Faction deci- 
sive, — sans laquelle il n'y a guere de succes militaires durables, 

— que le commandant en chef provoqua Faffaire du 30 sep- 
tembre, dont Finitiative lui appartient tout entiere? On voudrait 
le croire, car il eüt agi, ainsi, dans la logique de la Situation. 
Mais lui-meme Fa nie, afFirmant avoir voulu seulement proceder 
ä unc reconnaissance, en vue de se rendre compte des dispositions 



(1) On doit se rappeler, cependant, que c'est au cours de l'escarmouche du 
31 aoüt, devant Souk-el-Arba, que fut inauguree Fartillerie ä tir rapide du Creusot. 



LKS LE£ONS DE LA GUBüRE 2 1 (j 

puisee par les indig£nes pour s'opposer au döveloppemenl normal 
de son plan, c'esträ-dire, ä sa mafche vors l'ouecl Kcrt. Et il esl 
de l'ait que les conditions dans lesquelles l'affaire fut engagee 

( onlii niciit, en quelque mesure, cette declaration, car les dispo- 
sitions prises Bont oeUes d'une sortie de garnison asßiegee, heau- 
coup plus qu'elles ne ressemblenl ä cc qu'eüt exige unc action 
franchement offensive de guerre de campagne. 

II paralt bien, cependant, ä la reflexion, que si le comman- 
dant en chef, apres son tour d norizon du 29 septembre, a pu 
desirer percer le rideau, — peu epais, — qui l'entourait, il a du 
surtout vouloir rappeler sa presence aux indigenes, les täter et 
peser sur leurs resolutions, qu'on tenait, apres leurs echecs des 
jours precedents, pour inelinant ä Tapaisement. Et, alors, il faut 
türe que la preparation de Taffaire fut insuffisante, eu egard au 
but poursuivi; qu'on comrr.it une incontestable imprudence, 
en n'envisageant, ni ses consequences eventuelles, ni les moyens 
d'y parer; enfin, que, si les resultats en furent relaüvement si one- 
reux, c'est parce que TefTectif des troupes engagees se trouva dis- 
proportionne aux difficultes auxquelles elles devaient se heurter. 

II ne conviendrait pas, ä divers titres, d'exagerer la critique, ä 
propos d'une Operation dont la theorie figure sans doute encore 
dans les reglements militaires espagnols, comme eile etait deve- 
loppee dans le Service en campagne francais de 1832 et comme on 
la retrouve, bien qu'entouree de tres sages resti'ictions, dans 
notre Reglement du 28 mai 1895. Mais ce serait, semble-t-il, 
perdre de vue le but didactique de cette etude que d'omettre de 
faiie observer que ce qui se passa, le 30 septembre, sur le chemin 
de Selouan au Souk-el-Khemis, justifie entierement la severite des 
oritiques que les maitres de la tactique moderne dirigent contre 
les reconnaissances offensives et contre tout ce qui y ressemble. 

Dejä, le marechal Bugeaud, qui avait tout pratique, tout com- 
pris et tout juge, en fait de conduite de la guerre, les interdisait 
fnrmellement. appuyant cette condamnation des considerations qui 
suivent. Ges Operations, disait-il, ou ä peu pres, son1 fori dange- 
reuses, parce que, exigeant un certain developpement de moyens, 
elles peuvent amener des affaires serieuses, — sans but, ni plan, — 
pour soutenir les troupes engag<'<s. Kl pour quel objet? Le plus 



2 20 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

souvent, on aura eu en vue une zone de terrain, une position, 
dont on voudrait debusquer Tennemi. Combien plus avantageux 
ne sera-t-il pas, alors, de preparer, pour Fengager, ä l'heure et 
au lieii choisis par le chef, une f rauche attaque, de livrer un veri- 
table combat, dont on aura pu envisager toutes les consequences, 
peser toutes les chances. 

Soixante ans ont passe sur ces sages observations, sans que 
le fond, ni meme la forme, en aient vieilli. 

Mais, si le marechal Bugeaud eüt condamne Toperation du 
30 septembre, pour les motifs memes qui viennent d'etre for- 
mules, combien plus severe eüt ete son jugement sur les suites 
donnees ä cette fächeuse entreprise ! On avait, disait-on. voulu 
faire la lumiere sur une Situation obscure, savoir si Tennemi per- 
sistait dans ses intentions de resistance, connaitre les moyens qu'il 
y pourrait employer. On avait vu, — meme d'un peu pres, — ce 
qui en etait; mais ce qu'on avait vu n'impliquait, ni indication 
qu'on düt renoncer ä poursuivre la manoeuvre d'investissement 
du Gourougou, ni impossibilite de le faire. II ne restait donc qu'ä 
tirer les consequences des observations recueillies et ä approprier 
les nouveaux moyens d'action aux diflicultes reconnues. 

Le voisinage, si prochain, de Melilla, oü tant de bataillons 
etaient demeures inactifs, rendait possible et meme facile de 
reunir, — en quarante-huit heures, — tous les moyens juges 
necessaires ä la reprise du mouvement. De meme, les renseigne- 
ments, quoique encore sommaires et incomplets, recueillis sur 
les voies d'acces dans le massif des Beni-bou-Ifrour permettaient 
d'etablir un plan d'engagement plus rationnel que celui du 30, 
en substituant au coup de sonde, donne dans un couloir etroit 
et domine, une Operation combinee, oü trouverait une bien 
meilleure utilisation la superiorite d'effectifs et d'armement du 
corps expeditionnaire. 

On aime ä penser que c'est ä un projet de cet ordre que corres- 
pondait la repartition (operee le 5 octobre) des elements du 
corps mobile, en deux groupes divisionnaires, postes, ä Selouan 
et ä Nador, face aux directions evidentes d'attaque ; — et on 
veut croire que la renonciation ä Foffensive, ou, du moins, son 
ajournement ä long terme, n'incombe qu'indirectement ä Tau- 
torite militaire, ce qui permet de n'y pas insister. 



LES LEgONS DE LA GUERRE 22 1 

En ivuliu'\ entraienl alors en jeu d'autres aläments, eltaient 
anvisagäes d'autres considerations, qui n'avaient qu'un lien eloi- 
gue avec les choses de la guerre et, surtout, avec sa theorie. Le 
pays, — beaucoup plus, il faut le dire, que le corps expedition- 
naire, — se fatiguait d'une campagne ä resultats encore hypo- 
tluMiques, feconde en surprises parfois penibles et on sentait que, 
comme en d'autres temps, un compromis, pourvu que la forme 
en füt acceptable, semblerait, bientöt, preferable ä la coüteuse 
continuation de la lutte. Teile fut l'origine, difficilement contes- 
table, des negociations politiques, dont on a suffisamment parle 
dejä pour pouvoir n'y pas revenir et qui remplirent, pour une 
grande part, la languissante periode militaire qui suivit. 

Sons le couvert de ces negociations, d'abord ignorees du public, 
se traitait egalement la question de Torganisation militaire qui 
devait correspondre ä Tarrangement envisage, lequel consiste- 
rait, essentiellement, en une entente conclue avec les popula- 
tions et avec le Makhzen, sur la base de l'occupation, declaree 
provisoire, des territoires effectivement tenus par le corps expe- 
ditionnaire. Mais c'etait assez peu de chose, en somme, que 
cette zone effective d'occupation. De plus, sa partie la plus inte- 
ressante, — celle qui reliait Melilla et le district nord ä la plaine 
d'El Areg, — n'etait guere qu'un defile maritime, de faible lar- 
geur, domine par un haut massif, qu'on n'avait reussi ä entamer 
qu'en bordure; et la securite, en deC/ä de la ligne des ouvrages, 
successivement et hätivement cleves sur cette bordure, etait trop 
precaire pour qu'on put se dispenser de donner, au moins, ä cet 
etablissement im plus serieux caractere de securite et de stabilite. 

G'est ainsi qu'au programme, clair, logique et sur, des premiers 
temps, qui visait ä l'etablissement d'une mainmise complete, 
— bien que peut-etre independante de l'organisation adminis- 
trative, — sur la presqu'ile, on tendait ä substituer une com- 
binaison, beaucoup plus politique que militaire, donnant pour 
base a Tentente un simple elargissement de Tancienne posses- 
sion et du defile, elargissement qui serait juge süffisant si, par 
l'organisation d'une chaine d'ouvrages semi-permanents, on pou- 
vait maintenir, desormais, la place et la route du sud ä Tabri 
des incursions des Marocains ou, au moins, hors de la portee de 
leurs armes. 



22 2 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

Sous Tapparence seduisante et facile qu'elle affectait, cette 
conception n'etait autre qu'un triomphant retour offensif de 
Tidee de Yoccupation restreinte, avec toute l'horreur des compli- 
cations et des perils qu'entraine, militairement, Tadoption de 
faux principes; et, bien qu'il parüt, d'apres ce qu'en disait l'or- 
§ane technique dont on a parle (1), que son application, ä Melilla, 
eüt fait remuer moins de terre et eüt enfoui moins d'hommes que 
le fameux obstacle continu du general Rogniat (2), on peut croire 
que la difTerence n'eüt pas ete fort grande, si on pense qu'au 
milieu d'octobre dejä, le corps expeditionnaire gardait quarante- 
neuf ouvrages ou camps defensifs et que la commission technique 
(dont on aura remarque les tendances), n'avait pas encore, ä ce 
moment, commence ses etudes ! 

II serait sans interet, apres ce qui en a ete dit ailleurs, de parier, 
maintenant, autrement que pour memoire, des pacifiques ma- 
noeuvres executees, les 6 et 7 novembre, sous l'influence de ces 
idees, d'autant que ce serait pour ajouter qu'il suffit de Topera- 
tion, autrement interessante quoique aussi peu contestee, du 
26 novembre, pour dissiper ce mauvais reve et pour retablir sur 
des bases logiques la Situation militaire du corps expeditionnaire. 
Par le fait seul de Tinstallation des troupes espagnoles ä Aislatten) 
toute resistance des Guelaya tombait, en effet; Toccupation 
restreinte perdait, par suite, sa raison d'etre et il ne dependait 
plus que du commandement d'etablir pratiquement, — ce qui 
pouvait se faire, presque sans coup ferir, — Toccupation mili- 
taire de toute la presqu'ile. 

On a vu que la chose parut ainsi comprise, durant la periode 
qui suivit immediatement la cessation des hostilites et que Fac- 
tivite alors marquee par les troupes determina, rapidement, un 
mouvement de ralliement ä TEspagne qui depassa les limites 
du territoire des Guelaya, s'etendit ä quelques fractions des Ouled 



(1) Memorial de Ingenieros del Ejercito. 

(2) « J'ai calcule, ecrivait le marechal Bugeaud au marechal Soult, en decembre 
1841, qu'en ete\ qualre regiments ne suffiraient pas ä la garde de l'obstacle et qu'ils 
donneraient, pendant cinq mois, 7.000 ä 8.000 malades. Dös lors, plus de guerre possible 
au dehors ; il faut se replier derriere Tenceinte pestilentielle... L'armee aura ainsi creuse" 
elle-meme son tombeau. » 



LES LE£ONS DE l.\ GUERRE 21?) 

Set (»Mit et des Beni-bou-Yahi ei sc üt m§me sentir, au delä de 
l'oued KtM't. ehez (es Bocouyas et jusque chez les Beni-Uriaguel, 
au voisinage d'Alhucemas. 

Mais on ne voit pas, par contre, que le mouvement ait ete 

aussi profond qu'il fut general, ni que des gages serieux aient 
ete imposes aux Guelaya, ni obtenus d'eux, qui garautissent suf- 
lisamment, pour l'avenir, la solidite de l'edifice. 

C'est, sans doute, ä cette circonstance, — dont les complexes 
angines seraient trop delicates ä analyser pour qu'on s'y essaie, 

— qu'est du im retour a peine dissimule au Systeme de Toccupa- 
tion restreinte, effectivement demeure, ä ce qu'il parait, en vi- 
gueur, a Melilla, apres corame avant l'heureuse Operation du 
26 novembre. On serait revenu, en eilet, — sans que la securite 
y ait effectivement beaucoup gagne(l), — au prögramme, encore 
etendu, du Memorial de Ingenieros, c'est-ä-dire que les forts, 
camps fortifies, bloekhaus et redoutes de types divers, crees 
pendant la periode militante, subsistent, formant, en quelque 
sorte, la defense propre de la place et de la route du sud (voie 
carrossable et voies ferrees) et qu'ä cette serie, dejä si longue, 

— ä la verite tenue maintenant avec de moindres effectifs, — 
s'ajoute celle des travaux, de construction recente, qui entourent, 
plus ou moins completement, la nouvelle zone d'occupation. 

Sans insister sur Tobservation dejä faite qu'un pareil etat 
de choses serait de nature ä imposer ä nos voisins, au cas oü il 
devrait durer, de tres lourdes charges, tout en ne les defendant 
peut-etre pas suffisamment des complications qu'ils semblent 
s'etre, trop tot, montres soucieux d'eviter, on croit pouvoir, — 
n'envisageant que le cöte theorique de la question, — dire que 



(1) On en jugera en lisant ce qu'ecrivait, vers le 1 er mars 1910, un observateur 
etranger competent, apres un sejour de quelque duree ä Melilla et dans sa banlieue : 
« Les positions occupees sont toutes et toujours les memes, — meme l'interminable 
ligne des postes 6tablis, au debut de la campagne et au cours des Operations, ä 

l'interieur de la presqu'ile; leur nombre a seulement encore augmente G'est ä 

peine, d'autre part, s'il est prudent de circuler, sans veritable escorte, dans la plaine 
d'El-Areg, oü la seule piste frequentee, meme par les troupes, pour aller ä Selouan, 
est celle de Test, qui longe le rivage de la Mar-Chica; la route del'ouest, traditionnelle, 
— la route de Taza, — qui suit le pied du massif des Beni-bou-Ifrour, ne sert qu'auz 

Marocains Rien n'est davantage organise en matiere d'administration; les g6n6- 

raux commandant les detachements exercent, seuls, une sorte de police superieure. 
mais seulement dans un rayon limite autour des postes. » 



22 4 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

le procede adopte ne parait, ni conforme aux lecons de l'expe- 
rience, ni favorable aux interets qu'on entend sauvegarder. C'est 
par l'indication sommaire de la methode qu'on croirait devoiry 
etre preferee que se terminera cet examen critique des Operations. 

On n'a pas oublie, sans doute, la phrase caracteristique du 
marechal Bugeaud, disant que « c'est par la force souvent mon- 
tree au loin » qu'il entendait dominer les populations indigenes 
de TAlgerie. L'illustre soldat, qui, fidele äses principes de guerre, 
avait supprime, des son arrivee en Afrique, les deux tiers des 
postes fortifies, crees ou toleres par ses predecesseurs, ajoutait 
qu'il n'aurait, quant ä lui, d'etablissements que sur des lignes 
paralleles ä la mer; et non pas, disait-il, pour garder ces lignes 
contre les incursions, ce qui est impossible, mais pour mettre 
sa base plus ä portee du theätre de son action repressive even- 
tuelle. 

G'est la meme idee qu'un brillant eleve de la meme ecole, — 
qui n'est, au fond, que Tecole napoleonienne, — le general 
Lyautey a traduite, d'une facon encore plus saisissante, en don- 
nant pour exergue ä son projet d'organisation de la zone algero- 
marocaine (1) la formule : 

Se garder par le mouvement. 

Pratiquement, le developpement de ce principe (prealablement 
experimente, par cet officier general, dans le commandement 
de mar dies coloniales rapid ement et solidement paeifiees), a ete 
et devra, sauf quelques variantes, demeurer le suivant : 

Creation, vers la limite exterieure de la zone, d'un nombre 
strictement borne de grands postes (la base du marechal), forte- 
ment constitues et toujours largement ravitailles. De ces postes 
partent, incessamment, des groupes mobiles, battant le pays sur 
un large rayon et qui se recoupent, ä la facon du croisement des 
feux maritimes. En arriere et, autant que possible, au centre des 
Communications principales avec les grands postes, est organise 
un etablissement central, depöt et reserve pour Tensemble du 
dispositif. Aucuns petits postes, proie toujours tentante pour 



(1) Ce projet, publie, par larges extraits, dans la presse politique francaise, afait 
l'objet d'une discussion devant le Parlement. 



LES I.KrONS DE IA GUERRE 22i) 

l'ennemij par suite, objel constant de präoocupations pour le 
commandement, donl ils ae peuvenl gu&re que paralyser la libert£ 
d'action (1). 

Du poste central, on ne voit rien ä dir» 1 de particulier, si ce 
n'esl que l'effectif de sa garnison et le contenu de ses magasins, 
tout en pouvant varier, en quelque mesure, selon les circons- 
tances, doivent etre toujours maintenus ä un etiage relativement 
elev6, pröcaution necessaire contre les surprises. 

Quant aux grands postes, onleur assurera une garnison mixte, 
plus ou moins forte en infanterie, selon que la population de la 
region sera plus ou moins nombreuse et sedentaire, mais qui com- 
portera toujours de la cavalerie (en principe, indigene, pour la 
sürete* doignee) et des mitrailleuses. Si on le peut, y ajouter de 
la cavalerie europeenne et du canon de montagne (rartillerie 
montee etant reservee, en principe, pour le poste central), mais, 
toujours, dans ce cas, les appuyer d'une fraction d'infanterie, 
autant que possible, allegee (compagnies ou sections montees). 

En regle generale, enfin, constituer fortement les groupes mo- 
biles (le bataillon parait l'unite ä adopter de preference). Avec 
600 hommes de bonne infanterie, un minimum de quatre jours 
de vivres, une reserve de cartouches et une dotation relativement 
considerable en moyens medicaux, on peut, tres facilement, faire, 
en Afrique, de 130 ä 160 kilometres, passer ä peu pres partout 
et, dans certains cas extremes, qui seront toujours exceptionnels, 
se fixer en un point choisi pour y attendre, en etat de securite 
relative, Intervention liberatrice de groupes voisins. 

La valeur des troupes et Texperience des chefs, — experience 
d'autant plus feconde qu'elle aura ete plus pratiquement ac- 
quise, — feront le reste. 



(1) II ne s'agit pas ici, bien entendu, des petits postes du röglement de Service en 
campagne, principaux organes de surveillance des r&seaux d'avant-postes, essen- 
tiellement mobiles et que beaucoup recommandent, surtout en Afrique, de deplacer 
pour la nuit, mais de ces postes, semi-permanents, plus ou moins isolös et occupes 
par des garnisons d'un effectif variant de 30 ä 100 hommes (d'une section ä une com- 
pagnie) comme il en avait He tant cr6e\ au d6but de la conquete de l'Alge>ie, pour la 
garde de points röputös importants et dont plusieurs, enlev£s par Abd-el- Kader ou 
par ses lieutenants, ont acquis une douloureuse notoriete\ 



U - 1 SP WGKOLS KXJ M 11UM l5 



22Ö 



LES ESPAGNOLS AU MAROG 



B) TACTIQUE 

La campagne de 1909 a surpris Farmee espagnole au moment 
qui pouvait lui etre, tactiquement, le plus defavorable, alors que 
se poursuivait, dans les differentes armes, la revision des anciens 
reglements, que Topinion, — apres les campagnes de Guba et des 
Philippines, — avait juges demodes et condamnes. 

L'infanterie venait, ä la verite, d'etre dotee d'un Reglement 
d'exercices, dit Provisoire, approuve par decret royal du 18 aoüt 
1908 et publie peu de mois apres, mais qui n'etait guere entre en- 
core en application que pour Instruction des recrues, lors de 
Tappel du printemps de 1909. 

L'artillerie, de son cöte, vivait toujours sur les reglements 
speciaux aux vieux materiels de campagne et de montagne, de ja 
declasses ou ä la veille de Fetre, auxquels, — en vue de Tadoption 
d'un materiel ä tir rapide (de Krupp ou de Saint-Chamond), — 
avait ete Joint, en 1905, une sorte d'aide-memoire pour la ma- 
nceuvre des batteries attelees, ceuvre personnelle d'un officier; et 
c'est seulement plusieurs semaines apres le debut de la guerre, 
quand furent envoyees ä Melilla les premieres batteries de 75 mm 
achetees au Greusot, que fut mis en service un nouveau regle- 
ment, approuve le 30 avril 1909, qui portait le titre &' Instruc- 
tions pour le tir des batteries de campagne. 

Quant ä la cavalerie, pour qui, du reste, la chose etait de 
moindre importance, eile fit la campagne avec son vieux regle- 
ment et c'est tout recemment (printemps de 1910) que la presse 
a annonce Tapprobation donnee par le Roi ä son nouveau Regle- 
ment de manceuvres. 



Par le fait de ces circonstances, la tactique de combat employee 
par les troupes espagnoles dans les engagements autour de Me- 
lilla fut, d'une facon generale, celle des anciens reglements, 
influencee, dans une mesure variable selon les armes et, si on peut 
dire, selon les personnes, par le Reglement provisoire d'infanterie, 
des lors plus ou moins connu des officiers et complete, pour ce 
qui concerne le tir du materiel du Greusot, par les Instructions 



LES LE£ONS DE LA (.( EHRE 227 

approuv&s au printemps de L909, donl le personne] n'acquit 
que difficilemenl quelque teinture, au cours meme de Ja cam- 
pagne. 

II serait, dans ces conditions, aussi ingral qu'inutile d'aborder 
u ' 1 ' l ' 6tude detaillee d'une tactique qui n'a §t<§, ui celle du passe' 
w celle de l'avenir, mais une combinaison, non methodique de 
procedös appliques, — avec une troupe peu instruite, — par 'des 
cadres qui flottaient entre diverses doctrines, les unes dejä pres- 
que oublie'es, les autres hätiveinent apprises et encore imparfai- 
bement digerees. 

On se bornera, en consequence, -- apres avoir indique, som- 
mairement, l'espril dans lequel ont ete concus les reglements nou- 
veaux auxquels le corps expeditionnaire espagnol fut appele ä 
faire des emprunts plus ou moins larges, — ä esquisser l'evolu- 
tion aceomphe par la tactique de combat, au cours de ces der- 
Qieres annees et ä saisir l'occasion d'illustrer la theorie par 
l'exemple, en discutant, au point de vue de la tactique moderne 
une ou deux des actions de guerre de la recente campagne. 

Les redacteurs du Reglement provisoire sur Instruction tac- 
tique des troupes d'infanterie ont, evidemment, pris pour base de 
leur travail le reglement francais du 3 decembre 1904, dont ils 
ont adopte la plupart des principes et traduit, presque littera- 
lement, une nnportante partie du texte; mais Toeuvre de la com- 
mon espagnole se difTerencie, assez sensiblement, du modele 
par les modifications que celle-ci y a introduites, d'apres certains 
reglements Strangers, notamment, d'apres le dernier reglement 
d exercices de l'infanterie allemande. 

Cette Observation, d'ailleurs, ne comporte pas, en soi de cri- 
tique, la visible tendance (inspiree, semble-t-il, de l'Allemagne) 
que marque le Reglement provisoire ä guider, de pluspres l'inex- 
penence, trop ordinaire, des cadres et ä reagir contre le flagranl 
abus d'individualisme auquel conduit une Interpretation — faci- 
lement abusive,— du reglement francais pouvant etre approuväe 
bien quelle ait, ä vrai dire, amene ä retablir, dans le texte ainsi 
modifie, des regles strictes d'attributions et une reglementation 
un peu etroite qui ne concordent plus, entierement, avec son 
principe initial de liberte. 



2 28 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

Par suite, c'est, de son application, — comme, du reste, de 
celle du Reglement de 1904, — que devra ressortir la reelle 
valeur de Tun et de l'autre, le reglement espagnol ayant besoin 
d'etre interprete liberal ement, pour eviter qu'on retombe dans 
le formalisme d'autrefois, le reglement francais devant Tetre 
prudemment, si on veut sauvegarder, autant qu'il est indispen- 
sable ä la guerre, les principes d'ordre et Pautorite efficace du 
commandement. 

Plus encore que le Reglement provisoire de rinfanterie, les 
Instructions pour le tir des batteries a tir rapide se ressentent de 
la double influence franco-allemande. S'il faut en croire certains 
propos recueillis, ä Melilla meme, de la bouche d'officiers espa- 
gnols, tandis que presque tout ce qui a trait, dans ce document, 
ä Y Instruction d'artillerie proprement dite est d'origine francaise, 
les parties relatives aux exercices de tir, aux ecoles ä feu et, 
d'une facon generale, ä Temploi du canon au combat seraient 
inspirees des regles en usage et des doctrines en faveur dans 
Tartillerie allemande. 

Les occasions ont, malheureusement, manque, ä Melilla, tant 
en raison de Tabsence d'artillerie chez Tennemi que du faible 
emploi qui a pu etre fait, au combat, du materiel de campagne ä 
tir rapide (du Creusot), pour permettre d'etablir une instructive 
comparaison entre les resultats des deux methodes. Quant aux 
tirs executes, dans certains camps et ouvrages, avec ce materiel 
employe comme pieces de position, ils Tont ete dans des condi- 
tions gener alement si anormales (1) qu'aucun enseignement 
veritable n'en saurait etre tire. 

* 
* * 

Ainsi qu'on l'a dit plus haut, la tactique de combat de Tinfan- 
terie, — dont les variations devaient, necessairement, reagir sur 



(1) En vue de donner satisfaction ä l'opinion, l'artillerie avait l'ordre de tirer sur 
tout groupe d'indigenes, raerae restreint, apparaissant dans les limites delahausse; 
mais, pour eviter qu'il en r^sultät une formidable consoraraation de projectiles, le 
reglage avait ete, en principe, supprime pour ces tirs, ordinairement exöcut&s, par 
salves echelonnees, au commandement du capitaine. 



LES LECONS DE LA GUERRE 2 20, 

celle des autres armes, en pari iculier ,de l'artillerie, — a sensible- 
ment evolue", au cours dos dix ou douze dernieres annees. Cette 
evolut ion a ete teile que nul, aujourd'hui, n'oserait meme emettre 
l'idee. qüi r^gissait encore, röcemment, sans qu'on le dit 
expressement, La tactique de Tinfanterie dans presque toutes les 
annees europöennes, — que la d^cision, dans l'attaque, dependit 
esseutiellement de Taction du feu de mousqueterie, non plus, 
d'ailleurs, qu'elle püt etre attendue (selon la celebre formule de 
Souvarow), du seul emploi de la baionnette, 

La decision, par le fait, sera obtenue par la combinaison des 
deux moyens et c'est ce qu'exprime exactement le reglement 
francais sur l'instruction du tir 7 du 31 aoüt 1905, quand il dit 
qu'au combat, le tir et la manceuvre sont inseparables. Le Pro- 
bleme, par suite, consistera ä allier etroitement le feu et le mou- 
vement, — non seulement, le feu aidant au mouvement, selon la 
formule incomplete du reglement francais, mais aussi, le mouve- 
ment alimentant le feu, en lui assurant des objectifs qui, autre- 
ment, lui echapperaient. 

L'infanterie, arme de mouvement tout en etant aussi, dans 
une tres importante mesure, arme de feu, pourra, evidemment, en 
nombre de circonstances, se suffire ä elle-meme, en combinant 
les deux moyens, c'est-ä-dire en poussant en avant certains de 
ses elements, qu'en appuieront d'autres engages, simultanement, 
sur la ligne de feu (echelons de marche, echelons de feu). Mais 
Tetendue de la zone du feu efficace de la mousqueterie, malgre 
que la portee des armes modernes soit devenue triple ou qua- 
druple de ce qu'elle etait jadis, est restee relativement trop 
bornee, — 800 metres, disait-on apres la guerre du Transvaal, 
600 ä 650 metres, dit-on plus volontiers depuis la campagne de 
-Nbmdchourie, — pour que, dans Toffensive, le feu de Tinfanterie 
puisse, en principe, etre eflicacement utilise, au loin, contre un 
ennemi dote d'artillerie. 

C'esl donc au canon que Tinfanterie qui attaque, danscescon- 
ditions, devra, en regle generale, demander son veritable appui, 
lui seul pouvant (ainsi que Tont demontre maints exemples des 
dernieres guerres) lui permettre d'atteindre, sans avoir trop 
soufferl ei encore relativement groupee, la distance, relative- 



230 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

ment rapprochee de la position adverse, oü l'efficacite du tir de 
l'infanterie ennemie Tobligera ä faire intervenir son propre feu. 

Bien que Fobligation, pour l'infanterie, de compter, ä un 
moment donne, sur son action de feu doive etre, en certains cas, 
moins effective que morale, eile ne s'impose pas moins absolu- 
ment et c'est le mode d'emploi du fusil, combine avec les procedes 
de progression de la troupe, qui constitue proprement la tactique 
de combat de Tinfanterie. Get emploi du fusil pour faciliter les 
progres de Tinfanterie n'empechera pas, au surplus, que le canon 
conserve, — meme alors, — une part qui restera, presque toujours, 
preponderante, ä cause de la considerable superiorite de portee, de 
precision et de puissance de Fartillerie sur la mousqueterie. L'in- 
fanterie doit, en consequence, s'attendre ä executer ses attaques, 
sous une veritable voüte de feu d'artillerie, que la precision du 
tir des pieces actuelles de campagne permetttra de poursuivre, 
jusqu'au moment oü c'est surtout la baionnette qui devra entrer 
en jeu. 

Cette Observation poussee ä ses consequences extremes ame- 
nerait ä concevoir que, dans le cas oü une artillerie, suffisamment 
nombreuse et ravitaillee, arriverait ä pouvoir battre, sans com- 
pter, toutes les parties d'un terrain d'attaque qu'aborderait, en 
meme temps, une infanterie representant le mouvement et agis- 
sant en liaison avec eile, cette infanterie put remplir entierement 
sa mission, en se presentant seulement armee de piques. Avoir 
du jarret et du coeur pourrait, dans ces circonstances, theori- 
quement, suffire aux fantassins et, par voie de consequence, c'est 
tout ce qu'on pourrait juger indispensable de developper en eux, 
en vue du combat. 

Cette conception, n'est, evidemment, pas susceptible de reali- 
sation, d'autant qu'en toutes autres circonstances de guerre que 
celle envisagee, il importe que le soldat puisse et sache tirer; il 
faudrait meme qu'il put et süt tirer vite, tout en tirant bien. Mais 
il doit rester acquis que la Cooperation etroite de r artillerie avec 
l'infanterie, grandement utile dans toute action de guerre, sera, 
ordinairement, indispensable dans l'offensive. De meme, on est 
en droit d'eprouver quelque satisfaction (pour ne pas dire quelque 
consolation) ä penser qu'en des cas trop frequents, une artillerie 
ä tir rapide, bien commandee et bien servie, pourra obvier, tres 






LES l.l'ntNS Di: LA GUERRE 2,3 I 

utilement, ä l'insuffisante faculte" de destruction, par le fusil, des 
fantassins du servioe ä court terme, donl ondevradejä s'estimer 
heureux qu'ils supplöent, par l'impulsion, ä ce qui pourra, d'autre 
pari, manquer ä beaucoup d'entre eux. 

La seule chose, par exemple, ä laquelle rien ne pourrait alors 
suppiger, serail cette impulsion meme, comparable, dans ses effets, 
ä la force que communiquent au navire les voiles ou la vapeur, 
au cheval l< i mouvemenl imprime par les aides et, mecanique- 
ment, aussi indispensable. D'oü, la particuliere importance du 
probl&me de sa production, compliquee du fait que, si l'impul- 
sion peut, dans une certaine mesure, etre developpee auto- 
matiquement, le moteur qui la provoquera reste, principalement, 
d'ordre inoral. 

Ce qui prec&de semble avoir suffisamment etabli l'exactitude 
du premier terme de la formule, ä savoir que, dans le combat 
offensif, le feu a pour principal objet de favoriser le mouvement, 
ce qui, du reste, n'est plus guere, aujourd'hui, conteste; mais il 
n'en esl pas de meme pour le second terme, qui attribue au mou- 
vement la faculte d'alimenter le feu. Cette donnee, relativement 
nouvelle, deduite, surtout, de la constatation des particularites 
rlu tir de Tartillerie ä tir rapide du modele francais, vis-a-vis des 
methodes de dispersion tactique et d'utilisation soigneuse du 
terrain, peut, en effet, paraitre douteuse pour quiconque n'a 
qu'une connaissance sommaire de ces questions; il est utile, par 
BÜite, de la commenter. 

Autant les resultats d'un tir regle du materiel en question sont 
ecrasants, contre le personnel, meme disperse, stationnant, plus 
ou moins ä decouvert, dans les limites de portee du canon, autant 
ils -ont mediocres, parfois meme douteux, contre les abris de la 
fortification provisoire ou, simplement, contre un adversaire qui 
se couche et s'immobilise, en temps utile, derriere les moindres 
obstacles du terrain. 

Dans ces conditions, en face d'une artillerie adverse soigneu- 
sement masquee, — ce qui sera, desormais, malgre quelques 
protestations d'amour-propre, le cas pour toutes, — n'ofTrant par 
Suite que d'incertains objectifs de tir et vis-ä-vis d'wne infanterie 
solidement etablie dans ane särie de points d'appui, ou defilee der- 



2^2 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

riere leurs intervalles, la vieille methode de preparation des atta- 
ques par le feu de Tartillerie ne serait pas seulement im leurre, 
mais, — sans resultat plus certain qu'un epuisement premature 
des coffres, — conduirait les troupes d'attaque enfin lancees 
apres une preparation supposee süffisante, aux plus redoutables 
surprises. On Ta trop vu, au Transvaal et devant Melilla meme, 
pour pouvoir conserver de doute ä ce sujet. 

La methode qu'on tend, en France, ä y substituer, par un es- 
prit de reaction infiniment heureux contre la deprimante theorie 
de Tinviolabilite des fronts defendus et infiniment sage, malgre 
son apparente temerite, consiste, au contraire, ä penser que Tar- 
tillerie, qui se sera, sous le couvert des preliminaires de Tengage- 
ment, etablie, en position defilee, vis-a-vis des objectifs supposes 
de Tattaque, devra y demeurer, ensurveillance, attentive et stric- 
tement silencieuse, pendant que Tinfanterie, poussant immedia- 
tement en avant, avec une decision qui n'exclura pas les pre- 
cautions, marchera ä Tattaque des points d'appui, ordinairement 
abordes, simultanement, de front et de flanc. 

L'action solidaire des unites des deux armes se concmt, des 
lors, ä peu pres comme il suit : tandis que les batteries, reparties 
en groupements investis de missions distinctes, se tiendront, en 
quelque sorte, ä TafTüt, pretes ä intervenir, soit pour contre- 
battre Tartillerie adverse qui se revelera, necessairement, plus 
ou moins vite (d'oü leur qualification de contre-batteries), soit 
pour briser les resistances directes que Tinfanterie finira toujours 
par rencontrer en avancant (batteries d' Infanterie), les premieres 
troupes de cette arme s'engagent, sous la protection, d'abord 
purement morale, du canon et en nombre relativement peu eleve, 
mais avec rapidite, decision et avec la ferme volonte de pousser 
ä fond. 

D'oü que proviennent, des lors, les resistances ä la ligne d'at- 
taque, Tartillerie qui a charge de Tappuyer, exactement fixee, 
desormais, sur le ou les points oü eile doit frapper, intervient 
aussitöt efficacement, tandis que Tinfanterie, qui a laisse passer 
Torage, en s'arretant et se couchant, dans les formations les 
mieux appropriees, des qu'ont commence les rafales, profite de 
Teffet d'aveuglement produit sur Tadversaire par le feu des bat- 
teries pour reprendre son mouvement et continue de progresser 



, LES LEQONS DE K.V GUERRE 2^3 

pur bonds, pour ainsi dire, scandSs par le canon, jusqu'ä distance 
d'abordage. 

Tels sont, en somme, les traits gene>aux de l'action combinee 
de rartillerie et de l'infanterie au combat, plus specialement 
qualifiee de Kaisern des armes, par ['eminent fondateur et direc- 
teur de la Revue militaire generale, qui en a fait sa devise et qui, 
recemmenl encore, la dofmissait ä nouveau, avec sa nettete et 
son autorite ordinaires, en ecrivant que « malgre le developpe- 
ment formidable de la puissance du feu, sinon meme par suite 
de ce developpement, seules, la marche de l'infanterie, la menace 
ei l'exeeution meme de l'attaque ä la baionnette peuvent, au- 
jourd'hui, deloger un adversaire de la position oü il se terre ». Et 
le general Langlois ajoutait, pour completer ce tableau, infiniment 
vraisemblable, des actions de guerre de l'avenir « que ce mou- 
vement en avant ne pourra, d'autre part, s'executer qu'avec 
l'appui d'un feu (d'artillerie) dont la puissance devra sans cesse 
augmenter. pour neutraliser celui de l'ennemi ». 

Cette action continue et de concours reeiproque exigera, sans 
doute, des liaisons, d'une Organisation et d'un fonetionnement 
delicats, dont on ne saurait dire qu'elles soient encore entiere- 
ment entrees dans la voie des realisations pratiques, — peut-etre, 
parce qu'on a voulu trop bien faire et pousser aux raffinements, 
qui sont rarement pratiques ä la guerre. Mais ce ne sont lä, en 
fait, que des details, auxquels, dans la realite des choses, supplee- 
pont, en nombre de circonstances, des initiatives particulieres 
emanant surtout de l'artillerie, chaque jour plus versee dans 
1 intelligence des pratiques tactiques de l'infanterie et plus habi- 
tuee ä se Her ä eile, — abstraction faite des moyens inattendus 
que la science nouvelle de l'aviation semble ä la veille de met- 
tre ä la disposition du commandement et dont (sans s'exa- 
gerer les facilites de l'emploi des aeroplanes ä la guerre), on peut 
admettre qu'ils soient susceptibles de rendre, ä l'occasion, d'in- 
, arables Services. 

Sur ces donnees generales apparemmeni appelees ä I rouver, — 

d'infinies variantes, — leur application sur les champs de 

bataille de demain, commenl peut-on comprendre que doive, 



2 34 LE S ESPAGNOLS AU MAROC 

devant Tennemi, se comp ort er l'infanterie, cette arme essen- 
tielle (1), dont le general de Preval ä ecrit, comme le rappelait, 
hier encore, le general Langlois, que « sa ruine a toujours eu pour 
consequence la ruine de la nation elle-meme »? En d'autres termes, 
ä quels procedes semble devoir recourir l'infanterie, pour remplir 
sa laborieuse mission, aux differents moments d'une action de 
guerre moderne? (Test ce qu'on essaiera, maintenant, de resumer, 
en procedant analytiquement, c'est-ä-dire en descendant des 
unit es superieures au moindre element distinct de combat, — 
la section, — douee, devant Tennemi, malgre son infimite, d'une 
existence propre et dont Taction est destinee ä influer grande- 
ment sur le resultat de tout engagement. 

L'infanterie quittant la route d/etapes pour aborder le terrain 
du combat aura, le plus souvent et, quelquefois, coup sur coup, 
traverse plusieurs zones differentes, pour le franchissement des- 
quelles eile aura du utiliser des formations tactiques successive- 
ment modifiees. 

La troupe (division, brigade, regiment, etc.) appelee ainsi vers 
l'avant en vue d'un engagement ulterieur, sera, presque toujours, 
partie d'un point qui echappe aux vues et aux coups de rennend. 
L'etat de securite relative oü eile se trouve, durant cette pre- 
miere phase, lui aura permis de proceder, par formations grou- 
pees, — par evolutions, — qui offrent de particulieres facilites 
de commandement et de conduite des troupes et qu'elle pourra 
souvent poursuivre jusqu'aux nouveaux emplacements qui lui 
auront ete assignes. Dans Tetat actuel de Tarmement, on peut 
admettre que la zone des evolutions s'etende, approximative- 
ment, jusqu'ä la limite de portee efficace de Tartillerie ennemie, 
portee qu'il serait fort imprudent de reduire, actuellement, ä 
moins de 6.000 metres. 

Cette limite franchie, soit que la troupe doive, des lors, etre 
engagee, soit qu'elle ait ä poursuivre sa marche pour gagner un 
point de stationnement plus rapproche de Tennemi, eile encour- 
rait, — que celui-ci soit, ou non, signale, — les plus graves dangers 
en continuant ä progresser en masses, ou seulement en forma- 



(1) « L'infanterie, c'est Tarmee », disait le general Morand. 



LES LEQOlfS DK LA 6UERRI »35 

tions s s, au risque de tomber, ä tout instant, sous le feu 
d'une artillerie adverse en positioi mdephas 

par suite, ö rinfanteriej non pas le däploiement immädial pour le 
bat, qui serah tressouvent prämature et quigenerait conside- 
rablement la continuation d sea i uvements, mais.l'emploi de 
formations, dites preparatoires ou d'approche, donl la caracte- 
ristique esl que !• - _ sses unites, — reghnents ou, plus souvent, 
bataillons, — reparties, des ce moment, entre leurs sones 
mouvement respectires et devanl s'y maintenir, sont, cepen- 
dant, c< - - ssez dans la main pour qu'on puisse, selon 

- broonstances, soit les disperser pour les soustrairerapidement 
aux surprises par le feu, soil les engager immediatem.ent. pour 
satisfaire a toute aecessite de l'aetion. 

Les mouvements exeeutes dans ces eonditionsne sont pas. pro- 
pi erneut, d'ordre de combat, tout en n'etant plus d'evoluti a 
il est utile d'y avoir rompu la troupe. leur pratique. qui est impor- 
tante. n'allant p lifficultes. On concoit, par exemple. faci- 

lement. le danger qu'un bataillon demeure trop serre courrait 
d'etre detruit, ou au moins disloque. s'il traversait. meine aux 
grandes distances, une zone reperee par l'artillerie ennemie; et 
il n'est pas douteux. d'autre part, qu'il puisse arriver a ce meme 
bataillon d'echapper ä l'aetion de son chef. sinon meine de ceder 
ä des attractions divergentes, s'il etait. durant cette marche. trop 
largement articule. 

La troupe, enfin. va s'engager. Pour progri : .t immedia- 

tement. soit im peu plus tard, sous les feux. bientöt peut-etre 
com! l'ennemi, il lui faudra prendre une formation de 

dont "ii dira ^-ulement ici, — la question devant 

- de l'engagement de la section. — qu'ell- - 
caracterisera, par la vigoureuse poussee en avant d'une ligne. 
non continue, d'elements ordinairement echelonnes ä des dis- 
tances et aver- des intervalles variables, pn _ sa ; par bonds 
les, et ae >tationnant. ä decouvert, qi - dtion 

coucl g qui sudvenl le moi 

menl par des n nalogues, quoique, en principe - di>- 

aintiennent ä ui e de la ligne de feu süffi- 

sante pour u'etre qu'accidentelleinent atteints par lea - qui 

lui sont destines, Bera appuyee, »dl- des unites de 



2 36 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

seconde ligne, — que suivront encore cTautres troupes, disponibles 
et de reserve. 



Mise en presence de Tennemi, Tinfanterie de premiere ligne, 
si son education a ete conduite dans l'esprit nettement offensif 
qu'impose essentiellement la guerre moderne, n'aura en vue 
quun seul objet, joindre, au plus tot, Vadversaire. De l'artillerie 
de son parti, dont eile connait l'efficacite et dont eile n'a pas ä 
craindre, — car c'est devenu le röle principal de cette arme dans 
le combat, — qu'elle neglige d'appuyer son action, eile n'a, ni ä 
se preoccuper (autrement que pour connaitre l'emplacement des 
batteries solidaires de son mouvement), ni, surtout, ä attendre 
Tintervention pour s'engager elle-meme. 

C'est au commandant* de toute formation possedant du canon 
(avant-garde, detachement mixte, division, etc.), qu'incombe la 
stricte Obligation de surveiller le debut du mouvement de son 
infanterie et de donner, lorsqu'il lui semble s'imposer, le signal 
de Touverture du feu de l'artillerie. A defaut du commandement 
(s'il arrivait, par exception, que d'autres soins le detournent, ä 
ce moment, de ce devoir essentiel) et, ordinairement, en cours 
d'action, c'est aux commandants des unites correspondantes 
d'artillerie, — ä qui s'impose la regle commune au chef de toute 
troupe maintenue en arriere de se tenir informe de ce qui se passe 
parmi les troupes directement engagees en avant d'elle, — qu'il 
appartiendra de suivre toutes les peripeties de cette marche et 
de saisir le moment de faire intervenir le canon. Exceptionnelle- 
ment, Tinfanterie provoquera elle-meme cette intervention, si 
ellela juge tardive; mais Tesprit dont se montre, partout, animee 
Tartillerie donne ä penser que ce sera rarement le cas, le contraire 
semblant devoir etre plutöt ä craindre, surtout au debut des enga- 
gements. 

Les formations qu'aura pu prendre le bataillon, — veritable 
unite de combat de Tinfanterie, — ä partir du moment oü il serait 
imprudent de continuer ä faire evoluer de grosses unites groupees, 
c'est-ä-dire, selon la definition qui precede, quand le groupe de 
marche aura atteint la limite de la portee efficace de l'artillerie 
ennemie, — se ramenent, presque exclusivement, d'apres le Re- 



I is l.l.(;o\s im; LA UUKRRfi 207 

glement du 3 döcembre L904, ä la ligne de cojonnes de corapagnie 
ou ä la colonne double; e1 la präference ira, le plus souvent, ä 
cette derniere, donl los intervalles et les distances fixes, au debut, 
par I« 1 commandant du bataillon ; seront, ensuite, plus ou moins 
modifiäs par lui, selon les circonstances de la marche, chacun des 
commandants de compagnie conservanl I* 1 libre choix du dispo- 
Bitif ä adopter pour ses propres sous-unite*s (1). 

D'unc nianitVe generale, le chef de bataillon se tiendra, — 
d'abord ä 1 heval, puis ä pied, — au centre de figure du Systeme. 
Toutefois, il aura souvent avantage, avant de mettre pied ä terre, 
a devancer vivement ses premieres compagnies, pour completer, 
par une reconnaissance personnelle, les renseignements recus de 
la eavaJerie et (apres qu'ils auront ete lances), des eclaireurs. 

Le bataillon porte en avant, enutilisant les cheminements ren- 
contres dans sa zone de marche, atteindra ainsi la lim.ite des cou- 
verts et sera ordinairement arrete, avant de l'avoir franchie. 
Le commandant du bataillon ä qui, souvent, les ordres superieurs 
auront ete donnes, en cours de route ou lui seront alors envoyes, 
achevera sa reconnaissance, s'il ne l'a dejä faite. Ge lui sera Focca- 
sion d'exercer un contröle, toujours indispensable, sur ses eclai- 
reurs, dont on doit redouter presque autant qu'ils soient trop 
hardis que trop prudents et qu'il importe, en tout cas, de pouvoir 
arreter, au moment oü leur presence en avant de la troupe cesse 
d'etre opportune, c'est-ä-dire, quand devra s'ouvrir le feu de 
Tinfanterie de l'attaque. 

Aussitöt apres, le commandant du bataillon reunit ses capi- 
baines, places, autant que possible, de facon ä voir, sans etre vus. 
C'est ä cette reunion que sont donnes les renseignements, indis- 



(1) D'autres formattons d'approche sont usitees, ä l'ötranger, notamment, la Tief 
Colonne et la Breite Colonne du räglement allemand. On croit devoir en signaler 
une autre, d'origine russe, que les Espagnols ont employ^e, ä diverses reprises, au 
cours de la campagne. Elle consiste ä faire marcher, en ligne, echelonnde ou non et 
avec des intervalles variables, les compagnies du bataillon, chacune en colonne de 
route. Loin de l'ennemi, les Espagnols faisaient marcher cette sorte de masse, ä inter- 
valles serrös et, pour y introduire un peu d'air, rompaient les compagnies en une 
double colonne par deux. 

Ce dispositif, qu'aucune prescription r£glementaire n'interdit dans l'arm^e fran- 
caise, parait susceptible d'un utile emploi, sans etre cependant supe>ieur ä la colonne 
double, marchant avec ses quatre unit6s 6"chelonn6es au gre du chef du bataillon et 
avec les sections, egalement 6chelonn£es, dans les compagnies, selon les ordres des 
capitaines. 



2 38 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

pensables, sur le but poursuivi et sur le plan de l'operation, suivis 
de Tindication de Yobjectif principal assigne au bataillon et des- 
tine ä etre reparti en objectifs secondaires et, enfin, qu'est fixe 
le dispositif d'engagement du bataillon. Les capitaines, revenus 
ensuite ä leurs unites respectives, notifient et commentent, ä leur 
tour, devant leurs cadres, les ordres et Instructions re^us. 

Le mouvement commence, enfin, dans chacune des compagnies 
de premiere ligne, au signal du chef de bataillon, mais sur Tordre 
des capitaines. Ordinairement, une ou plutöt deux (quelquefois 
trois) sections de chacune de ces compagnies, encadrees elles- 
memes par les sections de tete des compagnies voisines, auront 
ete portees en avant, les autres etant reservees pour constituer 
les renforts de compagnie. 

II est ä retenir que, ä partir du moment oü une troupe a ete 
ainsi deployee pour Tattaque, il serait illusoire et meme dange- 
reux de penser qu'on puisse encore la faire manceuvrer; tout au 
plus, aussi longtemps que le feu de Fennemi n'est pas tres intense, 
peut-on admettre que les sections executent, tout en progres- 
sant, de legers changements de direction, ordinairement obtenus 
par des mouvements obliques. Des lors, en effet, la volonte d'at- 
teindre, en marchant droit devant soi, l'objectif designe, afin 
d'en deloger l'ennemi, peut, seule, maintenir la coordination des 
efforts et leur Prolongation. Get objectif, subdivise lui-meme 
comme il a dejä ete dit, constitue, en effet, le point de ralliement 
general en avant, vers lequel doivent etre tournees toute l'atten- 
tion et toutes les energies, au point de soustraire le soldat ä 
toutes preoccupations exterieures. 

La troupe qui serait, sous le feu de l'ennemi, detournee de 
cette direction unique (ä moins que la rencontre d'un abri etendu 
ne la soustraie, alors, aux emotions du combat), se trouverait, ine- 
vitablement, desorientee et il resulterait, sans aucun doute, de ce 
changement d'objectif, — d'une execution pratique, au surplus, 
fort difficile, — une incertitude, sinon un decouragement, qui 
risqueraient de la faire flotter et tourbillonner sous les balles. 

Preoccupes, avant tout, de gagner du terrain en avant, les 
capitaines veillent ä retarder, le plus possible, l'ouverture de leur 
feu; cette precaution s'impose, tant ä cause de rinefficacite, trop 



LES LE£ONS DK LA 0UERRE 2?)i) 

frgquente, de tirs executös au dela de 600 ä650mätres, qu'a cause 
de la repugnance instinctive des hommes a reprendre la marcho, 
apr&s qu'ils ont commence* ä faire usage de leurs armes. 

L'ouverture du feu, si retardde qu'on la suppose, finira, pour- 
taut. par s'imposer. II est importanl qu'elle se lasse avec regula- 
rite. oar le degre* d'influence que lea chefs conserveront sur leurs 
hommes, au cours de la lutte, döpendra, pour une part appre- 
ciable, de ce debut du combat. Pour ce motif, egalement, il sera 
avautageux que le signal en soit donne, dans chaque compagnie, 
par le capitaine, selon le vosu du reglement, et ce n'est que tres 
exceptionnellement que le chcf de section devra user de la faculte 
qui lui est laissee de l'ordonner, s'il le juge necessaire. De meme, 
si le feu eclate spontanement, il faudra que tout officier use de 
toute sou autorite pour l'eteindre et l'cmpecher de gagner de 
proche en proche. 

A l'ouverture du feu, il sera souvent opportun de proceder, 
d'abord, par de courtes rafales, largement espacees, permettant 
a l'officier de reprendre action sur les tireurs, apres l'execution 
de chacune d'elles et d'apaiser, par le ton calme de ses comman- 
dements, leur enervement du debut. Au surplus, le feu d'infan- 
terie n'ayant guere, ä ce moment, d'autre objet que d'occuper 
les hommes et de les calmer et devant etre surtout, par la suite, 
un moyen de preparer la reprise du mouvement toutes les fois 
qu'il aura ete interrompu, on evitera de lui faire la part trop large 
et on ne perdra pas de vue qu'il importe de reduire au minimum 
la duree des arrets qui lui sont consacres. 

Le reglement du 3 decembre 1904 mentionne, incidemment, 
dans son pröambule, qu'une des principales consequences despro- 
gres de l'armement est « la Substitution ä l'ancienne ligne de 
tirailleurs de groupes irregulierement repartis sur le front de com- 
bat ». Get abandon de la traditionnelle ligne de tirailleurs est un 
rentable evänement tactique, qui eüt peut-etre gagne ä etre nüs 
davantage en evidence. II n'en est, du reste, pas moins forme! et 
se justifie pleinement par le fait que l'ancienne ligne, difficile a 
conduire ei manquant de souplesse, se prete mal ä l'adroite utili- 
saüon du terrain, dans le sens du mouvement; que toute ligne, 
m§me reduite ä un seul rang et ä intervalles, demeure extreme- 



2l\0 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

ment vulnerable ä la mousqueterie, ä raison de sa grande visibi- 
lite; enfin, que les procedes de tir employes, contre le personnel, 
par l'artillerie ä tir rapide sont infiniment plus efficaces contre 
les elements deployes que contre les fractions formees en petites 
colonnes et surtout en files. 

La conclusion ä deduire de cette indication du reglement et 
de son commentaire semble, en consequence, pouvoir se formuler 
comme il suit : 

La mar che, par groupes restreints, formes en colonne mince ou 
en file, alternant avec des deploiements en eventail, rapidement 
executes pour permetlre le tir, dans les arrets de la marche, consti- 
iuera, ordinairement, le meilleur mode de progression de V Infan- 
terie, sous les feux, meme combines, de l'ennemi. 

Que s'il fallait justifier, davantage encore, cette interessante 
pratique, on ajouterait que la preference donnee ä la forma- 
tion des groupes d'attaque en petites colonnes ou en files s'ap- 
puie encore sur d'autres considerations, d'ordre, ä la fois, mate- 
riel et moral, savoir : que ; d'une part, l'experience de la guerre 
prouve que Tinfanterie trouvera, presque toujours, devant eile, 
au combat, des secteurs plus ou moins prives de feux, par oü les 
groupes penetreront d'autant plus facilement qu'ils se presen- 
teront sur un front plus etroit, partant, moins visible et moins 
vulnerable; et que ; d'autre part ; ploye en colonne, noye dans la 
masse et enleve avec eile, Thomme echappera, bien mieux que 
sur la ligne de tirailleurs, — oü il se trouve, en quelque sorte, face 
ä face avec Tennemi, — ä la lutte, inevitable, ä certaines heures, 
chez les meilleurs soldats, entre la volonte d'aborder Fennemi 
et la tentation d'echapper ä ses coups dans l'immobilite de la 
position couchee. Le pelotonnement, ordinaire effet de la peur, 
deviendra, ainsi, dans une appreciable mesure, auxiliaire du mou- 
vement. 

II ne saurait s'agir, au surplus, quand on recommande de ployer 
la troupe et de la pousser en avant, en colonnes minces, qui ne 
se deploieront que pour tirer, de realiser des formations regulieres, 
auxquelles s'opposerait le fait seul qu'elles doivent etre executees 
au pas de course. Ge qu'il faut obtenir, c'est que les hommes, 
rompus par une constante pratique, tendent tous, instinctive- 
ment, ä se former rapidement derriere le chef, ou meme le cama- 



LES LE£ONS DE LA GUERRE %l\ I 

rade, dont la voix et l'exemple les appellent en avant et que les 
essaims allonges ainsi t'ormes sc rapprochent de la file indienne, 
autanl que l'exigeront les circonstances, infiniment variables, de 
l'action. 

Au naomenl du deploiement pour l'attaque, l'initiative du 
mouvement a|>partiendra, ainsi qu'on l'a dit, aux sections de 
tote de chacune des compagnies portees en premiere ligne. Assez 
rapidement, sans doute, ces sections devront se fractionner elles- 
nuMues en sous-groupes (demi-sections, escouades), qui conserve- 
ront leur liberte de mouvement dans la zone affectee ä chacun 
d'eux. Mais ce fractionnement de la section ne decharge pas 
son chef du commandement de l'ensemble, dont il conserve la 
responsabilite* et qu'il doit, ä tout prix, s'efforcer de ressaisir, 
lorsqu'il n'aura pu, au cours de la crise, eviter de le laisser 
echapper. 

Une fois les ordres du capitaine regus et la section pointee 
vers im objectif et en vue d'un but determines, le chef de section 
Tengagera, ordinairement, tout entiere et simultanement, comme 
le prescrit le reglement, tout en fractionnant et echelonnant ses 
elements selon les besoins et en les maintenant strictement sur 
la direction et dans la zone d'action qui lui ont ete assignees. 
Dans ces limites et sous la condition de ne jamais cesser de 
s'inspirer d'un desir ardent de joindre l'ennemi, par corps, le 
chef de section conservera toute independance et toute initiative 
pour adapter au terrain et aux circonstances les ordres recus et, 
d'une facon generale, pour couvrir, sinon abriter sa troupe, sans 
p de la pousser activement en avant. 

C'est toujours, en effet, du chef de section que partira le signal 
pour la reprise du mouvement; il n'aura, ni indication, ni impul- 
sion ä attendre pour le donner et mettra son legitime honneur 
ä ne pas se laisser devancer, dans ce röle, par un homme plus resolu. 
Son cri de « En avant », repete par toutes les bouches, sufTira, 
ordinairement, ä determiner le mouvement. S'il arrive que sa 
voix soil impuissante ä triompher de Tadherence au sol, l'exemple 
deviendra necessaire et sera, presque toujours, decisif. II partira 
de Tun des groupes, — le plus souvent, du sien, e1 sera bientöt 
imite par les hommes des autres fractions, qui, se detachant du 



LKS KSI'.M.MII.S AI' MAKOC 



242 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

sol, viendront se ployer derriere les chefs ou les camarades reso- 
lus qui les auront entraines. 

L'essentiel, au cours de ces mouvements, est que les groupes 
evitent d'offrir ä Tennemi des formations en ligne, dont on a 
signale la grande vulnerabilite relative et s'attachent ä conserver 
entre eux des intervalles d'au moins 20 metres, afm que deux 
elements voisins ne se trouvent pas, ensemble, dans la zone d'ecla- 
tement des memes projectiles. La profondeur de la zone battue 
par une batterie ä tir rapide, qui est d'environ 400 metres, impose, 
d'autre part, pour des raisons analogues, aux unites de seconde 
ligne de se maintenir ä une distance au moins egale des elements 
qui les precedent. 

D'une maniere generale, chaque groupe se portant en avant 
en colonne mince conserve cette formation lorsqu'il s'arrete, 
aussi longtemps qu'il n'a pas ä envisager la probabilite d'avoir ä 
ouvrir le feu; il se ploie, en tous cas, de nouveau en reprenant la 
marche. Ces formations sont egalement conservees, au cours des 
mouvements obliques qu'il y aurait lieu d/executer pour gagner 
du terrain ä droite ou ä gauche de la direction, le souei de- 
meurant constant de presenter toujours ä Tennemi le front le 
plus etroit. 

Le feu, une fois qu'il aura ete ouvert, alternera avec la marche. 
La ligne d'attaque, sinueuse et interrompue, presentera, par suite, 
des rentrants et des saillants et progressera, par places et par sac- 
cades. Durant le tir, la place de tout chef de groupe est sur le 
point de la ligne meme des tireurs qui lui permettra de mieux 
voir Tennemi et de saisir Toccasion favorable d'enlever sa troupe 
vers Tavant. Les grades restent en arriere, ä 5 ou 6 pas, veillant 
principalement ä ce que les fusils soient diriges sur Tobjectif 
indique. Les hommes, en regle generale, tirent couches, les posi- 
tions ä genou et debout etant ä abandonner, dans la zone des 
feux efficaces, sauf pour utiliser des abris d'un certain relief ou 
quand des obstacles empecheraient les tireurs de voir, en restant 
couches. Dans ce cas meme, ils reprennent la position couchee, 
aussitöt apres Fexecution de la rafale. 

Le chef de section ne saurait esperer, dans la majorite des cas, 
pouvoir maintenir Tindividualite de sa troupe, apres un certain 
nombre de bonds executes comme il vient d'etre dit. Cette in- 



LES LE£0N8 DE LA GUERRE 2l\6 

dividualite* se conservera, cependant, d'autant plus longtemps 
que le centrage de la section restera assure par son elan meme 
et que, semblable au relai de chiens d'equipage, qui courent sus 
a L'animal de (hasse, sans treve ni merci, pour ne Tabandonner 
qu'apres l'hallali, eile se maintiendra sur sa direction, sans que 
rien Ten detourne (1). 

Ainsi s'etablit, pour le capitaine, la necessite d'apporter, au 
debut de Taction, le plus grand soin ä bien etablir sa compagnie, 
avant de l'engager, normalement ä la position ennemie, ä indi- 
quer nettement leurs objectifs respectifs aux sections de pre- 
miere ligne et ä les renseigner, aussi exactement que possible, 
sur les distances. Ce n'est plus guere, ensuite, que par les Cle- 
ments conserves en renforts et auxquels il devra, dans toute la 
mesure du possible, appliquer les memes regles, que le comman- 
dant de compagnie pourra exercer une certaine action sur la 
marche du combat, reparer les erreurs et combler les vides, 
jusqu'ä ce que, tous ses elements disponibles etant venus se 
fondre sur la ligne de feu, il ne lui reste plus qu'ä venir apporter 
lui-meme ä ses chefs de section Tappoint de sa presence et les 
soutenir dans leur efTort vers Favant. 

Ainsi s'affirme egalement la necessite d'engager, au debut, le 
bataillon encadre, sur un front assez etroit pour permettre d'ob- 
tenir, durant tout le combat, ce constant efTort de Tarriere vers 
T avant. 

Les reglements qui se sont succede, en France, de 1875 ä 1904, 
fixaient ä 150 metres le front moyen de la compagnie engagee 
dans le combat et, par voie de consequence, ä 300 metres celui 
du bataillon encadre. Le reglement du 3 decembre 1904, tout en 
formulant de sages reserves contre une extension excessive, a 
supprime toute fixation d'un front normal de deploiement. II 
s'en faudrait, toutefois, de beaucoup, que celui-ci püt etre impu- 



(1) Le lieutenant general Sir Ian Hamilton, dejä cit6, rapporte avoir assist6 ä 
l'exercice de combat d'une compagnie japonaise lancöe, ä une distance de 1.200 ou 
1.300 metres, en terrain moyennement accidente, ä l'attaque d'un ennemi poste\ de 
force equivalente. Vingt et une ou vingt-deux rpinutes suffirent, depuis le moment 
ou la troupe fut lancee jusqu'au couronnement de la position adverse, pour moner 
ä bien la marche et l'assaut et on comprend, — bien que le göneral ne l'ait pas com- 
mente, — qu'il cite le fait, ä titre d'exemple d'une activit^ et d'une rapidite" qu'on ne 
saurait trop s'efforcer d'imiter et dont nous restons, en göneral, assez loin. 



244 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

nement etendu, dans la majorite des cas. On a eu lieu de cons- 
tater, frequemment, dans les guerres recentes, le danger de 
lignes de feu etirees ä l'exces, sans renforts pour les soutenir, 
parfois sans reserves pour les etayer et, surtout, pour limiter, 
eventuellement, les mouvements retrogrades que sufiisait ä 
provoquer, chez elles, le moindre retour offensif de Tennemi. 

Gette Observation va directement ä Tencontre d'une tendance 
grandissante ä favoriser Textension des fronts, tendance aussi 
condamnable par ses effets que parce qu'elle s'inspire (sous 
couleur de liberte), d'une exclusive preoccupation d'eviter les 
pertes, qui conduirait vite ä paralyser tout elan. En fait, si on 
doit, d'une facon generale, admettre que les progres realises 
dans la portee et refficacite des armes tendent a faire s'accroitre 
les intervalles et les distances, il est absolument ä retenir que, en 
ce qui concerne notamment les intervalles, Textension doit etre 
maintenue dans de telles limites, non seulement, comme le veut 
le reglement, qu'elle ne gene pas Taction du commandement et 
n'amene pas ä empieter sur les voisins, mais encore qu'elle n'en- 
traine pas de vides et laisse les moyens d'entretenir un feu in- 
tense, sur toute ou presque toute Fetendue du front d'attaque. 

Donc, tout en retenant que lalargeur des deploiements, comme 
la profondeur des formations, pourront varier, selon que la 
troupe sera isolee ou encadree, suivant aussi la nature du terrain, 
les circonstances du combat et le chiffre des effectifs engages, on 
fera bien de considerer, pour les unites encadrees, qu'un front de 
200 metres est un maximum ä ne pas depasser, ordinairement, 
pour la compagnie. II correspond, en effet, ä un front ä peu pres 
double pour le bataillon, soit ä une densite d'effort de deux hommes 
environ par metre courant, minimum qu'il parait indispensable 
d'entretenir, pour parer aux pertes, comme aux defaillances indi- 
viduelles, dont aucune armee ne saurait se flatter d'etre indemne. 

* 
* * 

La cavalerie du corps expeditionnaire, dont on avait certai- 
nement attendu d'importants Services, si on en juge par le choix 
des unites et par 1'efTectif relativement considerable (17 esca- 
drons) auquel eile avait ete portee, a ete fort decue de voir son 



LES LE£ONS DE LA GUERRE 245 

pöle aussi ivduit qu'il l'a 6t6, d'autant qu'elle s'etait vue honoree 
de l'envoi d'un general de division et d'un prince de la famille 
royale, appeläs ä la Commander aux degrös superieurs. L'obser- 
vation a d6jä ete faite que l'augmentation et l'organisation 
speciale de cette cavalerie, decidees, a la fin de septembre, quand 
le Sucres des premieres Operations actives semblait ouvrir au 
corps expeditionnaire de plus larges horizons, correspondaient, 
sans doute, ä la pensee de lui faire executer des mouvements ä 
rayon etendu, dont l'idee fut abandonnee quand le Systeme de 
la campagne fut modifie, apres le combat du Souk-el-Khemis. 

Sans discuter le bien ou le mal fonde de ce changement de 
nuHhode. qui eut pour effet de confiner la cavalerie dans le 
röle ingrat d'escorte quasi permanente des convois, trop rare- 
ment agremente d'une etroite participation ä quelques petites 
actions de guerre, on dira qu'il eüt semble possible, — et utile, — 
sans la lancer dans des raids que la nature du pays et son igno- 
rance eussent pu rendre dangereux, de Temployer ä un Service 
de sürete eloignee qui a fait grandement defaut, justement dans 
la periode, consecutive au 30 septembre, qui correspondait ä son 
renforcement. 

A la condition, — qui 7 du reste, est de principe absolu, en 
Afrique, — de faire toujours appuyer cette cavalerie par un ou 
deux des beaux bataillons de chasseurs dont la vaillance et 
Tactivite se sont affirmees en mainte occasion et de deux ou 
trois sections de mitrailleuses et d'artillerie de campagne, 
allegee (1), on se fut, probablement ä peu de frais, assure la 
maitrise des passages conduisant, de Selouan et de Nador, ä 
Toued Kert, par le pays des Beni-bou-Yahi et par celui des Beni- 
bou-Gafar. De meme, la liaison, toujours revee et jamais tentee 
(jusqu'en decembre), du Souk-el-Had des Beni-Sicar avec la baie 
des Bocouyas, par le Rio de Oro et la piste dite des Beni-Said, 
eüt pu, avec de grandes chances de succes, etre essayee, dans 
les memes conditions, des le debut d'octobre. Enfin, on eüt pu, 
tout au moins, ne pas enserrer les chefs de cette cavalerie dans des 
consignes si etroites que, pendant les Operations, en plaine, des 



(1) Comme on sera, vraisemblablement, amene ä le faire, en France meme, pour 
remplacer les batteries ä cheval d'artillerie de corps, dont la regrettable suppression 
risque de paralyser, devant l'ennemi, les brigades de cavalerie de corps d'arme'e. 



2 1\ 6 LES ESPAG.NOLS AU MAKOG 

25 et 27 septembre, comme pendant la reconnaissance du 17 oc- 
tobre, les escadrons se soient vus condamnes ä ne pousser ä fond 
aucune attaque et, dans la derniere de ces actions, se soient crus 
obliges de laisser Tartillerie soutenir, seule, la difficile retraite 
des bataillons. 

Quoi qu'il en soit, il faut redire, — puisque le contraire a ete 
affirme, d'apres d'incomplets renseignements, — que les esca- 
drons divisionnaires ont, en toutes circonstances de la campagne, 
montre une reelle activite, alliee ä beaucoup de methode et ä 
une süffisante hardiesse, dans l'execution de leur service de sü- 
rete rapprochee. Les colonnes ont toujours, en effet, aussi bien 
sur le plateau, escarpe et ravine, du district du nord de la pres- 
qu'ile que dans les hautes collines rocheuses qui avoisinent Se- 
louan 7 ete maitresses, par leurs patrouilles de cavalerie, de tout 
le terrain les environnant, dans les limites du feu de mousque- 
terie, — le seul dont elles eussent ä se preoccuper, — et il ne 
parait pas que les troupes en marche aient jamais subi de coups 
de fusil ou d/insultes de cavalerie ; sans avertissement prealable 
de ces patrouilles. 

II convient egalement de faire observer que, si le röle d'une 
cavalerie europeenne, appelee ä operer en pays arabe insoumis, 
sera toujours delicat et difficile, celui de la cavalerie espagnole, 
au Maroc, montee, de plus, en chevaux d'Europe, Ta ete, par- 
ticulierement, parce qu'il lui manquait, — ce qu'ont trouve, 
dans la Ghaoui'a, nos chasseurs d'Afrique, — le concours de toute 
cavalerie indigene, reguliere ou irreguliere. Malgre ce tres notable 
avantage, il a fallu aux nötres plusieurs cruels avertissements 
pour remettre en honneur le vieux principe, trop oublie par des 
officiers qui avaient peu d'experience de cette guerre speciale, 
qu'en Afrique, toute cavalerie europeenne, — füt-elle de legere, 
comme nos chasseurs d' Afrique, — constitue une veritable cava- 
lerie de reserve et doit etre, normalement, employee comme teile. 
C'est, en effet, aux goums et aux spahis, beaucoup plus aptes, ä 
divers titres, ä agir au hin, qu'il appartient d'assurer, en dehors 
de Tappui immediat des autres armes, les Services correspon- 
dants ä Tinformation (exploration) et ä la surveillance eloignee 
(sürete de premiere ligne). 

Les Espagnols, qui ne disposaient, devant Mealla, d'aucuneca- 



LES LEQONS DK LA GUERRE 2/17 

Valerie indigene, reguliere ni auxiliaire, ne sauraient etre critiques 
pour avoir fait ce qu'ils pouvaient faire, en limitant Taction de 
leurs escadrons ä la sürete rapprochee et au combat, oü on a vu 
qu'ils ont su vaillamment soutenir Thonneur de leurs etendards. 

11s ont eu encore un autre merite, celui de comprendre que 
de jeunes recrues europeennes, ä peine en seile, lourdement 
chargees et mediocrement instruites au maniem.ent de leurs 
armes, seraient peu aptes, en general, ä tenir tete, dans le 
combat individuel, aux vigoureux cavaliers que comptent enoore 
nombre de tribus arabes, de renoncer, en consequence, ä les 
engager en fourrageurs et de reconnaitre qu'on ne saurait pen- 
ser retablir un certain equilibre, qu'en faisant appel ä la cohe- 
sion du rang. Ils ont eu, enfin, le merite, — car c'en est un, — 
d'avoir su resister ä Tun des engouements du jour et de n'avoir 
use que tres moderement du combat ä pied, pratique qui n'offre, 
— sauf exception, — que des avantages discutables pour com- 
battre une cavalerie europeenne de valeur äquivalente et qui 
parait tout ä fait condamnable en face de cavaliers arabes, indivi- 
duellement superieurs, en general, comme cavaliers et comme 
combattants. 

En resume, si la cavalerie espagnole a eu moins d'occasions 
de se distinguer, au cours de la campagne, qu'elle ne Tavait 
espere, tant parce que les circonstances ne s'y preterent pas 
que parce qu'un commandement timore la tint exagerement 
en lisiere, on ne saurait nier qu'elle ait assure, avec zele, perse- 
verance et succes, les Services exiges d'elle et qu'elle ait su s'ins- 
pirer des vrais principes, pour faire face aux difficultes que la 
guerre d'Afrique est appelee ä offrir, de plus en plus grandes, aux 
cavaliers europeens, inevitablement mediocres, du Service reduit. 

* * 

Ce qui a ete dit, en diverses parties de la presente etude, des 
particularites de Tartillerie moderne du type francais : grande 
porteV. pre'cision et rapidite du tir, facilite d'execution du tir 
indirecl et, d'autre part, efficacite mediocre des shrapnels 
contre les buts abrites ou l<-s tranchees, dispense d'y insister. 
On retiendra qu'il faul, d^sormais, considerer comme une Utopie 



248 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

l'espoir de detruire l'artillerie adverse en position, meme de 
decimer son personnel, abrite qu'il sera derriere les boucliers; 
— d'oü, en principe, abandon de l'ancien duel d'artillerie, jadis 
considere comme devant etre, ordinairement, le prologue de 
tout engagement. De meme, aussi, suppression de toute prepa- 
ration prealable des attaques par le feu de l'artillerie, procede 
condamne comme entrainant, sans une efficacite suffisamment 
assuree, une dangereuse consommation de munitions et comme 
exposant les troupes d'attaque ä de redoutables surprises. A 
plus forte raison, enfm, abandon de tout tir execute contre des 
objectifs non observes, trop souvent indefmis et d'existence in- 
certaine, ce qui, — sauf dans les cas particuliers de guerre mari- 
time ou de guerre de' siege, — entraine l'absolue condamnation 
de tout tir de bombardement. 

Ge qui importe, aujourd'hui, essentiellement, c'est, en face 
d'une artillerie adverse, plus ou moins equivalente, le choix 
judicieux d'emplacements de batteries, abrites ou, au moins, 
couverts au defilement de Thomme debout (2 rnetres). C'est 
aussi la determination, prompte et exacte, des elements du tir, 
en vue d'obtenir, non seulement un reglage correct, — sans lequel 
les resultats du tir demeureront toujours problematiques, — mais 
la soudainete dans Touverture du feu, d'oü dependra, presque 
toujours, la preponderance. C'est, enfin, Torganisation soigneuse 
d'un Service, largement monte, d'officiers orienteurs, d'eclaireurs 
d'objectifs et de signaleurs, dont les qualifications suffisent ä 
preciser les missions diverses. 

Le röle principal de l'infanterie au combat devant etre, 
desormais, comme on l'a dit. avec details, de procurer des buts 
ä Tartillerie, en marchant contre ses adversaires pour leur faire 
reveler leur presence, par leur feu ou par la resistance directe 
qu'ils lui opposeront, cette infanterie sera, en principe, accom- 
pagnee par Tofficier orienteur d'objectifs, suivi lui-meme d'agents 
de liaison pourvus, si possible, du telephone; c'est ä eux qu'il 
appartiendra de completer, par des avis tres precis, plutöt que 
tres frequents, les renseignements obtenus par les observations 
visuelles, attentives, faites des batteries memes. 

On a mentionne que les batteries francaises recevront, ordi- 
nairement, au moins au debut des engagements, des designations 



LES LBQONS DE LA GUERRE 2/^9 

qui caracteriseronl leur mission : contre-batUries et batteries 
tfinfanterie. II va de soi que ces d&ignations, qui entralnenl 
l'usage de taotiques de rnanoeuvre et de feu difterentes, n'ont 
qu'un caractere bransitoire et qu'une meme batterie pourra etre 
appeläe ä jouer, plusieurs fois, Tun et l'autre röle, au cours d'un 
naeme engagement. L'initiative des commandants divisionnaires, 
ou des commandants de groupe et meme de batterie (si l'ar- 
tülerie a ete ainsi scindee), reste, d'ailleurs, entiere ä ce point 
de vue, dans toutes les circonstances oü ils se trouvent eloignes 
du rommandement, sans liaison prompte et assuree avec lui. 

Quoique les principes qui viennent d'etre sommairement 
ßnonces ne soient pas encore, tous, entres dans la pratique de 
Tartillerie espagnole et que, par suite, le materiel de campagne 
ä tir rapide dont nos voisins viennent d'etre dotes soit encore 
loin de produire, entre leurs mains, les redoutables effets dont 
il est susceptible, Texperience qui en a ete faite, ä peu pres sans 
pr»'»paration, ä Melilla, parait les avoir pleinement satisfaits. 
Familiarises par la pratique avec cet instrumenta aussi souple 
que puissant, les Espagnols ne tarderont pas ä voir ce qu'on 
peut en obtenir, ä la condition, cependant, de ne pas faire vio- 
lence ä ses regles fundamentales d'emploi, — notamment, en 
mutiere de reglage. 

* 
* * 

Des circonstances souvent independantes de la volonte du 
rommandement espagnol ont fait ä diverses reprises varier, 
comme on l'a vu, le caractere des principales actions de guerre 
de la campagne. G'est ainsi que, dans la premiere periode, au 
petit combat offensif du 9 juillet, suivi des deux affaires nette- 
ment et meme passivement defensives des 18 et 20 juillet, ont 
succede les affaires des 23 et 27 du meme mois, qu'on peut 
qualifier de mixtes, l'engagement, d'abord offensif, s'etant, 
chaque fois, transforme en manceuvre en retraite, par suite, 
defensive. De meme, dans la seconde periode, les engagements, 
ä tendance offensive, des 20, 22, 25 et 27 septembre, oü, — 
Bauf dans le premier, — il a presque suffi aux Espagnols de 
manceuvrer leur ennemi pour faire totaber toute resistance, ont 



250 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

ete suivis des affaires, egalement mixtes, des 30 septembre, 17 et 
18 octobre (1). 

D'autre part, tous les combats de la premiere periode ont ete 
livres par la brigade permanente de Melilla, soutenue par les l re 
et 3 e brigades de chasseurs, qui ne disposaient que de batteries 
de montagne, d'ancien modele, les canons a tir rapide (du 
Creusot), arrives seulement ä Melilla, en aoüt et septembre, avec 
les divisions Orozco et Sotomayor, n'ayant ete employes que 
pour les Operations de la seconde periode et dans une mesure 
assez limitee. 

Pour ces motifs, comme en raison de Tincertitude dejä signalee 
des doctrines tactiques, il y aurait, semble-t-il, moins d'interet 
ä discuter ce qui a ete fait, au cours des divers engagements de 
la campagne, qu'ä rechercher ce qui aurait pu l'etre, en se pla- 
cant au point de vue moderne. C'est ce qu'on s'efforcera de faire, 
sommairement, en limitant cette etude aux combats des 27 juillet 
et 30 septembre, les plus importants de la campagne, par les 
effectifs et par les resultats. 

Le combat du 27 juillet a comporte, en quelque sorte, deux 
actions distinctes : l'une, d'attaque directe, contre les avant-monts 
du Gourougou, oü commandait le general Pintos, ä la tete de la 
l re brigade mixte de chasseurs; Tautre, de conduite de convoi, 
qui fut d'un interet mediocre, ä cause du röle efface joue par la 
troupe d'escorte. 

G'est apres avoir mis en route le convoi, dirige sur la Secunda 
Gaseta, sous la protection de ladite troupe, que le general gou- 
verneur, qui avait convoque, ä Y Hippodrome, le general Pintos, 
donna ä cet officier general, debarque de la veille, les ordres rela- 
tifs ä Tattaque qu'il se trouvait inopinement appele ä conduire; 
et c'est du parapet meme du camp fortifie (ou de son reduit), 
d'oü Ton voit, en effet, assez distinctement, le terrain de Tat- 
taque, que les instructions complementaires lui furent donnees 
et que sa reconnaissance fut faite, ou supposee faite. On sait 
qu'elle fut, en realite, absolument insuffisante ; qu'elle ne revela 



(1) On ne parle pas des autres Operations de la campagne, qui n'ont pas comport<§ 
d'engagement et ne sauraient etre qualifiees d'actions de guerre. 



LES U:<;,()\S DE LA üUERRh 2,)I 

au gänaral Pintos aucune dos particularitäs du glacis, tr£s difficile 

ei absolumenl inconnu de lui, oü il allait avoir ä combattre, — 
l»as meine le fait de son obliquite par rapport ä la montagne et 
a la ligne menee de 1' Hippodrome au Casino, qu'il prenait pour 
direction generale d'attaque; enfin, qu'elle ne lui permit mome 
pas d'apercevoir, ä son debouche dans la plaine, le Barranco 
d'El Lobo, dont les berges encaissees et profondement ravinees 
allaient etre le tombeau d'un trop grand nombre des siens. 

II n'est pas douteux que cette faute, surtout imputable aux 
circonstances, ait pese, tres lourdement, sur le reste de l'action, 
de meme qu'il est certain que, place dans une autre Situation, 
un officier general experimente comme Tetait le general Pintos 
n'eüt pas manque de proceder tout autrement, en vue,avant tout, 
selon Texpression du general Langlois, de « dechirer le nuage » 
etendu devant lui. 

En fait, une reconnaissance, d'abord poussee en plaine, avec 
la cavalerie, — inutile ailleurs, — jusque vers les jardins situes 
ä hauteur de la Bocana, s'imposait, pour permettre au general 
de s'orienter et eüt sufTi ä lui ouvrir les yeux sur les dangereuses 
particularites du terrain d'attaque. II y eüt reconnu, sans doute, 
Topportunite de pousser, sur la rive sud du Barranco d'El Lobo 
un detachement d'aile, fort, par exemple, de 1 bataillon et 1 bat- 
terie et appuye par les pelotons de cavalerie disponibles, qui, 
tout en etablissant la liaison avec Tescorte du convoi et en assu- 
rant ainsi sa Cooperation ulterieure, eüt ete charge d'avancer, en 
se reglant sur les mouvements du gros, sur la rive droite du ce- 
lebre ravin, dont les embuscades seraient ainsi tombees, pour 
ainsi dire, d'elles-memes. 

Le reste de la brigade, soit 4 ou 5 bataillons, avec 2 ou 3 bat- 
teries, apres avoir, d'autre part, appuye au sud (sans franchir le 
ravin), pour s'etablir normalement ä l'objectif, aurait, alors, 
aborde le glacis, en se couvrant d'une avant-garde (1 bataillon 
ei I batterie), sous la protection de laquelle le general, ayant 
franchi la crete militaire, probablem ent sans resistance serieuse, 
aurait pu, enfin, se rendre compte de la Situation, arreter ses re- 
Bolutions et prendre son dispositif de combat. 

Alors, — mais seulement alors, sans doute, — frappe de l'im- 
portance du massif rocheux qui domine (ä environ 1 kilometre ä 



2 52 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

l'ouest du Lavadero) le coude du torrent, eüt-il du pousser, en 
echelon avance, ä droite de l'avant-garde, elle-meme pointee sur 
la cote 280, une ou plusieurs compagnies du gros, ayant pour 
objectif special ce point d'appui, dont la possession etait presque 
indispensable pour qu'on put, sans trop derisques, faire franchir 
le ravin ä la ligne d'attaque et la pousser contre la crete meme 
du Gorro Frigio. 

II ne parait guere douteux que, devant ce jeu de tiroirs, se 
flanquant mutuellement, la defense, deconcertee, n'eüt pas tarde 
ä remonter les pentes du contre fort, alors battues elles-memes, 
dans d'excellentes conditions, par les batteries du detachement 
de flanc et du gros, suffisamment avancees sur le glacis pour 
bien voir, sans etre assez rapprochees de la montagne pour subir 
dangereusement le feu des tireurs marocains. Et si on pense qu'ä 
ce moment Tescorte du convoi, sa mission remplie, ä la Secunda 
Caseta et agissant en liaison avec le detachement devenait dis- 
ponible pour prendre en flanc, avec 8 ou 10 compagnies et 3 sec- 
tions d'artillerie, les Marocains remontant les pentes du con- 
tre fort devant Tattaque principale, il parait impossible de ne 
pas admettre que ce qui fut, en realite, un echec, eüt pu, tres 
facilement, se transformer en un succes, qui eüt singulierement 
modifie la face ulterieure de la campagne. 

Ce qui precede a fait, comme on l'a vu, abstraction de la for- 
mation d'attaque adoptee par le general Pintos. II est, cependant, 
impossible de ne pas dire, parlant tactique, que cette formation 
merite d'etre condamnee, non pas tant en elle-meme, — car la 
ligne de colonnes de compagnie, ensuite deployee, avec le solide 
renfort d J un bataillon en masse et avec un autre bataillon en 
reserve, est une formation d'attaque decisive parfaitement ad- 
missible, — mais parce que le general la fit prendre, tres prema- 
turtment, sans les preliminaires qui lui sont, en principe, indis- 
pensables. II eüt fallu, d'abord, en effet, un combat d'usure, 
mene par Tavant-garde plus ou moins renforcee, qui en eüt im- 
pose ä l'ennemi, en progressant contre lui, d'un mouvement 
continu, tout en preparant l'intervention du gros, destinee a 
briser la volonte de resistance de Tennemi et ä rompre l'equi- 
libre de ses forces; apres quoi Tassaut, — quelle quen füt la 
forme, — eüt certainement reussi. 



LES LEC.ONS DE L.V GUERRE 253 

Fousser plus loin cos observations depasserait, evidemment, 
I« bul poursuivi. Elles permettent de conclure, cependant, que, 
malgre rinsuirisance relative des moyens mis en oeuvre par le 
general commandanl en chef, sa conception etait loin d'etre ir- 
räalisable et que c'est, pour la plus grande part, ä l'execution 
qu'il laut imputer les facheux resultats de Foperation. 

Onn'en saurait dire autant, ainsi qu'on l'a dejä fait observer, 
du combat du 30 septembre, dont la conception, egalement 
juste, fut faussee par les conditions que le commandement 
lui-meme avait imposees aux executants, conditions infiniment 
critiquables, en realite, rien n'etant plus dangereux, vis-a-vis 
d'Arabes, que d* attaquer sans intention de conserver et en se 
( -luidamnant, par avance, ä une retraite qu'on sait devoir etre, 
toujours, infiniment dangereuse (1). 

Cette Observation est tellement vraie qu'on n 'hesite pas ä 
penser que, malgre les difficultes du terrain, malgre la faiblesse 
des effectifs et malgre le manque de vivres et de munitions, 
Toperation du 30 septembre eüt ete un succes, si on avait pu ou 
voulu passer outre ä Tordre de se maintenir dans les limites, 
singulierement etroites, de lieu et de temps, assignees ä l'execu- 
tion. Peut-etre, le general de division, investi du commande- 
ment et responsable en quelque mesure, eüt-il pu prendre sur 
lui cette initiative, qu'imposaient les circonstances. Le general 
commandant en chef, qui suivait l'operation ä distance et sans 

3er de communiquer telegraphiquement avec le general de 
di vision, pouvait, en tous cas, — on pourrait presque dire de- 
vait, — ne pas hesiter ä modifier, seance tenante, un plan qui 
allait couter relativement si eher au corps mobile. 

Et si, maintenant, supposant cette modification acquise, 
on se rappelle que les deux bataillons de chasseurs de l'avant- 
garde, appuyes de deux batteries et de deux escadrons, etaient, 
presque sans pertes, arrives, avant 11 heures du matin, ä portee 



(1) Le göneral Duchesne a 6crit, dans une Instruction datöe du 4 juin 1895 et rela- 
tive aux Operations militaires dans l'intcrieur de File de Madagascar : «Onne doit,en 
principe, jamais reculer... Le danger reel (vis-ä-vis d'Orientaux) commence seulement 
avec la retraite. ■ Les principales epreuves subies, au cours de la campagne. par le 
corps expeditionnaire espagnol ne confirment que trop l'exactitude de ces tres 
sages observations. 



254 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

de tir efficace de mousqueterie du Souk-el-Khemis, on pensera 
que ces moyens devaient d'autant mieux suffire pour l'enlever 
que cette artillerie comptait une batterie ä tir rapide (du Greu- 
sot) dont Temploi permettait l'action combinee dont on a parle 
plus haut et assurait, peut-on dire, le facile enlevement de ce 
point d'appui. 

L'affaire, des lors, se simplifiait. Tandis qu'un des bataillons, 
organisant la defense du Marche, avec la batterie de montagne 
et les mitrailleuses, le mettait ä Tabri de tout retour offensif 
d'un adversaire depourvu d'artillerie, la batterie de campagne 
et le second bataillon demeures disponibles, prenaient d'echarpe 
les defenseurs du double sommet rocheux attaque parle bataillon 
de Chiclana, en assurant l'enlevement, tandis que la cavalerie, 
abritee jusque-lä en decä du Souk-el-Khemis, demeurait prete ä 
donner la chasse aux Marocains deloges de leurs positions. 

Peut-etre, — le decouragement succedant facilement, chez 
l'Arabe, aux plus energiques demonstrations, — le succes, rela- 
tivement prompt et facile, de cette Operation, en realite simple 
combat d'avant-garde, eüt-il suffi ä entrainer la defaillance 
que le commandement avait escomptee, non sans raison, et ä 
provoquer l'immediate declaration de soumission des indige- 
nes. Tout au moins, la possession, necessairement maintenue, 
des deux points d'appui, — que deux ou trois bataillons appuyes 
de mitrailleuses et d'artillerie de montagne suffiraient ä tenir, — 
permettait-elle d'organiser, pour le jour le plus prochain, une 
nouvelle attaque ayant, cette fois, pour objectif, El-Axara, sinon 
meme Alslatten, Operation dont Tennemi n'eüt meme pas attendu, 
sans doute, Tentier developpement pour mettre bas les armes, — 
surtout, si ce mouvement eüt ete combine entre le corps prin- 
cipal venant de Selouan par le Souk-el-Khemis et un fort deta- 
chement mixte debouchant de Nador pour remonter la vallee du 
Rio del Cavallo. 



LKS LECONS DE LA GUERRE 255 



C) DIVERS 

On a groupe* sous la presente rubrique quelques observations 
recueillies durant le temps passe aupres du corps expeditiom 
uaire de Melilla, qui ne rentraient pas, normalement, dans le 
cadre des precedents chapitres. Les principales de ces obser- 
vations ont trait : au fonctionnement du Service de marche, ä 
la sürete en Station, aux travaux du genie, ä l'aerostation, — 
ou visent quelques particularites, d'ordre, ä la fois, materiel 
et moral, concernant les troupes. On s'est attache ä les pre- 
senter sous la forme la plus succincte, pour ne pas allonger da- 
vantage un expose beaucoup plus developpe, dejä, qu'on ne 
l'avait prevu. 

Le theätre des Operations comportait, comme on l'a vu 7 deux 
zones suflisamment distinctes, — plaine et montagne, — pour 
exiger Temploi d'une tactique de marche difTerant selon les cas : 
en plaine, marche sur plusieurs colonnes s'avancant en ligne, 
parfois echelonnee, dans les intervalles desquelles s'abritaient 
les batteries et certains Services; en pays montagneux, marche 
en une colonne, presque toujours unique, parfois reduite ä la file 
indienne, ordinairement, coupee en echelons successifs ne depas- 
sant pas la profondeur de deux ou trois bataillons ou d'elements 
equivalents, avec des distances süffisantes pour donner ä la for- 
mation l'elasticite necessaire et pour limiter les contre-coups des 
arrets de la marche. 

En regle generale et conformement aux principes en honneur 
dans Tarmee francaise, toute unite susceptible de pouvoir s'en- 
gager isolement marchait couverte d'une avant-garde, elle-meme 
precedee d'un dispositif de sürete de cavalerie, qui assurait, ordi- 
nairement bien, ce Service, dans la limite d'action efficace de la 
mousqueterie ennemie, — 800 ä 1.000 metres. Ghacune d'elles, 
egalement, comportait de Tartillerie, des detachements du genie et 
d'ambulance (plus solidement constitues, dans la derniere partie 
delaguerre) et sc completait par de petita parcs d'artillerie et du 



256 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

genie, le Service des subsistances restant, jusqu'ä la fin, mediocre- 
ment assure par les trains regimentaires, insuffisants pour cette 
mission. 

Seul, le service de la protection des flancs, uniquement confie, 
en general, ä la cavalerie, a paru quelquefois precaire, la ca- 
valerie n'etant guere apte qu'ä surveiller et la defense exigeant, 
pour etre efficace, Taction de rinfanterie, sinon meme de l'artil- 
lerie. L'experience devra apprendre ä nos voisins ä y employer 
des detachements mixtes,' — ce qu'a fait, du reste, ä une ou deux 
reprises, la l re division (division Orozco), lorsqu'elle s'est trouvee 
appelee ä operer isolee, en totalite ou par parties. 

Enfin, on noterait, volontiers, avec eloge, que les troupes es- 
pagnoles ayant ä franchir, en pays tourmente et inconnu, une 
serie de cretes plus ou moins paralleles, susceptibles de fournir 
autant de lignes de defense, ne les abordaient jamais sans pre- 
cautions, s'il ne fallait aj outer qu'ils ont ; presque toujours, fort 
exagere celles-ci, en executant, de crete en crete, de veritables 
deploiements, ordinairement suivis d'un tir de preparation, plus 
ou moins prolonge. La perte de temps, la fatigue imposee aux 
troupes et la depense de munitions d'artillerie qui resultent de 
ces procedes les feront abandonner, — ä dater du jour oü les 
Espagnols auront admis et fait entrer dans leur pratique cou- 
rante la doctrine francaise de la liaison des armes. 

Ces critiques ne portent, au surplus, que sur une certaine 
exageration de prudence, dont Tarmee espagnole se corrigera, 
en prenant Thabitude du succes. Dejä meme, dans la seconde 
partie de la campagne, le progres etait-il sensible, ainsi qu'on Ta 
pu remarquer par les details intentionnellement donnes ä cet 
effet. 

On ne saurait etre aussi elogieux pour ce qui concerne le 
service de sürete en Station, dont on a dejä releve les methodes, 
— vicieuses, ä notre point de vue, — ä propos des attaques 
dirigees contre les camps de la 2 e division, sur le plateau du 
Souk-el-Had. 

Le marechal Bugeaud, ä qui on revient toujours, volontiers, 
tant ont de saveur ses avis et la forme meme dont il les enve- 
loppait, disait que « les avant-postes ne sont pas seulement la 



LES LE£ONS DB LA GUERRE '2,)-j 

ouirasse, naais l» i s lunettes <l» 1 l'armöe ». On comprend <l» 4 reste 
([uc cette ruirasse n'est autre »hose que ce que notre reglement 
actuel appelle l'6chelon de resistance, les lunettes etant ce que 
nous denommons lVchclon de surveillance. Or, on sait que si le 
premier de ces echelons a toujours ete, au corps expeditionnaire 
<l»> Melilla, organise avec autant de soin que d'efficacite, ainsi 
qu'on l'a signale plusieurs fois, l'autre echelon, — Techelon 
avance, — y a ete, presque toujours, supprime et supprime de 
parti pris. 

A ce point de vue, nos voisins vivent, ä ce qu'il semble, sur 
une tradition ancienne, — qui n'en est pas meilleure, — car 
on voit la meme lacune dejä signalee pendant la campagne 
du marechal O'Donnell (1859-1860), oü les camps espagnols, 
devant Geuta et plus tard encore, furent violemment menaces, 
pour ce motif, ä diverses reprises et ne furent degages qu'au 
prix de lourdes pertes. 

II faut, sans doute, pour comprendre la persistance de ce 
parti pris, en chercher Torigine dans Tordinaire violence des 
surprises tentees, la nuit, par les Marocains (dont, au surplus, 
les assauts des 18 et 20 juillet et les combats des jours suivants 
donnent une süffisante idee) et dans la preoccupation, — plutöt 
grandissante, avec la croissante reduction de la duree du Service 
militaire, — d'eviter d'y exposer de jeunes troupes susceptibles 
de subir des paniques qui aggraveraient, au Heu d'y parer, le 
danger de ces attaques. 

Sans insister sur ce point delicat, on se bornera ä dire que 
si Fobservation, d'ailleurs digne d'attention, qui precede, vaut 
d'etre prise en consideration, ce devrait etre, non pour faire 
simplifier, devant un par eil ennemi, le Service des avant-postes, 
que nos voisins reduisent au seul echelon de resistance, — avec 
quelques patrouilles fixes, exterieures, ordinairement sacrifiees, 
en cas d'attaque de nuit, — mais, au contraire, de faire resserrer 
les mailles du reseau. Le reglement francais parait mieux re- 
pondre aux besoins, lorsqu'il specifie, au contraire, que ce reseau 
doit, au voisinage de Y ennemi, etre complete et comporter, alors, 
outre les echelons de surveillance et de resistance (petits postes 
et grand'gardes), un ou meme deux echelons successifs de 
i vfs. — saus parier des detachements lateraux, qu'on devra 



LES ESPAGNOLS AU MATIOC 



2 58 LKS USPAGNOLS AU MAROC 

disposer, toutes les fois que paraitra s'imposer Tutilite d'une cer- 
taine extension du front de protection. 

La seule Variante ä introduire, au point de vue de la guerre 
d'Afrique, dans les prescriptions de notre Service en campagne, 
consisterait, peut-etre, ä prescrire que les petits postes (occupes, 
lorsqu'on est au contect immediat, par des unites entieres) fus- 
sent eux-memes organises defensivement. Encore, serait-ce 
contraire au principe de la mobilite de ces postes, deplaces, la 
nuit venue, et transformes ainsi en de veritables embuscades, — 
auxquelles ne s'attaquaient plus guere, apres quelques dures ex- 
periences, les soldats memes d'Abd-el-Kader. Rappeions, enfin, 
dans le meme ordre d'idees, le conseil du marechal Bugeaud de 
se garder en boule, dans les detachements isoles, prescription 
qu'a faite sienne le nouveau Reglement italien. 

A la verite, l'adoption du Systeme de reseau complet d'avant- 
postes, tel qu'il vient d'etre defini, devrait entrainer, chez les 
Espagnols, certaines modifications dans leurs pratiques cou- 
rantes. II leur faudrait, entre autres, reagir, non seulement 
contre Thabitude, presque generale, de permettre le tir de nuit 
des sentinelles contre tout objet suspect ou juge tel, mais encore 
contre Tusage, trop frequent, de laisser, en cas d'alerte, les uni- 
tes, apres leur reunion derriere les parapets, executer des feux de 
salve et meme des feux ä volonte, regles (ou supposes tels) 
jusqu'aux limites de la hausse. 

Les consequences de ces habitudes sont diverses et reellement 
— quoique inegalement — fächeuses. La plus choquante, peut- 
etre, est d'amener ä clore, la nuit, tout camp fortifie, comme une 
forteresse en etat de guerre, dont nul ne saurait sortir, ä quelque 
titre que ce soit, sans courir le risque de mort; — ce qui cree 
des dangers divers, dont Tun (qui n'est pas le moins serieux, 
quoiqu'on n'y veuille pas insister) doit appeler surtout l'atten- 
tion des hygienistes. Le second est Timpossibilite qui en resulte 
de jamais opposer de contre-attaques aux insultes des indigenes, 
qui, parfaitement tranquilles ä ce sujet, pouvaient (jusqu'en oc- 
tobre) se permettre de tenir en eveil, pendant des nuits entieres, 
avec des effectifs singulierement inferieurs, des campements nom- 
breux comme la grande redoute de Nador, ou meme les camps 
etablis entre les forts de Melilla ! Gent volontaires, — et on en eüt 



LES LE§ONS DE l.v GUERRE 2f)(J 

facilemenl trquve* mille, s'ils so fussenl Sintis « gardes de leurs 
amis », autremenl <lit. assur6s de leurs derrieres, — jetes, la nuit 
venue, en embusoade, sur le flaue d'un de ces camps eussent, en 
quelques jours, l'aii davantage pour couper eourt ä ces humi- 
liantes alertes que les incessantes fusillades eu question, — dont 
une autre cons^quence et qui n'etait peut-etre pas la moins fä- 
eheuse, tut dYutretenir, dans la population civile, une nervosite 
qui survecut, de beaucoup, a la periode critique de la campagne. 

II n'en faudrait pas conclure, cependant, que Fceuvre du ge- 
nie, — en ce qui concerne F Organisation des defenses, comme, 
d'ailleurs les travaux de toute nature qui lui incomberent ä 
Melilla, — ait ete inefficace, ni facile. C'est, au contraire, faire 
simplement acte d'equite, en terminant cet essai historique oü, 
entraine par le recit des evenements de guerre, Tauteur a peu 
parle d'eux, tout en ayant souvent laisse sous-entendre Tefficacite 
de leur aetion, de signaler l'importance du röle de l'etat-major 
et des troupes du genie et leur inlassable devouement, au cours 
de la campagne. 

l'n des chefs les plus consideres de cette arme dans l'armee 
espagnole, le general Marva, n'a rien exagere en rappelant, dans 
la notice dejä plusieurs fois citee, que le genie a execute, ä Melilla, 
une etonnante serie de travaux de toute sorte: «la sape, la mine, 
les differentes branches de la telegraphie, y compris la telegraphie 
sans fil, le telephone, les chemins de fer, Taerostation et l'eclai- 
rage en campagne, le tout execute sous le feu de l'ennemi et, 
souvent meme, en prenant une part directe au combat. » 

Parmi ces Services, si honorablement assures, celui de l'aeros- 
tation merite une mention speciale, en raison de Timportance 
du röle que lui ont fait attribuer, ä Melilla, l'ignorance oü Ton 
etail du pays et la redoutable reputation que lui avaient faite 
les premiers evenements, — importance ä la hauteur de laquelle 
la section aerostatique ne put, d'ailleurs, s'elever, non par 
manque de zele ou d'habilete, mais parce que, il faut le dire, on 
lui demandait 1 impossible. Ce serait encore, au surplus, — 
quoique dans des proportions differentes, — le cas probable des 
Services aeTOStatiques, dans une guerre prochaine et c/est surtout 



2Ö0 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

ä ce titre qu'il peut paraitre de quelque interet d'en parier, ici, 
avec un peu plus de details. 

L'aerostation met ou va mettre, en vue de la guerre, ä la 
disposition du commandement, de nouveaux et puissants 
moyens d'observation et d'information, qui sont : le ballon 
captif, le ballon dirigeable ou libre et Taeroplane. 

Le ballon captif est essentiellement l'organe de Y Observation, 
organe excellent, jusqu'ä 500 ou 600 metres de hauteur, que sa 
fixitepermet d'employer, presque toujours et de la facon la plus 
efficace, au combat, — meme par des temps qui rendent les 
autres engins difficilement utilisables, si meme ils ne compro- 
mettent leur existence, — mais dont la valeur pratique s'attenue 
grandement par Taugmentation croissante de sa vulnerabilite, 
resultant des progres constants de Fartillerie. 

L'aeroplane est, d'autre part, l'organe par excellence de 
Yinformation. Peu vulnerable, ä cause de Tinfimite de son equi- 
page et de la faible surface Offerte par son bäti et par sonmoteur, 
il est, en outre, d'autant plus difficile ä mettre hors de combat 
que sa faculte de s'elever au-dessus de la portee de tous projec- 
tiles s'accroit, presque chaque jour. II parait, de plus, apte ä 
braver, sinon tous les temps, du moins des vents qui generaient 
fort la navigation des ballons et, enfm, il semble que, meme 
atteint par le feu, il puisse echapper, en partie, par le vol plane, 
ä la chute brutale, presque toujours mortelle, qui menace tout 
plus lourd que Fair dont le moteur tombe en panne (1). Mais il 
a, militairement, contre lui, Tun des elements qu'on admire le 
plus en lui, inconsciemment, sa tres grande vitesse, qui, neces- 
sairement, reduit, dans de considerables proportions, sa valeur 
d'organe d'observation. 

II suffit, pour comprendre la portee de cette remarque, d'avoir 
jamais fait, un peu serieusement, du Service de sürete, d'avoir 
pratiquement experimente combien Tobservation est difficile au 
cavalier, meme arrete, en bonne place, loin de la vue et du feu 
de Tennemi, sans autre difficulte ni preoccupation que celle de 
maintenir sa carte ouverte, sous le vent ou la pluie, de s'orienter 



(1) Cette particularite, toutefois, parait spöciale au biplan, le vol plane" n'ayant 
guäre pu, jusqu'ici, etre pratique, avec succ&5, par le monoplan. 



LES LECONS DE Uk GUERRE 26 1 

exactemenl ei de discerner ce quo represente numeriquement 
et ce que fait l'ennemi, si clairement vu qu'on le suppose. Rem- 
plir le meine röle, dans un aeroplane marchant ä 60 kilometres ä 
l'heure et ä plusieurs centaines de metres de hauteur, demeurera, 
on n'en saurait guere douter, fort difficile ä presque tous, •. — 
exception etant faite pour quelques observateurs specialement 
doues; d'oü il suit que, si on peut compter sur l'aeroplane pour 
constater un fait, renseigner sur un point determine ou porter 
un ordre (choses infiniment precieuses dejä), cet engin serait ac- 
tuellement hors d'etat de demeler une Situation militaire, d'ap- 
porter au commandement un ensemble d'observations compa- 
rable, meme de loin, ä ce que donnera le ballon captif etabli 
de facon ä echapper aux coups de l'ennemi. 

Reste, enfin, le ballon, — le ballon dirigeable (l'autre n'etant 
qu'un frere de categorie inferieure, d'un emploi toujours incer- 
tain), — qui est, theoriquement, bien superieur aux deux autres, 
parce qu'il peut faire, ä la fois, de Tobservation et de Tinformation 
serieuses et qu'il possede meme quelques facultes offensives. 
Mais, quoique beaucoup moins facile ä atteindre que le ballon 
captif et pouvant, apres avoir eprouve certaines avaries causees 
par le feu, echapper, par la manceuvre, ä la chute immediate, 
cet engin demeure vulnerable ä un tel degre que son emploi ä la 
guerre, bien qu'incontestable, — reste, comme celui de tant 
d'autres instruments de guerre perfectionnes, — soumis ä des 
aleas non douteux. 

II n'y avait, naturellement, au corps expeditionnaire de 
M<ülla, que des ballons captifs (deux ballons, Tun spherique, 
l'autre cylindrique) avec l'outillage militaire normal; et c'est ä 
eux qu'on a demande, dans toute la seconde periode de la cam- 
pagne, d'assurer, presque exclusivement, les Services d'explo- 
ration et de sürete eloignee. Ils l'ont fait, de leur mieux, — et 
plutöt bien que mal, tres certainement, — mais, certainement 
aussi, d'une facon qui n'a jamais, meme de loin, satisfait aux 
demandes du commandement, ni realise ses esperances. 

En fait, on attendait surtout du ballon des precisions topogra- 
phiques et c'est la chose du monde dont l'aerostat, meme mo- 
bile, sera toujours le moins capable. Reconnaitre un point deter- 
mine lui sera ordinairement possible; mais, le situer exactement 



2Ö2 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

reste fort difficile, surtout quand il n'existe pas de cartes du 
pays et estimer sa distance et son altitude relatives, par rapport 
ä un point lui-meme mal fixe, est ä peu pres impossible ä Taero- 
naute. 

Dans le cas meme de la reconnaissance du 17 octobre, un des 
croquis, fort etudie et apparemment bien fait, dresse par Tun 
des capitaines aerostiers, qui donnait le premier apercu gra- 
phique sur le passage d'Alslatten et sur Toued Kert, eut pour 
effet, — l'auteur ayant fortement teinte, pour traduire Teclai- 
rage du moment, le haut talus meridional du plateau de Ta- 
zoudja, — d'induire le commandement ä attribuer ä ce pla- 
teau une valeur exageree de commandement sur le col et de lui 
donner ä penser que Tennemi qui en demeurerait le maitre 
pourrait rendre fort difficile et onereuse Toccupation de ce point. 
De la, pour une grande part, seraient resultees les resistances 
d/abord opposees, au projet d'achever d'investir le Gourougou, 
en passant de la vallee de Toued Youksen ä celle de Toued Kert, 
par Alslatten. Detail interessant, en ce qu'il invite ä ne pas 
s'exagerer la valeur effective des resultats de Tobservation aeros- 
tatique, meme prise, comme eile Tavait ete, le 17 octobre, par 
un temps exceptionnellement calme et clair et sans que le voi- 
sinage relatif de Tennemi risquät de compromettre, en rien, la 
securite de Taerostat. 

Et si, se placant dans Thypothese oü les Espagnols eussent 
dispose des engins, beaucoup plus perfectionnes, qu'on pourrait, 
maintenant, employer ailleurs, on se demande ce qu'ils en eus- 
sent obtenu, si meme leur navigation se füt accomplie heureu- 
sement jusqu'ä Tembouchure de Toued Kert, on est amene ä 
conclure que, surtout vis-a-vis d'ennemis aussi mobiles et dis- 
perses que des indigenes, les observations ainsi recueillies n'eus- 
sent pas sensiblement augmente Tinteret des renseignements 
donnes par le seul ballon captif. 

Les observations qu'aurait rapporteesle dirigeable, susceptible 
de stopper pour prendre des photographies et des croquis, — chose 
qu'on ne conQoit guere possible encore de faire en aeroplane, — 
eussent pu, toutefois, etre superieures, ä divers titres, aux in- 
formations rapportees par les aeroplanes. D'oü il semble permis 
de conclure qu'il serait aussi imprudent de proclamer, actuelle- 



l.is l.Kr.ONS DE LA GUERRE 26,'} 

ment, la faillite du dirigeable, qu'il l'est, saus doute, de croire 
ä la psrfectibilite* indefinie de l'aäroplane, — dont on pourrait 
penser, au oontraire, que le type est a peu pres i i x < > e1 qu'il n'a 
presque plus de progr&s a faire, sans de profondes modifications 
daus soii principe. 

L'Espagne entreprenant) apres ses malheurs, la reforme de 
son etat militaire, devait etre et fut en butte aux suggestions 
plus ou moins autorisees de reformateurs qui visaient ä transfor- 
mer toute son Organisation. Selon la deplorable tendance moderne 
ä confondre la nouveaute avec le progres et ä supposer que le 
changement qui detruit est superieur ä l'amelioration qui con- 
s«-rve, ceux-ci s'en prirent ä tous les restes du passe et on 
croit sentir, en particulier, TefYet de leur fächeuse influence dans 
la facon dont fut comprise la reforme de Thabillement et celle 
de Tequipement des troupes. 

C'est, en effet ; une question qui agite, — meme ailleurs qu'en 
Espagne, — les novateurs, en vue, ä la fois, de diminuer la visibilite 
des combattants et d'alleger la Charge des hommes et meme des 
chevaux. Si on juge par ce qui fut fait pour le corps expedition- 
naire de Melilla, le premier but ; — qui, d'ailleurs, offre peu de diffi- 
cultes, quand on neglige de tenir compte des necessites de la vie 
de campagne et des intemperies auxquelles des soldats seront 
toujours exposes ä la guerre — fut atteint facilement et d'une 
facon qui eüt paru heureuse, comme on l'a dit ailleurs, si la cam- 
pagne eüt du etre finie en trois mois. On sait qu'il en fut autre- 
ment, l'elegante tenue, en legere toile de coton, ecru et bleu, 
dont 6taien1 vetus, sans exception, officiers et soldats, s'etant 
iiioutree tout ä fait insuffisante pour les proteger efficacement, 
ä partir de la mi-octobre. Et Techec parut bien plus sensible 
encore, au point de vue de Tallegement du fantassin, egalement 
obtenu sans beaueoup de peine; mais ä quel prix! 

Par les admirables journees du mois de septembre 1909, sous 
Melilla, rien n'etait plus flatteur ä Tceil que l'aspect, sous les 
armes, d'un bataillon de chasseurs, — bien tenu, comme ils le 
sont d'ordinaire, — abordant, dans la tenue de campagne decrite 
plus haut, la serie des Operations actives, avec une allure si de- 
gagee et une si parfaite aisance qu'on eüt presque pu leur donner 



2 64 LES ESPAG.NOLS AU MAROC 

la palme, ä ce point de vue, sur nos plus solides troupes d'Afri- 
que. Mais, lä encore, il fallut vite dechanter. 

L'homme etait considerablement allege, il est vrai; mais on 
jugera que le probleme n'etait resolu qu'en apparence, si on 
passe la revue de rhabillement et de Fequipement des fantassins 
espagnols. Pour chaussures, — sauf ä la l re division, qui avait 
les brodequins, — des espadrilles ä lanieres, laissant nue la 
moitie du pied; pas de chaussures de rechange. Pantalon et 
vareuse non ajustee, en toile de coton, sans rechanges de drap. 
Havresac souple, ä courroies, contenant seulement le linge, les 
vivres secs et une proportion de cartouches qui a varie avec les 
corps, mais qui a semble, par la rapidite de leur consommation, 
devoir etre fort inferieure aux fixations reglementaires. Pas de 
ceinture de laine. Pas de capote. Pas de tente-abri. Pour rem- 
placer ces trois indispensables effets, une simple couverture- 
puncho, d'ailleurs souple et assez bonne. Et c'est dans ces 
conditions, pour ne parier que du commencement de la mau- 
vaise saison, que les troupes espagnoles passerent, au bivouac, 

— sans bois, ni paille, ni eau-de-vie, — les trois mortelles jour- 
nees du 19 au 22 octobre, pendant lesquelles il ne cessa de pleu- 
voir et apres lesquelles la division etablie ä Nador evacua, ä 
eile seule, 400 malades sur les höpitaux de Melilla et de la pe- 
ninsule! 

Ces details n'auraient pourtant, en eux-memes, qu'une impor- 
tance secondaire, d'autant qu'il n'est pas difficile de parer, ä 
prix d'argent, ä de pareilles insuffisances, si elles n'avaient en- 
traine d'autres consequences, — ä la fois materielles et morales, 

— d'une gravite superieure. 

Les memes hommes qui, oubliant que TAlgerie a ete soumise, 
en vingt-cinq ou trente ans de lüttes non interrompues, contre 
Tennemi le plus mobile, par des soldats presque aussi lourde- 
ment charges (28 ä 31 kilos) que les legionnaires de Rome, ont 
allege le fantassin espagnol au degre qu*on vient de dire, ont 
cru possible de reduire sa charge, encore davantage, en sim- 
plifiant son armement. Se basant sur le discutable principe de 
Tinviolabilite des fronts defendus, — entrainant, par voie de 
consequence, la suppression du choc des infanteries, — ils ont 



I.KS LE£ONS DE LA GUERRE 26t) 

concu et r^alise* un aouvel allegement du fantassin, par la Subs- 
titution a rancienne baionnette du machete ou cuchillo, bon cou- 
!t'au de poche, saus doute, mais ne depassant guere, en longueur, 
une vingtaine de centimetres et qui compte si peu, comme arme, 
qu'il parut douteux qu'on en eüt appris l'usage aux soldats, si 
on juge par leur incapacite, trop generale, ä s'en servir dans les 
corps ä corps des 23 et 27 juillet. 

Ges observations, qui n'ont pas d'autre objet que d'appeler 
Tattention de qui de droit sur le peril de reformes mal müries 
et hätivement ordonnees et sur le danger, plus grand encore, 
de faire passer au premier plan la consideration des aises et des 
commodites du soldat, — comme si la guerre n'exigeait pas, au 
contraire, des hommes rompus ä supporter, sans trop souffrir 
ni se plaindre, les incommodites et les peines qui en sont l'ine- 
vitable lot, — donnent, peut-etre, Texplication de la facon dont 
les troupes formees ä cette moderne ecole ont, quelquefois, paru 
comprendre le combat. 

La guerre uniquement faite, en principe, ä coups de canon, — 
le fantassin n'ayant plus guere ä intervenir que pour couronner 
les positions acquises, ou supposees acquises sur Tennemi. Des 
lors, si celui-ci a ete reellement deloge par le feu, succes; mais, 
s'il a, par hasard, reussi ä s'y soustraire, se produit ce choc meme 
qu'on avait si bien cru supprime, entrainant des hecatombes 
qui s'appellent Ladysmith ou Colenso, si la guerre se fait au 
Transwaal, ou combats du Gourougou, si la presqu'ile des Gue- 
laya en est le theätre. A moins, — ce qui entrainerait des conse- 
quences beaucoup plus regrettables encore, — qu'apres s'etre 
immobilisee, autant que durait la preparation, devant la position 
adverse, l'attaque, voyant Tennemi resolu ä s'y maintenir, se 
replie, sans insister, — ce qui n'a pas encore beaucoup d'exem- 
ples dans les armees europeennes, mais ce qui, cependant, s'est vu, 
de ja et ce qui ne tarderait pas ä se reproduire, si on laissait la 
pn-occupation exclusive des pertes devenir le facteur preponde- 
rant de la conduite de la guerre. 

On a mis, dans le recit des Operations, une reserve intention- 
nelle ä eviter de souligner le nombre, vraiment effrayant, des 



2Ö6 LES ESPAGNOLS AU MAROG 

disparus de certains des combats de la premiere periode et on a 
ete heureux, au contraire, de constater, qu'une fois completee 
leur education militaire, d'abord singulierement sommaire, les 
soldats espagnols avaient suffisamment reagi contre le funeste 
decouragement dont ces disparitions sont le temoignage pour que 
le chiffre des disparus se trouvät, le 30 septembre, reduit ä 
quelques unites. Nous-memes, d'ailleurs, il faut le reconnaitre, 
n'avons pas echappe entierement, au debut de la campagne de la 
Chaouia, ä ces douloureux accidents et il a fallu, pour empecher 
qu'ils se reproduisent, les lecons memes de la guerre, appuyees 
par Tenergique Intervention du commandement. 

L'aveu qui precede nous met ä l'aise pour tirer de ces faits 
Tenseignement qu'ils comportent et nous permet, — sans insister 
sur les terribles consequences que ces abandons ont toujours 
pour leurs victimes, — d'ajouter que notre vieille armee d'Afrique 
considerait chaque disparition comme un deshonneur pour la 
troupe chez qui eile s'etait produite. 

Beaucoup des officiers de cette armee n'etaient pas de grands 
clercs en matiere de tactique et ne s'en piquaient point; mais 
ils avaient la pratique de la guerre et des traditions qui valaient, 
pour eux, un plus haut enseignement theorique. Lorsque, — 
avant la guerre de 1870, — Tauteur de ces lignes, venant des 
Ecoles et dela Garnison de Paris, vint rejoindre un des bons regi- 
ments de cette armee, — le 2 e zouaves, — ses nouveaux cama- 
rades, pour la plupart veter ans des campagnes de Crimee, 
d'Italie, de Kabylie, du Maroc, du Mexique, voulurent, cepen- 
dant, lui faire leur theorie de la guerre. Elle etait, pour beaucoup, 
reduite ä deux points : au combat, la compagnie se fait tuer, tout 
entiere, — officiers en tete, — pour enlever aux Arabes le corps 
du plus humble soldat; quand le bataillon est engage, toute 
unite qu'une mission speciale et definie n'immobilise pas expres- 
sement ne doit avoir qu'une idee, pousser ä Tennemi et le joindre, 
par corps. 

La lecon semblerait et serait, en effet, un peu sommaire, au- 
jourd'hui, pour des officiers. Mais il n'y aurait vraiment pas 
grand'chose ä y aj outer pour completer, en ce qui concerne le 



LES LEQONS DE LA 6UERRE 2()-j 

soldat, sa preparation morale ä la bataille. Gelte präparation 
doit, en effet, viser exclusivemenl ä faire penetrer, dans tous les 
cceurs. avec la volonte devaincre, la conviction qu'on n'y saurail 
räussir qu'ä la condition d'aborder l'ennemi; que si les elements 
d'attaque doivent, pour progressei", s'aider, constamment et 
alternativement, de leurs feux, le but pour tous, — le but unique, 
— est d'arriver au corps ä corps; que les groupes qui consti- 
tuent la ligne d'attaque n'ont, ä partir du moment oü celle-ci a 
ete lancee, aucun ordre ä recevoir de l'arriere, en vue de les con- 
duire ä leurs objectifs respectifs; qu'il ne saurait, des lors, rester 
aucune place pour la passivite, les hesitations; qu'enfin, n'est 
pas digne d'etre chef, füt-ce d'une escouade, celui qui n'est pas 
homme ä triompher de la crainte des responsabilites, autrement 
dangereuse, pour qui commande, que la peur des coups et le 
souci de sa eonservation. 



RESUME ET CONCLUSIONS 



Sous Tinfluence (Tun sentiment d'emulation, ä Tegard de la 
France, qui ne doit pas surprendre et qu'on ne saurait blämer, 
l'Espagne, entree dans la voie d'une complete regeneration poli- 
tique, administrative et militaire, depuis qu'une amputation, 
douloureuse mais necessaire, l'a liberee de ses ecrasantes charges 
coloniales, s'est laissee facilement convaincre que le Maroc düt 
etre, desormais, un champ ouvert ä son activite economique et 
ä la culture de ses vertus guerrieres. Elle a, en consequence, 
profite volontiers d'une crise, — probablement accidentelle ; — 
pour s'engager (au commencement de Tete 1909), vis-a-vis des 
tribus marocaines voisines de son antique possession de Melilla, 
dans un conflit arme dont eile a attendu, non sans raison, qu'il 
lui permit de developper sa zone d'action dans le Maroc sep- 
tentrional, comme la France l'a pu faire, successivement , 
depuis quatre ans, sur la rive droite de la Moulouya, sur le 
Haut-Guir et dans la Chaoui'a. 

Ge n'etait, au surplus, que la reprise de lüttes bien des fois 
seculaires, ä peine interrompues par l'expulsion des Maures d'Es- 
pagne, que la monarchie espagnole a toujours, au cours des sie- 
cles, recommencees avec entrain, sinon avec autant d'esprit de 
suite et de vigueur qu'il l'eüt fallu et dont, ä vrai dire, eile n'avait 
jamais tire, jusqu'ici, qu'un profit fort incertain. 

Heureusement pour TEspagne, les choses ont, cette fois, change 
d'allure, gräce aux efforts de son armee et gräce aussi, pour une 
large part, ä la perseverante ardeur de son jeune souverain. 
C'est, en effet, au roi Alphonse XIII, fermement conseille par 
rhomme d'Etat de haute experience ä qui il avait opportune- 
ment accorde sa confiance, apres la chute du cabinet Maura, que 
revient Thonneur d'avoir su reagir contre une certaine lassitude, 



27O LES ESPAGNOLS AU MAROC 

qui risquait de faire devier l'entreprise et d'avoir obtenu que la 
quereile füt poussee jusqu'ä ses consequences necessaires et ä 
ses resultats legitimes. 

On connait, autant qu'il est encore connu, le theätre de la 
guerre, — petite, par les effectifs engages et par la faible etendue 
des territöires oü eile est restee cantonnee, grande, par les efforts 
et par les sacrifices qu'elle a coütes, comme par le vigoureux en- 
trainement dont eile a ete Toccasion pour Tarmee, — qui 
s'etend, d'est en ouest, de l'embouchure de la Moulouya ä celle 
de Foued Kert et qui n'a guere depasse, au sud, le parallele de 
Selouan. 

La campagne, ouverte le 9 juillet 1909, arretee le 26 no- 
vembre suivant et definitivement close, le 1 er mai 1910, — jour 
d'oü date la transformation du corps expeditionnaire en corps 
d'occupation, — s'est trouvee divisee par les evenements mili- 
taires eux-memes en trois periodes de caractere assez different 
pour valoir d'etre resumees separement. 

La premiere periode, qu'on a qualifiee de preparatoire et qui 
s'etait brusquement ouverte par le massacre de quelques ou- 
vriers espagnols ä la solde d'une compagnie miniere, s'est conti- 
nuee par les combats, fort rüdes, des 18, 20, 23 et 27 juillet, oü 
les Espagnols, inferieurs en nombre et presque reduits ä la defen- 
sive, n'ont guere reussi qu'ä sauver Thonneur et s'est lentement 
prolongee, ensuite, sans evenements saillants, jusqu'ä ce qu'ait 
fini par se rassembler, — vers la mi-septembre, — ■ autour de 
Melilla, un corps expeditionnaire d'un peu plus de 40.000 hommes. 

La seconde periode, dite active quoiqu'elle ne le merite pas 
absolunient, a debute, effectivement, les 20 et 22 septembre, 
par la pacification du district nord de la presqu'ile, obtenue, 
sans trop de pertes, gräce ä une adroite combinaison de mouve- 
ments, — dont le seul tort fut d'etre un peu compasses. Cette pe- 
riode s'est poursuivie, les 24, 25, 27 et 29 septembre, par une 
serie non interrompue d'habiles Operations qui ont fait tomber 
dans les mains du corps expeditionnaire, presque sans effusion 
de sang, Nador, Selouan et la crete Orientale du Gourougou, 
mais pour aboutir, malheureusement, le 30 septembre, ä Faffaire 



m;si ,\ii ET CONCU sio.Ns 271 

mal engagee du Souk-el-Khemis, qui fit, saus utilitä, de trop 
aombreuses victimes. Alasuite de cette penible aventure, le com- 
liiaudcnient, qui parat, brusquement, renoncer a l'espoir, sinon 
meine au desir, d'obtenir le succes militaire indiscutable que 
tout le uionde esconiptait pour finir honorablement la cam- 
pagne, s'attacha ä eviter toute serieuse occasion d'un nouveau 
rhoc et s'engagea meine, bientöt, dans une serie de negocia- 
tions pacifiques menees, en partie double, avec les Guelaya et 
avec des representants accredites du Makhzen. Ges lents pour- 
parlers, au cours desquels l'action militaire ne fut guere reprise 
que pour la forme, ä deux ou trois fois, furent couronnes par 
la marche non disputee du 26 novembre, dans la vallee du rio 
del Cavallo, devant laquelle tomba toute resistance ouverte des 
indigenes. 

La troisieme periode, enfin, qui succeda immediatement ä l'oc- 
rupation d'Alslatten, fut consacree ä la pacification. On la voit 
remplie par une longue et un peu monotone serie de mouvements, 
generalement bien combines et diriges avec methode, mais oü 
dominent la crainte excessive de susciter des conflits et la preoc- 
cupation de ne pas provoquer de pertes. Les succes qu'ils procu- 
rent semblent, par suite, pouvoir manquer un peu de solidite, 
parce qu'ils auront ete trop faciles. Vers la fin merae de la periode, 
rardeur du debut parait tomber et les Espagnols reviennent, ins- 
tinctivement en quelque sorte, aux vieilles methodes de defen- 
sive etroite et disseminee, trop longtemps pratiquees aux colonies, 
dont ee qu'on peut dire de moins severe est qu'elles devront etre 
onereuses et seront, probablement, ineflicaces. Neanmoins, les 
Marocains appauvris, fatigues et absorbes par la preoccupation 
de leurs futures recoltes, se maintiennent, depuis lors, dans une 
attitude de soumission qui, apres avoir paru d'abord trop em- 
pressee pour meriter confiance, pourra se transformer en une 
sincere acceptation du fait accompli, — si les Espagnols savent 
profiter de la detente actuelle pour asseoir fermement leur in- 
fluence et faire craindre ä leurs nouveaux administres les conse- 
quences d'un autre recours aux armes. 

Quoiqu'il en doive etre d'un avenir, politique et militaire, evi- 
dfiiiinent encore instable, voici nos voisins sortis, enfin, de Yim- 



2 -y 2 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

passe de Melilla et devenus virtuellement les maitres de 1.500 ä 
1.800 kilometres carres de terres marocaines, cultivables pour un 
tiers et dont le reste parait riche en produits mineraux : resultat 
reel, qui ne represente pas, cependant, par ses dimensions, une 
Charge excessive et qui doit, — apres une si longue attente, — 
paraitre satisfaisant, par lui-meme et par les esperances d'avenir 
dont il est le gage. 

Mais, demandera-t-on, de quelle consequence pourra etre, pour 
la France, cette heureuse modification dans la Situation de TEs- 
pagne au Maroc et n'avons-nous pas ä craindre d'en eprouver 
quelque dommage, present ou futur? G'est ä quoi on va essayer 
de repondre comme conclusion generale de cet expose. 

Pour ce qui concerne le present, la question est simple et la re- 
ponse ne parait pas tres diflicile. L'Espagne vient d'employer de 
42.000ä 45.000 hommes, — dont 2.000 ä 3.000 se sont fait 
bravement tuer ou blesser, au cours de la campagne, — pour 
accomplir, en quatre ou cinq mois, sur la rive gauche de la 
Moulouya, une oeuvre absolument comparable ä celle que les 
troupes du general Lyautey, d'un effectif cinq fois moindre, ont 
menee ä bien, en six semaines, sur la rive droit e, avec de faibles 
pertes, ä Tautomne 1907. Comment cro'rait-on, apres avoir 
compare ces donnees, ä la faculte immediate d'extension maro- 
caine dont quelques-uns ont cru TEspagne ambitieuse et capable? 

En fait, les Espagnols eussent-ils, — et rien n'autorise ä Taf- 
firnter, — serieusement songe ä pro fiter du succes relatif de leur 
recente campagne pour declarer caducs les arrangements con- 
clus avec la France et pour vouloir depasser les limites de la zone 
reservee, depuis 1904, ä leur action eventuelle, qu'ils ne le pour- 
raient, sans doute, que dans une mesure restreinte, parce qu'il 
leur manque Foutil approprie ä Toeuvre diflicile dont il leur fau- 
drait entrevoir la realisation, parce que, — pour dire le mot, — 
ils sont loin de disposer encore d'un instrument militaire süscep- 
tible d'entrer en parallele avec notre armee d'Afrique. 

On s'en convaincra facilement en comparant, par la pensee, 
Tadmirable force dont nous disposons en Algerie, rompue ä la vie 
de campagne, nourrie de traditions plus qu'ä demi-seculaires, 
formee du plus heureux melange de races et composee, pour une 



HKS ü MK BT CONCLUSIONS 27 3 

large part, d'hommes faits, aveo les groupements hätivement 
constitues de tres jeunes troupes qui formaient le corps expedi- 
tionnaire de Melilla et qui resteront, pour longtemps encore, la 
principale base de recrutement du corps espagnol d'occupation. 

Mais il ne faudrait pas, non plus, — et ceci repond ä la seconde 
question, — exagerer la portee de cette Observation, ni croire 
que parce qu'il n'existe pas, actuellement, pour la France, de 
danger militaire espagnol, nous n'ayons pas ä craindre, pour 
Tavenir, de nous heurter, en Afrique, ä la concurrence que les 
Espagnols peuvent vouloir nous y faire, sans que nous ayons 
aucun droit de nous en plaindre. 

Leur voisinage, — alors, seulement politique, — reconnu, avec 
une egalite correspondante de droits, par les Conventions franco- 
anglaise et franco-espagnole de 1904, dont l'acte d'Algesiras a 
confirme le principe (sans les viser) en identifiant les attributions 
respectives des gouvernements de France et d'Espagne vis-a-vis 
du Makhzen, est devenu effectif. Un etat de fait s'est ainsi Subs- 
titut ä un etat de droit, qui, du reste, suffisait, garanti, comrae il 
Tetait, par la parole de la France. Et le fait que les eventualites 
sur lesquelles sont bases les mutuels engagements des deux pays 
demeurent encore dans les futurs contingents n'empeche pas que 
TEspagne puisse se reclamer, vis-a-vis de nous, de droits reels, 
dont eile est libre d'user au mieux de ses convenances et de 
ses interets, — ä la condition de ne pas oublier leur caractere 
expres de reciprocite. 

II est, du reste, interessant — il est meme assez piquant, ä 
ce point de vue, — d'observer Tardeur qu'ont deployee nos voi- 
sins, irnmediatement apres la campagne, moins pour asseoir leur 
autorite sur les tribus marocaines recemment ralliees ä TEspagne 
que pour realisor, autour de Melilla, des progres economiques et 
agi-icoles dont ils avaient paru, jusqu'ä present, se soucier assez 
peu, non seulement pour leurs colonies, mais meme pour de 
nombreuses parties du territoire national. 

C'est lä, soit dit sans exagerer la portee des mots, que reside, 
pour nous, le vrai peril espagnol, autrement reel, a nun pas 
douter, que celui d'un raid sur Taza, — possihle, tnais Bingulie- 
retnenl difficile ä realiser, si meme nous le tolerions. G'esl sur le 

1.1. - I.-[-ai,>üLS KV M .■ 18 



2 74 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

terrain de la lutte d'influence et de la poursuite des avantages 
materiels que nous risquons de nous heurter ä eux, presque im- 
mediatement et c'est ce dont nous devons d'autant plus nous 
preoccuper qu'il n'est pas assure que nous y demeurions long- 
temps les plus forts. 

Si, en effet, notre pays n'a guere, jusqu'ä nouvel ordre, de 
lecons militaires ä prendre de FEspagne, — quisubit, du reste, de 
ce chef, une transformation dont la rapidite pourra surprendre, 

— il pourrait utilement s'inspirer des methodes que nos voisins 
inaugurent pour s'y etablir politiquement, comme pour en pre- 
parer la fructueuse exploitation. Sur ce terrain, les Espagnols, 
un peu deshabitues des ceuvres de la guerre, reprennent leurs 
avantages et ne le cedent ä personne, en souplesse comme en 
hardiesse de manceuvre politique et diplomatique. 

Bien qu'il soit delicat de pousser ce rapprochement jusqu'ä la 
preuve, — ce qui n'est possible qu'ä la condition de juger notre 
propre action, — on ne croit pas depasser les limites de la discus- 
sion permise en comparant les procedes intronises ou acceptes en 
vue de resoudre quelques-uns des difficiles problemes souleves 
par notre intervention militaire au Maroc, ä ceux que leur a de ja 
preferes ou que semble devoir leur preferer le gouvernement 
espagnol. 

La base d'action politique actuelle de la France au Maroc, — 
indifferente, en quelque sorte, ä son action militaire, — n'a cesse 
d'etre'la serie des accords franco-marocains de 1901-1902, confir- 
mes et developpes, ä diverses reprises, jusqu'en 1910. Ges accords, 
dont on reconnaitra volontiers qu'il ait pu etre avantageux pour 
nous de les conclure, en leur temps, nous lient, aujourd'hui, in- 
finiment plus qu'ils ne semblent engager le Makhzen; nous les 
maintenons, neanmoins et les renforcons, au Heu, ce qui eüt ete 
notre droit strict, apres les attentats commis contre nos na- 
tionaux, apres Algesiras et apres les evenements militaires des 
trois ou quatre dernieres annees, de les denoncer comme notoi- 
rement inoperants. 

La consequence de ce rare respect d'ephemeres protocoles a 
ete, d'abord, que nous demandions, — que nous imposions meme, 

— au Makhzen de se faire representer, sur nos divers territoires 



KKSIMK BT CO.NCMSIONS 2^5 

d'occupation, par des commissaires imperiaux, qui ne sauraient 
guoiv §tre que des agents de eontröle politique sinon des fau- 
teurs d'intrigues et, par reeiprocite, que nous etablissions, ä 
Oudjda, — sinon ä Figuig et sur le Haut Guir, — un agent 
politique francais, fonctionnaire du corps consulaire, dont la va- 
leur et les merites sont, ici, hors de question, mais dont on re- 
connaitra que la presence a surtout pour effet de rappeler que 
nous sommes, dans la zone algero-marocaine, en terre etrangere 
et n'y residons qu'ä titre precaire. 

De meme, le general investi du titre de Haut Gommissaire 
du Gouvernement dans la zone algero-marocaine, qui semblerait 
devoir jouir, ä ce titre, — sous le eontröle diplomatique perma- 
nent du chef de la legation de la Republique ä Tanger, — d'une 
large initiative, reste subordonne, au point de vue de Tadminis- 
tration et de la politique algeriennes, au gouverneur general de 
TAlgerie et, au point de vue militaire, au general commandant 
le 19 e corps d'armee, ce qui represente, pour lui, de telles len- 
teurs, sinon de telles entraves, qu'on s'etonne de ne pas voir 
cette complication d'attributions aboutir ä une veritable anarchie. 

D'autre part, sous Tinfluence de scrupules qu'on pourra, par 
comparaison, juger excessifs, nous interpretons si strictement, 
contre nous-memes, les dispositions de Tacte d'Algesiras que Ton 
voit ajournees, sine die ou reduites dans leur execution ä des pro- 
portions insignifiantes, les propositions de Tindustrie, prete, 
depuis la premiere heure, ä faire penetrer jusqu'ä la Moulouya, 
comme dans le territoire de la Ghaouiia, les voies ferrees qui nous y 
seraient si utiles. Bien plus, nous nous faisons un devoir, — au 
risque de tuer le commerce de la France et de TAlgerie avec le 
Maroc, — non seulement. de maintenir la douane imperiale 
d'Oudjda, mais, de preparer la creation, autour de nos diverses 
zones d'occupation, de cordons douaniers, dont les revenus 
sont ou seront soigneusement verses au Tresor imperial, ou 
affectes au paiement des depenses de certains Services purement 
marocains. 

Peut-on croire que TEspagne ait pris ou songe ä prendre, en 
ce qui concerne ces divers points, modele sur nous, quand on 
remarque qu'elle a etabli, non pas ä Selouan, — qui est le simi- 
laire d'Oudjda, — mais ä Meli IIa, en terre espagnole, oü il est 



276 LES ESPAGNOLS AU MAROC 

düment surveille et seulement tolere, le commissaire cherifien, 
recu, en octobre, comme simple missionnaire de paix; quand on 
voit, aussi, qu'ä aucun moment, meme quand il negociait la 
pacification, on n'a impose au general commandant le corps 
expeditionnaire la collaboration d'aucun autre agent diploma- 
tique que le ministre d'Espagne ä Tanger et que cet officier ge- 
nerale dans son röle administratif et militaire, ne releve que du 
gouvernement du Roi? 

De meme, apercoit-on, chez les Espagnols, la moindre ten- 
dance ä convaincre leurs nouveaux administres, — qualifies 
officiellement de soumis (sometidos), — que TEspagne n'entende 
pas occuper indefmiment leur pays, quand on la voit inonder 
la plaine et la montagne d'ingenieurs de toute specialite, amenes 
sur place par un membre du gouvernement, faire, dans des 
rapports officiels et publics, le decompte des profits ä attendre de 
la mise envaleur du payset ouvrir aux Services locaux des cre- 
dits relativement considerables, non seulement pour developper 
les installations maritimes de Cap-de-1'Eau, dejä plus ou moins 
rattache aux Chaffarines, mais pour faire de laMar-Chica, — en 
attendant la creation d'un grand arsenal ; — un vaste entrepöt 
maritime, destine ä drainer le commerce de toute la region? 

Enfin, peut-on croire que TEspagne se laisse arreter par le 
souci de correction diplomatique qui paralyse notre action en 
matiere de commerce exterieur et en matiere de travaux pu- 
blics, quand on la voit lever toutes barrieres douanieres entre 
le territoire des tribus marocaines, ralliees ou non, et Melilla 
(dont on a fait, de longtemps dejä, un port franc) et quand on 
constate le developpement donne aux travaux, dans la nou- 
velle zone d'occupation espagnole, — qui est aussi proprement 
marocaine que les districts de la rive droite de la Moulouya ou 
ceux de la Ghaouia? 

Dans cet ordre d'idees, ce qui se passe pour les voies ferrees, 
— dont Tune marche, par Test du mont Afra, vers Selouan, 
tandis que Tautre, qui pousse vers l'oued Kert, atteint dejä 
Youksen, — et pour les routes carrossables, est caracteristique ; 
et on fera aisement la difference des methodes, si on observe 
que des decrets royaux, inseres ä la Gaceta (Journal officiel), ont 
dejä largement dote, sur les ressources du budget de la metro- 



RESUME ET CONCLUSXONS 277 

pole, diverses routes, classees par eategorie, selon leur impor- 
tance militaire, |> ol i t i c jno et commerciale (1). 

II ne serait, au contraiiv, aucunement deraisonnable de croire, 
(laus res conditions, ä La realite du bruit, — soigneusement 
cttint, des qu'il trouva echo dans la presse, — d'apres lequel 
l'entente hispano-marocaine dont le gouvernement de Madrid 
prepare discretement la conclusion comporterait la cession, par 
une sorte de bad emphyteotique, des nouveaux territoires d'oc- 
cupation, oü l'Espagne se trouverait, desormais, chez eile ou ä 
peu pres, apres avoir prouve, par ce detour inattendu, son res- 
pect pour les stipulations du protocole du 7 avril 1906 visant 
l'integrite de l'empire cherifien. 

Les differences considerables, pourne pas dire les oppositions, 
constatees, en ces affaires, entre les procedes mis en oeuvre de 
part et d'autre etaient interessantes ä etablir, non seulement 
ä titre critique, mais encore comme aidant ä preciser la Situa- 
tion respective de la France et de TEspagne, ä Tegard du Ma- 
roc. II ressort, en effet, des observations qui precedent que si 
les deux puissances possedent, dans Tempire cherifien, une Situa- 
tion d'exception, y ont des devoirs speciaux et y exer^ent des 
droits particuliers, qui leur ont ete reconnus en meme temps, ces 
droits et ces devoirs ne sont, cependant, pas communs, en ce 
sens que chacune d'elles en use, dans la mesure et dans la forme 
qui lui conviennent, dans des zones distinctes « delimitees par 
des traites », a dit M. le ministre des affaires etrangeres dans une 
declaration autorisee et que leur action au Maroc n'a et ne 
saurait avoir, d'aucune fa9on, le caractere d'un condominium. 

G'est meme, semble-t-il, Tun des principaux avantages de 
Taccord d'octobre 1904 d'avoir, en determinant les spheres 
d'action particulieres ä l'Espagne et ä la France, oü celles-ci 
pourraient, ä Tavenir, librement se mouvoir, servir leurs interets 
et defendre leurs droits, ä leur guise, empecher que se produisent 
entre elles des competitions, au moins des froissements, qui ris- 
quent de comprornettre la cordialite des rapports qu'elles ne 



(1) Les routes de Melilla ä Nador, Alslatten et Selouan sont de l re classe, celle de 
Melilla au cap des Trois-Fourches, de 3 e ; la route (ou piste), ancienne, de la cöte oue^t, 
par le Souk-el-Had et Cazaza, n'a pas encore H6 classic 



278 LES ESPAGISOLS AU MAKOC 

doivent cesser d'entretenir, dans Tinteret general de la civili- 
sation. 

Peut-etre serait-ce le cas d'ajouter, si on pouvait se permettre 
de porter, sans y insister, un jugement sur les relations qu'en- 
tretiennent TEspagne et la France, ä propos du Maroc, qu'on a 
eu trop souvent ä constater que, si notre pays a pleinement 
respecte la liberte d'action de nos voisins au cours de la guerre 
qui vient de finir, s'il suit, maintenant, avec Sympathie, les 
preparatifs faits, sans trop de mystere, en vue d'une nouvelle 
action contre le Rif, aborde, cette fois, par le nord-ouest, si 
meme il encouragerait volontiers les Espagnols ä s'etablir a 
Tetouan, — capitale designee de TEspagne africaine, parce qu'elle 
est bien moins excentrique et bien plus susceptible de develop- 
pement que Melilla, — la reciproque est loin de nous avoir tou- 
jours ete rendue. 

La nervosite qu'on a vue se manifester, assez recemment en- 
core, en Espagne, se traduisant sous la forme de Communications 
au public de depeches oflicielles, ({'Interviews ministerielles, de 
menaces ä peine enveloppees de rupture, des que la moindre ac- 
tion militaire semblait simplement se preparer dans notre zone 
marocaine, voire meme sur la rive droite de la Moulouya, finirait 
par paraitre, en France, difiicilement acceptable. Si ces fächeuses 
facons d'etre devaient persister, TEspagne ne devrait pas se 
montrer surprise que la France se retourne vers eile, — quoique 
plus discretement, — pour la prier d'user ä son egard d'une 
confiance et d'une reserve dont tout le monde reconnaitra 
qu'elles sont de stricte Obligation de bon voisinage et d'amitie. 

Sous cette condition d'egards reciproques, il ne sera certaine- 
ment pas difficile de maintenir la bonne harmonie entre la France 
et TEspagne, en tout ce qui concerne Taction, solidaire, mais non 
commune ainsi qu'il vient d'etre dit, que toutes deux entendent 
poursuivre, parallelement, au Maroc. 

Celle de la France sera, on le sait de reste, une prudente poli- 
tique de penetration pacifique, — pacifique, mais non desarmee, 
bien entendu, — qu'elle considere comme seule capable d'assurer 
la realisation de ses vues actuelles, sans lui imposer d'efforts 



RESUME ET GONGLUSIONS 279 

disproportionnös au räsultat qu'elle poursuit. On connall aussi, 
car eile n'en fait pas mystere, la direction vers laquelle cette 
action est orientee et dont eile ne deviera pas. 

Que l'Espagne en use de meine, — pacifiquement ou non, 
selon ses convenances, — dans la region oü elle-meme s'est de- 
claree obligee d'exercer une action preponderante pour assurer sa 
defense et pour sauvegarder son avenir et eile peut etre assuree ; 
non seulement de ne pas nous trouver sur sa route, mais de 
recevoir de nous ; — dans la mesure oü eile le desirera, — les 
bons ofiices dus ä une nation sceur, dont tout nous rapproche 
et vis-ä-vis de qui la France n'eprouve que Sympathie, estime 
et bonne volonte. 



TABLE DES PLANCHES 



Plan« im I. — Carte generale du Maroc septentrional. 

Planche II. — Croquis du theätre des Operations. — Plan de la posses- 

sion espagnole de Melilla. 
Planche III. — Vue panoramique du theätre des Operations. 
Planche IV. — Melilla et le defile du Gourougou (Schelle de 1/25000«). 
Planche V. — La Restinga et la plaine d'Arkemann. 
Planche VI. — Nador, Selouan et la Mar-Chica (Schelle de l/50000 e ). 



NIOTOGRAVURES HORS TEXTE 

1. Le general de Torcy adresse ses felicitations au general Marina, ä 

l'entree de la casbah (ruinee) de Selouan (27 septembre 1909). 

2. Le massif du Gourougou. — Vue prise du port de Melilla (sur le ma- 

melon de droite, le fort de Camellos). 

3. Le Gourougou (pics de Besbeletde Kolla, encadrant la gorge du Loup; 

au pied, le glacis oü fut livre le combat du 27 juillet). 

4. Entree du Barranco de Sidi-Moussa (au pied, plaine des Beni-Ensar). 

5. Le massif du mont Youksen (mines de fer). — Vue prise du mont Afra 

(mine de plomb). 



TABLE DES MAXIERES 



Pages 
Dedicace V 

Preambule VII 



PREMIERE PARTIE 

A) Relations historiques de l'Espagne avec TAfrique du Nord . . 1 

B) Origines du conflit actuel 7 

C) Le theätre des Operations 17 

D) Les forces opposees 27 

DEUXIEME PARTIE 
OPERATIONS MILITAIRES 

Premiere periode. — Operations preliminaires 43 

Deuxieme periode. — Operations actives 88 

Troisieme periode. — Pacification 184 

TROISIEME PARTIE 
LES LEQONS DE LA GUERRE 

A) Operations 207 

B) Tactique 226 

C) Divers 255 

ONCLUSIONS 269 



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